Olivier Twist: Les voleurs de Londres

Part 29

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Avant de venir s'installer dans sa nouvelle demeure, il avait contracté une forte amitié pour M. Grimwig, qui lui rendait le réciproque. En conséquence, il reçoit bien souvent la visite de cet excentrique monsieur, qui, en ces occasions, jardine, pêche et charpente avec une activité sans égale; faisant chacune de ces choses à rebours de tous les autres, et affirmant (avec sa proposition favorite) que sa manière de s'y prendre est infiniment préférable à toute autre.

Le sieur Noé Claypole, ayant obtenu sa grâce de la couronne pour avoir témoigné contre le juif, et ayant considéré que sa profession n'était pas tout à fait aussi sûre qu'il le désirait, avisa nécessairement aux moyens de gagner sa vie sans être par trop surchargé de besogne. Il fut d'abord assez embarrassé sur le parti qu'il avait à prendre; mais, après quelque réflexion, il se fit mouchard, partie dans laquelle il réussit assez bien. Il se promène régulièrement tous les dimanches, pendant l'heure de l'office, en compagnie de Charlotte, décemment vêtue. Celle-ci s'évanouit à la porte des charitables cabaretiers; Noé s'étant fait servir pour trois sous d'eau-de-vie, afin de la faire revenir à elle, fait sa déposition le lendemain contre tel ou tel cabaretier qui a contrevenu à la loi en ouvrant sa boutique pendant l'office: alors il empoche la moitié de l'amende.

Les époux Bumble, privés tous deux de leur emploi, furent réduits graduellement à la plus affreuse misère, et finirent par être reçus comme pauvres dans le dépôt de mendicité où ils avaient jadis gouverné en despotes.

Quant à Giles et à Brittles, ils sont toujours à leurs anciens postes.

Charles Bates, épouvanté par le crime de Sikes, fit de sérieuses réflexions sur son inconduite passée, et, persuadé qu'après tout une vie honnête vaut mieux, il résolut de s'amender et de vivre désormais de son travail.

FIN.

Notes des Éditeurs:

[1] Ceux-là seuls qui ont étudié de près en Angleterre le fonctionnement de la charité légale, peuvent dire ce que le protestantisme a fait pour les pauvres en leur enlevant les sœurs de chanté et les religieux hospitaliers. A eux de contrôler le tableau que présente ici Dickens; fût-il chargé, il en reste assez pour juger la philanthropie.

[2] Soulignons ce passage pour remarquer que Dickens était un de ces penseurs mécontents de tout le monde, chez lesquels le jugement n’est pas à la hauteur de l'imagination et de I’esprit. Critiquer, ridiculiser à peu près tout sans réfléchir sur les conséquences de leurs railleries, voilà leur préoccupation exclusive. Il prend ici à part les marins; mais pour empêcher ces sortes de _digestion qu’ils aiment_, qu’oppose-t-il de sérieux remède, en admettant que cela soit vrai? Le lecteur donc ne se ferait que des idées fausses sur les hommes et sur les choses, s’il s’en rapportait à ces exagérations, qui n’ont pour premier but que celui de l’amuser par leur spirituel agencement.

[3] Ainsi qu’en sera aisément convaincu le lecteur par la suite de ce récit, Dickens tombe encore ici dans l'exagération. Qu'un enfant soit maltraité, méprisé, persécuté parce qu'il est né de parents indignes et dans des conditions malheureuses, assurément cela est de toute injustice, puisque lui est innocent. Mais de ce que, par suite de cette circonstance, il trouve dans ce monde des obstacles qu’un enfant né d'une véritable famille honnête n’a pas à vaincre, en conclure contre l'inhumanité des hommes et leurs institutions et leurs lois, c’est de la déraison, c’est le renversement de tout ordre social, c’est la démoralisation décrétée en 1793.

[4] Quelque fondée que puisse être particuliérement en Angleterre la défaveur attachée au nom de _juif_, nous ne saurions approuver cette qualification continuellement appliquée ici à un type de scélératesse. Il n’y a pas seulement que des juifs dans les tavernes de bandits et les bagnes. Le fils d’Israël croit à Dieu, à l’immortalité de l'àme etc. Donc, englober tous les juifs dans la même accusation à cause de quelques exceptions, c’est exagérer, plus que cela, c’est manquer de justice. Fagin est étranger a toute croyance; mieux valait par conséquent, et ce n’eût été calomnier aucune croyance, simplement l'appeler l'_Apostat_ ou le _Rénégat_, etc. Pareil être doit s’attendre à tout.

[5] Moulin mis en action par des hommes.

[6] Assises qui se tiennent quatre fois l’année pour juger certaines causes civiles ou criminelles.

[7] Un des principaux marchés de Londres.

[8] Dickens omet toujours d’indiquer une condition première, pourtant un moyen indispensable pour arriver à la perfection d’Olivier. Que quoique né d’une mère coupable, cet enfant aime et pratique cependant la vertu dans un certain degré, cela se peut, cela se voit quelquefois. Mais que la nature seule produise cet effet sans l’aide d'aucune espèce de religion (Dickens est muet sur ce point), que ce fruit particulier et divin de la prière et de la grâce naisse et grandisse ainsi de lui-même, comme une production spontanée de la nature, c’est faux, c’est contraire à l'expérience de chaque jour.

[9] Pour peu que le lecteur connaisse de romans protestants, il ne s’étonnera pas que toujours le beau rôle, la vertu la plus pure, soient le lot des pasteurs ou ministres. Cette façon de soutenir l’erreur est une sorte de calomnie qui n’est pas sans effet. Heureuse encore cette Eglise abhorrée qu’ils appellent _papisme_, si quelques-uns de ses prêtres ou religieux n’y figurent pas comme d’hypocrites scélérats.