Oeuvres poétiques Tome 2

Chapter 16

Chapter 161,611 wordsPublic domain

5 Ta grant valeur en moy a mis Le vouloir, chier maistre et amis, De cestuy mien' epistre en vers T'envoyer, non obstant qu'envers Ton fait riens ne fait, bien le say je, 10 Mais comme nous lisons: le saige Enseigne aux disciples a prendre Amistié aux saiges, se apprendre Desirent; et pour tant en voye M'a mis ton scens que je l'envoye. 15 Sy soit premisse a humble chiere Recommandacion trés chiere, Te suppliant que a desplaisance Ne te tourt se adès plaisance Ay qu'em singulier nom je parle 20 A toy, car je l'ay apris par le Stille clergial de quoy ceulx usent Qui en science leurs temps usent. Et moy, désirant de tes oeuvres Vertueuses veoir, que oeuvres 25 Te suppli humblement trés or A moy ton valable tresor Que ou giron Science puisas, Lequel bien estendu puis as. Mon femenin scens ne desprises 30 Sy que g'i faille, ains adès prises La grant amour qu'ay a savoir, Par quoy te foys ce assavoir. Et se de veoir apetis, Combien qu'en moy scens a petis, 35 De mes dittiez, saiches de voir, Commander puez par droit devoir, Sans enquerir ou ne comment, Car tout est en ton bon comment. Et, pour ce que je suis certaine 40 De ton scens, t'envoyé certaine Desplaisance que j'ay complainte Plourable, expliquant ma complainte, Doulousant de ce que mieulx estre Adès ne voy le mondain estre 45 Gouverné, qui de mal em pire Va, ce m'est vis, en tout empire; Et ce mal qui m'anuye et poyse Sçay que ton meismes scens moult poise, Car que on se gouvernast a droit 50 Tout hom desire en qui a droit. O maistre! quel merveille dure Est de veoir ou temps qui dure Mençonge et barat si en cours En cités, en chastiaulx, en cours 55 De princes, par rigle commune, En nobles gens et en commune, En clergie et en toute court De justice, sans doubte, court Sy que verité point n'a part, 60 En lieu aucun mucié n'appart, Mais chascun s'efforce d'avoir Par grant convoytise d'avoir Malice frauduleuse et cure De decepvoir, et nul n'a cure 65 De vertueux prouffiz acquerre. Sans plus s'estudient a querre Les biens vains qui a vices tirent, A riens plus les mondains ne tirent. O te souvient il, mon chier sire, 70 Com trop plus le miel que la cire Phillosophie nous apreuve, Sy com Bouesce trait a preuve En son bel et notable livre Qui consolacion nous livre, 75 Quant les biens met sy a despris Qui des mondains sont adès pris Et esleuz plus que autre grace? Mieulx aiment que ciel terre grace Semée de fiens et d'ordure. 80 Tel convoitise ou temps d'or dure. On treuve en escript es leus Livres que jadiz les esleuz Saiges phillosophes estoyent Des cités ou lieux ou estoyent 85 Conseilleurs, et aussi des roys, Et par leur bon scens les desroys Supperflus erent confondus, Sy com jadiz fu confondus L'orgueil du roy Emiradès, 90 Com mon scens voit et mire adès, Par Philometor, le vaillant Phillosophe, qui son vaillant Et soy meisme en ame et en corps Mist pour bien commun et encors. 95 Ce prouffit meisme adès faisoyent Les bons saiges qui desfaisoyent Les laides settes, mais en vie A pou n'est nul qui ait envie Devers le bien commun soy traire, 100 Mais chascun le propre a soy traire Veult; plus n'est la chose publique Gardée, ainçois tout en publique De telz orreurs faire on n'a honte Dont meisme Nature en ahonte. 105 Es voluptez chascun s'enlace, Ne je ne voy nul qui s'en lasse; Gent ne considerent qu'ilz faillent; Toutes bonnes coustumes faillent, Car vertus sont mis en mesconte; 110 De science on ne tient mais compte Par qui on gouvernoit jadis Les raignés, comme ailleurs ja dis; Pour ce estoit equité au monde, Mais ore y a pou de gent monde. 115 Lors le siecle estoit de fin or Qui du tout est a defin or. Les princes estoyent lettrez, Lesquels les pilliers et les trefz Doivent estre pour soustenir 120 Justice et puepple soubz tenir Par ordre de loy et raison. Eloquens par vraye rayson Les nobles travaillans confors Donnoyent aux pueples confors 125 Excercitant les meurs parfaiz En sollicitude et par faiz, Et leur vie ainsi employoyent, Combien que l'eschine en ployoient Souventes foiz par mainte paine 130 Pour vertu dont pou ore on paine. Or regardes s'en tel maniere Ceulx qui de fait et de maniere Se doivent delitter en suivre Noble fait vueillent ceulx ensuivre: 135 S'il en est assez d'ainsi faiz, Louez ent Dieu et je aussi faiz. Freres chiers, pourroit on compter Le nombre de ceulx dont compter On puet les grans orguieulx hautains 140 Pour supperflus habis hault tains Ou par richesces que on a quises Au grief d'autruy et mal aquises Puet estre en honneurs ou estas? Apperçois tu nulz telz es tas 145 Des mondains? croy que si sens faille: N'ay doubte que de ce je faille Et appert que trestuit enssemble Cuident estre dieux; que t'en semble? Est ce voye d'en meurs errer 150 Ou ce c'est la sante d'errer? Meismes voit on qu'en orgueil monte Maint de qui le scens petit monte Et qui n'ont pas vaillant ma coiffe Des fortunez biens, et a quoy fe- 155 Roye de ce plus long procès? Car certain es qu'a la proces- Sion en dure longue route, Et par tel erreur foy est route Au monde ou pou on voit aprendre 160 Les meurs qui bonnes sont a prendre. Aux juges par ta foy meffaire Vois tu fors droit en riens meffaire, Chier frere et amy, or prens garde Se adès justice bien on garde. 165 Ha! Justice la trés eleue Com notablement tu es leue Et enseignée es traittiez Ou l'en apprent justes traittiez! Voiz tu que la faveur des droiz 170 Soit estendue adès es droiz Povres orphelins et aux lasses Vefves de plourer non ja lasses. Et que t'en semble? est il ainsi? Je croy que non certes, ains si 175 Est tout le monde adès tourné Que tout bien leur est destourné. Et ce puis pour certain tenir, Car bien m'en sçay a quoy tenir, Et Fortune m'a fait maistresce 180 Du sçavoir par preuve, mais trés ce Que fus en ses liens liée Nul ne vint plus a chiere liée M'offrir confort en bonne entente Fors puet estre ainsi comme en tente 185 Les simples pour les decepvoir, Et certes je dis de ce voir, Dont mes adversitez communes Sont ainsi tournées comme unes Acoustumances qui adès 190 Continuent, ainsi a des Meschiefs eüz de ma partie Puis que je parti ma partie Vraye et loyal a ton amy: Estoit cil, si ert il a my 195 Sy que jamais si fait n'aray Comme ailleurs qu'ycy le naray. Et de telz annuis encor ay je Dont je te pri de bon couraige, Que Dieux pries que pacience 200 M'i doint, car je n'ay pas science De toudis me tenir com forte En pacience qui conforte. Dieu pry qu'il t'ottroit par durable Temps vivre au monde et pardurable. 205 Escript seullette en m'estude Le dixsiesme jour par estude De Fevrier l'An Mil quatre cens Et trois en deliberé scens.

Christine de Pizan, ancelle 210 De Science, que cest an celle Occuppacion tint vaillant, Ta disciple et ta bienveillant.

1: _Cette pièce ne se trouve que dans les mss. de la famille_ A.

_Dans la rubrique_ A2 _ajoute_ tout de rimes equivoques

9 _On pourrait corriger_: r. ne soit

50 A1 homme

59 A n'appart

87 A1 errent

125 A1 Exercititant

162 A2 _ajoute_ n' _devant_ en

174 A1 nom

196 A1 que y.

199 A prie

201 A conforte

209 A P. an ce celle

ERRATA

[corrigées dans l'édition électronique]

ÉPITRE AU DIEU D'AMOURS

P. 15, vers 445, mettre un point d'interrogation après _Cartage_.

P. 15, vers 449, remplacer le point d'interrogation qui est à la fin de ce vers par un simple point.

P. 16, vers 489, il serait préférable de mettre deux points après _plus_ et d'écrire _rigle_ au lieu de _riglé_.

LE DIT DE LA ROSE

P. 31, vers 81, on pourrait corriger _firent_ par _sirent_.

P. 32, vers 100, lire: _chappellès_.

P. 32, vers 108, on peut écrire aussi _acompagnie_ en un seul mot.

P. 47, vers 590, lire: _bel estre_.

LE DÉBAT DE DEUX AMANTS

P. 51, vers 62, supprimer l'apostrophe après _cest_.

P. 58, vers 309, mettre un point à la fin de ce vers.

P. 66, vers 565, lire: _apoir_ en un seul mot.

P. 71, vers 749, il vaudrait mieux supprimer le D majuscule de _de_ et reporter le point d'interrogation à la fin du vers.

P. 79, vers 1013, corriger en mettant _au plus lié_ au singulier.

P. 84, vers 1165, supprimer la virgule après _Sire_.

P. 109, vers 2004, fermer les guillemets après _feste_.

LE LIVRE DES TROIS JUGEMENTS

P. 116, vers 162, lire: _apoir_ en un seul mot.

P. 122, vers 356, _atant_ serait peut-être mieux écrit ici _a tant_.

P. 125, vers 480, supprimer l'apostrophe après _cest_.

LE DIT DE POISSY

P. 161, vers 77, il vaut mieux prendre la forme de B _chantoit_ et supprimer la virgule après ce mot.

P. 163, vers 119, lire: _ysneles_ au lieu de _ysveles_.

P. 166, vers 217, lire: _descendus_.

P. 166, vers 247, on pourrait écrire aussi _desrener_ au lieu de _d'esrener_.

P. 170, vers 357, on peut mettre _ou_ à la place de _on_.

P. 172, vers 431, lire: _Es cuisines_.

P. 177, vers 587, écrire: _l'endemain_.

P. 184, vers 841, remplacer le point qui est après _gracieulx_ par une virgule.

P. 192, vers 1101, mettre une virgule après _Longs_ et écrire _enarchiez_ en un seul mot.

P. 194, vers 1154, mettre une virgule après _flans_ et supprimer le point et virgule après _rains_.

P. 205, vers 1518, lire: _doulcès_.

P. 212, vers 1747, reporter la virgule après _ce_.