Poèmes: Les bords de la route. Les Flamandes. Les Moines

Part 7

Chapter 73,425 wordsPublic domain

Son esprit lumineux, telle une aube pascale, Jette des feux pieux comme des fleurs de ciel; Il marche sans péché, ni désir véniel, Comme en une fraîcheur de paix dominicale.

Heureux le moine saint s'abattant à genoux, Devant ta croix, dressant au ciel ses larges charmes, Et qui lave ton nom avec les mêmes larmes Que nous prostituons à nos douleurs à nous.

Son coeur est tel qu'un lac dans la montagne blanche, Qui réverbère en ses pâles miroirs dormants Et ses vagues de prisme emplis de diamants Toute clarté de Dieu qui sur terre s'épanche.

Heureux le moine rude, ardent, terrible, amer, Dont le sang se déperd aux larmes des supplices, Dont la peau se lacère aux griffes des cilices Et qui traîne vers toi les loques de sa chair.

Pour en tordre le mal, ses mains tortionnaires Ont d'un si noir effort étreint son corps pâmé, Qu'il n'est plus qu'âme enfin et qu'il vit sublimé, Tout seul, comme un rocher meurtri par les tonnerres.

Heureux les moines grands, heureux tous ceux qui vont Là-bas, en des chemins de paix et de prière, Les regards aimantés par la vague lumière Qui se fait deviner par delà l'horizon.

LES CONVERSIONS

I

De quels horizons noirs ou de quels lointains d'or Accourez-vous au seuil du cloître aride et terne, Grands ascètes chrétiens, qui seuls tenez encor, Debout, votre Dieu mort, sur le monde moderne?

Toi, moine âpre et superbe et grand, moine-flambeau, Moine silencieux, dont l'âme exaspérée Et ténébreuse a pris le cloître pour tombeau, Depuis que Dieu parut dans ta vie effarée, Comme une torche en feu sur l'horizon des soirs, Ta volonté d'airain superbement maîtresse A dompté tes désirs, à bridé tes espoirs Et fait crier ton coeur d'angoisse et de détresse. Mais ton humilité, c'est encor de l'orgueil: Tu restes roi, dans ta servitude claustrale, Dans ton obéissance à tous et dans ton deuil. La règle en sa vigueur grave et préceptorale, Dont les convers pieux suivent les sentiers d'or, Tu l'exagères tant que c'est toi qui domines. Ton front est fier, tes yeux victorieux encor, Les lins de tes manteaux ont des blancheurs d'hermines, Tu porteras, un jour, la crosse et le camail, Et tes frères craindront tes images catholiques, Loup superbe, rentré géant dans le bercail. Oh! quel effondrement d'espoirs hyperboliques, Et quels rêves tués doivent joncher ton coeur, Et quel rouge brasier doit enflammer ton torse, Et quel étreignement doit te saisir, vainqueur, Et te sécher la langue et te briser la force Quand tu songes, le soir, aux jours qui sont passés!

Tu montais autrefois aux palais de la vie. Le cerveau grandiose et les sens embrasés; Les beaux désirs ainsi qu'une table servie S'étalaient devant toi sur des terrasses d'or; Des escaliers, dont les marches comme des glaives Tournoyaient en spirale au fond du grand décor, Servaient aux pieds ailés et joyeux de tes rêves, Des sites langoureux et les vagues halliers, Où flottaient doucement les écharpes des brumes, Se découvraient du haut de superbes paliers, Et des femmes, traînant leurs robes en écumes Derrière elles, penchaient sous des vélums lascifs Toute leur chair vers tes amours et tes victoires. Oh ! que de seins tendus et de corps convulsifs Tes beaux bras ont plies dans leurs étreintes noires Et tes baisers mordus pendant tes nuits d'ardeur! Quel cortège voilé de pâles amoureuses Ton souvenir éclaire à son flambeau rôdeur. Et quels sanglots plaintifs d'éternelles pleureuses Ton âme entend là-bas, au fond des soirs, gémir! Mais tous ces désespoirs et toutes ces colères Tu les veux, tu les dois, hors de ton coeur, vomir, Et ton torse puissant, chargé de scapulaires, Ne peut plus rien garder de sa folie en soi. L'Église te proclame et t'appelle et t'élève; Demain tu seras fort et solennel, la foi Sera, comme un drapeau gonflé d'orgueil, ton rêve.

II

Toi, ton songe volait vers l'infini, tu fus Quelque chercheur ardent, profond et solitaire, Dans la science humaine et ses dogmes reclus. Ton cerveau flambloyait aux choses de la terre, Chaque minuit, quand sur les lacs pâles des cieux, Comme de grands lotus blanchissaient les étoiles, Tu regardais s'ouvrir la floraison des feux; Elles étaient pour toi sans mystères, ni voiles. Et tu prenais pitié des pâtres pèlerins Dont l'âme avait tremblé devant ces fleurs fatales. Toi, tu savais leur vie et marquais leurs destins, Tes yeux avaient scruté leurs flammes végétales Et ton esprit, hanté d'aurore et d'avenir, Avait montré par où les rouges découvertes, Avec leurs torches d'or, un jour, devraient venir, Lorsque, soudain, passa dans les plaines désertes, Où ton rêve volait comme un aigle, au milieu Des suprêmes effrois et des blêmes vertiges, Un vent qui t'abattit aux pieds d'airain de Dieu.

Ton front resta pâli de ces brusques prodiges, Ton coeur se dégonfla de folie et d'orgueil, Tu sentis le néant du mal et de l'envie Et tes pas retournés te menèrent au seuil Du cloître, où l'homme habite au delà de la vie.

III

Et toi, tu fus conquis par l'immobilité Et le vide du cloître et les poids de silence Qui pesant sur le coeur lèvent la volonté. Les hommes te lassaient avec leur turbulence Et leur clameur banale et leurs oeuvres d'un jour. Tes bras s'étaient meurtris à tordre des chimères, Tes mains à pavoiser de tes désirs l'amour. La vie, âpre total de nombres éphémères, Tu ne la fixas plus que d'un regard d'adieu. Et t'en allant, chargé d'orgueil et de pensée, Loin du monde roulant sans idéal, sans Dieu, Chrétien, tu ravalas ta suprême nausée. Tu te marmorisas depuis et ton cerveau Devint tranquille et pur et d'égale lumière. Comme une lampe d'or aux parois d'un caveau, Tu suspendis ton âme au temple, et ta prière Y consuma son feu d'argent; ton front dompté Ne s'appesantit plus sous la science vaine Et ton corps se figea, vêtu d'éternité. La nuit, quand tu songeais dans les stalles d'ebène, Immobile et muet, inflexible et serein, La foudre aurait roulé le long de la muraille Que rien n'eût remué dans ta pose d'airain. Tout ton esprit tendait vers l'ultime bataille, Et ta mort fut superbe et magnifiquement Tu fermas tes grands yeux aux choses de la terre Et le tombeau t'emplit de son isolement, Lutteur victorieux, tranquille et solitaire.

IV

Et toi, le sabre au poing tu courais dans la gloire, Au galop clair sonnant de ton étalon roux, Qui, les sabots polis et blancs comme l'ivoire, Sautait dans la mêlée et mordait de courroux Les nuages de poudre épars sur la bataille. Tu passais, cavalier nerveux et halé d'or, Aussi droit de fierté que superbe de taille, L'audace t'emportait, au vent de son essor, La peur ne mordait point tes moelles énergiques, Tu portais ton orgueil ainsi qu'un gonfanon, Et les soldats, épris de courages tragiques. Savaient quel large éclair passait dans ton renom.

Tu traversas ainsi des guerres et des guerres Et des assauts et des haines et des amours.

Maintenant les combats sont choses de naguères Et ta vie a changé comme un fleuve de cours.

Et c'est toi que l'on voit là-bas, avec ta gaule, Front nu, le corps étroit dans ton manteau ballant, Arc-bouté de la main contre le tronc d'un saule, Tenir sous garde et suivre au loin ton troupeau blanc De vaches et de porcs baignés de brume rose, Tes génisses paissant sur les terreaux déserts Et tes grands boeufs, tassant leur croupe grandiose, Dans la levée en fleur des longs herbages verts.

Et tel, moine soumis, qui vis auprès des bêtes, Qui, repentant, as pris le chemin de la Foi, Tu laisses la nature et son deuil et ses fêtes Entrer avec son calme et sa douceur en toi. Pourtant, quand tu reviens, le soir, vers l'oratoire Et que dorment déjà les étables, parfois Un clairon très lointain sonne dans ta mémoire Le défilé guerrier des choses d'autrefois, Et ton esprit s'échauffe à ces soudains mirages Et tes yeux, réveillés de leur claustral sommeil, Suivent longtemps, là-bas, la charge des nuages, Qui vont les flancs troués des glaives du soleil.

SOIR RELIGIEUX

Un silence souffrant pénètre au coeur des choses, Les bruits ne remuent plus qu'affaiblis par le soir, Et les ombres, quittant les couchants grandioses, Descendent, en froc gris, dans les vallons s'asseoir.

Un grand chemin désert, sans bois et sans chaumières, A travers les carrés de seigle et de sainfoin, Prolonge en son milieu ses deux noires ornières Qui s'en vont et s'en vont infiniment au loin.

Dans un marais rêveur, où stagne une eau brunie, Un dernier rais se pose au sommet des roseaux; Un cri grêle et navré, qui pleure une agonie, Sort d'un taillis de saule oui nichent des oiseaux;

Et voici l'angelus, dont la voix tranquillise La douleur qui s'épand sur ce mourant décor, Tandis que les grands bras des vieux clochers d'église Tendent leur croix de fer par-dessus les champs d'or.

LES MATINES

Moines, vos chants d'aurore ont des élans d'espoir, Et des bruits retombants de cloche et d'encensoir:

Quand les regards, suivant leur route coutumière, Montent vers les sommets chercher de la lumière;

Quand le corps, dégourdi des langueurs du réveil, Comme un jardin d'été se déplie au soleil;

Quand le cerveau, tiré des sommeils taciturnes, Secoue au seuil du jour ses visions nocturnes,

Quand il reprend sur lui la charge de penser, Et que l'aube revient d'orgueil le pavoiser;

Quand l'amour, revenu des alcôves aux plaines, Berce des oiseaux d'or dans ses douces haleines;

Quand peuplant de regards les loins silencieux, Les souvenirs charmeurs nous fixent de leurs yeux;

Quand notre corps se fond dans la volupté d'être Et que de nouveaux sens lui demandent à naître:

Moines, vos chants d'aurore ont des élans d'espoir Et des bruits retombants de cloche et d'encensoir.

LES VÊPRES

Moines, vos chants du soir roulent parmi leurs râles Le flux et le reflux des douleurs vespérales.

Lorsque dans son lit froid, derrière sa cloison, Le malade redit sa dernière oraison;

Lorsque la folie arde au coeur les lunatiques, Et que la toux mord à la gorge les étiques;

Lorsque les yeux troublés de ceux qui vont mourir, Tout en songeant aux vers, voient le couchant fleurir;

Lorsque pour les défunts, que demain l'on enterre, Les fossoyeurs, au son du glas, remuent la terre;

Lorsque dans les maisons closes on sent les seuils Heurtés lugubrement par le coin des cercueils;

Lorsque dans l'escalier étroit montent les bières Et que la corde râcle au ras de leurs charnières;

Lorsqu'on croise à jamais, dans la chambre des morts, Le linceul sur leurs bras, leurs bras sur leurs remords;

Lorsque les derniers coups de la cloche qui tinte Meurent dans les lointains, comme une voix éteinte,

Et qu'en fermant les yeux pour s'endormir, la nuit Etouffe, entre ses cils, la lumière et le bruit:

Moines, vos chants du soir roulent parmi leurs râles Le flux et le reflux des douleurs vespérales.

MÉDITATION

Heureux ceux-là, Seigneur, qui demeurent en toi: Le mal des jours mauvais n'a point rongé leur âme, La mort leur est soleil et le terrible drame Du siècle athée et noir n'entame point leur foi.

Tout oeuvre se disjoint, toute gloire s'efface; Ce que sont devenus les claironneurs d'orgueil, Demandez-le, vous tous, qui franchissez le seuil De leurs tombeaux, aux vers qui leur rongent la face.

Les jours sont engloutis par les prompts lendemains; Toute joie entre une heure et s'éloigne et s'exile, Vous qui marchez, serrant votre bonheur stérile, Déjà le dégoût coule et sort d'entre vos mains.

Toute science enferme au fond d'elle le doute, Comme une mère enceinte étreint un enfant mort, Vous qui passez, le pied hardi, le torse fort, Chercheurs, voici le soir qui vous barre la route.

Toute chair est fragile et son déclin est tel Que jeune, elle est déjà maudite en ses vertèbres; Quels crocs ont déchiré l'orgueil des seins célèbres? Vous qui passez, songez aux chiens de Jézabel!

AGONIE DE MOINE

Faites miséricorde au vieux moine qui meurt, Et recevez son âme entre vos mains, Seigneur.

Quand ses maux lui crieront que sa vie en ce monde A fini de creuser son ornière profonde;

Quand ces regards vitreux, obscurcis et troublés, Enverront leurs adieux vers les cieux étoilés;

Quand se rencontrera dans les affres des fièvres, Une dernière fois, votre nom sur ses lèvres;

Quand il s'affaissera pâle, brisé d'effort, La chair épouvantée à l'aspect de la mort;

Quand, l'esprit obscurci du travail des ténèbres. Il cherchera la croix avec des mains funèbres;

Quand on recouvrira de cendres son front ras Et que pour bien mourir on croisera ses bras;

Quand on lui donnera pour suprême amnistie, Pour lampe de voyage et pour soleil l'hostie;

Quand les cierges veillants pâliront de lueurs Son visage lavé des dernières sueurs;

Quand on abaissera sa tombante paupière, A toute éternité, sur son lobe de pierre;

Quand, raides et séchés, ses membres verdiront. Et que les premiers vers en ses flancs germeront;

Quand on le descendra, sitôt la nuit tombée, Parmi les anciens morts qui dorment sous l'herbée;

Quand l'oubli prompt sera sur sa fosse agrafé, Comme un fermoir de fer sur un livre étouffé:

Faites miséricorde à son humble mémoire, Seigneur, et que son âme ait place en votre gloire!

MORT CHRÉTIENNE

Qu'il te soit fait hommage et gloire, ô mort chrétienne! Parmi les biens du temps seule réalité, Seul pain spirituel dont le coeur entretienne, Sur la terre, son fixe orgueil d'éternité;

Qu'il te soit fait hommage et gloire, ô mort austère, A toute heure qui vient et passe, à tout moment, Toi, dont l'autel d'ébène appuyé sur la terre Mêle sa flamme à la pâleur du firmament.

Qu'il te soit fait hommage à travers les années, Grave ensevelisseuse! O mort! O noir amour! Qui dans tes maigres mains détiens les destinées Et qui remplis de ciel les yeux défunts au jour;

Qu'on te louange! mort pieuse et baptisée! Mort, qui portes en toi la tristesse des soirs, Mort sereine, gerbant au fond de la pensée, Dans les vallons du coeur, la moisson des lys noirs.

Mort des moines, mort des martyrs et mort des vierges, Hosannas traversant d'un vol les cieux hautains, O mort, ceinte de feux, de prière et de cierges, mort qui fais la vie! O mort qui fais les saints!

Le juste ne craint pas ta fidélité sombre, Il regarde au delà des horizons flottants: Que sont les ans? Une ombre errant après une ombre Dans le brouillard trompeur de l'espace et du temps.

LE CIMÉTIÈRE

Sous ce terrain perdu que les folles avoines Et les chiendents et les sainfoins couvrent de vert, On enterrait--voici quatre siècles--des moines Les mains jointes, le front du capuchon couvert, Le corps enveloppé de la pudeur des laines. Ils s'endormaient dans un calme sacerdotal Et rien ne leur venait ni des mers, ni des plaines, Qui pût troubler leur long sommeil horizontal. Alors comme aujourd'hui, les larges moissons mûres Charriaient leur marée autour des loins d'argent, Où luisaient des clochers ainsi que des armures. L'enclos funèbre avait le même aspect changeant, La terre ocreuse était de micas chatoyée, La même croix d'airain, que midi faisait d'or, Tenait sur ses grands bras sa douleur déployée Et semblait un oiseau qui prend un tel essor Qu'il atteindra le ciel, d'un seul coup d'aile immense.

Depuis, les morts nouveaux ont écrasé les vieux Et toujours cet enclos que le deuil ensemence S'étend, vierge et muet, vide et silencieux, Mêlant et remêlant les cendres aux poussières, Les défunts aux défunts, les débris aux débris, Sous le même soleil et les mêmes prières; Toujours les blés houleux entourent son mur gris. Toujours sous le manteau de ses folles avoines, De ses chiendents soyeux et de son gazon vert, Il tient caché les corps des abbés et des moines, Les mains jointes, le front du capuchon couvert. Et cette antiquité de deuil réglementaire, Ces mêmes morts toujours à d'autres succédant, Qui rendirent jadis cet enclos légendaire, Ont maintenu, dans notre âge de doute ardent, Autour du deuil chrétien de ces trépas superbes, Mystérieusement couchés dans ce coin noir. Les mêmes bruits pieux de vent parmi les herbes Et d'oiseaux clairs rythmant leurs chansons dans le soir. Pourtant, par les beaux mois d'été glacés de lune, Sous un ciel reluisant d'or et d'argent poli, Ce lieu répand encor sa hantise importune. Et lorsque les brouillards montent du sol pâli Et s'étendent, sur les tombes, en blanc suaire. On voit, là-bas, de grands moines se rassembler, Se saluer le front par terre et s'en aller Par la vague terreur de la nuit mortuaire.

AUX MOINES

Et maintenant, pieux et monacaux ascètes, Qu'ont revêtus mes vers de longs et blancs tissus, Hommes des jours lointains et morts, hommes vaincus Mais néanmoins debout encor, hommes poètes, Qui ne souffrez plus rien de nos douleurs à nous, Rien de notre orgueil roux, rien de notre paix noire, Qui vivez les yeux droits sur votre Christ d'ivoire, Tel que vous devant lui, l'âme en flamme, à genoux, Le front pâli du rêve où mon esprit s'obstine, Je vivrai seul aussi, tout seul, avec mon art, Et le serrant en mains, ainsi qu'un étendard, Je me l'imprimerai si fort sur la poitrine, Qu'au travers de ma chair il marquera mon coeur. Car il ne reste rien que l'art sur cette terre Pour tenter un cerveau puissant et solitaire Et le griser de rouge et tonique liqueur.

Quand tout s'ébranle ou meurt, l'Art est là qui se plante Nocturnement bâti comme un monument d'or, Et chaque soir, que, dans la paix, le jour s'endort, Sa muraille en miroir grandit étincelante Et d'un reflet rejette au ciel le firmament. Les poètes, venus trop tard pour être prêtres, Marchent vers les lueurs qui tombent des fenêtres Et reluisent ainsi que des plaques d'aimant. Le dôme ascend si haut que son faîte est occulte, Les colonnes en sont d'argent et le portail Sur la mer rayonnante ouvre au loin son vantail Et le plain-chant des flots se mêle aux voix du culte. Le vent qui passe et qui s'en vient de l'infini Effleure avec des chants mystérieux et frêles Les tours, les grandes tours, qui se toisent entre elles Comme des géants noirs de force et de granit, Et quiconque franchit le silence des porches N'aperçoit rien, sinon, au fond, à l'autre bout, Une lyre d'airain qui l'attend là, debout, Immobile, parmi la majesté des torches.

Et ce temple toujours pour nous subsistera Et longtemps et toujours luira dans nos ténèbres, Quand vous, les moines blancs, les ascètes funèbres Aurez disparu tous en lugubre apparat, Dans votre froc de lin et votre aube mystique, Au pas religieux d'un long cortège errant, Comme si vous portiez à votre Dieu mourant, Au fond du monde athée, un dernier viatique.

SOIR RELIGIEUX

Près du fleuve roulant vers l'horizon ses ors Et ses pourpres et ses vagues entre-frappées, S'ouvre et rayonne, ainsi qu'un grand faisceau d'épées, L'abside ardente avec ses sveltes contreforts.

La nef allume auprès ses merveilleux décors: Ses murailles de fer et de granit drapées, Ses verrières d'émaux et de bijoux jaspées Et ses cryptes, où sont couchés des géants morts;

L'âme des jours anciens a traversé la pierre De sa douleur, de son encens, de sa prière Et resplendit dans les soleils des ostensoirs;

Et tel, avec ses toits lustrés comme un pennage, Le temple entier paraît surgir au fond des soirs, Comme une châsse énorme, où dort le moyen âge.

* * * * *

TABLE

LES BORDS DE LA ROUTE

_DÉCORS TRISTES_

LE GEL

LES BRUMES

SUR LA COTE

LES CORNEILLES

VAGUEMENT

VÉNUS ARDENTE

LES CIERGES

_KATO_

HOMMAGE

CANTIQUES

AU CARREFOUR DE LA MORT

_FRESQUES_

LES VIEUX BOIS

SOUS LES PRÉTORIENS

LÉGENDES

LES PREUX

SOIR DE CAVEAU

ARTEVELDE

LA NUIT

APREMENT

LA GRILLE

OBSCURÉMENT

LES HORLOGES

MINUIT BLANC

PARABOLE

LA BARQUE

_LES PAROLES MORNES_

DES SOIRS

SAIS-JE OU?

COMME TOUS LES SOIRS

L'HEURE MAUVAISE

LES RIDEAUX

VERS

SONNET

LA-BAS

SILENCIEUSEMENT

UN SOIR

QUELQUES-UNS

* * * * *

LES FLAMANDES

LES VIEUX MAITRES

LA VACHÈRE

ART FLAMAND

LES PLAINES

KATO

LA FERME

L'ENCLOS

DIMANCHE MATIN

LES GRANGES

LES VERGERS

L'ABREUVOIR

LE LAIT

LES GUEUX

LES PORCS

CUISSON DU PAIN

LES RÉCOLTES

LA GRANDE CHAMBRE

LA CUISINE

LES GRENIERS

L'ÉTABLE

LES ESPALIERS

EN HIVER

TRUANDAILLES

LA VACHE

LES PAYSANS

MARINES

AMOURS ROUGES

LES FUNÉRAILLES

LES VIEILLES

AUX FLAMANDES D'AUTREFOIS

* * * * *

LES MOINES

LES MOINES

VISION

SOIR RELIGIEUX

LES CRUCIFÈRES

SOIR RELIGIEUX

MOINE ÉPIQUE

MOINE DOUX

FÊTES MONACALES

L'HÉRÉSIARQUE

LES CLOITRES

CROQUIS DE CLOITRE

MOINE SIMPLE

AUX MOINES

CROQUIS DE CLOITRE

SOIR RELIGIEUX

CROQUIS DE CLOITRE

RENTRÉE DES MOINES

CROQUIS DE CLOITRE

MOINE SAUVAGE

SOIR RELIGIEUX

MOINE FÉODAL

CROQUIS DE CLOITRE

UNE ESTAMPE

CROQUIS DE CLOITRE

MÉDITATION

LES CONVERSIONS

SOIR RELIGIEUX

LES MATINES

LES VÊPRES

MÉDITATION

AGONIE DE MOINE

MORT CHRÉTIENNE

LE CIMÉTIÈRE

AUX MOINES

SOIR RELIGIEUX