Petits Poèmes d'Automne

Chapter 2

Chapter 2889 wordsPublic domain

Vainement les pauvres impotents, Leurs pieds sur le seuil, chantent en choeur D’importunes chansons du vieux temps Sous le houx qui saigne comme un coeur.

Celle et celui qui leur donnaient l’or Sont morts d’avoir eu peur de l’hiver Dans la maison où l’horloge encor Marque, sans le savoir, l'heure d’hier.

Le jardin se perd vers les confins De la forêt interdite au jour Qui hérisse en menace ses pins Autour des trois croix du carrefour.

Et contre le crépuscule roux L’on voit fuir sous les corbeaux du sort, Comme une horde noire de loups, Les vengeurs qui hurlent à la mort.

X

Le lierre noir et la rose églantine Défendent les porte du jardin Où le soir d’un printemps qui s’obstine Est tout d’azur et d’incarnadin.

Dehors s’éplorent les folles fontaines Qui virent mi-mort d'amour l'Enfant Venu par les routes incertaines Vers ce seuil du rêve triomphant,

N’ayant connu ni la magique épée Que ne rouille pas le sang des fleurs, Ni la parole de l’épopée Par laquelle s’enfuit l’heure en pleurs,

Il s’agenouilla, très las, dans la poudre De la route ouvert à tous les pas Où les chars font le bruit de la foudre Et leurs sonnailles celui d'un glas.

Quelles flûtes se dirent, dans les roses, La victoire du soir sur celui Qui crut servir l’esprit et les choses Du lendemain et de l’aujourd'hui?

O pâle Enfant désireux des corolles, Close longtemps est la porte d’or Que seules descellent les paroles De ceux qu veulent le vrai trésor.

Laisse-toi donc dormir hors de l’enceinte Où chante te dernier rossignol; Sache croire que l’attente est sainte, Et donne à tes seuls rêves leur vol.

Et peut-être enfin les portes de flamme S'ouvriront-elles à ton appel Sous l’aube où les fleurs, ayant une âme, En feront sauter le triple scel.

XI

Mon âme tant mal de s’endort, Soeur, au son de ta chanson nocturne: _Un lys noir a fleuri dans l’urne, Le roi de ce pays est mort._

De lointains luths scandent tes paroles Que je ne comprends plus, ô ma soeur. _Semez, mes mains, avec douceur Des étoiles et des corolles._

Oh! du silence pour écouter Ce que soufflent les anges funèbres: _Drapeaux du roi dans les ténèbres, L’heure des fous vient de tinter._

Des vols d’aigles tonnent sur ma tète Dont s’ensanglantèrent les regards: _O mort, ouvre es yeux hagards, Dans la tempête, à la conquête._

Mes rêves noirs ont pris leur essor Vers une ville à la tour penchée: _Voici passer la chevauchée Des princes sous la lune d’or._

Oh! des baisers, ma soeur, sur mes lèvres, Et tes mains sur mes yeux, ou je meurs: _Tôt hurleront toutes les peurs Dans le rouge palais des fièvres._

Plus de lune! mon âme s’endort, Tant folle, à cette heure taciturne: _Un lys noir a fleuri dans l'urne, Le roi de ce pays est mort._

XII

Les sept fontaines sont taries Qui jaillissaient dans la grand'place De la ville où la populace Accourait rire aux féeries.

Sur le palais dont les cent porches Ne s’ouvriront plus à l’attente, Tombe la nuit épouvantante, Lourdement, sans bruit ni torches.

La danse est dansée aux terrasses Où ne vibreront plus de cordes: Le Conquérant, avec ses hordes, A passé, fuyant ses traces.

Seule parmi les fleurs fanées, Celle qui survit la vie File en chantant à voix ravie Le lin rouge des années.

Là-bas la route des désastres Monte vers la montagne sombre Où la Fileuse entend, dans l’ombre, Tonner la chute des astres.

XIII

Rouge en la cathèdre royale Parmi les trompettes de fer, Elle impose en reine d’enfer Ses lois à la gent déloyale.

D'un bandeau de pourpre à clous d’or S’écroule l’azur de ses boucles Jusqu’à ses doigts lourds d’escarboucles Qui serrent la clef du trésor.

Sur sa simarre à larges barres Rayonne au soleil des orfrois Le féroce blason des rois Qui massacrèrent les barbares.

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Dans la salle des étendards C’est soir d’affolante épouvante; Sur les routes il pleut et vente, Au gibet dansent les pendards.

Une trompette sonne et tonne Au haut de la tour du manoir, Et l'on entend au fond du noir Les pas du bourreau qui l'étonne.

Ce qu’oyant, le fou de la cour, Dont tinte en tremblant la marotte, Chante de sa voix qui chevrote Un ancien virelai d’amour.

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Sur la couche à lourdes courtines Que froisse son singe badin, La Reine étrangle un baladin De ses étreintes serpentines.

Dans l’ombre des couloirs couverts D’où jaillit un éclair de bagues Sifflent, hors des fourreaux, les dagues Des pages pervers aux yeux verts.

Et les flambeaux chus des pilastres Ont mis feu, sous le veut des pas, Aux plis frissonnants des lampas Fleuris d'or comme les vieux astres.

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C’est la révolte et les bûchers En la nuit de la décadence Où le peuple aux yeux jaunes danse Autour du tocsin des clochers.

Et du haut d’une hallebarde Où s’enroule un obscène écrit, La tète de la Reine rit Aux crachats sanglants de sa garde;

Rit! car en le secret trésor Qu'ont à jamais sacré les flammes, Sous la cendre des oriflammes Resplendit sa couronne d'or!

End of Project Gutenberg's Petits Poèmes d'Automne, by Stuart Merrill