Petit histoire des grandes rois de Angleterre

Part 1

Chapter 13,461 wordsPublic domain

Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.

Les autres erreurs très apparentes (mots masculins en féminin et/ou le contraire), sont voulues par l'auteur. Il paraît qu'il s'agit de l'humour typiquement québécois.

Petit Histoire des Grandes Rois de Angleterre

PETIT HISTOIRE

DES

GRANDES ROIS

DE

ANGLETERRE

PAR

OUN COLONISTE DES PLUS VERIDIQUES

Edition augmentée, agrandie et beaucoup additionnée

[Logo]

QUEBEC

TYP. LAFLAMME & PROULX

1910

AVERTISSEMENT

Il y a quelques années, un ami des Canadiens-français, feu M. le docteur W.-H. Drummond, de Montréal, prenait plaisir à publier, de temps à autre, dans les journaux de la métropole, des pièces rimées au cours desquelles il prêtait à de nos compatriotes français un langage formé d'un mélange d'expressions anglaises apprises, pour ainsi dire, à la volée, et de tournures françaises d'une saveur de terroir des plus prononcées. Ce rapprochement à la bonne franquette des deux idiomes de notre pays amenait, va sans dire, des situations d'un réalisme amusant, bien que parfois poussé à des limites invraisemblables. Je n'en veux donner pour exemple que les quelques vers suivants, que je tire du volume intitulé _The Habitant_, dans lequel le poète anglais a réuni ses pièces:

I read on de paper mos' ev'ry day all about Jubilee An' grande procession movin' along, an' across de sea, Dat's children of Queen Victoriaw comin' from far away For tole _Madame_ w'at dey think of her, an' wishin' her _bonne santé_.

An' if anyman want to know _pourquoi les Canayens_ should be dere Wit' res of de worl' for shout Hooraw an' t'row hees cap on de air, Purty quick I will tole heem the reason w'y we feel lak' de oder do. For if I'm only poor _habitant_ I'm not on de _sapré fou_.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

So de sam' as two broder we settle down, leevin' dere han' in han', Knowin' each oder, we lak' each oder, de French an' de Englishman, For it's curi's t'ing on dis worl', I'm sure you see it agen an agen Dat offen de mos' worse _ennemi_, he's comin' de bes', bes' friend.

J'eus dans le temps,--c'était en 1897,--l'idée de répondre au badinage du sympathique docteur en faisant, à mon tour, parler en français un de nos compatriotes anglais; et c'est alors que parut dans certains journaux de Québec et de Montréal une pièce que j'avais intitulée: _Ode à Victoria Ire à l'occasion qu'elle joubile en Diamond_. L'accueil bienveillant qui lui fut fait m'engagea, un peu plus tard, à écrire la _Petit Histoire_ dont je me permets de présenter aujourd'hui l'édition «augmentée, agrandie et beaucoup additionnée». Puisse-t-elle être accueillie par nos compatriotes de langue anglaise avec le même esprit de bienveillance que nous apportons encore nous-mêmes à la lecture du livre humoristique de M. le docteur Drummond.

Nous vivons dans un pays où la connaissance des langues anglaise et française est non seulement utile, mais d'une nécessité de tous les instants. Chacun de nous sait bien--disons-le toujours!--s'exprimer d'une manière passable dans sa langue maternelle; mais, lorsque nous nous trouvons aux prises avec l'autre langue, celle qui nous est moins familière, nous sommes plus ou moins portés à commettre des hérésies ou d'amusants quiproquos qu'un peu de réflexion, suggérée peut-être par la critique, pourrait nous faire éviter.

C'est sans doute dans cet esprit que le docteur Drummond a écrit ses poèmes humoristiques, et c'est pareillement, que l'on veuille bien le croire, sans plus de méchanceté que je mets ma _Petit Histoire_ sous les yeux des lecteurs anglais. On réussit parfois à faire, au moyen d'un simple badinage de bon aloi, ce que ne saurait accomplir une démonstration sérieuse et compliquée.

Ephrem CHOUINARD

AVANT-PROPOS

Pour bien comprenner le Histoire De ce qu'on appelle les rois, Il faut fixer dans son mémoire Certains points au nombre de trois, Savoir: tout d'abord la première; Ensouite la numero deux; Puis, enfin, vienné le dernière Qui n'est pas la moindre d'entr'eux. La roi, qu'il soit mâle ou femelle, Est oun être qui vient d'En Haut, Et, par conséquent, tout en elle Doit être trouvé bonne et beau. C'est la premier point. La deuxième, Venant ensouite du premier, C'est que, pour oun roi vilain même, Chacun doit être coutumier D'aller se jeter dans le braise Pour y rester tant qu'il est cuit, Et se considérer fort aise De s'être fait griller pour lui. La troisième est beaucoup curieuse: C'est que la roi «can do no wrong», Que ce soit dans le guerre affreuse Ou la simple jeu de _Ping-Pong_. Bien! En mettant dans votre tête Ces trois points dextrement trouvés, Vous ne jugerez rien de bête Dans les faits qui sont relevés, Sur la trône de Angleterre On vit si tant de grandes rois Qu'on ne savé plus comment faire Pour le dire assez bien des fois. Depouis la tout premier d'entr'elles Jousqu'à notre saige Edouard Sept, Tous nos monarques sontaient belles Et beaucoup grands, comme l'on sait. Dans les autres pays du monde Oh! l'on vit bien, de temps en temps, Certains rois de savoir profonde Ou possédant d'autres talents. Mais ce n'était point le coutume Et, je le dis en vérité, Trop souvent la royal costume Cachait le médiocrité. Bien, chez nous c'été différente; De rois savants et pleins d'honneur Nous avons eu souite charmante Et tout ce qui fut la meilleur. Quant aux monarques féminines, C'était aussi pareil toujiours, Et de plus vertueuses mines Jamais vit-on meilleur concours. Je ne dis pas que rois et reines N'eurent jamais de manquements, Ni que souvent par grandes haines Ils n'ont pas fait souffrir leurs gens. D'aucuns ont commis des sottises, Volé les biens de leurs voisins, Pillé les trésors des églises Et dans la sang trempé leurs mains. Quelques-uns ont battu leurs mères, Assassiné frères et soeurs; Mais, à part ces petits misères, Oh! c'était d'excellentes coeurs. Je veux vous en donner les preuves Par cette histoire en raccourci Que, dans ces vers tout à fait neuves, Je vais vous présenter ici.

[Décoration]

Race Saxonne

EGBERT-LE-GRAND

(827-837)

Oun roi sauvaige ou chef de bande Etait Egbert probablement, Et qu'il était d'oun vertu grande Nul n'affirmerait sous serment. Issu de le race saxonne, Il été la premier garçon Qui porta l'anglaise couronne D'oune indépendante façon. On ne sait pas de lui grand chose, Ni s'il fut bon, nul ou méchant; Et, peut-être pour cette cause, On le surnomme Egbert-le-Grand. Peut-être aussi cet nom splendide Lui vienné de ce qu'oun beau jour En France d'oun pas très rapide Il dut aller faire oun séjour; Et ce fut la roi Charlemagne Qui le reçut dans sa palais[1]. Chacun sait que toujours on gagne A fréquenter les gens replets. Le puce qui pique oun princesse, Par exemple, il est plus heureux Qu'oun pauvre ciron en détresse, Dessus le peau d'oun miséreux. Charlemagne étant maggnifique, Egbert fit bien de frotter lui; Et c'est oun saige politique Qui soubsisté même aujourd'hui. Que d'êtres d'insiggnificance Atteignent la plus haut crédit, Pour avoir avec persistance Faisé la frottaige susdit!

[1] Voir note à l'appendice.

ETHELWOLF 836-858

ETHELBALD 858-860

ETHELBERT 860-866

ETHELRED Ier 866-871

Puis, pour trente ans le Angleterre Fut en guerre avec les Danois Qui les Anglais mettaient à terre Souvent et beaucoup à le fois. Cependant l'anglaise couronne Il ne fut pas foulée aux pieds, Mais retomba sur le personne De rois plus ou moins estropiés. Ethelwolf il vint après l'autre Dont nous avons parlé tantôt, Et fut si tant oun bon apôtre Que j'en veux dire oun petit mot. Qu'il nous suffise de comprendre Qu'oun beau jour, je ne sais trop quand, Du roi de France il devint gendre ...On s'imagine bien comment, Et que--la ciel le garde et sauve!-- La beau-père de notre roi Il s'appelait Charles-le-Chauve ...On peut bien deviner pourquoi. Reprenant la fil de l'histoire, Plus tard Ethelwolf s'en alla Faire oun voyaige méritoire A Rome, et fut si long par-là Que, dans la cours de son absence, Ethelwald, son fils, vrai coquin, Avec le plus grande indécence Prit le couronne et le fit sien. Cet garçon, après deux années, Finit son règne, par bonheur, Et l'oun de ses frères puinées, Ethelbert, fut sa successeur. De cet-lui je dis peu de chose, Attendu que je n'en sais rien. D'Ethelred encore je n'ose Risquer oun mot en mal ou bien, Si ce n'est qu'il était la frère De la monarque précédent Et que, dit-on, il fut le père Du roi fameuse Alfred-le-Grand.

ALFRED-LE-GRAND

(871-900)

Dans la cours des règnes dernières Les Danois, peuple belliqueux, Causèrent beaucoup les misères Aux Saxons en allant chez eux. On se faisait la diable-à-quatre, Pillant et tuant tour à tour Et des moyens de se combattre Sans cesse cherchant, nuit et jour. Si tant qu'on ne pouvait connaître, A travers le confusion, Si la Danois était la maître Ou bien si c'était la Saxon. C'est alors que vint oun garçonne Qui portait la doux nom d'Alfred, Réclamer pour lui le couronne Transmis par son père Ethelred. Il battit à plate couture Ses très «troublesome» voisins Que certaines liens de nature Faisaient à peu près des cousins. Plus tard le famille danoise Il vainquit Alfred à son tour; Mais lui, prince habile et sournoise, En lui jouant oun fameux tour[2], Le chassa de sa territoire. Depuis, la Saxon conquérant Régna tranquille et plein de gloire Et mérita la nom de Grand, Si tant il fit au _people_ anglaise Du bien, du bien, toujiours du bien. Même, en passant, je suis fort aise De signaler comme étant sien L'institution trèsment bonne (En attendant mieux) du jury[3], Que l'on aime plus que personne Pourvu... que l'on n'y soit pas pris. Oh! ce fut oun fameux monarque Que cet mossieur Alfred-le-Grand, Et sous son oeil l'anglaise barque Il vogua toujours en avant.

[2] Voir note à l'appendice.

[3] Voir note à l'appendice.

EDOUARD Ier L'ANCIEN

(900-925)

Cet Edouard s'appelé l'Ancienne Pour ne pas confusionner Avec oun autre qui s'amène, Plus loin, du nom d'Edouard Premier. Cet-lui qu'ici je vous mentionne Il était fils d'Alfred-le-Grand, Et sur son tête le couronne Il eut oun lustre flamboyant, Sinon autant que pour son père, Du moins, assez pour sa bonheur. Il pratiqua souvent le guerre --Car il était fin batailleur,-- Et vainquit sa cousin germaine[4] Qui cherchait à le détrôner, Ainsi que d'autres qui, sans gêne, Voulaient sa pays gouverner. Puis, aimant d'oune amitié vive La roi de France, Charles Trois[5], Il lui donna son fille Ogive, Bonne et charmant tout à la fois. On dit aussi que cet bon prince, Pour les sciences très porté, Fonda--bienfait qui n'est pas mince,-- La Cambridge université.

[4] Voir note à l'appendice.

[5] Voir note à l'appendice.

ATHELSTAN

(925-941)

De cet-lui-là l'histoire nette Pouvé se dire en quelques mots; Mais nous n'avons de son binette Point de traits ni petits ni gros. Pour d'autres encor qui font suite J'ai le même embarrassement, N'ayant que leur seule conduite Pour les rappeler oun moment; Et j'en suis chagrin à l'extrême, Car quelques-uns, sans contredit, Furent de ces princes qu'on aime Parmi tant d'autres qu'on maudit. Athelstan était fils de l'autre Qui s'appelait Edouard Premier. Il vécut comme oun bon apôtre, De vertus étant coutumier, Et ne se mettant en colère Pour bien gouverner son maison Que lorsque l'on voulait lui faire Du tintouin sans bonne raison. Oh!... ce fut oun grande monarque, Sans doute, et beaucoup très pouissant, Et sous son oeil l'anglaise barque Il... a dû filer en avant.

EDMOND I

(941-946)

C'est oun frère du précédente, Mais il ne régna que cinq ans; Car, malgré qu'il fut très proudente, Oun assassin... le mit dedans. Le chose vous est bien égale, Mais il paraît que c'est cet roi Qui mit le peine capitale, En Angleterre, dans le loi. Bien! il eût fait oun grand monarque S'il avait vivé plus longtemps, Et... sous son oeil l'anglaise barque Eût bousculé les ouragans.

EDRED

(946-955)

Edred était oun autre frère De cet-là que l'on vient de voir. Et pour neuf ans le Angleterre Sur sa trône il le fit asseoir. Et... ce fut oun grande monarque, --Là-dessus je dois insister,-- Et, sous son oeil, l'anglaise barque Il... ne pouvé pas s'arrêter.

EDWY

(955-957)

Il était fils d'Edmond Première Et ne fut roi que pour deux ans, En essuyant dans son carrière Les choses les plus déplaisants. Il s'attira, dit-on, le haine De ses barons et du clergé: Doublement lourd et cruel chaîne Qu'à son col il s'était forgé! Oun grand moitié de sa royaume Bientôt il perdit sans retour; Puis les malheurs sur cet pauvre homme Semblant s'acharner chaque jour, Pour je ne sais trop quel caprice Son femme du nom d'Elgiva Fut condamnée à la supplice, Et cette perte l'acheva. Bien! oun traitement de la sorte Il devait le toucher oun brin, Et c'est pour cela qu'il est morte, Bientôt après, dans la chagrin.

EDGARD, LE PACIFIQUE

(957-975)

Edgard, surnommé Pacifique, (Probablement pour son douceur), D'Edwy, son frère impolitique, Devint alors la successeur; Et, comme il n'était pas de taille A faire mentir sa surnom, Il ne commetté le bataille Jamais sans excellent raison. D'abord, il s'en va dans l'Ecosse Livrer trois ou quatre combats, Puis chez les Irlandais, qu'il rosse Et met complètement à bas. Ensouite il faisé sa possible Pour sa peuple civiliser, _Well!_... ce qui dut être pénible Assez qu'il ne put s'amuser. On dit qu'oune Anglaise jolie Qui portait la nom d'Elfrida Le mit en si grande folie Que pour femme il la demanda. Mais le porteur de sa messaige, Ayant conçu même appétit, Trouva qu'il était beaucoup saige De garder le femme pour lui. Le roi fut en si grand colère A cet trompaige audacieux Qu'il poignarda le pauvre hère Et prit son veuve d'autant mieux. Dans cet événement tragique La monarque outragé, je crois, S'il n'eût pas été... Pacifique, Aurait occis l'autre deux fois. _Well! Well!_ Cet petit incidence Il n'est devant vous mentionné Que pour expliquer l'occurrence Pourquoi si tant fut malmené La roi suivant dans notre liste, Et pourquoi plus loin je vous dis Que, depuis cet temps, il existe Oun saint de plus au paradis. Edgard n'en fut pas moins monarque Très tendre et beaucoup avenant, Et sous son oeil l'anglaise barque Il prit oun grand _sheer_ en avant.

EDOUARD II, LE MARTYR

(975-978)

Après qu'Edgard fut mis en terre, Edouard, son fils, lui succéda; Mais il avait pour belle-mère La susmentionnée Elfrida Qui, voulant avoir sur la trône Sa propre fils plutôt qu'Edouard, Mena du dernier le personne Dans oun affreuse traquenard. Il partit un jour pour le chasse Et n'en revint que... décédé; D'Elfrida, dit-on, l'âme basse En avait ainsi décidé. Cet monarque si jeune et belle Au ciel mettait tout sa désir, Et c'est le raison pour laquelle Il est saint Edouard-le-Martyr

ETHELRED II

(978-1016)

La fils de l'affreux belle-mère Alors régna trente-huit ans, Presque toujours étant en guerre Avec les danois habitants, Entre Suénon, roi danoise, Et lui, sans mesure ni frein Constamment on se cherchait noise A propos de tout et de rien. Si tant que la monarque anglaise De son trône un jour fut chassé, Et ne put reprendre son aise Qu'après que l'autre eut trépassé. Enfin, pour terminer l'affaire, De Suénon la successeur Ayant repris le Angleterre, Ethelred mourut de douleur.

Rois Saxons et rois Danois

CANUT-LE-GRAND

(1016-1036)

Tenez! voici la roi danoise Qui s'appelé Canut-le-Grand, Non pas qu'il fut long d'une toise, Mais oun roi vraiment conquérant. Il partagea d'abord la trône Avec la fils d'Ethelred Deux[6]; Et, pour que l'anglaise couronne Restât longtemps sur ses cheveux, Il épousa même son veuve Et s'en fit comme oun paravent, Procédé qui n'été pas neuve, Mais réussit encor souvent. Si tant qu'il fit naître l'usaige Parmi les gens des deux pays D'entremêler par mariaige Et devenir de bons amis. Bien! si cet acte souveraine Est cause qu'aujourd'hui chez nous Nous avons le plus meilleur reine Et, certes, la plus beau de tous[8], Je te bénis de tout mon être, Canut, pour cette oeuvre important, Et suis prêt à le reconnaître, Tu mérites la nom de Grand.

[6] Voir note à l'appendice.

[8] Voir note à l'appendice.

HAROLD I

(1036-1039)

En mourant, la pouissant monarque A ses deux fils laissa ses droits, Canut ayant la Danemarke, Et l'autre, Harold, la trône anglois. Mais bientôt entre les deux frères S'éleva le dissension, Canut voulant avoir entières Les deux couronnes sur son front. Pauvre Harold fit tout diligence Pour résister à l'attentat; Mais la bon droit a maigre chance Auprès d'oun esprit scélérat. Il advint donc que les deux frères Etant près d'en venir aux mains, Harold mourut dans... les misères Et sans doute aussi les chagrins.

CANUT III ou HARDI-CANUT

(1039-1041)

Oh! c'était oun méchant garçonne, Avare, hautain, fourbe et cruel, Ne respectant jamais personne, Ne craignant ni diable ni ciel. Si tant que point je ne regrette De n'avoir pas ici ses traits: D'oun tel animal le binette On aime bien mieux loin que près. Lorsque mourut Harold, son frère, Cet prince il était si content Que sur son corps il osa faire Comme oune danse d'habitant, Trépignant de joie indiscrète Et projetant partout dans l'air Des cris de sauvaige en goguette Ou de chacal à sa dessert. Trois ans plus tard il était morte A son tour et mis en lieu frais. Tant mieux! que la diable l'emporte, Et qu'on n'en parle plus jamais!

EDOUARD-LE-CONFESSEUR

(1041-1066)

Voulez-vous d'oun vrai grand monarque? Eh bien! cet-lui-là regardez! Sa règne il fit brillante marque Parmi ceux des rois décédés. Fils d'Ethelred dont tout à l'heure On a rappelé quelques faits, Il fit tout pour rendre meilleure Le grand nation des Anglais. Il était trèsment maggnifique, Tendre pour les déshérités, Et souvent d'oun mot pacifique Il tranchait maints difficultés. Il vécut toujours sans folie, Toujours du ciel favorisé, Et, quoiqu'il eût femme jolie, Il... fut plus tard canonisé.

HAROLD II

(1066-....)

Beau-frère de la précédente, Cet-lui-ci ne fit que passer; Car Guillaume-la-Conquérante Bien vite il le fit trépasser.

Race Normande

GUILLAUME I, LE BATARD, LE CONQUERANT

(1066-1087)

L'oun des princes les plus guerrières Fut Guillaume la Conquérant, Qui cogna plus d'anglais derrières Que jamais roi danois ou franc. Son père était Robert-la-Diable, Et son mère probablement Etait quelque chose d'aimable, Comme l'on dit, à l'avenant. Dans tous les cas, on nous assure Qu'il était oun fils naturel, Ce qui rend la travail bien dure Pour trouver son mère réel. De la pays de Normandie Il était maître; mais, oun jour, Pour voir sa royaume agrandie Il médita quelque bon tour. Se dit-il, si de l'Angleterre La roi je pouvais devenir, Oh! mon gloire il serait si claire Que rien ne le pourrait ternir. Alors il leva des armées Et se rua sur les Anglais Dont les bandes, fort alarmées, Fuyaient comme des feux follets[9]. Si tant qu'à la fin son pouissance Il était la maître de tout, Tandis que l'anglais suffisance Il était rendu presque à bout. Sur la trône monta Guillaume Qui s'y maintint plus de vingt ans. Oh! c'était oun très habile homme, Possédant beaucoup des talents. On dit qu'il fut cruel et fourbe Et quelque peu vindicatif; Mais, bah! pour gouverner le tourbe Ne faut-il pas être oun peu vif?... D'abord, il prit pour son usaige Les biens d'oun grand nombre de gens, Et composa son entouraige Presque uniquement de Normands. Puis il bâtit le Tour de Londre, Oun tas d'effroyables prisons Où, par le suite, on vit se fondre Tant de chefs d'illustres maisons. Pour finir, on en conte oun bonne Qui, tout d'abord insiggnifiant, Fait voir qu'aux alentours d'oun trône Tout il devient mirobolant. En sus de la vaste domaine Dont il avait le royauté, Guillaum possédait oun bedaine Encor plus plein de majesté. Ce qui fit dire au roi de France, Alors Philippe la Premier: --Cousin Guillaume a plus de panse Que jamais il n'eût de penser.-- Cet mot mit Guillaume en colère, Si tant qu'en France traversé Dans la but de tout mettre à terre, Par oun archer il fut blessé, Et mourut dans le Normandie, Très lâchement abandonné Par ses trois fils--race jolie-- Auxquels il avait tant donné.

[9] Voir note à l'appendice.

GUILLAUME II, LE ROUX

(1087-1100)

C'est oun des fils du grand Guillaume Qui, nous dit-on, en avait trois, Dont l'oun vécut comme oun pauvre homme, Et les autres devinrent rois. De la premier, Robert Courte-Heuse[10], Très peu de chose il faut conter, Sinon que, toujiours malchanceuse, Sur la trône il ne put monter. Quant à Guillaume, il fut peut-être Oun assez singulier garçon, Ayant parfois des goûts de traître, De cruel ou bien de fripon. Sa poil de le couleur carotte L'avait fait surnommé «le Roux»; Malheur à cet-lui qui s'y frotte Oun moment qu'il est en courroux! Si tant qu'il eut oun suffisance De plus ou moins laids compromis Et, pour bien dire, oune existence Veuf de toute espèce d'amis. Tout de même, il... fut oun monarque, Disons, très noble et complaisant; Et... vous savez, l'anglaise barque Sous son oeil marcha de l'avant.

[10] Voir note à l'appendice.

HENRI I, dit BEAUCLERC

(1100-1135)