Petit Glossaire des lettres de Madame de Sévigné

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Note de transcription:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.

Le texte imprimé en gras est marqué =comme ceci=.

_E. PILASTRE_

PETIT GLOSSAIRE DES _Lettres de Madame de Sévigné_

FONTAINEBLEAU MAURICE BOURGES, IMPRIMEUR BREVETÉ 32, Rue de l'Arbre-Sec.

1908

TIRÉ A TROIS CENTS EXEMPLAIRES _Exemplaire No 224._

PETIT GLOSSAIRE DES _Lettres de Madame de Sévigné_

AUTRE OUVRAGE DU MÊME AUTEUR

LEXIQUE SOMMAIRE DE LA LANGUE DU DUC DE SAINT-SIMON.

Paris, 1905, Firmin Didot et Cie, éditeurs.

_Dédié à ma Fille_ MADAME MARGUERITE MERLIN

AVANT-PROPOS

Le petit livre que nous publions est destiné aux gens du monde qui sont restés fidèles à la littérature du XVIIe siècle et qui ont gardé le culte de Madame de Sévigné. Les _Sévignistes_, comme les appelait Sainte-Beuve, voudront bien excuser ce que notre essai a d'incomplet et d'imparfait. Il nous a semblé, toutefois, que, même dans les limites étroites où se renfermait notre travail, il pourrait offrir quelque intérêt, soit pour l'intelligence de l'oeuvre de Madame de Sévigné, soit pour l'étude de la langue française d'autrefois.

Dans ses incessantes évolutions, notre langue s'est appauvrie, peu à peu, de plus d'un terme expressif qu'on retrouvera dans les Lettres de la célèbre Marquise. En outre il nous apparaît, comme on l'a déjà souvent remarqué, que nos contemporains se sont accoutumés à ne pas faire usage, même, de tous les mots qui ne sont pas tombés en désuétude. Un vocabulaire restreint et monotone paraît suffire aux besoins de nos écrivains modernes; d'autre part, beaucoup d'additions nouvelles à la belle langue du XVIIe siècle, dont ils usent, ne sont pas toujours marquées au bon coin. Elles ne nous consolent pas, d'ailleurs, de ce que l'usage nous a fait perdre.

La correspondance de Madame de Sévigné présente cette exacte proportion entre la pensée et la forme qui, comme l'a dit le philosophe Bersot, a constitué au XVIIe siècle la perfection de tant d'ouvrages. L'oeuvre de Madame de Sévigné n'a pas vieilli. On peut lui appliquer d'ailleurs ce qu'elle écrivait à sa fille, le 11 janvier 1690, d'un auteur qu'elle admirait: «Il ne faut pas dire cela est vieux; non cela n'est pas vieux, mais c'est divin.»

La supériorité des femmes du XVIIe siècle, dans l'art épistolaire, n'a jamais été méconnue: «Ce sexe va plus loin que nous dans ce genre d'écrire», déclarait La Bruyère. Paul-Louis Courier, si bon connaisseur en matière de beau langage, disait de même: «Gardez-vous bien de croire que quelqu'un ait écrit en français, depuis le règne de Louis XIV. La moindre femmelette de ce temps-là vaut mieux, pour le langage, que les Jean-Jacques, Diderot, d'Alembert, contemporains ou postérieurs.»

En particulier, le style de Madame de Sévigné est incomparable. Son langage est vif, rapide, animé, clair, naturel, riche en tours nouveaux, exempt de déclamation, affranchi de la lourdeur compassée de certains auteurs de son temps, plein de rencontres heureuses et accru encore de l'agrément des souvenirs de ses lectures et de ses travaux.

En effet, aux dons naturels de son esprit, Madame de Sévigné avait ajouté le fruit d'une éducation développée et le profit de lectures sérieuses dans notre langue, comme dans d'autres.

Elle savait l'italien, qui lui avait été enseigné par Ménage et Chapelain; l'espagnol et le latin que Ménage lui avait appris. Elle lisait Virgile «dans toute la majesté du texte», comme elle l'écrivait à sa fille, le 16 juillet 1672. Elle étudiait le Tasse, l'Arioste, Cervantès dans leurs langues; elle les citait à propos, toujours de mémoire. Elle connaissait à fond Corneille, La Fontaine, Molière, Quinault que notre siècle n'apprécie pas à sa juste valeur, Racine qu'elle ne mettait pas à un assez haut rang. Elle avait lu Rabelais et en avait retenu plus d'un trait qui plaisait à sa nature franche, hardie et rieuse. L'histoire, la religion, la philosophie étaient les constants objets de ses lectures. Descartes, Nicole, Arnauld, les Solitaires de Port-Royal, Pascal, surtout, excitaient chez elle une admiration passionnée. Elle avait profité de la façon la plus heureuse des connaissances qu'elle avait ainsi acquises pendant toute sa vie. Elle n'était pas tombée dans ce que Molière appelle «tout le savoir obscur de la pédanterie». Elle avait fait, cependant, partie de la Société des Précieuses de l'hôtel de Rambouillet, sans être atteinte par l'affectation de leurs propos et de leurs écrits. Elle y avait gagné le goût du bon langage et cette politesse exquise qui avait succédé, grâce aux efforts des Précieuses, à la grossièreté trop réelle des moeurs et des discours des âges précédents.

Ce qui plaît, dans les Lettres de Madame de Sévigné, c'est le naturel parfait de sa manière. Elle justifie, pour nous, le mot profond de Pascal: «Quand on voit le style naturel on est étonné et ému, car on s'attendait à voir un auteur et on trouve un homme.»

Il en est de Madame de Sévigné comme de Voltaire: l'artifice n'apparaît jamais dans leurs écrits. On pourrait, assurément, appliquer à la Marquise cette pensée du Tasse, un de ses auteurs favoris, sur les jardins d'Armide: «Ce qui ajoute à la beauté et au prix de l'ouvrage, l'art, qui a présidé à tout ne s'y découvre pas.»

Nous n'avons pas à faire ressortir ici tout l'intérêt que présente la correspondance de Madame de Sévigné par la peinture des moeurs et des caractères de ses contemporains, la vie de la Cour de Louis XIV et les principaux événements de ce grand règne. C'est une mine dans laquelle les historiens et les philosophes n'ont jamais cessé de puiser. Ses écrits demeureraient un tableau unique de son époque, si nous n'avions pas La Bruyère et Saint-Simon.

C'est ce dernier qui peut surtout, à juste titre, être rapproché de Madame de Sévigné. Il admirait beaucoup la célèbre marquise et lisait souvent ses lettres. Il lui rend un témoignage d'admiration dans ses Mémoires.

Quand Saint-Simon ne s'abandonne pas à sa fougue passionnée contre ses adversaires, quand ses yeux ne sont pas troublés par l'aveugle amour de ses privilèges de duc et pair, quand il se borne à narrer ce qu'il a vu et observé et à retracer, dans un style alerte et animé, quelque incident notable de la Cour ou quelque aventure singulière, il nous a rappelé plus d'une fois le charme et l'aisance des narrations simples, vivantes et expressives de Madame de Sévigné.

La langue de Saint-Simon présente plus d'une analogie avec celle de Madame de Sévigné. Elle est hardie, riche en termes originaux d'ancienne ou de nouvelle date; elle ne recule pas, au besoin, devant le mot propre, avec cette fausse pruderie qui a trop souvent gagné, depuis, les fils des Gaulois.

Dans le Glossaire que nous avons rédigé, on trouvera plus d'un renvoi aux Mémoires de Saint-Simon. Si le lecteur veut bien s'y référer, il apercevra aisément les ressemblances de style que nous signalons.

Celui qui voudra faire une étude plus complète de la langue de la marquise, trouvera dans le Lexique de la langue de Madame de Sévigné, publié en 1886 par E. Sommer, à la librairie Hachette, un tableau complet et achevé de cette langue. Nous nous sommes borné à présenter au public une esquisse. On composait autrefois des petites bibliothèques pour les hommes du monde et les gens de goût, en volumes de format exigu, à l'apparence modeste, mais en réalité assez instructifs. Si cette mode n'était pas passée et si, sous l'influence étrangère, l'érudition moderne ne nous submergeait pas souvent sous des publications d'une étendue qui les rend peu accessibles aux profanes, nous serions heureux que notre petit volume fût accueilli avec bienveillance par ceux des amateurs du temps passé qui ne seraient pas trop attachés aux nouvelles habitudes. Nous n'aurions rien à désirer si notre travail ramenait encore quelques lecteurs à une étude nouvelle du texte de Madame de Sévigné. Nous avons réduit nos observations personnelles dans ce but, car nous partageons entièrement l'avis de La Bruyère: «L'étude des textes ne peut être assez recommandée. C'est la paresse des hommes qui a encouragé le pédantisme à grossir plutôt qu'à enrichir les bibliothèques et à faire périr le texte sous le poids des commentaires.»

* * * * *

Les renvois relatifs aux Lettres de Madame de Sévigné s'appliquent à la grande édition, en douze volumes, de ces Lettres donnée par Monmerqué chez MM. Hachette. Pour les Lettres inédites, les renvois se réfèrent, avec une indication spéciale, à la publication en deux volumes, faite chez les mêmes éditeurs, par M. Capmas.

Les citations des Mémoires de Saint-Simon sont données d'après l'édition en vingt et un volumes, parue en 1873 chez MM. Hachette. Dans un Lexique sommaire de la langue de Saint-Simon, composé par nous, on trouvera les passages des Mémoires de Saint-Simon rappelés, ici, avec un bref commentaire.

A défaut d'indication spéciale pour ces divers ouvrages, le premier chiffre, romain, indiquera le tome et le chiffre arabe, la page de ces livres.

PETIT GLOSSAIRE DES _LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ_ PAR E. PILASTRE

A

=ABIMÉE EN DIEU=, tome I, page 444. «Madame votre tante m'a paru _abîmée en Dieu_.»--Jetée dans le fond, plongée.... (Cf. Saint-Simon, VIII, 406, I.)

=ABOYER=, VII, 279. «Les tourières ont _aboyé_ sur moi, que je n'étais pas encore abordée.»

On écrivait autrefois _abboyé_. On trouve dans Saint-Simon ce mot employé comme verbe actif. (Cf. Saint-Simon, I, 453.)

=ACADÉMISTES=, I, 407. «Si vous n'avez jamais vu les procédés des _Académistes_...»

Ceux qui fréquentent les écoles d'équitation, ou d'autres exercices corporels, dites académies.

Académie au XVIIe siècle signifiait un lieu d'exercices pour les jeunes gens. (Cf. Saint-Simon, XIV, 385).

=ACCESSIT=, IX, 258. «Pour être pape, l'_accessit_ gâta tout.»

Dans le scrutin de ballottage du Conclave, il y avait l'accès ou l'accessit des voix des cardinaux à l'un des candidats déjà bénéficiaires d'un certain nombre de suffrages.

=ACCOUCHADE=, IV, 143. «Embrassez l'_accouchade_.»--C'est-à-dire l'accouchée.--Forme provençale du participe.

=AIGLE ÉPLOYÉE=, IX, 404. «Cette _aigle éployée_ nous fera voir de quel côté elle prendra son vol....»--L'aigle à deux têtes de l'Empire, avec les ailes étendues.

«L'aigle, dit Furetière, comme symbole de la royauté, est représentée quelquefois avec deux têtes et, en ce cas, on la qualifie _esployée_, quoiqu'elle n'ait jamais qu'un corps, deux jambes et deux ailes ouvertes et étendues, montrant entièrement l'estomac. Celle de l'Empire est de cette sorte.... On appelle en général _esployés_, tous les oiseaux qui ont les ailes étendues; le mot vient du latin _explicare_.»

=AIMABLEMENT=, _Lettres inédites_, II, 126. «_Aimablement_, voilà un mot qui vient souvent sous ma plume; je voudrais bien pouvoir le mettre dans le grand monde.»

Il y est arrivé par l'usage.--Ce mot nouveau, employé par Madame de Sévigné, n'est pas donné par Ménage, non plus qu'aimable. Ce dernier terme est seul admis dans le _Dictionnaire universel_, de Furetière. Madame de Staal-Delaunay (t. I, p. 213), écrit encore _amiable_: «des propos aussi peu amiables.»

=AIR (bon)=, IX, 517. «Il n'a pas _bon air_, cet hiver.»--Bonne conduite et belle apparence.

=AIR (l')=, I, 475. «Il apprit cette bonne nouvelle par _l'air_.»--Par des signes.

=ALLELUIA (style d')=, X, 281. «Si vous lui écriviez, sur sa résurrection, _d'un style d'Alleluia_.»--D'allégresse.

=ALL'ERTA=, _Lettres inédites_, I, 418. «Les grands marchands étaient déjà _all'erta_.»

Dans l'attente, anxieux. (V. Saint-Simon, II, 316). En italien: _erta_, lieu éminent, montée; en français: tenir alerte, être en garde, guetter.

=ALMANACH=, IV, 10. «Vous êtes un très bon _almanach_.»

Ce mot vient du bas latin _almanachus_; il s'appliquait d'abord à des calendriers égyptiens.

=AMITIÉ=, IX, 505. «Le Roi lui envoya faire une _amitié_.»--Un compliment affectueux.

=ANONNEMENT=, X, 267. «L'_ânonnement_ que je connais, ferait une étrange pauvreté de cette lettre.»--Lecture mauvaise à haute voix.

=APOSTILLES=, I, 519. «Quelles _apostilles_ ne ferais-je point à vos lettres....?»

Annotation marginale. Etymologie: _post illa_ (_verba_.)

=ARÇONS (remis dans les)=, VI, 133. «Il se fut encore _remis dans les arçons_.»

Retrouver son équilibre et sa force, reprendre les étriers.

=ATTOURNANCE=, VIII, 76. «J'attends votre réponse sur l'_attournance_ de ces six mille livres.»--Cession.

=ATTOURNER=, VIII, 87. «Il faut l'obliger à nous _attourner_ ces prétentions.»--Céder.

_Attourner_: disposer, parer. Atour, qui vient de ce verbe, reste seul en usage.

=AUTOMNE (une)=, V, 245. «Que vous allez passer _une jolie automne_.»

Automne est devenu du genre masculin, autrefois il était des deux genres.

=AVALER=, VIII, 263. «Madame de Coulanges ne pouvait _avaler_ mes excuses.»--Faire descendre. (Cf. Saint-Simon, XI, 275.)

=AVOINE=, VIII, 213. «On mange son _avoine_ tristement, mais, enfin, on la mange.»

Prendre sa nourriture en silence, se résigner à son sort, végéter dans un état passif.

B

=BAC (dont la corde est rompue)=, IX, 81. «Vous me paraissez dans un grand _bac dont la corde est rompue_.»--Situation très périlleuse.

=BAGUE (courir la)=, V, 340. «Nous étions accoutumés à _courir la bague_.»--Aller très vite.

Furetière décrit la bague: «Un exercice de manège que font les gentilshommes pour montrer leur adresse, lorsque, avec une lance et en courant à toute bride, ils emportent une bague suspendue au milieu de la carrière, à une potence.»

=BAIN (à la Sénèque)=, V, 326. «Je me suis _baignée à la Sénèque_.»

Bain extrêmement chaud dont parle Sénèque (_Epit._ 86), ou allusion à la mort de Sénèque, dans une étuve brûlante.

=BAISE-MAINS=, VIII, 3. «Elle vous fait mille _baise-mains_.»

Recommandations et civilités offertes à quelqu'un. Ce mot était employé même par les femmes. Madame de Maintenon (Lettres de Boileau), chargeait l'auteur des _Satires_ de faire ses baise-mains à Racine. «On écrivait autrefois aux dames, dit Ménage: je vous baise les mains et suis, etc. On ne souffrirait pas cela maintenant. Malherbe écrivait à une femme qu'il aimait: Je vous baise les pieds.»

=BALLOTTER=, VIII, 454. «_Je ballotte._»--Je pelote en attendant partie.

Ménage dit que c'est une métaphore prise du jeu de la paume, où l'on renvoie, à coups de raquette, la balle de tous les côtés.

Ballotter, selon Furetière, se dit quand des joueurs de paume ne font que renvoyer la balle l'un à l'autre et ne jouent point partie.

=BAPTISER (difficile à)=, IX, 592. «Je n'ai jamais vu un enfant si _difficile à baptiser_.»--Madame de Sévigné parle ici des nouvelles bulles annoncées et retardées.

=BAPTISTAIRE=, X, 266. «Vous allez en avant pour la gaieté, en reculant contre le _baptistaire_.»--L'extrait de l'acte de baptême; au figuré: l'âge.

=BARAGOUINER=, VI, 442. «Je n'aime pas les _baragouinés_ d'Aix.»

Baragouiner, parler d'une façon inintelligible, à la façon des bas-bretons d'autrefois, chez lesquels les mots _bara_, pain, et _guin_ ou _gwin_, vin, revenaient sans cesse. Les Français, par dérision, qualifiaient de baragouin leur manière de parler.

=BARRE (au-dessous de la)=, IX, 271. «Un esprit n'est-il pas _au-dessous de la barre_ à cet âge?»

Au propre, la barre est la pièce d'un tonneau qui traverse le fond par le milieu. Au figuré: être au-dessous du niveau, comme le vin, qui est au-dessous de la barre du fond du tonneau et qui est de moins bonne qualité.

=BIGARRÉS (yeux)=, I, 509. «Je vis moi-même, de mes propres yeux _bigarrés_.»--De diverses couleurs.

=BILLEBAUDE=, IV, 454. «C'est une _billebaude_, qui m'est agréable.»--Vie décousue, irrégulière, comme une bille lancée d'une manière hardie.

=BLANC-SIGNÉ=, _Lettres inédites_, II, 102. «Envoyez votre _blanc-signé_.»--Actuellement: blanc-seing.

=BOISSEAU (lumière sous le)=, VIII, 140. «Voilà de plaisantes _lumières à mettre sur le boisseau_, il faudrait les mettre dessous.» Cf. _Ev. Saint-Mathieu_, VI, 1.--Gens peu éclairés et peu recommandables.

=BONHOMME=, V, 1. «J'ai vu le _bonhomme_ de l'Orme.»--Personne âgée; terme employé souvent autrefois sans manque de respect. (V. Saint-Simon, I, 146).

=BOTTÉ A CRU=, IX, 41. «N'avoir de la dévotion que ce retranchement (des pièces de comédie) me paraît être _botté à cru_.»--Etre mal équipé, représenter mal.

=BOUCHON=, IX, 312. «C'est un joli petit _bouchon_ qui me réjouit fort.»

Terme de cajolerie, dit Furetière, qu'on donne aux petits enfants et aux jeunes filles de basse condition. Molière l'a employé. (_Ecole des Femmes_, II, 9, _Médecin malgré lui_, I, 59). Dans la _Coquette_, Regnard fait plaisamment dériver bouchon de bouche. On doit rattacher ce mot, dans ses sens divers, d'après Hatzfeld, à l'ancien français bousche, faisceau de branchages et de javelles.

=BOUFFE (la)=, IX, 178. «Il n'a point, avec nous, la _bouffe_ de gouverneur.»--Le visage gonflé, l'allure importante.

Ménage définit bouffer: Souffler à puissance d'haleine et les joues enflées. Les médecins, écrit Furetière, appellent bouffe la partie inférieure de la joue, qu'on enfle de vent quand on veut.

=BOUFFÉE=, VII, 73. «Nous avons une petite _bouffée_ d'hombres et de reversis.»

Bouffée: Mouvement à intervalles, flot. Hombres et reversis: jeux de cartes en usage au XVIIe siècle.

=BOURRÉ=, III, 514. «Si nous les attrapons, ils seront bien _bourrés_.»--Bourrer, faire comme le chien qui poursuit un lièvre, lui donne un coup de dent, lui arrache le poil.

Etymologie: latin populaire _burra_, amas de poils détachés de la peau.

=BOUTON (haut)=, V, 538. «C'est vous qui nous avez mis le _bouton si haut_.»

Mettre le bouton haut à quelqu'un, c'est lui rendre une chose difficile. Cette métaphore paraît tirée de l'escrime, où l'extrémité arrondie du fleuret est appelée bouton ou mouche.

=BRAVE=, VII, 416. «Vous me faites plus _brave_ que je voulais.»--Plus élégante.

Ce mot a deux significations: vaillant et superbement vêtu. L'Académie, au temps de Ménage, le trouvait un peu bas, dans ce dernier sens.

=BRÉSILLÉ=, IV, 234. «Mandez-moi si vous n'êtes pas _brésillée_.»--Devenue rouge, teinte avec le bois rouge appelé _brésil_.

Autre sens: brésiller, rompre par petits morceaux, réduire en poudre à force de sécheresse.

=BRÉTAUDER=, II, 117. «Madame de Nevers y vint, coiffée à faire rire. Le Martin l'avait _brétaudée_ par plaisir, comme un patron de mode excessive.»--Rogner, couper, tondre irrégulièrement. On disait de même: une pistole brétaudée.

Ménage donne à ce mot, comme origine, les mots latins: _varie tondere_. Plus exactement, Hatzfeld voit son étymologie dans _bertondre_, composé de _bre_ ou _ber_, expression péjorative, et de _tondre_.

=BRIDE (lâcher la)=, IX, 307. «Je ne veux pas me _lâcher la bride_ à vous parler.»

D'un terme de manège, le mot _bride_ est devenu, au figuré, l'obstacle à la volonté ou à la puissance d'une personne.

=BRI (de la potence)=, IX, 295. «Avoir fourni _bri de la potence_.»--Avoir donné contre la potence, dans le carrousel, au lieu d'avoir emporté la bague; avoir manqué son coup.

Madame de Sévigné dit ailleurs: brider la potence. (_Lettres inédites_, I, 47.)

=BRIDER SA COIFFE=, V. 101. «Si Quanto avait _bridé sa coiffe_.»--Se cacher sous ses coiffes, ne pas se montrer.

Brider, dit Furetière, signifie quelquefois éteindre, serrer, cacher. Exemple: Ce justaucorps est mal taillé, il vous bride trop sur les épaules.

=BRILLOTTER=, VI, 7. «Il _brillotte_ fort à nos Etats.»--Mot propre à Madame de Sévigné; briller en frétillant.

=BUISSONS (battre les)=, VI, 136. «On _bat les buissons_ et un autre prend les oiseaux.»

Le mot buisson a pour origine, d'après Ménage, la clôture des jardins, autrefois en buis.

C

=CABINET=, VII, 428. «On peut trouver le reste assez bon pour être jeté dans un fond de _cabinet_.»--De bureau (Cf. _Le Misanthrope_, I, 1: Il est bon à mettre au cabinet).

=CAMP DE MAINTENON=, VIII, 466. «Il fait de votre maison un _camp de Maintenon_, dont l'air ne sera pas moins mortel.»--Allusion aux travaux énormes et aux épidémies meurtrières des ouvriers employés au château de Maintenon.

=CANAILLES CHRÉTIENNES=, IX, 221. «Je crois qu'il se contentera d'aller en Paradis et qu'il ne quittera pas ces _canailles chrétiennes_.»

Ce terme désignait, avec un sens un peu moins méprisant que de nos jours, le bas peuple. Mot attribué à l'orgueilleux évêque de Noyon, Clermont-Tonnerre, dans un de ses sermons.

=CARÊME PRENANT=, VI, 307. «Je vous trouve heureuse d'être délivrée de _Carême prenant_.»--Carnaval, masque du mardi-gras.

C'est à la fois le moment où le carême prend et l'homme déguisé, appelé, quelquefois aussi, carnaval. (Voir Molière: _Le Bourgeois gentilhomme_, III, 3.)

=CASE=, V, 186. «La _case_ de Brancas.»--Maison, famille, petite habitation.

=CHACUNIÈRE=, III, 316. «Les filles s'en vont, chacune à sa _chacunière_.»--Demeure particulière, logis.

=CHAIR (être à la)=, X, 118. «Quand vos petits garçons seront _à la chair_.»--Formés et en état d'agir, comme l'oiseau du fauconnier.

=CHAMAILLIS=, _Lettres inédites_, II, 258. «Vous devriez être en repos de ce premier _chamaillis_.»--Combat en champ clos, puis querelle où l'on se chamaille. (Cf. Saint-Simon, VIII, 233.)

Bruit produit par des gens qui chamaillent, qui se battent. Ce mot n'était plus en usage déjà au temps de Furetière. Chamailler signifiait se battre contre un ennemi armé de toutes pièces, frapper réciproquement sur les armes les uns des autres. Selon Le Héricher (_Les Etymologies difficiles_) ce terme aurait pour origine _cha_, préfixe péjoratif, et _mailler_, battre à coup de maillet. Littré enseigne que l'expression vient de _Camail_, armure de tête. D'après Hatzfeld, l'étymologie serait un mot du latin populaire _clamaculare_, crier, _clamare_, en bonne latinité.

=CHANDELLE DES ROIS=, II, 268. «Bariolé comme la _Chandelle des Rois_.»

Autrefois, selon Furetière, la veille de la fête des Rois, on brûlait une chandelle riolée (rayée), et piolée (bigarrée), de diverses couleurs.

=CHANTER DES OREILLES=, IV, 296. «Je les entendais tous qui _chantaient des oreilles_, car je n'ai jamais entendu de sons comme ceux-là.»--Chantaient mal. (Rabelais, _Pantagruel_, V, 27): Les frères ne chantaient que des oreilles.--Ne rendaient aucun son, ne parlaient pas.

=CHATTE=, _Lettres inédites_, II, 309. «La duchesse faisait comme la femme qui ne pouvait oublier qu'elle avait été _chatte_.»--Traiter quelqu'un avec un abandon familier, comme avant les grandeurs qui ont pu changer l'état, mais non l'ancien naturel de la personne.

=CHAUD (trop)=, IX, 545. «Il prend goût au métier (de la guerre) et ne trouve rien de _trop chaud_.»--Allusion à la chaleur de la bataille.

=CHAUDE (à la)=, II, 532. «J'y fais une réponse à la _chaude_.»--Vivement, à l'instant. (Cf. Saint-Simon, V, 533.)

=CHIEN DE VISAGE=, III, 78. «Voir toujours votre _chien de visage_.»

Plaisanterie fréquente chez Madame de Sévigné. Allusion au mot de Molière: chienne de face. (_Dépit amoureux_, IV, 47.)

=CHIEN ET LOUP=, IV, 231. «Je crains l'entre _chien et loup_.»--Début de la soirée, l'heure à laquelle on ne distinguerait plus un chien d'un loup.

=CHIEN DE JARDINIER=, V, 316. «Un _chien de jardinier_ comme lui.»

Un envieux jaloux; il ne mange pas d'une chose et il ne veut pas que les autres y touchent, comme le chien du jardinier qui ne mange pas les choux et en interdit cependant l'approche.

=CHRÊME ET BAPTÊME (renier)=, VIII, 374. «Un homme qui renie _chrême et baptême_.»--Chrême, huile d'olive employée dans certaines cérémonies religieuses.--Ici le sens est: homme qui jure par les choses les plus sacrées.