Poèmes et Poésies Traduction précédée d'une étude par Paul Gallimard
Part 9
A un Avenir serein sa renommée chérie! Alors il y avait des faunes et des satyres s'efforçant D'atteindre des pommes gonflées, avec des bonds joyeux Et des doigts avides, parmi les touffes succulentes Des feuilles de vigne. Là s'élevait à la vue un temple De marbre veiné, vers lequel une troupe De nymphes s'avançait noblement sur le gazon: L'une, la plus séduisante, étend sa main droite Vers l'éblouissant lever du soleil; deux sœurs adorables Inclinent leurs gracieuses figures jusqu'à se rencontrer Au-dessus des gambades d'un petit enfant; D'autres écartent curieusement l'agreste Et pénétrante liquidité du chalumeau trempé de buée. Regardez! voici un autre tableau: des Nymphes essuient Avec soin les membres rosés de Diane; La bordure d'un pré pareil à un manteau de verdure s'avance dans l'eau Et s'y baigne; elle suit mollement le mouvement De l'onde cristalline qui la supporte. De même l'océan Soulève en un lent gonflement sa large surface par dessus Les grèves rocheuses, et balance chaque fois Les dociles broussailles, qui sans être détruites par l'écume Ressentent toute la puissance des vagues, leur demeure. La pensive tête de Sapho était là souriante à demi Sans cause; comme si justement le sérieux froncement Causé par la réflexion avait en ce moment quitté Son front et l'avait laissée seule.
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Alfred-le-Grand aussi, les yeux inquiets, pleins de pitié, Comme s'il écoutait éternellement les soupirs Du monde affolé; et Kociusko torturé D'horribles souffrances--terriblement désolé.
Pétrarque, émergeant de l'ombre verdoyante Tressaille à la vue de Laure sans pouvoir détacher Ses yeux du visage aimé. Heureux sont-ils! Car au-dessus d'eux on distinguait un libre déploiement D'ailes étendues entre lesquelles brillait La figure de la Poésie: du haut de son trône Elle regardait des choses que je pourrais à peine citer. Le véritable sens de l'état dans lequel je me trouvais pourrait bien Tenir le Sommeil éloigné; mais en plus vinrent alors Pensées sur pensées qui nourrirent la flamme Dans mon sein, de sorte que la lumière matinale Me surprit justement après une nuit d'insomnie; Et je me levai réconforté, satisfait, gai, Résolu de commencer ce jour même Ces lignes; et de quelque façon qu'elles soient venues, Je les laisse comme fait un père pour son fils.
1819.
[1] Littéralement: limitée, bornée.
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ENDYMION[1]
Dédié à la mémoire de THOMAS CHATTERTON.
_LIVRE PREMIER_
--Une chose de beauté est une joie éternelle; Son charme s'accroît; jamais elle ne Rentrera dans le néant; toujours au contraire elle nous assurera Une retraite paisible, un sommeil Plein de doux rêves, la santé, une respiration égale. Aussi, chaque matin, tressons-nous Une guirlande de fleurs qui nous enchaîne sur la terre,
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En dépit du découragement, de l'inhumaine disette De nobles créatures, des jours tristes, De toutes les routes pestilentielles et enténébrées S'ouvrant à nos recherches: oui, en dépit de tout, Une forme quelconque de beauté rejette le crêpe Loin de nos esprits assombris. Tels le soleil, la lune, Les arbres vieux et jeunes, qui prodiguent leur ombre bienfaisante Pour une simple brebis; tels les narcisses Dans leur séjour verdoyant; et les clairs ruisseaux Que défendent les buissons rafraîchissants Contre la saison chaude; la fougère au cœur de la forêt, Richement tachetée comme de belles roses mousses: Telle aussi la grandeur des jugements Que nous avons portés sur nos morts illustres; Tous les contes délicieux que nous avons lus ou entendus: Fontaine inépuisable nous dispensant un immortel Breuvage dont la source est au ciel.
Et nous n'éprouvons pas simplement ces sensations Pour une heure rapide; non, de même que les arbres Bruissant autour d'un temple deviennent bientôt Aussi vénérés que le temple lui-même, de même fait la lune, La passion pour la poésie, gloires infinies, qui Nous hantent jusqu'à ce qu'elles deviennent une lueur consolatrice
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S'insinuant dans nos âmes, et se liant si intimement à nous, Que, brillantes ou sombres, Toujours elles devront demeurer en nous, sinon nous mourrons.
--C'est donc avec une allégresse infinie que je Retracerai l'histoire d'Endymion. La musique même du nom a pénétré Dans mon être, et chaque riante scène Surgit devant moi aussi fraîche que la verdure De nos propres vallées: aussi vais-je commencer Maintenant que je n'entends pas le vacarme de la ville, Maintenant que les premiers bourgeons viennent d'éclore, Et se répandent en couleurs de la nuance la plus tendre A travers la vieille forêt; pendant que le saule traîne Jusqu'à terre ses fines branches; et que la laitière Rentre chez elle, le seau plein de lait. Et, tandis que l'année Gonfle les tiges d'un suc abondant, je gouvernerai doucement Mon petit esquif, pendant maintes heures calmes, Au fil de l'eau coulant dans la profondeur des frais bocages. Plus d'un vers j'espère écrire, Avant que les blanches pâquerettes cerclées de vermillon,
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Soient cachées sous l'épaisseur de l'herbe. Avant aussi que les abeilles Bourdonnent autour des trèfles globulaires et des pois de senteur, Je devrai avoir conté la moitié de mon récit. Oh! puisse aucune saison d'hiver, chenue et dépouillée. Ne la trouver à demi-terminée: mais que le fier Automne Qui teinte d'or mat la nature entière Soit l'époque où j'écrirai la fin. Et maintenant, d'un cœur aventureux, je fais voler Ma pensée en héraut à travers le désert: Que les trompettes sonnent, qu'aussitôt Ma route incertaine se pare de verdure, pour que je puisse rapidement Avancer sans encombre, foulant fleurs et ronces!
Sur les flancs du Latmos s'étendait Une puissante forêt, tant la terre humide nourrissait Plantureusement les racines cachées et les transformait En branches retombantes et en fruits précieux. Là se trouvaient d'épais ombrages sequestrés dans les profondeurs Où jamais l'homme ne pénétrait; et si hors de la garde du berger Un agneau s'égarait au loin dans les bas-fonds de ces gorges retirées, Jamais plus il ne revoyait les parcs hospitaliers Dans lesquels ses frères, bêlant de contentement,
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Sur le sommet des collines rentraient à chaque tombée de la nuit. Parmi les bergers c'était une croyance Qu'aucun agneau laineux qui se séparait ainsi De sa blanche famille, ne passait sans être épargné Par le loup affamé ou le léopard au regard scrutateur Avant d'atteindre quelque plaine inviolée, Où se nourrissaient les troupeaux de Pan: toujours grands étaient les gains De celui qui perdait un agneau ainsi. De nombreux sentiers Serpentaient à travers les glorieuses fougères et les joncs des marais Et les bancs de lierre; tous conduisaient agréablement A une vaste clairière d'où on pouvait voir Des troncs se pressant alentour entre les ondulations Du gazon et les branches inclinées: qui pourrait dépeindre La fraîcheur de la voûte céleste en cet endroit, Sur laquelle se découpaient les cimes sombres des arbres? Une colombe Se serait plu à la sillonner fréquemment de ses ailes, et souvent aussi Un nuage léger en aurait traversé le bleu.
Au centre même de ce site radieux S'érigeait un autel de marbre, orné d'un feston De fleurs nouvellement écloses; et la rosée Avec une féérique fantaisie avait jonché
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De marguerites, la veille au soir, la pelouse sacrée Ainsi parée pour recevoir solennellement la lumière de l'aube. Car c'était le matin: du haut du ciel le feu d'Apollon Transformait chaque nuage de l'Orient en bûcher argenté D'un éclat si transparent que, là, Une âme mélancolique aurait pu gagner L'oubli, et dissoudre sa fine essence Dans le vent; la senteur humide de l'églantine Tempérait l'ardeur de ce soleil si caressant; L'alouette était perdue en lui; les froides sources couraient Chauffer sur le gazon leurs bouillonnements glacés; Des voix d'hommes vibraient sur les montagnes; enfin Décuplées étaient les pulsations de la masse vivante de la nature et de ses merveilles A sentir ce lever de soleil et ses gloires antiques.
* * * * *
[_Arrive le cortège des bergers qui célèbrent la fête de Pan._]
En avant dansaient de jeunes vierges montrant le chemin, Répétant les refrains des chansons pastorales; Chacune avait au front une couronne de rameaux De la couleur tendre d'Avril: tout près, en ordre, Une troupe de bergers, la figure brunie Tels qu'on les voit dans les récits d'Arcadie;
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Ou tels ceux qui s'asseyaient autour du pipeau d'Apollon Lorsque ce grand Dieu, sur la terre chargée de moissons, Oubliant sa divinité, épanchait son âme En musique, à travers les vallées Thessaliennes: Les uns traînaient indolemment leurs houlettes sur le gazon, Et d'autres tiraient des sons perçants ou veloutés De leurs flûtes d'ébène: immédiatement après eux Sortant des profondeurs de la forêt, Un vénérable prêtre suffisamment replet Attirait les regards par sa solennité: ses yeux sans cesse Demeuraient attachés sur l'herbe du sol, Que derrière lui courbait la traîne de sa robe sacrée. Dans sa main droite se balançait un vase, d'un ton laiteux, Rempli de vin mélangé, lançant de généreuses lueurs: Et de sa gauche il tenait un panier plein De toutes les herbes parfumées que le regard peut découvrir: Le thym sauvage, le muguet plus blanc encore Que l'amant de Léda, et le cresson du ruisseau. Sa tête blanchie, ornée d'une guirlande de hêtre, Semblait un dôme de lierre enserré Par le froid hivernal. Puis venait une autre troupe De bergers qui faisaient retentir alternativement Les couplets de la chanson. Après eux apparut, Suivi par la foule qui élevait
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Sa voix jusqu'aux nuages, un char finement sculpté Et roulant si mollement qu'à peine entravait-il La liberté de trois coursiers tachetés de brun: Celui qui les conduit semble jouir d'un grand renom Parmi la multitude. Sa jeunesse est en plein épanouissement, Tel Ganymède ayant atteint l'âge viril; Et pour ces temps primitifs, son costume était Celui d'un chef: sur sa poitrine, à demi-nue, Etait pendu un cor d'argent, et entre Ses genoux nerveux il maintenait un épieu acéré. Un sourire animait son visage; il semblait, Pour le commun des mortels, rêver Du repos divin dans les champs Elyséens: Mais de plus avisés pouvaient discerner Un trouble secret au frémissement de sa lèvre inférieure, Et remarquer que parfois les rênes glissaient De ses mains oublieuses; alors ils auraient soupiré En songeant aux feuilles jaunies, au cri du hibou Et aux bûches entassées pour le sacrifice. Hélas! O notre Endymion, pourquoi ta jeunesse dépérit-elle?
Bientôt l'assemblée, en cercle rangée, Demeurait silencieuse autour de l'autel: le regard de chacun Exprima soudain la vénération: les tendres mères Firent taire leurs enfants; tandis que les joues Rosées des vierges pâlirent légèrement de peur. Endymion aussi, sans égal dans la forêt,
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Se tenait debout, blême, hâve, la figure empreinte de respect, Au milieu de ses compagnons, les chasseurs de la montagne. Au centre, le vénérable prêtre Leur souriait à tous du plus grand au plus petit, Et après avoir levé au ciel ses mains ridées Il parla ainsi: «Hommes de Latmos! pasteurs Auxquels échoit la garde de milliers de moutons: Que vous descendiez des antres des rochers Qui dominent vos montagnes; que vous veniez Des vallées où le chalumeau retentit sans fin, Ou des plaines luxuriantes, où la fraîcheur de la brise caresse Délicatement la campanule bleue, où les genêts épineux Prodiguent leurs boutons d'or; qui veillez vos précieux troupeaux Paissant jusqu'à satiété sur les bords mêmes de la mer Là où les roseaux harmonieux frissonnent aux tristes mélodies Qu'en échos affaiblis chante la conque du vieux Triton. Mères et épouses! qui chaque jour préparez La besace et ce qu'il faut pour la montagne; Et vous toutes, gentilles vierges qui nourrissez de lait Les agneaux sans mère, et dans une mignonne coupe Conservez le miel choisi pour votre jeune fiancé: Oui, que chacun m'écoute! N'est-il pas vrai Que tous nos vœux sont dus à notre grand Dieu Pan?
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Nos génisses mugissantes ne reluisent-elles pas plus que Les champignons gonflés par la nuit? Nos vastes prairies Ne sont-elles pas tachetées d'innombrables toisons? La pluie Ne verdit-elle pas le gazon d'Avril? Aucun hurlement farouche N'épouvante nos timides brebis; et nous avons toujours joui De la grande faveur d'Endymion, notre maître. La terre est heureuse et la joyeuse alouette lance Sa chanson matinale à travers la fraîcheur du soleil, Dont l'éclat rayonne sur nos pieuses cérémonies.»
Il dit, et sur l'autel il fit jaillir en spirale Les doux parfums qui s'enflamment au feu sacré. Bientôt il arrosa l'herbe grasse et assoiffée Avec du vin en l'honneur du divin berger. Et pendant que le sol buvait, pendant Que les feuilles de laurier pétillaient, monceau odoriférant, Que l'encens scintillait à travers Le persil en cendres, et qu'une flamme brumeuse Teintait l'Orient de fumée, alors un chœur chanta:
«O toi, dont le palais grandiose a pour toit Des branches rongées par les ans, et de son ombre abrite Les éternels murmures, les tristesses, naissance, vie et mort De fleurs inconnues, et leur procure une paix immuable; Toi qui te plais à voir les hamadryades réparer
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Le désordre de leurs tresses dans les taillis épais des coudriers; Toi qui t'assieds pendant des heures solennelles, pour écouter La plaintive mélodie des roseaux courbés par le vent-- Dans les sites désolés, où une chaude moiteur donne Aux sapins siffleurs une étrange croissance; Tu songes alors quelle mélancolie pesa sur toi Lorsque tu perdis la belle Syrinx--entends-nous aujourd'hui, Par le front de ta nymphe au teint de lait! Par tous les dédales de sa fuite éperdue, Entends-nous, ô divin Pan!
«O toi! Dieu de la douce quiétude, pour qui les tourterelles Soupirent leurs duos passionnés parmi les myrtes, Tandis qu'à la tombée du jour tu erres Par les prés ensoleillés qui bordent la lisière De ton domaine moussu: O toi, à qui Les figuiers aux larges feuilles ont dès maintenant prédestiné Leur récolte mûrissante; les abeilles ceinturées d'or Leur miel blond; les prés de nos campagnes Les plus somptueuses fleurs de fèves et les coquelicots des blés; C'est pour toi que la linotte élève sa couvée Et lui enseigne le chant; que les fraises aux tiges rampantes
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Gardent l'été leur fraîcheur; l'essaim des papillons Ses ailes tachetées; que les tendres bourgeons du printemps S'épanouissent.--Parais à notre prière! Par la brise qui, sur les monts, incline les sapins, O divin forestier!
«Vers toi, les faunes et les Satyres accourent Pour te servir; soit qu'ils surprennent En leurs gîtes les lièvres à moitié assoupis; Soit qu'ils franchissent des précipices escarpés Pour arracher les malheureux agneaux à la serre des aigles; Ou que par un charme mystérieux ils fassent retrouver Aux bergers égarés le chemin du logis; Qu'ils s'ébattent à perdre haleine sur les rivages écumants Et choisissent les coquillages aux formes bizarres Pour que tu puisses les lancer dans les ondes des Naïades, Puis, de ta cachette, t'en moquer lorsqu'elles montrent la tête; Soit qu'ils t'égayent de leurs cabrioles fantasques Pendant qu'ils se jettent réciproquement à la tête Les glands argentés, et les pommes de pins roussâtres-- Par tous les échos qui vibrent autour de toi, Entends-nous, ô Faune Roi!
«O toi, qui écoutes le bruit clair des ciseaux, Tandis que, par intervalles vers ses compagnons tondus
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Un bélier retourne en bêlant: Toi qui sonnes du cor Lorsque les sangliers au farouche boutoir ravageant les tendres épis Enflamment le courroux du chasseur: qui de ton souffle protèges nos fermes, Pour en écarter les nielles, et tous les fléaux des tempêtes: Etrange auteur de bruits indéfinissables Qui se répercutent par monts et vaux, s'affaiblissent graduellement Et devenus soupirs meurent sur les landes stériles: Redoutable gardien des portes mystérieuses Qui s'ouvrent sur l'universel savoir--regarde, Fils puissant de Dryope, La foule de ceux qui viennent t'offrir leurs vœux Le front couronné de feuillages!
«Oh! sois toujours la retraite inaccessible Des pensées solitaires; telle par maints détours vous mènerait Une idée jusqu'au seuil du paradis, Et vous laisserait le cerveau désespéré: sois toujours le levain Qui fermente en ce monde bestial et grossier L'élève jusqu'au ciel--lui donne une vie nouvelle: Sois toujours un symbole d'immensité: Un firmament reflété sur l'infini des eaux; Un élément qui comble l'espace entre eux;
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Un inconnu--mais silence: humblement nous masquons Nos fronts de nos mains soulevées, nous courbant jusqu'à terre, Nous poussons des clameurs pour que l'Olympe entende, Et te conjurons d'exaucer notre hymne implorateur Du haut du Mont Lycée!»
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[_Cependant Endymion, le roi des bergers, est atteint d'une incurable mélancolie. Péona, sa sœur, lui arrache son secret et lui reproche un chimérique amour._]
Est-ce là la cause? Tout entière? Cependant n'est-il pas étrange, et triste hélas! Qu'un être, qui devrait passer sur cette terre Comme un demi-dieu dans son royaume, et laisser Son nom résonnant sur les cordes de la lyre, finisse Sans avoir été jamais plus qu'un barde en sa virginité, Chantant seul, et timidement:--comment le sang Abandonna ses pommettes juvéniles, comment il avait coutume de s'égarer Il ne savait pas où; et comment il répondrait, «non,» Si on lui affirmait que c'était l'amour: et cependant, c'était l'amour; Que pouvait-ce être si ce n'est l'amour? Comment une palombe Laissa tomber une aiguille d'if sur son chemin;
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Et comment il mourut; puis, que l'amour ravage Son gentil cœur, de même que les ouragans du Nord flétrissent les roses. Enfin que la ballade de sa triste vie se termine Par des soupirs, et un hélas! Endymion!
* * * * *
[_Celui-ci prend la défense de l'amour._]
«Peona! je n'ai jamais désiré étancher Ma soif pour les louanges du monde: rien de méprisable, Aucun fantôme endormeur, ne pourrait défiler Le tissu que j'ai obstinément ouvragé pour mon voyage-- Pourtant il est maintenant en morceaux; ma barque sans gouvernail Va tristement à la dérive: cependant mes espérances sublimes Visent un but trop élevé, trop au delà de l'arc-en-ciel Pour qu'elles puissent s'user sur cette myriade d'épaves terrestres. Où est le bonheur? En ce qui pousse Nos esprits dociles vers une union divine, Une union avec l'essence; jusqu'à ce que nous resplendissions Absolument transfigurés et libérés de l'espace. Contemple La claire religion du ciel! Enveloppe D'une feuille de rose ton doigt effilé, Et caresse tes lèvres: écoute, lorsque les accents aériens
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Et les baisers de la musique font résonner les libres vents, Lorsqu'avec une touche amoureuse ils détachent La harpe Eolienne de son écaille transparente: Alors de vieilles chansons s'éveillent hors des sépulcres entr'ouverts; De vieilles ballades soupirent au-dessus de la tombe de l'aïeul; Des fantômes de mélodieuses prophéties délirent Autour de chaque empreinte qu'a laissée le pied d'Apollon; La fanfare des clairons s'éveille, puis mollement s'éteint, Là où longtemps auparavant s'était livrée une bataille géante; Et, de la terre, s'exhale une berceuse A chaque place où le jeune Orphée dormait. Ressentons-nous ces choses?--en ce moment nous sommes entrés Dans une sorte d'unité, et notre état Est celui d'esprits qui flottent. Mais il y a Des enchevêtrements plus compliqués, des entraves S'entredétruisant bien davantage, et conduisant, par degrés A la plus extrême intensité: leur couronne Est tressée d'amour et d'amitié, et siège haut Sur le front de l'humanité. Sa valeur la plus pesante et la plus volumineuse Est l'amitié d'où émane sans cesse Une splendeur persistante; mais au sommet, Est suspendue, par d'invisibles fils, une sphère
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De lumière, c'est l'amour: son influence, Frappant nos yeux, engendre un sens nouveau, Qui nous agite et nous use; jusqu'à ce qu'enfin Nous dissolvant dans son rayonnement, nous nous confondions, Nous mêlions, nous en devenions une partie-- Avec rien d'autre notre âme ne peut se lier Aussi rapidement: quand nous nous combinons de la sorte, La vie s'alimente de sa propre substance, Et nous sommes nourris comme la couvée du pélican. Ah! si délicieuse est cette nourriture qui ne rassasie pas, Que les hommes, qui auraient pu planer dans le van De tout l'univers assemblé, pour vanner Et chasser loin des pas du futur Toutes les ivraies de la coutume, balayer toutes les viscosités Laissées par les limaces et les serpents de l'humanité, Ont été satisfaits de perdre l'occasion Tandis qu'ils sommeillaient dans l'Elysée de l'amour, En vérité, je préférerais être frappé de mutisme Plutôt que d'élever la voix contre leur ardente insouciance: Car j'ai toujours pensé qu'elle pouvait gratifier Le monde de bienfaits inconsciemment; Comme fait le rossignol, perché sur la plus haute branche, Et cloîtré au milieu des touffes de feuilles fraîches-- Il ne chante qu'à son amour, et ne s'aperçoit même pas
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Que la Nuit s'avançant sur la pointe du pied retient les plis de son capuchon noir. De même l'amour pourrait, bien qu'on le juge Un simple mélange d'haleines passionnées, Produire plus que notre recherche ne témoigne: Quoi, je l'ignore: mais qui, parmi les hommes peut dire Que les fleurs s'épanouiraient, ou que les fruits verts se gonfleraient Jusqu'à devenir pulpe fondante, que les poissons auraient leurs brillantes écailles, La terre son douaire de rivières, de forêts, de vallées, Les prairies leurs ruisseaux, les ruisseaux leurs cailloux, Les semences leurs moissons, ou le luth ses accents, Les accents leur ravissement, ou le ravissement son charme, Si les âmes humaines ne s'embrassaient et ne se saluaient jamais?