Chapter 7
«À sept heures moins un quart, les deux battants de la prison se sont enfin ouverts. Une rumeur prolongée est partie de la foule, et la voiture, escortée par six gendarmes à cheval, commandés par un maréchal-des-logis, s'est dirigée, au grand trot, vers le lieu du supplice.
«Après avoir traversé l'avenue de Paris, on a suivi la rue des Chantiers, qui est très-longue et qui aboutit à la barrière d'octroi du même nom.
«On a dépassé, à gauche, le champ de course de Porchefontaine, et l'on s'est arrêté un peu plus à droite sur la route de Sceaux.
«Là se trouve l'entrée d'un bois appelé le _bois du pont Colbert_. Entre la route et l'entrée de ce bois, qui est fermé de toutes parts, on a laissé libre un espace de douze mètres carrés. C'est sur cet étroit emplacement, borné de trois côtés par les barrières du bois, que l'échafaud avait été dressé la nuit précédente, à l'aide de flambeaux.
«Comme on avait su que l'exécution était pour ce matin, les habitants de Montreuil, près Versailles, dont les maisons sont situées sur une hauteur, examinaient de loin ces quelques hommes qui, à l'aide de flambeaux vacillants, préparaient la fatale machine.
«Un piquet d'infanterie avait gardé l'échafaud toute la nuit.
«Le condamné est monté sur la plate-forme par le côté qui regardait la route ayant la face tournée vers le bois du Pont-Colbert. Il a gravi les marches d'un pas assuré, entre un aide et l'exécuteur. M. l'abbé Folley marchait devant eux en surplis et en camail avec un christ à la main. Parvenu en haut, Poncet s'est agenouillé pour baiser le christ, et au moment où il se relevait, l'abbé Folley l'a embrassé, suivant le désir du condamné. Poncet a protesté de son innocence et il a salué les spectateurs par de petits mouvements de tête. À ce moment, il avait les yeux hagards, et la pâleur de son visage était extrême.
«L'exécuteur a ôté à Poncet la blouse jetée sur ses épaules, et le condamné, saisi par les aides, a été rapidement bouclé à la planche à bascule; le corps de Poncet s'est abaissé en clin d'oeil, et quelques secondes s'étaient à peine écoulées que sa tête tombait, à sept heures, au milieu des frémissements de la foule. Les spectateurs, qui étaient très-bruyants, avaient gardé le plus profond silence dès que la voiture du condamné avait paru.
«Après l'exécution, on a entendu des applaudissements.
«M. l'abbé Folley, pour ne pas voir l'exécution, a eu à peine le temps de monter dans une voiture particulière qui l'attendait au pied de l'échafaud. Mais quelques minutes après, il a pu voir passer devant lui l'espèce de fourgon où il se trouvait quelques instants auparavant avec Poncet, et qui ne renfermait plus que son cadavre jeté dans une manne d'osier. Un aide allait conduire ce cadavre au cimetière de Montreuil. Deux gendarmes à cheval suivaient cette voiture.
«L'exécuteur de Paris avait ses deux aides, et il était encore assisté de l'ancien exécuteur de Versailles, faisant, dans cette circonstance, office d'aide. Ce dernier était dans la voiture qui portait au cimetière les restes du condamné. Là, un commissaire de police attendait le corps pour constater l'inhumation. On s'attendait si bien à l'exécution de Poncet que sa fosse était préparée depuis trois jours.
«L'exécution était protégée par un piquet de grenadiers de la garde, par un piquet de zouaves et un escadron de lanciers. Toute cette nuit, il était arrivé des curieux à Versailles de toutes les directions. Aussi, avant le jour, la route de Paris à Sceaux, sur le bord de laquelle, comme on a vu, était dressé l'échafaud, n'était plus abordable pour les retardataires.
«À la même place où Poncet a expié son crime, depuis quelques années seulement sont tombées quatre têtes: celle de Jaquet, qui avait assassiné un détenu de la maison de Poissy et qui avait commis une tentative d'assassinat sur un des gardiens de cette prison; celle de Duclos, pour assassinat sur sa maîtresse, à Charonne. Cette affaire, jugée d'abord par le jury de la Seine avait été renvoyée, par suite de cassation, à la cour d'assises de Seine-et-Oise. Puis vint le supplice de Balagny, garçon boucher, assassin du père Huet, aux Carrières Saint-Denis, et enfin celui de Henne, garçon boucher aussi, qui avait tué un vieillard, dont il était le commensal et le locataire.
IV. Une guillotine nouvelle.
Parmi les objets qui attireront le plus l'attention à la future Exposition de 1867, disait un journal, on peut citer en première ligne une guillotine d'un nouveau modèle, dont l'invention est due à un compatriote de M. de Bismark. Cette guillotine coupe six têtes à la minute, on peut arriver à huit, mais en forçant.
Le couteau est mis en mouvement au moyen d'une _bielle_ qui est adaptée à une puissante machine à vapeur. De cette façon, le glaive de la loi ne tomberait plus directement sur la tête du condamné, il la trancherait par un mouvement circulaire et rotatoire.
Cet instrument peut se monter et se démonter en dix minutes; la machine à vapeur est munie de roues; elle pourrait donc servir d'appareil de locomotion pour amener la guillotine sur le lieu de l'exécution et conduire le corps du supplicié au cimetière.
Cette guillotine n'a pas été exposée.
V. L'avenir de la guillotine.
Nous donnons ci-après une lettre écrite à l'_Événement_ par M. Raynard, artiste dramatique, et qui contient une théorie intelligente de la peine de mort.
Tant que cette mesure subsiste dans nos lois, il est évident que la souffrance doit être supprimée autant qu'il appartient à la science humaine.
«Monsieur le rédacteur,
«Depuis quelque temps on s'occupe beaucoup de la peine de mort.
«On cherche, sinon son abolition, du moins un moyen d'exécution, je ne dirai pas plus humain, mais plus en harmonie avec les progrès de notre siècle.
«Voici quelques réflexions qui me sont venues à ce sujet.
«On dit que toutes les institutions _humaines_ sont perfectibles. C'est sans doute pour cela que l'exécution capitale n'a pas changé depuis la révolution. Je reconnais que c'est un sentiment d'humanité qui a fait adopter la guillotine. Cet horrible instrument était un progrès sur la roue, c'est tout ce que la science d'alors a pu donner. Mais, aujourd'hui nos moeurs nous commandent, je crois, de trouver mieux.
«Que demande la justice?
«Qu'un coupable disparaisse du sein de la société, n'est-ce pas? Elle veut un exemple!
«Où le trouvons-nous, cet exemple!
«L'exécution a lieu le matin au petit jour, et la justice a l'air de se cacher pour anéantir un coupable. On apporte un certain mystère dans les apprêts, on redoute la présence de la foule, on comprend très-bien qu'elle est toujours trop nombreuse au pied de l'échafaud, et, sans l'exprimer hautement, on approuve Lamartine, qui disait: «Si les lois sanglantes ensanglantent les moeurs, il ne faut pas que le législateur, pour intimider quelques scélérats, déprave, par la vue du sang, l'imagination de tout un peuple. Du reste, il suffit d'avoir assisté une fois à une exécution pour être édifié sur la valeur de l'exemple.»
«La foule se presse, se bouscule, se bat presque pour arriver au premier rang. C'est un spectacle: on est venu épier le dernier regard du condamné; on est venu écouter ce qu'il dira sur les marches de l'échafaud, et on ne veut rien perdre du drame qui va se dérouler.
«En attendant, cette foule généreuse rit, chante et fait des mots.
«J'ai entendu un homme dire à son camarade:
«--Il a plus d'chance que nous, c'gueux-là, il va déjeuner avec le bon Dieu.
«Un autre disait à sa femme:
«--Est-ce qu'ils n'vont pas s'dépêcher un peu?
«Et la sensible et poétique créature murmurait dans son impatience:
«--Pourvu que l'petit n'aille pas s'éveiller!
«Le moment fatal approche, la foule est attentive, anxieuse, exactement comme elle l'est au théâtre, quand le traître va assassiner la jeune première. Mais recueillie? Allons donc! Elle se tait, c'est vrai, mais c'est pour mieux écouter ses propres impressions. Le condamné arrive, on le hisse sur la plate-forme de la guillotine, puis, en présence de la mort, il embrasse le prêtre qui le soutient, il embrasse le crucifix qu'on lui présente, et pensant que dix mille personnes l'observent, ce malheureux, malgré sa confession faite et l'absolution reçue, se parjure, en s'écriant:
«--Je meurs innocent.
«La foule s'éloigne bruyante, et le gamin retourne à son atelier faire le récit d'un spectacle qui lui sert souvent de prétexte à des plaisanteries de mauvais goût dans le genre de celle-ci:
«--Il a tout d'même eu un rude trac, au moment d'laisser tomber sa tourte.
«Dans tout cela, je ne vois pas que l'exemple soit salutaire et moralisateur.
«Un criminel doit mourir, n'est-ce pas? Eh bien! la science a aujourd'hui, pour tuer un homme, des moyens aussi infaillible et surtout moins sanguinaires que celui du docteur Guillotin.
«Je me demande pourquoi le mode d'exécution par l'électricité ne serait pas adopté?
«L'étincelle électrique peut foudroyer instantanément. J'y vois de nombreux avantages et pas un seul inconvénient. D'abord, il n'y a pas de sang répandu. On ne voit pas le hideux couteau s'abattre sur une tête humaine; il n'y a qu'un agent mystérieux, qui frappe comme frapperait le doigt de Dieu. D'un autre côté cette mort prompte ne laisse plus de place à ce doute horrible qui divise encore les physiologistes: le doute de savoir si la douleur et l'intelligence ne subsistent pas quelques instants encore après la décollation.
«Ce serait un progrès de plus que ce foudroiement judiciaire eût lieu à huis clos, sauf à prendre les précautions de constatation d'identité que j'indiquerai tout à l'heure.
«De cette façon, on enlèverait au condamné ces occasions de forfanterie qui entrent pour une part considérable dans son mépris de la mort; mépris qui, en amoindrissant la pitié du public, laisse une part trop grande à son admiration.
«J'ai la conviction que ça n'est certes pas là le dernier sentiment que le législateur s'est proposé de faire connaître dans l'esprit de la foule qui assiste à une exécution.
«Avec l'électricité, rien de tout cela n'est plus possible.
«Le criminel, prévenu dans la journée qu'il disparaîtra de la société au soleil couchant, peut se recueillir et se préparer à la mort. Plus de forfanterie! Il sera seul avec lui-même pour songer au passé dont il lui sera demandé compte dans l'éternité.
«Il n'aura plus cette surexcitation nerveuse que donne la vue du public. Personne ne l'entendra, les murs de sa prison seront muets, et il saura que le lendemain de sa mort les journaux, au lieu du récit circonstancié de ses moindres actions, ne renfermeront plus que cette mention succincte: Le coupable a payé sa dette à la justice des hommes! S'il lui reste encore quelques bons instincts, ils se réveilleront. Ils ne seront plus étouffés par ce sentiment de révolte qui doit pousser le criminel le moins endurci à braver cette société qui, à ses yeux, abuse de sa force, de son droit, en se réunissant tout entière pour accabler un seul homme.
«Il aura toutes les faiblesses humaines; il osera pleurer, ses larmes seront sincères; elles auront leur source dans le repentir, et elles éviteront à ce malheureux le parjure de la dernière seconde.
«Si l'on veut à toute force faire de l'apprêt, donner à cette triste solennité une pompe théâtrale, que la cérémonie funèbre ait lieu dans un endroit public pendant une messe basse des morts, devant des juges et un certain nombre de jurés choisis par le sort. Puis l'exécuteur des hautes-oeuvres n'aura plus qu'à appuyer sur un bouton de l'appareil électrique pour que le condamné, entraîné à distance et loin de tous regards humains, soit instantanément foudroyé.
«Mais encore cette solennité est-elle inutile?
«Comme il faut qu'on soit assuré que l'exécution a vraiment eu lieu et que la justice n'a de priviléges pour personne, le lendemain les portes d'une morgue s'ouvriront, et, pendant un certain laps de temps, les gens avides de contempler l'image de la mort pourront passer devant le cadavre du supplicié, à la tête duquel on placera ces simples mots:
LA LOI.
«Je n'insiste pas sur les détails de l'exécution par l'électricité, on les trouverait facilement. J'ai voulu seulement indiquer l'idée principale de la substitution d'un procédé plus humain à la guillotine. Cette idée, je l'ai exprimée dans toute sa naïveté. Je serais heureux qu'elle trouvât de l'écho et que mon humble voix soulevât une discussion qui pourrait avoir pour résultat d'épargner à un homme, tout coupable qu'il est, quelques instants d'agonie, de souffrance, et à la société un spectacle horrible et beaucoup plus propre à la dépraver qu'à la moraliser.
«Recevez, monsieur, les meilleures salutations de votre tout dévoué,
«H. RAYNARD.»
TABLE DES MATIÈRES
Préface. 5
PREMIÈRE PARTIE. _Les Prisons_.--Paris.--La Conciergerie. --Saint-Lazare.--Sainte-Pélagie.--La Roquette.--Mazas.--La voiture cellulaire.--La cellule.--Le lit.--L'horloge.--La nourriture.--Dépenses.--Les parloirs.--La promenade.--Les préaux.--Londres.--Newgate.--Bridewell.--Clarkenwell.--Les _In pace_.--Les cages de fer. 7
DEUXIÈME PARTIE. _Les Bagnes_.--Le transport.--Le ferrement. --L'installation.--Le costume.--La chaîne.--Le travail.--Le bazar.--La nuit du forçat.--La surveillance.--Les moutons. --Les punitions.--La libération. 45
TROISIÈME PARTIE. _Les Tortures_.--Les cheveux.--Les yeux. --Les pieds et les mains.--Le poing.--Les brodequins.--La cangue.--Le carcan.--Le poteau à perpétuité.--Questions par l'eau.--La bastonnade.--Les étrivières.--Le knout.--La bouline.--L'estrapade.--La veglia.--Le caveau. 59
QUATRIÈME PARTIE. _La Peine de Mort_.--Chez les Carthaginois. --Le brahmine.--L'arbre.--Enterrée vive.--Argent fondu. --Corps coupé en deux.--Chaise de fer.--Les auges.--Le canon.--Les crampons de fer.--Le Pal.--Pilé dans un mortier. --La broche.--Le corps allumé.--La statue.--Le bûcher.--Les cendres.--La roue.--L'écartèlement.--Les aiguilles.--La pendaison par les aisselles.--Par le cou.--Le pilori.--Le garrot.--La loi de Lynch.--La fusillade.--La croix. 77
CINQUIÈME PARTIE. _La Guillotine_.--Louison.--La mannaja. --Le cachot des condamnés à mort.--Poncet.--Une guillotine nouvelle.--La guillotine et l'électricité.--L'avenir. 137
Paris.--Typ. Gaittet, rue du Jardinet, 1.
LA REINE HORTENSE
HISTOIRE COMPLÈTE DE LA MÈRE DE S. M. NAPOLEON III
PAR E. FOURMESTRAUX
OUVRAGE AGRÉÉ PAR S. M. L'EMPEREUR
L'histoire des principaux membres de la Famille Impériale a déjà été faite plusieurs fois, jamais celle de la REINE HORTENSE, _Mère de l'Empereur Napoléon III_, ne l'a été de façon à être mise à la portée de tout le monde.
S. M. l'Empereur a daigné recevoir l'auteur en audience particulière et lui a adressé les plus vives félicitations, c'est le meilleur éloge que nous puissions faire de l'ouvrage.
Pour recevoir l'ouvrage immédiatement _franco_ par la poste, adresser 1 fr. 20 c. en timbres-poste de 20 c. à MM. LEBIGRE-DUQUESNE frères, éditeurs, 16, rue Hautefeuille, à Paris.
LE LOUSTIC DU RÉGIMENT
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LES BRIGANDS CÉLÈBRES
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HISTOIRE COMPLÈTE DE LA PROSTITUTION EN EUROPE DEPUIS L'ANTIQUITÉ JUSQU'À LA FIN DU XVIe SIÈCLE
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