"Præterita": souvenirs de jeunesse

Part 20

Chapter 203,032 wordsPublic domain

Sur ces points particuliers et sur d'autres, l'esprit anglais-type, aussi bien autrefois que de nos jours, me semble tellement opposé au mien et à celui de mes rares compagnons de route que j'éprouve un intérêt darwinien à suivre l'évolution de mon espèce dès l'origine. Je ne veux donc pas prendre mon lecteur en traître, je lui demande pardon, et je l'avertis que tandis qu'un homme modeste, écrivant sa biographie, s'applique à faire le portrait de tous les gens qu'il a rencontrés, je ne puis, étant données les limites de mon plan, parler que de ceux qui ont eu une action véritable et bienfaisante en élevant, redressant ou élaguant l'humble petit arbuste que je suis.

Je reviens d'abord à mon vrai professeur de mathématiques, le pauvre Mr Rowbotham. Il regretta vivement, cela va sans dire, ses soirées de Herne Hill lorsque je partis pour Oxford. Mais chaque fois que je revenais à la maison il était entendu que, s'il se sentait assez bien, il gravirait au moins tous les quinze jours la colline à l'heure du thé. C'était toujours avec ennui, hélas! que nous le voyions arriver; mais le devoir, un très petit devoir, était clair: supporter pendant une heure ou deux d'entendre le pauvre homme souffler et soupirer, pour lui procurer un moment de repos, bien rare dans sa misérable vie. Nous n'étions pas d'ailleurs sans avoir quelque affection pour lui. Son pauvre visage ravagé avait une certaine noblesse due à l'habitude de la souffrance patiente, une sorte d'innocence étonnée, et quelques lignes fermes qui dénotaient la faculté géométrique. Il nous apportait les nouvelles du monde mathématique et grammatical et avait toujours à nous conter quelque découverte, quelque trouvaille, surtout s'il avait été voir son ami, Mr Crawshay. L'intérieur du pauvre professeur était plus triste d'année en année, jusqu'au jour où son cher petit Peepy, un enfant de dix ans, s'étrangla en avalant un tonton. Le pauvre père nous raconta en pleurant les phases douloureuses de la lente agonie de l'enfant, et puis il ajouta qu'il valait mieux qu'il en fût ainsi, que Dieu avait bien fait de le rappeler, que c'était une délivrance aussi bien pour lui que pour ses parents. La pauvre cervelle mathématique avait évidemment vu là la solution d'un des problèmes qui lui avaient paru les plus difficiles à résoudre, et le visage tiré du malheureux père avait, ce soir-là, une expression de calme qui ne lui était pas habituelle.

Je n'ai jamais oublié la leçon, ni mieux senti ce que c'était que la vie dans les faubourgs de Londres. L'austère muse de Mr Pringle avait vers cette époque émigré dans l'Afrique ou, espérons-le, l'Arabie heureuse de l'autre monde; et les rênes de mon génie poétique avaient été confiées à l'aimable Mr W.-H. Harrison de Vauxhall Road, dont il a été parlé au premier chapitre de _On the old Road_, du moins suffisamment pour que nous n'ayons pas à nous en occuper davantage pour le moment.

Revenons aussi au Dr Grant, le médecin de mon père et son ami très cher. Sa clientèle et sa réputation augmentant de pair, il épousa Mrs Sidney, une veuve qui avait quelque fortune et une bonne position à Richmond. Il devint le tuteur des deux filles de sa femme, Augusta et Emma; intelligentes et charmantes, elles s'attachèrent tendrement à leur beau-père. Toutes deux avaient de suite apprécié les qualités de ma mère comme elles méritaient de l'être, et elles devinrent bientôt des habituées de la maison; la plus jeune, Emma, avait du goût, elle dessinait agréablement et joignait à ce talent une foule d'autres, plus discrets les uns que les autres. À cette époque, les déjeuners du «Star and Garter» étaient devenus rares, ils n'avaient guère lieu qu'à l'occasion des visites à Hampton Court, où la grande vigne et le labyrinthe étaient pour moi des objets constants de délices, et où les cartons de Raphaël commençaient à prendre à mes yeux un aspect ennuyeux et presque de cauchemar, qu'ils n'ont jamais perdu. Mes expéditions avec cousine Mary dans le labyrinthe (et une fois, au milieu d'allées dantesques, dans la verdure phosphorescente d'un clair de lune, avec Adèle et Élise), ont toujours eu quelque chose de l'enchantement d'un conte de fée: je continuais à dessiner des labyrinthes de plus en plus compliqués sur les marges de mes cahiers d'étude, perdant, je pense, au moins autant de temps à cette occupation à la trisection de l'angle.

Ce n'en est pas moins à ces délassements que je dois savoir mieux compris les monnaies de Cnosse, et les personnages de Dédale, de Thésée et du Minotaure; j'ai sur eux, dans mes tiroirs, quantité de manuscrits non imprimés qui devaient trouver place dans _Ariadne Florentina_ et autres volumes labyrinthesques, mais dont il faudra bien que le monde essaie de se passer.

Les années s'écoulaient et, dans Camberwell Grove, la vieille maman Monro aux cheveux blancs, et la petite chienne aux poils d'argent dormaient leur dernier sommeil. La pauvre Mrs Gray n'avait plus le cœur à rien: que lui importaient maintenant sa maison, les arbres son avenue? Quant à Mr Gray, il se consolait avec _Don Quichotte_ et s'intéressait chaque jour davantage à mes élucubrations poétiques, au point même que ses affaires en souffraient. À la fin, ils pensèrent, en bons Écossais qu'ils étaient, qu'ils trouveraient la vie moins triste de l'autre côté de la frontière. Ils partirent donc pour Glasgow, où Mr Gray créa une sorte de commerce de vin et lut _Rob Roy_ au lieu de _Don Quichotte_. Nous allâmes les voir, lors de notre voyage en Écosse, et nous eûmes le chagrin de constater que, bien que rentrés au pays natal, ils n'en continuaient pas moins à descendre la pente. Afin de les distraire, ma mère les invita à venir à Oxford assister aux succès de leur cher Johnnie; le digne couple, assis à l'ombre de l'orgue de la cathédrale de Christ Church, me vit entrer avec mes camarades: nous défilions en robe de soie tandis que Mr Marshall, l'organiste, préludait, que les cierges mettaient des reflets à la Rembrandt sur les colonnes normandes et que mes vieux amis fondaient en larmes; larmes de joie, de respect attendri, émotion qui leur fit perdre la parole, pour tout le reste de la soirée. Il me faut dire aussi la bonté constante que nous témoignaient Mr Telford et ses sœurs, trois femmes distinguées, sages sans sévérité ni ostentation, qui mettaient leurs talents au service de leurs voisins, et donnaient l'exemple du bonheur familial et de l'amour fraternel le plus tendre. La belle figure calme de Henry Telford, un peu mélancolique peut-être et nerveuse, son teint bruni par le grand air et les courses à cheval, de Bromley à Billiter Street, est pour moi une des physionomies les plus attirantes, un des portraits les plus précieux de ma galerie intime.

Mr et Mrs Robert Cockburn, avec les années, devenaient de plus en plus aimables, tout en blâmant de plus en plus les habitudes monacales de Herne Hill; ils se montraient sévères aussi pour mes goûts littéraires qu'ils qualifiaient de bizarres, pour ne pas dire pervers et déconcertants. Mrs Cockburn prêchait ma mère sur la nécessité de m'obliger à aller dans le monde: cela me dégrossirait, disait-elle, me donnerait de bonnes manières.

Mais ma mère était très satisfaite de son fils tel qu'il était et, qui plus est, n'était pas dans les meilleurs termes avec Mrs Cockburn. Jamais elle n'avait voulu accepter d'y dîner, il aurait fallu pour cela rompre avec toutes ses habitudes et je crois même qu'elle ne lui rendait pas très exactement ses visites. Mrs Cockburn--ce qui est étrange de la part d'une femme de sens--au lieu de regretter simplement la sauvagerie de ma mère, d'essayer de lui faire oublier qu'elles n'étaient pas tout à fait du même monde, s'en froissait. C'est à elle toutefois que j'ai dû une des belles chances de ma vie: dans désir de faire de moi un homme du monde, elle m'invita à dîner avec Lockhart[46] et sa fille, une gracieuse petite campanule des prés. Mrs Cockburn lui avait dit, sans doute, que j'étais un admirateur passionné de Scott, car je ne crois pas avoir eu, pendant le dîner, l'occasion de manifester mes sentiments à cet égard. Je souviens seulement qu'au dessert, les dames s'étant étirées, j'avais essayé de faire parade de mon orthodoxie Oxonienne et de mon érudition, au sujet de la fondation de l'Église, et j'avais été surpris, et quelque peu déconfit, en m'apercevant que Mr Lockhart connaissait les mots grecs pour «évêque» et «ancien» aussi bien que moi. Rentré au salon, je fis de mon mieux pour gagner les bonnes grâces de la petite Charlotte aux yeux noirs, et je fus désolé--mais je ne crois pas que l'enfant l'ait été--quand on l'envoya coucher.

Mais l'un des dons les plus précieux que me fit dame Fortune, en cette année 1839, de m'envoyer à Herne Hill, comme précepteur, Osborne Gordon. Saisissant, d'une main experte, les fils embrouillés de ma pensée, ceux qui pouvaient encore servir, être peignés et filés, il commença à y mettre de l'ordre; ce ne fut pas sans peine au début, mais il réussit, à la fin, à leur donner toute la consistance dont ils étaient capables.

Et d'abord, il s'opposa à tout excès de travail ou de lecture. Sa maxime était: «Quand vous avez trop à faire, ne faites rien», parole d'or, que j'ai bien souvent répétée depuis, mais à laquelle je n'ai pas été assez fidèle.

Quant à Gordon lui-même, je me demande si sa maxime favorite lui a été avantageuse. C'était un homme exceptionnellement doué et il est difficile de dire à quoi il serait arrivé, s'il l'avait voulu. Mais, de bonne heure, le sentiment intense, qui n'excluait pas chez lui la bienveillance, de l'absurdité du monde, lui avait enlevé toute envie de travailler à son perfectionnement--peut-être aurais-je dû dire plutôt l'opacité, la non-malléabilité du monde, que son absurdité. Gordon pensait qu'il n'y avait rien à en faire et qu'après tout, mieux valait le laisser s'en tirer à lui tout seul. À l'automne, quand nous arpentions ensemble les collines de Norwood, lui, qui était déjà ou sur le point d'être ordonné prêtre, il m'étonnait beaucoup en évitant--à quoi bon agiter des questions insolubles?--un sujet de conversation auquel je revenais sans cesse: la torpeur des Églises protestantes et le devoir, tel qu'il m'apparaissait pour elles, avant d'entreprendre des missions lointaines ou de s'établir confortablement sur de bonnes paroisses en Angleterre, d'étouffer définitivement le «feu diabolique» du papisme, dans tous les pays catholiques. Car j'étais alors, par éducation, par réflexion, par le peu d'expériences que j'avais pu faire, le protestant le plus zélé, le plus agressif, le plus querelleur, le plus sûr de soi qu'il fût possible de rencontrer, et cela d'autant que je ne connaissais pas le premier mot de l'histoire du Christianisme; ensuite, seconde raison de mon absolutisme--dont la responsabilité incombe à l'Église de Rome--tous les cantons catholiques de Suisse, y compris la Savoie, sont sales, leurs habitants paresseux, tandis que ceux des cantons protestants sont propres et actifs, circonstances qui avaient vivement impressionné mon évangélique mère, pour laquelle le premier devoir et le premier luxe de la vie étaient la propreté chez les personnes et dans les choses; et, ainsi que mon père, elle regardait la paresse comme absolument satanique. Ils ne manquaient donc jamais de déterminer soigneusement, sur la carte, le pont, la vallée, le col qui séparaient les cantons protestants des cantons enveloppés dans les ténèbres du catholicisme; il était rare, d'ailleurs, que la première ou la seconde ferme ou chaumière au delà de la frontière ne justifiât pas pleinement leur parti pris. Ils triomphaient alors et m'assuraient, le cœur plein d'indignation et aussi de tristesse, que c'était une conséquence toute naturelle du papisme.

La troisième raison, qui me rendait si absolu dans ma manière de voir à cette époque, est assez curieuse. Plus les cérémonies religieuses à l'étranger me donnaient de plaisir et d'émotion, plus j'étais en défiance; il me semblait que des sentiments religieux basés sur des émotions douces ne pouvaient être que faux. Je ne les méprisais pas sottement, en tant qu'expression de la foi catholique, mais je méprisais infiniment la sensualité qui s'y complait au point de faire dépendre une conversion «des gémissements d'un orgue». C'est ainsi que ma raison, aussi bien que les plaisirs romantiques que je goûtais sur le continent, se combinaient pour rendre mon protestantisme plus fermé, mais non malveillant ni sans générosité; car jamais je n'ai accusé les prêtres catholiques de malhonnêteté ni douté de la pureté de l'Église catholique d'autrefois. J'étais le cavalier protestant, non le protestait tête-ronde, désireux de conserver tout ce qu'il y a de noble et de traditionnel dans les coutumes religieuses. Je respectais la piété des paysans catholiques; le «feu diabolique» que je voulais qu'on éteignît, c'était seulement le catholicisme corrompu, qui rendait possible les vices de Paris et la saleté de la Savoie. Ces choses-là, j'étais en droit de penser qu'il était du devoir de tout prêtre chrétien de les attaquer et de les détruire.

Osborne, au contraire, était l'anglais pratique, bien que du type le plus fin et le plus doux; sa perspicacité lui faisait découvrir, sur l'heure, toutes les folies; mais comme en même temps toutes les erreurs humaines lui semblaient des folies, il était prêt à les excuser. Christ Church était tout pour lui! Toutes ses ambitions étaient concentrées là. Il avait déjà la confiance du vieux Doyen; c'était, après lui, l'homme d'Oxford qui savait le plus de grec et celui qui était le plus au courant de la routine universitaire. L'Église d'Angleterre, pour ne parler que d'Oxford, lui semblait avoir assez à faire, si elle voulait corriger ses propres défauts, sans aller s'occuper de ceux des autres; aussi, dans nos promenades champêtres, cherchait-il plutôt à calmer mes haines protestantes, à accroître mes connaissances en histoire ecclésiastique, et à ramener attention sur la chose présente, c'est-à-dire à me faire jouir autant que possible de la promenade et à me faire parler de nos lectures de la matinée.

Il était impossible à un professeur de montrer plus de zèle et de patience. C'était un maître incomparable; sa mémoire, instrument indispensable à tout grand érudit, était impeccable et facile en littérature; son jugement était sûr et son sentiment sain; son interprétation des événements politiques toujours rationnelle et appuyée sur une foule de renseignements tirés aux sources. Tout cela, sans jamais s'enorgueillir de son érudition classique et sans chercher à brider les tendances qui m'entraînaient en d'autres directions. Il avait gagné les _premiers_ honneurs aux examens sans donner toute sa mesure, et il aurait fait bien davantage encore, sans en tirer vanité. Il s'amusait de ma facilité pour la versification; il reconnaissait en moi un véritable tempérament de peintre, et partageait mon goût pour la campagne et les villes pittoresques, mais toujours de façon reposante et calmante.

Un jour, quelques années plus tard, qu'agacé de ne pouvoir lire facilement le grec, j'avais manifeste l'intention de tout planter là pour m'y consacrer exclusivement. «Je crois, fit-il tranquillement, que cela vous donnerait plus de peine que cela ne vaut.» Une autre fois que je travaillais au dessin de _Chamonix dans le soleil d'après-midi_, que je lui avais promis (et qui est maintenant chez sa sœur), comme je m'irritais de ne pouvoir mieux dessiner: «Moi, fit-il, je serais déjà enchanté, si je savais seulement dessiner.»

C'est pendant le séjour de Gordon à la maison, dans l'automne de 1839, que nous achetâmes notre second Turner. Ce qui est curieux, c'est que j'ai tout à fait oublié quand je _vis_ le premier! J'ai l'impression que le salon de Mr Windus à Tottenham m'a toujours été familier, dès les premières années de Brunswick Square. Mr Godfrey Windus était un carrossier retiré, qui habitait une jolie villa, composée au rez-de-chaussée d'une suite de pièces basses dont les murs étaient couverts, mais non encombrés, de dessins de Turner de la série anglaise; tandis que dans ses portefeuilles reposaient, depuis leur sortie de chez les éditeurs, les séries entières des illustrations de Scott, de Byron, de la Côte du Sud, et de la Bible de Finden.

Personne en Angleterre à cette époque--Turner avait déjà soixante ans--ne s'intéressait véritablement à Turner, si ce n'est le carrossier retiré et moi!

Il est vrai que le public n'avait jamais eu occasion de voir ses dessins et de les apprécier. Ceux de Mr Fawkes restaient enfermés à Farnley; ceux de Sir Peregrine Acland moisissaient dans des corridors humides et Mr Windus achetait tous ceux qui étaient destinés à la gravure dès que le graveur n'en avait plus besoin. Un jour par semaine, toutefois, il autorisait le public à visiter ses collections; mais moi, j'avais la permission d'y venir autant que je le voulais. Bienfait inestimable pour ceux qui voulaient étudier Turner; pour moi, ce fut ce qui me permit d'écrire les _Modern Pointers_.

Il peut être intéressant de noter que, bien que j'eusse été attiré d'abord vers Turner par sa manière si vraie de rendre les montagnes dans l'_Italie_ de Rogers, lorsqu'il me fut donné de voir les dessins originaux, je fus fasciné, à l'exclusion de tout le reste, par les pures qualités artistiques, quel que fût le sujet. Et c'est pourquoi la beauté du _Llanberis_ ou du _Melrose_ de Mr Windus ne m'empêcha pas d'être parfaitement heureux le jour où mon père me donna enfin, non dans l'intention de commencer une collection de Turner, mais afin que j'aie un spécimen de sa manière, le _Richmond Bridge, Surrey_.

Rentrant à la maison en triomphateurs, mon père et moi, nous vantions notre acquisition, où toutes les qualités de Turner se trouvaient réunies: «des arbres, l'architecture, de l'eau, un ciel adorable et tout un groupe brillant de personnages».

De fait le _Richmond_ fut, pendant plus de deux ans, le seul Turner en notre possession; le second que nous ayons acheté, le _Gosport_, fit son entrée à la maison pendant le séjour de Gordon. On n'y retrouvait rien de la beauté délicate de Turner, si ce n'est dans le ciel; d'ailleurs, ni moi, ni mon père, n'étions le moins du monde choqués par les chapeaux ridicules des dames qui se promenaient sur le cutter, ni du fait la tête du timonier fût mise à l'envers. Le lecteur aurait tort, me voyant parler si librement des défauts de Turner, de penser que je les vois mieux et les juge plus sévèrement aujourd'hui. Je les voyais au moment de l'acquisition du _Richmond_ et du _Gosport_, aussi bien que quiconque, mais je savais aussi ce que ces défauts mêmes révélaient de puissance, ce qui était assez extraordinaire pour un gamin de mon âge. Mon plus grand bonheur alors, quand j'avais fermé mes livres de grec ou de trigonométrie et quitté la salle d'étude, était de descendre et de me repaître de mon _Gosport_.