Oeuvres par Maximilien Robespierre — Miscellaneous
Chapter 2
Mais, Monsieur, je ne dois pas vous induire ici dans une erreur funeste; je ne puis vous le dissimuler, les grands hommes que je viens de nommer n'ont pas vu les jours de la lumière et de l'alliance nouvelle; ils aimaient la Rose de bonne foi; ils adoraient les mêmes divinités que nous; mais sans temple et sans autel! Les amants de la Rose épars et isolés n'avaient point encore appris à l'honorer en commun par un culte extérieur et solennel; car les banquets d'Anacréon, les soupers d'Horace, d'Auguste et de Mécène; les festins mêmes de Trajan et des Antonins n'étaient que l'ombre et la figure des grands mystères que nous avons vu s'accomplir en nous.
Fortuné mortel, prêtez une oreille attentive à ma voix, recueillez mes paroles avec respect et avec joie; je vais parler de l'époque sacrée où les amants de la Rose commencèrent à former sous le nom de Rosati un corps visible, une association régulière unie par le même esprit, par les mêmes rites et par les mêmes auspices; je vais vous révéler une partie des merveilles qui préparèrent ce grand événement, car la déesse qui les a enfantées en notre faveur me défend de lever entièrement le voile sacré que les couvre et vos yeux trop faibles encore ne pourraient en soutenir tout l'éclat.
L'amitié avait un jour rassemblé quelques-uns de nous dans un banquet qui n'avait rien de plus surnaturel que ceux d'Anacréon et de Marc-Aurèle; et les hymnes qu'ils chantaient en l'honneur des Grâces et de Bacchus montaient vers le ciel avec le parfum des roses et les douces émanations du Champagne; lorsque tout à coup on entendit dans les airs un concert plus ravissant que l'harmonie des corps célestes plus mélodieux que les champs des Muses et d'Apollon. Une odeur d'ambroisie se répand au même instant de toutes parts et nous voyons descendre au milieu de nos bosquets sur un nuage d'or et de pourpre une déesse brillante de tout l'éclat qui environne une beauté céleste. A ce seul souvenir, mon esprit se trouble, mes idées se confondent et j'éprouve encore une fois cette douce ivresse où sa présence alors plongea tous mes sens. O vous qui que vous soyez, qu'aucune déesse ne visita jamais, gardez-vous de chercher à vous former une idée de ses charmes d'après les faibles attraits des beautés mortelles... Oui Vénus sans doute est moins belle lorsque parée parles mains des Grâces elle se montre dans l'assemblée des dieux; elle était moins touchante le jour où parée de sa seule beauté, elle daigna la dévoiler aux yeux du fils de Priam. Dans l'une de ses mains était une lyre d'or, dans l'autre une coupe de nectar, à ses pies, une corbeille pleine de Roses. Ses regards se fixèrent un instant sur nous et ils firent circuler dans nos veines un feu rapide qui nous aurait consumés si elle ne nous avait elle-même donné la force de résister à sa violence; elle ouvrit la bouche, son souffle exhala une odeur plus douce que l'haleine du zéphyr chargé du parfum des fleurs. Le son de sa voix et les choses qu'elle nous dit nous jetèrent dans une extase ravissante dont il est impossible de donner une idée à ceux qui n'ont point reçu une semblable faveur et nos coeurs abîmés dans la joie étaient près de mourir sous le poids de la volupté.
Il n'est pas donné à une bouche humaine de rendre les discours de la déesse; il vous suffira de savoir qu'elle nous manifesta les décrets du destin qui de tout temps avoient fixé la durée de notre société.
Elle nous révéla comment les dieux jetant un regard de commisération sur les mortels, avoient résolu d'arrêter les progrès de l'égoïsme qui semble avoir banni de la terre la gaîté, la franchise, la vertu et le bonheur, en lui opposant une association fondée sur la concorde et sur l'amitié. Elle nous annonça qu'ils avoient daigné nous choisir pour être les pierres angulaires de ce sublime édifice: elle nous enseigna les dogmes que nous devons croire, les rites que nous devons suivre, la doctrine que nous devons annoncer; elle nous remit en même temps la lyre d'or, la corbeille de roses, et la coupe de nectar, après nous avoir appris l'usage auquel ils étaient destinés dans les cérémonies de notre nouveau culte, elle déposa aussi dans nos mains un livre où une main divine avait tracé en caractère de roses les lois qui nous étaient données et les noms de ceux qui étaient appelés à composer la société naissante avec l'histoire de leur vie et leur future destinée; elle nous ordonna de leur annoncer successivement dans les temps marqués les desseins des dieux à leur égard par les diplômes dont elle prescrivit la forme. Alors elle disparut en laissant dans les airs de vastes sillons de lumière.
Lorsque nous eûmes enfin reprit nos sens, nous nous regardâmes longtemps les uns les autres dans un profond silence: nos premières paroles furent l'explosion de tous les transports d'amour, d'étonnement et de joie, excités par la grandeur des prodiges dont nous étions les objets. Dès ce moment il nous sembla que nous étions devenus d'autres hommes: ou plutôt nous n'étions plus des hommes, nous planions au dessus de la terre; l'image de la déesse profondément gravée dans nos coeurs ne nous permettait plus de concevoir que des sentiments sublimes et de grandes pensées; elle nous défendait même pour toujours contre les attraits de toutes les beautés mortelles qui nous avoient enchantés jusqu'alors; nous n'éprouvions plus qu'un dégoût universel pour tous les biens passagers de ce monde périssable et le désir de remplir notre glorieuse vocation était le seul lien qui put encore nous attacher à la vie.
Aussi notre premier soin fut d'ouvrir le livre sacré qu'elle avait déposé entre nos mains: quelle fut notre joie quand nous lûmes dans ces archives immortelles les noms de tous les hommes illustres qui existent de nos jours chez les différentes nations de l'Europe qui pour devenir nos frères n'attendaient que l'expédition de nos diplômes, quand nous vîmes que ceux mêmes des siècles passés y étaient inscrits comme membres de cette divine société qui embrasse tous les grands hommes présents, passés et futurs.
Mais ce qui nous intéressait le plus vivement c'était sans doute de connaître ceux de nos concitoyens qui seraient au nombre des prédestinés. Votre nom s'offrit à nos yeux et il serait difficile de vous peindre la sensation agréable que nous causa cette découverte; nous voulûmes aussitôt lire l'article qui vous concernait, c'est-à-dire l'histoire de votre vie passée et votre horoscope; la première nous offrit les motifs qui ont déterminé en votre faveur le choix de la déesse et nous eûmes lieu d'admirer combien les décrets de la sagesse divine différent des faibles pensées des hommes.
En effet, Monsieur, quand les hommes seront instruits de votre admission dans l'ordre des Rosatis, ils croiront que vous devez ce titre à vos connaissances utiles et agréables, au don d'écrire en prose et en vers avec noblesse et avec grâce que l'on vous connaît; à tous ces talents divers qui font douter si vous êtes plus cher à Polymnie, à Erato ou à Cypris, enfin à toutes les qualités que renferme l'idée d'un homme aimable. Eh bien, Monsieur, ce mérite-là est précisément le moindre des titres auxquels vous devez l'adoption de la déesse, car nos livres sacrés vous apprennent que vous êtes appelé principalement parce que les dieux ont aperçu en vous un coeur droit et pur, une âme noble et élevée faite pour connaître l'amitié; parce qu'ils ont prévu que vous étiez capable d'aimer vos frères autant que vous leur serez cher; parce que toujours humain, sensible et juste, vous avez su joindre la reconnaissance et l'estime de vos concitoyens à la confiance et à l'amitié des magistrats puissants qui ont l'avantage et le mérite d'apprécier et d'employer vos talents qui exercent sur eux une autorité salutaire et funeste suivant le caractère et l'âme de ceux à qui elle est confiée.
Maintenant, Monsieur, vous ne serez pas fâché sans doute de connaître votre horoscope et vous attendez peut-être avec impatience que je vous révèle ce que le livre fatal nous a appris sur cet objet intéressant. Mais, Monsieur, c'est là précisément un de ces secrets sur lesquels les ordres de la déesse nous imposent un silence religieux; car elle est d'avis qu'il n'est pas avantageux à l'homme d'étendre ses regards trop loin dans l'avenir, tout ce que je puis faire, Monsieur, c'est de vous dire comme homme, que vous devez être exempt de toute inquiétude, car la sage déesse m'a encore appris en général que l'horoscope d'un homme est dans ses talents et dans ses vertus.
Livrez-vous donc tout entier à la joie que votre heureuse adoption doit vous inspirer et rendez grâces aux dieux qui ont daigné vous accorder une si éclatante faveur; reconnaissez votre dignité, _agnosce, o rosati, dignitatem tuam;_ et connaissez surtout votre bonheur, et méritez-le de plus en plus par votre zèle à répondre aux volontés du ciel et à observer ses commandements, aimez la rose, aimez vos frères, ces deux préceptes renferment toute la loi.
Mais pour animer votre zèle et répondre à la grâce de votre heureuse vocation, achevez devons instruire et devons édifier en apprenant quelles sont les magnifiques promesses qui ont été faites aux vrais Rosatis; car les dieux ont voulu qu'ils fussent heureux dans ce monde et dans l'autre. Le premier avantage qui leur est assuré est celui d'une longue vie; il est très difficile qu'un Rosati meure si toutefois cela est possible. Je puis vous en citer un exemple intéressant dans la personne de l'hôte aimable chez qui nous sommes rassemblés dans ce moment. Le jour où il fut admis pour la première fois à nos sacrés mystères, il nous chanta des couplets dignes d'Anacréon; mais l'état de faiblesse et de souffrance où nous le vîmes alors nous faisait craindre qu'il ne se pressât trop de descendre vers la fatale barque par les sentiers qu'Anacréon lui avait fraies; mais à peine eut-il passé une heure auprès de nous lorsqu'il s'écria dans un transport d'allégresse qu'il sentait déjà la vertu rosatique qui agissait eu lui et qui lui rendait ses forces et sa gaîté première; et dès ce moment sa santé raffermie de jour en jour nous a donné la précieuse certitude de le conserver encore au moins pendant plusieurs siècles.
Mais ce n'est pas tout de vivre longtemps; les Rosatis ont encore l'avantage de vivre beaucoup; car tous leurs moments sont remplis par de bonnes actions; enfin, ils vivent agréablement; d'abord une des plus précieuses prérogatives d'un Rosati, c'est que sa maîtresse ne peut jamais lui être infidèle; il n'est pas moins sûr de la constance de ses amis; du moins en trouve-t-il toujours dans ses frères; ce n'est pas tout, s'il a embrassé l'état du mariage il peut se reposer même sur la vertu de sa femme; exempt de la loi commune il est sûr d'échapper à toutes les disgrâces qui semblent menacer le vulgaire des maris, et jamais aucun obstacle ne dérange sur son front la couronne de fleurs dont il est orné; enfin la vie d'un Rosati est un printemps continuel et partout les roses naissent en foule sur ses pas. Telle est notre destinée dans cette vie: mais lorsque nous serons parvenus au terme que les arrêts du destin ont marqué à notre séjour sur la terre, alors vainqueurs de la mort même, nous serons transportés sur un nuage brillant dans l'Elysée, où nous irons rejoindre nos illustres frères, Anacréon, Chaulieu, Trajan, Marc-Aurèle, et tous les demi-dieux qui ont fait la gloire du nom Rosati. C'est là que nous trouverons encore Sapho, Aspasie, Sévigné, La Suze, La Fayette et toutes les aimables soeurs dont les charmes changeraient le Tartare même en un lieu de délices; c'est là que nous passerons des jours fortunés tantôt à leur chanter des vers charmants inspirés par les Grâces, tantôt à les enlacer des guirlandes de roses que nous aurons composées avec elles dans les riants détours d'un bocage enchanté ou dans le doux asile d'une grotte tapissée d'une éternelle verdure. Que dis-je, la déesse elle-même viendra souvent se communiquer à nous et sa présence nous rendra les ravissements ineffables qui pensèrent jadis nous faire expirer de plaisir, mais dans cet état de gloire et de félicité nos sens auront acquis une vigueur nouvelle qui nous rendra capables de soutenir de sa part de plus longs entretiens et un commerce plus intime.
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[Transcriber's notes: Maximilien Robespierre (1758-1794), Poésies Orthographe et ponctuation d'origine conservées]
- Madrigal dédié à miss Ophelia Mondlen
Crois-moi, jeune et belle Ophélie, Quoi qu'en dise le monde et malgré ton miroir, Contente d'être belle et de n'en rien savoir, Garde toujours la modestie. Sur le pouvoir de tes appas Demeure toujours alarmée. Tu n'en seras que mieux aimée, Si tu crains de ne l'être pas.
[signé M. Drobecq]
(paru sans nom d'auteur dans le _Chansonnier des grâces et Quelques vers_ (Paris, Royer, 1787); dans _Les Actes des Apôtres_, sous le nom de Robespierre (1790, ch. V, p. 531); l'autographe de cette poésie fut acheté 500 francs par un amateur (Bulletin du bibliophile belge, 1856, p. 225.) d'après Jean Bernard, Quelques poésies de Robespierre. Paris, 1890, in-12, p. 14.)
- Chanson adressée à Mlle Henriette [nom de famille effacé par une tache d'encre]
Veux-tu sçavoir, ô charmante Henriette, Pourquoi l'amour est le plus grand des dieux, Par quel prodige il étend sa conquête Sur les enfers et la terre et les cieux?
Ne pense pas qu'il doive sa victoire Aux traits perçans, que tu vois dans mes mains, Que sur son arc, il ait fondé sa gloire Et tout l'espoir de tes brillans destins.
Il te forma, tu lui donnas l'empire. Depuis ce jour l'amour victorieux Donna des loix à tout ce qui respire Et triompha des mortels et des dieux.
De tous ses dons déploiant la richesse De mille attraits il orna ton minois. Dans tes beaux yeux il peignit la tendresse Et le forma la plus touchante voix.
Il te donna le sourire des grâces. Dans tous tes traits, il marqua la bonté. Apprit aux ris à voler sur les traces Et sur tes pas il fixa la gaité.
Il arrangea ta noire chevelure Pour relever la blancheur de ton teint, A Vénus même enlevant sa ceinture Il l'en para de sa divine main.
D'un dernier trait couronnant son ouvrage Il sçut encor embellir tant d'attraits, Des deux côtés de ton charmant visage Un joli... [effacé avec de l'encre] fut placé tout exprès.
Alors certain d'un triomphe facile Brisons ces traits, éteignons ce flambeau, Dit-il, jettons ce carquois inutile Je puis compter sur cet appui nouveau,
A l'Univers, je montrerai tes charmes Chère Henriette, il subira ma loi. On te verra, ce seront là mes armes Et t'adorer sera tout mon emploi.
(Cette poésie fait partie d'un manuscrit comprenant quelques pièces de vers et un discours, remis par Charlotte Robespierre à Agricol Moureau et publié par M. Lucien Peise sous le titre _Quelques vers de Maximilien Robespierre_, Paris, Gougy, 1909. Cette pièce est, d'après cet auteur qui détient les originaux, écrite sur papier bleuté, au filigrane: fin 1778 Levayer; une tache d'encre recouvre le nom de famille d'Henriette et le rend illisible.
- Chanson
1
Tu veux, charmant objet, Que mon esprit docile Tire quelque couplet De ma verve stérile Fera-t-il bien? Je n'en crois rien, Mais veut-on que je me défende. Quand ta bouche commande A mon coeur.
2
De ce premier couplet Que faut-il que je pense? Verra-t-on cet essai Avec quelqu'indulgence? Il est très bien J'en suis certain Car toi-même, aimable Henriette Dicta cette chansonnette A mon coeur.
3
Peu m'importe d'ailleurs Que ce fruit de ma veine Soit goûté des neuf soeurs Je me rirai sans peine De l'Hélicon Et d'Apollon Si tes yeux d'un regard prospère Voient cet hommage sincère De mon coeur.
(publié par M. Lucien Peise sous le titre _Quelques vers de Maximilien Robespierre_, Paris, Gougy, 1909, p. 19.)
- Vers pour le mariage de Mlle Demoncheaux
C'en est fait, aimable Emilie, Un mot a fixé ton destin: Un mortel trop digne d'envie T'a soumise au joug de l'Hymen.
Mais de ce dieu qu'on calomnie Ne crains pas l'empire éternel, Contre ses loix, quoiqu'on publie. L'hymen n'est point un dieu cruel.
L'homme, ce sultan formidable Dont on vante la majesté, A la voix d'une épouse aimable Dépose toute sa fierté.
De ton seigneur, charmante amie, Je veux bien être le garant, L'époux de la douce Emilie Sera toujours un tendre amant.
Le volage enfant de Cythère Dont tu fus toujours le soutien De peur d'exciter ta colère N'osera pas trahir l'hymen.
Tu peux croire à de tels présages; De ta gloire et de ton bonheur Je vois trois infaillibles gages: Tes yeux, les grâces et ton coeur.
(publié par M. Lucien Peise sous le titre _Quelques vers de Maximilien Robespierre_, Paris, Gougy, 1909, p. 23.)
- J'ai vu tantôt l'aimable Flore
J'ai vu tantôt l'aimable Flore, Au plus beau des jours du printems Donner la main à Terpsychore Et la parer de ses présens. Aussitôt j'ai vu sur leurs traces Aux doux accords du violon, La troupe légère des Grâces Voler sur le tendre gazon.
De cette charmante alliance Quelle main forma les doux noeuds? De la vive gaieté d'Hortense Reconnaissez l'ouvrage heureux, Son air, sa grâce enchanteresse. Son humeur aimable et riante; Avec les jeux et la jeunesse Près d'elle enchaîne le bonheur.
Par elle, la saison nouvelle Emprunte un nouvel agrément. La nature devient plus belle, Le printems, paroît plus riant. La beauté des présens de Flore, Toujours contrainte à s'embellir A la déesse qu'elle adore Ravit l'hommage du zéphyr.
Mais en vain, négligeant ces armes Elle est souvent rebelle aux lois. Elle conserve assez de charmes Pour nous vaincre à la fin du mois. Au tribunal d'un juge inique Notre bon droit fut rejeté Mais il peut braver la critique; Il est absout par la beauté.
De tout temps. Messieurs de justice, Pour elle, furent indulgens. Vénus reçoit leur sacrifice Thémis a reçu leurs sermens. Pour moi d'être vaincu par elle Je me console avec raison Vingt fois pour souper avec elle Je veux payer le violon.
(publié par M. Lucien Peise sous le titre _Quelques vers de Maximilien Robespierre_, Paris, Gougy, 1909, p. 27.)
- A une beauté timide Air: _Avec les jeux_.
Quoi vous poussez la modestie Jusques à la timidité! Vous avez tort, jeune Sylvie (mot rayé dans le manuscrit: belle) Vous avez tort en vérité, Grâces et figure jolie Esprit, coeur noble et généreux Ne donnent-ils pas, je vous prie Le droit de lever deux beaux yeux?
L'humble et charmante violette. L'aimable fille du printems, Sous le gazon, cache sa tête Aux yeux des zéphirs caressans. Mais souvent pour chercher sous l'herbe Ses attraits doux et séduisans, Zéphirs, de la rose superbe, Quittent les charmes éclatans.
De la violette touchante Vous avez toute la douceur. De la Rose noble et brillante Vous offrez le charme vainqueur. Vous pourriez être la rivale De l'aimable reine des fleurs; Vous aimez mieux être l'égale De la plus humble de ses soeurs.
(publié par M. Lucien Peise sous le titre _Quelques vers de Maximilien Robespierre_, Paris, Gougy, 1909, p. 21.)
- La rose Remerciements a MM. de la Société des Rosati. Air: _Résiste-moi, belle Aspasie!..._
Je vois l'épine avec la rose, Dans les bouquets que vous m'offrez (_bis_); Et, lorsque vous me célébrez, Vos vers découragent ma prose. Tout ce qu'on m'a dit de charmant, Messieurs, a droit de me confondre: La _Rose_ est votre compliment, L'_Epine_ est la loi d'y répondre (_bis_).
Dans cette fête si jolie, Règne l'accord le plus parfait (_bis_), On ne fait pas mieux un couplet, On n'a pas de fleur mieux choisie. Moi seul, j'accuse mes destins De ne m'y voir pas à ma place; Car la _Rose_ est dans nos jardins Ce que nos vers sont au Parnasse.
A vos bontés, lorsque j'y pense, Ma foi je n'y vois pas d'excès (_bis_); Et le tableau de vos succès Affaiblit ma reconnaissance, Pour de semblables jardiniers, Le sacrifice est peu de chose; Quand on est si riche en lauriers, On peut bien donner une _Rose_ (_bis_).
(le manuscrit de cette chanson fut retrouvé dans les papiers de ce dernier, puis confié par Charlotte Robespierre à Laponneraye, pour la publication des oeuvres complètes de son frère, 1840, tome II, p. 480.)
Note : Cette pièce est attribuée par J. A. Paris et par Victor Barbier (_Les Rosati_ p. 68) à Beffroy de Reigny; Arthur Dinaux et Jean-Bernard estiment qu'elle est bien l'oeuvre de Maximilien Robespierre;
- Couplets chantés En donnant le baiser à M. Foacier de Ruzé
On vous a présenté la rose; L'offrande était digne de vous; De cette fleur, pour nous éclose, La beauté plaît aux yeux de tous. De grand coeur vous prîtes ce verre Rempli de Champagne joyeux; Nul honnête homme sur la terre Ne méprise ce don des cieux.
Avec la même confiance Puis-je vous offrir mon présent? C'est le sceau de notre alliance, C'est un baiser qui vous attend. Et c'est moi que la destinée Appelle à cet emploi flatteur! Et mon étoile fortunée Etait d'accord avec mon coeur!
Mais pour donner une accolade Qui, par un baiser précieux, Puisse d'un pareil camarade Marquer l'avènement heureux, Il faut la bouche enchanteresse De lune des soeurs de l'Amour, Ou de cette jeune déesse A qui vous donnâtes le jour.
Mais d'un mortel qui vous révère Et vous chérit bien plus encor Si l'hommage pouvait vous plaire, Je remplirais mon heureux sort. Seulement, par un doux sourire, A cet instant, dites-le moi, Et sans me le faire redire, Soudain j'exécute la loi.
Non; certaine raison m'arrête, Et, pour vous parler plus longtemps, Du plaisir que le sort m'apprête Je suspendrai les doux instants. Car toujours, en vers comme en prose. Je suis bavard en vous louant; Pourriez-vous me dire la cause De ce phénomène étonnant?
Je vous admire et je vous aime, Lorsque, rival de d'Aguesseau, Aux yeux d'un Tribunal suprême De loin vous montrez le flambeau. Je vous aime, lorsque vos larmes Coulent pour les maux des humains, Et quand de la veuve en alarmes Les pleurs sont séchés par vos mains.
Mais lorsqu'admis à nos mystères, Je vous vois, le verre à la main. Assis au nombre de mes frères, Animer ce charmant festin, Quand votre coeur joyeux présage Nos jeux et nos aimables soins, Je vous aime encore davantage Et ne vous admire pas moins.
O des magistrats le modèle! Quand vous signalerez pour nous Votre indulgence et votre zèle, Vous serez applaudi de tous. Vous devez aimer nos mystères; Car en quel lieu trouverez-vous Des coeurs plus unis, plus sincères. Des plaisirs plus vrais et plus doux?
Des guirlandes qui nous sont chères Aimez donc aussi les appas, Et, dès cet instant, à vos frères Ouvrez votre coeur et vos bras. Pardon, Amour, pardon, Glycère, Je conviens que, dans ce moment, A vos doux baisers je préfère Celui d'un magistrat charmant.
(Cette poésie a été reproduite par M. A. J. Paris, dans la _Jeunesse de Robes- Pierre_, p. 180, par M. Victor Barbier, dans _Les Rosati_, page 5l, par M. Jean- Bernard, dans _Quelques vers de Robespierre_, page 43.)
Note : Cette chanson a été dite par Maximilien Robespierre dans une fête des Rosati, le 22 juin 1787; la société recevait, ce jour-là, M. de Foacier de Ruzé, avocat au Conseil d'Artois et l'un des plus éminents magistrats de la province.
- La coupe vide