Poésies religieuses Préface de J. K. Huÿsmans

Part 9

Chapter 91,751 wordsPublic domain

Et de tous les fracas religieux des villes, Des Paris aux Moscous, des Londres aux Sévilles,

Le frais appel pour l'alme célébration De l'almissime jour de résurrection...

La colombe vole au sillon et l'agneau broute. Dis-nous, Marie, qui tu rencontras en route?

Le fleuve est d'or sous le soleil renouvelé... C'est le Seigneur «en Galilée il est allé!»

--Ah! que le coeur n'est-il lavé dans l'or du fleuve, Sanctifiée en l'or des cloches l'âme veuve!

Et que l'esprit n'est-il humble comme l'agneau, Blanc comme la colombe en ce clair renouveau

Et que l'homme, jadis conscience introublée, N'est-il en route encore pour la Galilée!

ASSOMPTION

Aujourd'hui c'est ma fête et j'ai droit à des fleurs (Sous mon autre prénom je n'ai droit qu'à mes pleurs), Car sachez-le bien tous, je m'appelle Marie Et sous le nom puissant d'une mère chérie Je me sens protégé du mal et du péché Qui m'avaient investi grâce au bien négligé. Je me sais à l'abri d'un monde que j'abhorre Et dont je ne saurais me séparer encore, Je me crois défendu contre tout choc et heurt Par ce nom qui s'en vient prier lorsque l'on meurt. En ce jour merveilleux de triomphe et de gloire, Il me semble que j'ai ma part de la victoire. O ma femme, entrons donc joyeux, c'est notre droit Dans le bonheur heureux... et le devoir qu'on doit.

PRIÈRE

Me voici devant Vous, contrit comme il le faut. Je sais tout le malheur d'avoir perdu la voie Et je n'ai plus d'espoir, et je n'ai plus de joie Qu'en une en qui je crois chastement, et qui vaut A mes yeux mieux que tout, et l'espoir et la joie.

Elle est bonne, elle me connaît depuis des ans. Nous eûmes des jours noirs, amers, jaloux, coupables, Mais nous allions sans trêve aux fins inéluctables, Balancés, ballottés, en proie à tous jusants Sur la mer où luisaient les astres favorables:

Franchise, lassitude affreuse du péché Sans esprit de retour, et pardons l'un à l'autre... Or, ce commencement de paix n'est-il point vôtre, Jésus, qui vous plaisez au repentir caché? Exaucez notre voeu qui n'est plus que le vôtre.

LE CHARME DU VENDREDI SAINT

La cathédrale est grise admirablement, Tandis que le jour luit adorablement Et que les arbres sont verts tout doucement.

Les paysans sont naïfs et de province Pour la plupart parents, dont la toilette grince, De parisiens dont l'orgueil n'est pas mince

De les promener autour du fameux monument Qui, néanmoins froissant l'orgueil de leur village, Semble à leurs yeux matois quelque chose qui ment Et va, comme un peu vil dans le sillage

Des bateaux mouches d'ailleurs pleins abondamment D'une clientèle amusante en diable, Qui file néanmoins, dévots irrémédiables, Voir les autels déserts et les tombeaux décorés richement.

Paris, jeudi 30 mars 1893.

II

Le soleil fou de mars éveille encore un peu plus la verdure Des fins arbres du quai bordant la beauté pure Et forte de la cathédrale on dirait en guipure

De pierre, on croit, immémoriale et si dure! Les cloches de la veille ont fui (leur âme, au moins, S'est tue) et pendent, patients témoins Muets jusqu'au samedi fier où, lentes sur les foins,

Enfin, elles reviennent (ou, du moins, leur âme Planant sur les villes légères et les autres) Et pendant leur voyage de miraculeux apôtres A travers les humanités chastes et les infâmes,

Dans la nef désolée où seulement les flammes Des ténèbres sévèrement bien plus sur toutes autres, S'affligent, grands ouverts, les tabernacles, âmes Muettes, symbolisent l'attente immense des apôtres.

Vendredi, 31 mars 1893.

EX IMO

O Jésus, vous m'avez puni moralement Quand j'étais digne encor d'une noble souffrance, Maintenant que mes torts ont dépassé l'outrance. O Jésus, vous me punissez physiquement.

L'âme souffrante est près de Dieu qui la conseille, La console, la plaint, lui sourit, la guérit Par une claire, simple et logique merveille. La chair, il la livre aux lentes lois que prescrit

Le «Fiat lux», le créateur de la nature, Le Verbe qui devait, Jésus-Christ, être vous Plein de douceur, mais lors faisait la créature Matérielle et l'autre en tout grand soin jaloux.

La Science, un souci vénérable, tâtonne, Essaie et, pour guérir, à son tour, fait souffrir, Et, le fer à la main, comme un bourreau te donne, Triste corps, un coup tel que tu croirais mourir,

Ou se servant du feu soit flambant, soit sous forme De pierre ou d'huile ou d'eau raffine ta douleur, Tu dirais, pour un bien pourtant; mais quel énorme Effort souvent infructueux, chair de malheur!

Chair, mystère plus noir et plus mélancolique Que tous autres, pourquoi toi! Mais Dieu _te voulut Et tu fus_, et tu vis, comment? au vent oblique Des funestes saisons et du mal qui t'élut.

Et tu fus, et tu vis, comment! miracle frêle, Et tu souffres d'affreux supplices pour un peu De plaisir mêlé d'amertume et de querelle. Oui, pourquoi toi?

Jésus répond: «Pour être enfin Mienne et le vase pur de l'Esprit de sagesse Et d'amour et plus tard glorieuse au divin Séjour définitif de liesse et de largesse!

Encore un peu de temps, souffre encore un instant, Offre-moi ta douleur que d'ailleurs la science Peut tarir, et surtout, ô mon fils repentant, Ne perds jamais cette vertu, la confiance!

La confiance en moi seul! Et je te le dis Encore: patiente et m'offre ta souffrance. Je l'assimilerai, comme j'ai fait jadis, Au Calvaire, à la mienne, et garde l'espérance.

L'espérance en mon Père. Il est père, il est roi, Il est bonté: c'est le bon Dieu de ton enfance. Souffre encore un instant et garde bien la foi, La foi dans mon Église et tout ce qu'elle avance.

Suis humble et souffre en paix, autant que tu pourras. Je suis là. Du courage. Il en faut en ce monde. Qui le sait mieux que moi? Lorsque tu souffriras Cent fois plus, qu'est cela près de ma mort immonde,

Et de mon agonie et du reste? Allons, vois. C'est fait. Le mal n'est plus: tu peux vivre dans l'aise Quelques beaux jours encore et vieillir sur ta chaise, Au soleil, et mourir et renaître à ma voix.»

8 août 1893, hôpital Broussais.

FIN

TABLE

Préface de J. K. HUYSMANS I à XXIV

SAGESSE

I

I. Bon chevalier masqué qui chevauche en silence 3 II. J'avais peiné comme Sisyphe 6 III. Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares? 9 IV. Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême 13 V. O vous, comme un qui botte au loin, Chagrins et Joies 16 VI. Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme 17 VII. La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles 18 VIII. Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie 19 IX. Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste 20 X. Petits amis, qui sûtes nous prouver 21 XI. Or, vous voici promus, petits amis 24 XII. Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons 27 XIII. On n'offense que Dieu qui seul pardonne 29 XIV. Voix de l'Orgueil; un cri puissant comme d'un cor 31 XV. Va ton chemin sans plus t'inquiéter! 33 XVI. Pourquoi triste, ô mon âme 35 XVII. Né l'enfant des grandes villes 37 XVIII. L'âme antique était rude et vaine 39

II

I. O mon Dieu vous m'avez blessé d'amour 42 II. Je ne veux plus aimer que ma mère Marie 45 III. Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret 47 IV. Mon Dieu m'a dit: Mon fils, il faut m'aimer 40 V. Désormais le Sage puni 58 VI. Du fond du grabat 60 VII. Le ciel est, par dessus le toit 67 VIII. Le son du cor s'afflige vers les bois 68 IX. La tristesse, langueur du corps humain 69 X. La bise se rue à travers 70 XI. Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées! 71 XII. L'échelonnement des haies 73 XIII. L'immensité de l'humanité 74 XIV. La mer est plus belle 75 XV. La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches 77 XVI. Toutes les amours de la terre 78 XVII. Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit 80 XVIII. C'est la fête du blé, c'est la fête du pain 81

AMOUR

Prière du matin 85 Écrit en 1875 90 Un conte 94 Bournemouth 98 There 101 Un crucifix 103 Un veuf parle 105 Il parle encore 107 Saint Graal 109 Angélus de midi 111 A Victor Hugo 114 Saint Benoit-Joseph Labre 115 Paraboles 116 Sonnet héroïque 117 Pensée du soir 118

BONHEUR

I. L'incroyable, l'unique horreur de pardonner 123 II. La vie est bien sévère 124 III. Après la chose faite, après le coup porté 120 IV. De plus, cette ignorance de Vous! 128 V. L'homme pauvre du coeur est-il si rare, en somme 130 VI. Bon pauvre, ton vêtement est léger 131 VII. Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière 135 VIII. Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde 140 IX. Guerrière, militaire et virile en tout point 143 X. Un projet de mon âge mûr 140 XI. Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair 150 XII. Seigneur, vous m'avez laissé vivre 152 XIII. La neige à travers la brume 157 XIV. O! J'ai froid d'un froid de glace 159 XV. Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché 162 XVI. Après le départ des cloches 165 XVII. L'ennui de vivre avec le monde et dans les choses 167 XVIII. Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour» 171 XIX. Or, tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur 172 XX. Les plus belles voix 175 XXI. L'autel bas s'orne de hautes mauves 175 XXII. L'amour de la Patrie est le premier amour 177 XXIII. Immédiatement après le salut somptueux 183 XXIV. La cathédrale est majestueuse 184 XXV. Voix de Gabriel 186

LITURGIES INTIMES

I. Asperges me 191 II. Avent 193 III. Noël 195 IV. Saints innocents 197 V. Circoncision 199 VI. Rois 201 VII. Kyrie Eleison 203 VIII. Gloria in excelsis 205 IX. Credo 207 X. Ascension 209 XI. Veni sancte 211 XII. Juin 213 XIII. Sanctus 215 XIV. Immaculée conception 217 XV. Dévotions 219 XVI. Agnus Dei 221 XVII. Toussaint 222 XVIII. In initio 224 XIX. Vêpres rustiques 226 XX. Complies en ville 229 XXI. Prudence 231 XXII. Pénitence 233 XXIII. Opportet hæreses esse 235 XXIV. Final 237

VERS POSTHUMES

Acte de Foi 241 Pâques 242 Assomption 244 Prière 245 Le Charme du Vendredi Saint I 246 -- II 247 Ex imo 248

_ACHEVÉ D'IMPRIMER_ Le sept mars mil neuf cent quatre PAR BUSSIÈRE A SAINT-AMAND (CHER) pour le compte DE M. A. MESSEIN _éditeur_ 19, QUAI SAINT-MICHEL PARIS (Ve)