Poésies religieuses Préface de J. K. Huÿsmans

Part 2

Chapter 23,589 wordsPublic domain

Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête, En s'éloignant, me fit un signe de la tête

Et me cria (j'entends _encore_ cette voix): «Au moins, prudence! Car c'est bon pour une fois.»

II

J'avais peiné comme Sisyphe Et comme Hercule travaillé Contre la chair qui se rebiffe.

J'avais lutté, j'avais baillé Des coups à trancher des montagnes, Et comme Achille ferraillé.

Farouche ami qui m'accompagnes, Tu le sais, courage païen, Si nous en fîmes des campagnes.

Si nous avons négligé rien Dans cette guerre exténuante, Si nous avons travaillé bien!

Le tout en vain: l'âpre géante A mon effort de tout côté Opposait sa ruse ambiante,

Et toujours un lâche abrité Dans mes conseils qu'il environne Livrait les clés de la cité.

Que ma chance fût male ou bonne, Toujours un parti de mon coeur Ouvrait sa porte à la Gorgone.

Toujours l'ennemi suborneur Savait envelopper d'un piège Même la victoire et l'honneur!

J'étais le vaincu qu'on assiège, Prêt à vendre son sang bien cher, Quand, blanche en vêtements de neige,

Toute belle au front humble et fier, Une dame vint sur la nue, Qui d'un signe fit fuir la Chair.

Dans une tempête inconnue De rage et de cris inhumains, Et déchirant sa gorge nue,

Le Monstre reprit ses chemins Par les bois pleins d'amours affreuses, Et la dame, joignant les mains:

--«Mon pauvre combattant qui creuses, Dit-elle, ce dilemme en vain, Trêve aux victoires malheureuses!

«Il t'arrive un secours divin Dont je suis sûre messagère Pour ton salut, possible enfin!»

--«O ma Dame dont la voix chère Encourage un blessé jaloux De voir finir l'atroce guerre,

Vous qui parlez d'un ton si doux En m'annonçant de bonnes choses, Ma Dame, qui donc êtes-vous?»

--J'étais née avant toutes causes Et je verrai la fin de tous Les effets, étoiles et roses.

«En même temps, bonne, sur vous, Hommes faibles et pauvres femmes, Je pleure, et je vous trouve fous!

«Je pleure sur vos tristes âmes, J'ai l'amour d'elles, j'ai la peur D'elles, et de leurs voeux infâmes!

«O ceci n'est pas le bonheur, Veillez, Quelqu'un l'a dit que j'aime, Veillez, crainte du Suborneur,

«Veillez, crainte du Jour suprême! Qui je suis? me demandais-tu. Mon nom courbe les anges même,

«Je suis le coeur de la vertu, Je suis l'âme de la sagesse, Mon nom brûle l'Enfer têtu;

«Je suis la douceur qui redresse, J'aime tous et n'accuse aucun, Mon nom, seul, se nomme promesse,

«Je suis l'unique hôte opportun, Je parle au Roi le vrai langage Du matin rose et du soir brun,

«Je suis la PRIÈRE, et mon gage C'est ton vice en déroute au loin; Ma condition: «Toi, sois sage.»

--«Oui, ma Dame, et soyez témoin!»

III

Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares? Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr, Toi que voilà fumant de maussades cigares, Noir, projetant une ombre absurde sur le mur?

Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures, Ta grimace est la même et ton deuil est pareil: Telle la lune vue à travers des mâtures, Telle la vieille mer sous le jeune soleil,

Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves! Mais voyons, et dis-nous les récits devinés, Ces désillusions pleurant le long des fleuves, Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,

Ces femmes! Dis les gaz, et l'horreur identique Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins, Et dis l'Amour et dis encor la Politique Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.

Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même Traînassant ta faiblesse et ta simplicité Partout où l'on bataille et partout où l'on aime, D'une façon si triste et folle, en vérité!

A-t-on assez puni cette lourde innocence? Qu'en dis-tu? L'homme est dur, mais la femme? Et tes pleurs, Qui les a bus? Et quelle âme qui les recense Console ce qu'on peut appeler tes malheurs?

Ah les autres, ah toi! Crédule à qui te flatte, Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi) Je ne sais quelle mort légère et délicate? Ah toi, l'espèce d'ange avec ce voeu transi!

Mais maintenant les plans, les buts? Es-tu de force, Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le coeur? L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce, Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.

Si gauche encore! avec l'aggravation d'être Une sorte à présent d'idyllique engourdi Qui surveille le ciel bête par la fenêtre Ouverte aux yeux matois du démon de midi.

Si le même dans cette extrême décadence! Enfin!--Mais à ta place un être avec du sens, Payant les violons voudrait mener la danse, Au risque d'alarmer quelque peu les passants.

N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme, Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil, Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil?

Un ou plusieurs? Si oui, tant mieux! Et pars bien vite En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite La haine inassouvie et repue à la fois...

Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde, Et pour n'être pas dupe il faut être méchant.

--Sagesse humaine, ah! j'ai les yeux sur d'autres choses, Et parmi ce passé dont ta voix décrivait L'ennui, pour des conseils encore plus moroses, Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait.

Dans tous les mouvements bizarres de ma vie, De mes «malheurs», selon le moment et le lieu, Des autres et de moi, de la route suivie, Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.

Si je me sens puni, c'est que je le dois être. Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien. Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.

Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure, Mais pour ne l'être pas durant l'éternité, Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure, Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté.

IV

Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême, Ton enfance chrétienne, une mère qui t'aime, La force et la santé comme le pain et l'eau, Cet avenir enfin, décrit dans le tableau De ce passé plus clair que le jeu des marées, Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées Jusqu'aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas! La malédiction de n'être jamais las Suit tes pas sur le monde où l'horizon t'attire, L'enfant prodigue avec des gestes de satyre! Nul avertissement, douloureux ou moqueur, Ne prévaut sur l'élan funeste de ton coeur. Tu flânes à travers péril et ridicule, Avec l'irresponsable audace d'un Hercule Dont les travaux seraient fous, nécessairement. L'amitié--dame!--a tu son reproche clément, Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême, Vient prier, comme au lit d'un mourant qui blasphème. La patrie oubliée est dure au fils affreux, Et le monde alentour dresse ses buissons creux Où ton désir mauvais s'épuise en flèches mortes. Maintenant il te faut passer devant les portes, Hâtant le pas de peur qu'on ne lâche le chien, Et si tu n'entends pas rire, c'est encor bien. Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage! Mais tu vas, la pensée obscure de l'image D'un bonheur qu'il te faut immédiat, étant Athée (avec la foule!) et jaloux de l'instant, Tout appétit parmi ces appétits féroces, Épris de la fadaise actuelle, mots, noces Et festins, la «Science», et «l'esprit de Paris», Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris, Imbécile! et niant le soleil qui t'aveugle! Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle Dans ta cervelle, ainsi qu'un troupeau dans un pré, Et les vices de tout le monde ont émigré Pour ton sang dont le fer lâchement s'étiole. Tu n'es plus bon à rien de propre, ta parole Est morte de l'argot et du ricanement, Et d'avoir rabâché les bourdes du moment. Ta mémoire, de tant d'obscénités bondée, Ne saurait accueillir la plus petite idée, Et patauge parmi l'égoïsme ambiant, En quête d'on ne peut dire quel vil néant! Seul, entre les débris honnis de ton désastre, L'Orgueil, qui met la flamme au front du poétastre Et fait au criminel un prestige odieux, Seul, l'Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux, Il regarde la Faute et rit de s'y complaire.

--Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère!

V

O vous, comme un qui boite au loin. Chagrins et Joies, Toi, coeur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui, C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.

Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d'oies Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui, Bon voyage! Et le Rire, et, plus vielle que lui, Toi, Tristesse noyée au vieux noir que tu broies!

Et le reste!--Un doux vide, un grand renoncement, Quelqu'un en nous qui sent la paix immensément, Une candeur d'âme d'une fraîcheur délicieuse...

Et voyez! notre coeur qui saignait sous l'orgueil, Il flambe dans l'amour, et s'en va faire accueil A la vie, en faveur d'une mort précieuse!

VI

Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme, Et les voici vibrer aux cuivres du couchant. Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ: Une tentation des pires. Fuis l'infâme.

Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme, Battant toute vendange aux collines, couchant Toute moisson de la vallée, et ravageant Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.

O pâlis, et va-t'en, lente et joignant les mains. Si ces hiers allaient manger nos beaux demains? Si la vieille folie était encore en route?

Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer? Un assaut furieux, le suprême sans doute! O, va prier contre l'orage, va prier.

VII

La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour: Rester gai quand le jour, triste, succède au jour, Être fort, et s'user en circonstances viles,

N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour, Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour L'accomplissement vil de tâches puériles,

Dormir chez les pécheurs étant un pénitent; N'aimer que le silence et converser pourtant Le temps si grand dans la patience si grande,

Le scrupule naïf aux repentirs têtus, Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus! --Fi, dit l'Ange Gardien, de l'orgueil qui marchande!

VIII

Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie! O n'avoir pas suivi les leçons de Rollin, N'être pas né dans le grand siècle à son déclin, Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie,

Quand Maintenon jetait sur la France ravie L'ombre douce et la paix de ces coiffes de lin, Et royale abritait la veuve et l'orphelin, Quand l'étude de la prière était suivie,

Quand poète et docteur, simplement, bonnement, Communiaient avec des ferveurs de novices, Humbles servaient la Messe et chantaient aux offices,

Et, le printemps venu, prenaient un soin charmant D'aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses En louant Dieu, comme Garo, de toutes choses!

IX

Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste! C'est vers le Moyen Age énorme et délicat Qu'il faudrait que mon coeur en panne naviguât, Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.

Roi, politicien, moine, artisan, chimiste, Architecte, soldat, médecin, avocat, Quel temps! Oui, que mon coeur naufragé rembarquât Pour toute cette force ardente, souple, artiste!

Et là que j'eusse part--quelconque, chez les rois Ou bien ailleurs, n'importe,--à la chose vitale, Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits,

Haute théologie et solide morale, Guidé par la folie unique de la Croix Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale!

X

Petits amis qui sûtes nous prouver Par A plus B que deux et deux font quatre, Mais qui depuis voulez parachever Une victoire où l'on se laissait battre,

Et couronner vos conquêtes d'un coup Par ce soufflet à la mémoire humaine; «Dieu ne vous a révélé rien du tout, Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine,

Que le profil et que l'allongement Sur tous les murs que la peur édifie, De votre pur et simple mouvement, Et nous dictons cette philosophie.»

--Frères trop chers, laissez-nous rire un peu, Nous les fervents d'une logique rance, Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu Et mettons notre espoir dans l'Espérance,

Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi, Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème, Rire du vieux Satan stupide ainsi, Pleurer sur cet Adam dupe quand même!

Frère de nous qui payons vos orgueils, Tous fils du même Amour, ah! la science, Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils Naïfs ou non, c'est notre méfiance

Ou notre confiance aux seuls Récits, C'est notre oreille ouverte toute grande Ou tristement fermée au Mot précis! Frères, lâchez la science gourmande

Qui veut voler sur les ceps défendus Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître. Lâchez son bras qui vous tient attendus Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître,

Mais qui sont l'oeuvre affreuse du péché, Car nous, les fils attentifs de l'Histoire, Nous tenons pour l'honneur jamais taché De la Tradition, supplice et gloire!

Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme, Et prédisant aux crimes d'à _présent_ La peine immense ou le pardon énorme.

Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours, Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts, Et puisqu'il est des repentirs sublimes,

Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien: Que deux et deux fassent quatre, à merveille! Riens innocents, mais des riens moins que rien, La dernière heure étant là qui surveille

Tout autre soin dans l'homme en vérité! Gardez que trop chercher ne vous séduise Loin d'une sage et forte humilité... Le seul savant, c'est encore Moïse.

XI

Or, vous voici promus, petits amis, Depuis les temps de ma lettre première, Promus, disais-je, aux fiers emplois promis A votre thèse, en ces jours de lumière.

Vous voici rois de France! A votre tour! (Rois à plusieurs d'une France postiche, Mais rois de fait et non sans quelque amour D'un trône lourd avec un budget riche.)

A l'oeuvre, amis petits! Nous avons droit De vous y voir, payant de notre poche, Et d'être un peu réjouis à l'endroit De votre état sans peur et sans reproche.

Sans peur? Du maître? O le maître, mais c'est L'Ignorant-chiffre et le Suffrage-nombre, Total, le peuple, «un âne» fort «qui s'est Cabré», pour vous espoir clair, puis fait sombre.

Cabré comme une chèvre, c'est le mot. Et votre bras, saignant jusqu'à l'aisselle, S'efforce en vain: fort comme Béhémot, Le monstre tire... et votre peur est telle

Quand l'âne brait, que le voilà parti Qui par les dents vous boute cent ruades En forme de reproche bien senti... Courez après, frottant vos reins malades!

O Peuple, nous t'aimons immensément: N'es-tu donc pas la pauvre âme ignorante En proie à tout ce qui sait et qui ment? N'es-tu donc pas l'immensité souffrante?

La charité nous fait chercher tes maux, La foi nous guide à travers tes ténèbres. On t'a rendu semblable aux animaux, Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres.

L'orgueil t'a pris en ce quatre-vingt-neuf, Nabuchodonosor, et te fait paître, Ane obstiné, mouton buté, dur boeuf, Broutant pouvoir, famille, soldat, prêtre!

O paysan cassé sur tes sillons, Pâle ouvrier qu'esquinte la machine, Membres sacrés de Jésus-Christ, allons, Relevez-vous, honorez votre échine,

Portez l'amour qu'il faut à vos bras forts, Vos pieds vaillants sont les plus beaux du monde, Respectez-les, fuyez ces chemins tors, Fermez l'oreille à ce conseil immonde,

Redevenez les Français d'autrefois, Fils de l'Église, et dignes de vos pères! O s'ils savaient ceux-ci sur vos pavois, Leurs os sueraient de honte aux cimetières.

--Vous, nos tyrans minuscules d'un jour, L'énormité des actes rend les princes Surtout de souche impure, et malgré cour Et splendeur et le faste, encor plus minces,--

Laissez le règne et rentrez dans le rang. Aussi bien l'heure est proche où la tourmente Vous va donner des loisirs, et tout blanc L'avenir flotte avec sa fleur charmante

Sur la Bastille absurde où vous teniez La France aux fers d'un blasphème et d'un schisme, Et la chronique en de cléments Téniers Déjà vous peint allant au catéchisme.

XII

Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons Selon votre coutume, O Pères excellents qu'aujourd'hui nous perdons Pour comble d'amertume.

Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l'honneur, Et sa règle chérie, Et que de pleurs joyeux, et quels cris de bonheur Dans toute la patrie!

Vous reviendrez, après ces glorieux exils, Après des moissons d'âmes, Après avoir prié pour ceux-ci, fussent-ils Encore plus infâmes,

Après avoir couvert les îles et la mer De votre ombre si douce Et réjoui le ciel et consterné l'enfer, Béni qui vous repousse,

Béni qui vous dépouille au cri de liberté, Béni l'impie en armes, Et l'enfant qu'il vous prend des bras,--et racheté Nos crimes par vos larmes!

Proscrits des jours, vainqueurs des temps, non point adieu, Vous êtes l'espérance. A tantôt, Pères saints, qui nous vaudrez de Dieu Le salut pour la France!

Variante au 6e vers: Avec sa fleur chérie,

XIII

On n'offense que Dieu qui seul pardonne.

Mais On contriste son frère, on l'afflige, on le blesse. On fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse, Et c'est un crime affreux qui va troubler la paix Des simples, et donner au monde sa pâture, Scandale, coeurs perdus, gros mots et rire épais.

Le plus souvent par un effet de la nature Des choses, ce péché trouve son châtiment Même ici-bas, féroce et long communément. Mais l'_Amour_ tout-puissant donne à la créature Le sens de son malheur qui mène au repentir Par une route lente et haute, mais très sûre.

Alors un grand désir, un seul, vient investir Le pénitent, après les premières alarmes, Et c'est d'humilier son front devant les larmes De naguère, sans rien qui pourrait amortir Le coup droit pour l'orgueil, et de rendre les armes Comme un soldat vaincu, triste, de bonne foi.

O ma soeur, qui m'avez puni, pardonnez-moi!

XIV

Voix de l'Orgueil: un cri puissant, comme d'un cor. Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or. On trébuche à travers des chaleurs d'incendie... Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor.

Voix de la Haine: cloche en mer, fausse, assourdie De neige lente. Il fait si froid! Lourde, affadie, La vie a peur et court follement sur le quai Loin de la cloche qui devient plus assourdie.

Voix de la Chair: un gros tapage fatigué. Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être gai. Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces Où vient mourir le gros tapage fatigué.

Voix d'Autrui: des lointains dans les brouillards. Des noces Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces. Et tout le cirque des civilisations Au son trotte-menu du violon des noces.

Colères, soupirs noirs, regrets, tentations Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions Pour l'assourdissement des silences honnêtes, Colères, soupirs noirs, regrets, tentations,

Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes! Sentences, mots en vain, métaphores mal faites, Toute la rhétorique en fuite des péchés, Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes!

Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés. Mourez à nous, mourez aux humbles voeux cachés Que nourrit la douceur de la Parole forte, Car notre coeur n'est plus de ceux que vous cherchez!

Mourez parmi la voix que la prière emporte Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour, Mourez parmi la voix que la prière apporte,

Mourez parmi la voix terrible de l'Amour!

XV

Va ton chemin sans plus t'inquiéter! La route est droite et tu n'as qu'à monter, Portant d'ailleurs le seul trésor qui vaille Et l'arme unique au cas d'une bataille, La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi.

Surtout il faut garder toute espérance, Qu'importe un peu de nuit et de souffrance? La route est bonne et la mort est au bout. Oui, garde toute espérance surtout, La mort là-bas te dresse un lit de joie.

Et fais-toi doux de toute la douceur. La vie est laide, encore c'est ta soeur. Simple, gravis la côte et même chante Pour écarter la prudence méchante Dont la voix basse est pour tenter ta foi.

Simple comme un enfant, gravis la côte, Humble comme un pécheur qui hait la faute, Chante, et même sois gai, pour défier L'ennui que l'ennemi peut t'envoyer Afin que tu t'endormes sur la voie.

Ris du vieux piège et du vieux séducteur, Puisque la Paix est là, sur la hauteur, Qui luit parmi les fanfares de gloire. Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire, Déjà l'Ange Gardien étend sur toi

Joyeusement des ailes de victoire.

XVI

Pourquoi triste, ô mon âme, Triste jusqu'à la mort, Quand l'effort te réclame, Quand le suprême effort Est là qui te réclame?

Ah! tes mains que tu tords Au lieu d'être à la tâche, Tes lèvres que tu mords Et leur silence lâche, Et tes yeux qui sont morts!

N'as-tu pas l'espérance De la fidélité, Et, pour plus d'assurance Dans la sécurité, N'as-tu pas la souffrance?

Mais chasse le sommeil Et ce rêve qui pleure. Grand jour et plein soleil! Vois, il est plus que l'heure: Le ciel bruit vermeil,

Et la lumière crue Découpant d'un trait noir Toute chose apparue Te montre le Devoir Et sa forme bourrue.

Marche à lui vivement, Tu verras disparaître Tout aspect inclément De sa manière d'être, Avec l'éloignement.