Chapter 99
Le 23 de May eusmes une tourmente, qui dura deux fois vingt quatre heures, avec orages de pluyes, tonnerres, esclairs, & bruines fort espesses, qui fit que le petit vaisseau des Peres jesuistes, nommé l'allouette, nous perdit de veue.
Le 5 de Juin par 44 degrez & demy de latitude, nous eusmes sonde, sur lecore du Ban. Le 12, cognoissance de l'isle de terre neufve, qui estoit le Cap des vierges, & le soir la veue du Cap de Raye. Le 13 fusmes recognoistre le Cap de sainct Laurent & Isle sainct Paul. Le 17. passasmes proche des Isles aux oyseaux. Le 20. nous fusmes mouiller l'ancre, entre l'Isle de Bonadventure & l'Isle percée, où trouvasmes arrivez tous les vaisseaux qui nous avoient quittez comme l'allouette qui nous avoit perdue, durant les coups de vent qu'avions eus; & y avoit quinze jours que ledit Emery de Caen estoit arrivé, tesmoignage que nostre vaisseau n'estoit pas trop bon voillier, nous fusmes deux mois & six jours à cette traverse contrariez de mauvais temps.
98/1082 _Il m'a sembîé n'estre hors de propos de faire une description particuliere, de l'Isle de Terre neufve, & autres costes qui sont du Cap Breton & Golfe S. Laurent, jusques à Québec, bien que j'en aye traicté en quelques endroits, mais non si particulièrement, & de suitte comme je fais ce Chapitre cy dessous._
_Description de l'Isle de Terre Neufve, Isle aux Oyseaux. Ramées S. Jean, Enticosty, & de Gaspey, Bonnaventure, Miscou, Baye de Chaleu, avec ce qui environne le Golfe S. Laurent, avec les Costes depuis Gaspey, jusques à Tadoussac, & de là Québec, sur le grand fleuve S. Laurent._
CHAPITRE II.
Le Cap de Rase, attenant à l'isle de Terre neufve, est la terre la plus proche de France, esloignée de 25 lieues de Lecore[583] du grand ban où se faict la pesche du poisson vert, il est par hauteur de 46 degrez & 35 minutes de latitude,[584] & d'iceluy cap à celuy de saincte Marie 22 lieues & de hauteur 46 degrez trois quarts, & de ce lieu jusques aux Isles sainct Pierre 23 lieues, du bord de celle qui est le plus Arrouest, & dudit cap de Rase aux Isles Sainct Pierre 45 lieues, qui sont de hauteur prés de 46° & deux tiers, & 40 lieues jusques au cap de Raye, de hauteur 47° & demy, dans toutes ces costes du Su de ladite Isle de terre neufve y a nombres de bons ports, rades, & havres, entr'autres Plaisance, la baye des Trespassez, celle de 1083 tous les Saincts, comme aussi ausdites Isles sainct 99/1083 Pierre, où plusieurs vaisseaux vont faire pesche de poisson sec.
[Note 583: Le cap de Rase est à environ 25 lieues de l'écore du Banc-à-Vert.]
[Note 584: 46° 4l' suivant Bayfield.]
La coste du Nortdest & Surouest de ladite Isle de terre neufve, & celle du Nort un quart au Nordouest, contient quelques 110 lieues jusques au 52e degré, est fournie de plusieurs bons ports & Isles, où y a nombre de vaisseaux, vont faire pescherie de molue, tant François, Malouains, que Basques & Anglois.
De l'Isle, à la grande terre du Nort, il y a 8 à 10 lieues par endroits, la coste de l'Isle Nordest & Surouest, qui regarde le golphe S. Laurens a cent lieues de long, n'est cogneu que fort peu, si ce n'est proche le Cap de Raye où il y a quelque port où se fait pesche de poisson: Toute cestedite Isle de terre-neufve tient de circuit plus de 300 lieues, où il y a nombre de bons ports (comme j'ay dit) le terroir est presque tout montueux, remply de pins & sapins, cèdres, bouleaux, & autres arbres de peu de valeur. Il se descharge dans la mer quantité de petites rivieres & ruisseaux qui viennent des montagnes. La pesche du saumon est fort abondante en la plus part de ces rivieres, comme d'autres poissons. Les froidures y sont aspres, & les neges grandes, qui y durent prés de sept mois de l'an. Il y a force eslans, lapins, & gelinotes, icelle n'est point habitée, les sauvages qui y vont quelques fois en Esté de la grandtaire voir les vaisseaux qui font pescherie de molue.
Du Cap de Raye qui est par les 47 degrés & demy de latitude, jusques au Cap de S. Laurent, qui est par les 46 degrés 55 100/1084 minutes, il y a 17 à 18 lieues, cet espace est l'une des emboucheures dudit golphe S. Laurent, de ce lieu aux Isles aux oyseaux il y a 17 à 18 lieues qui sont un peu plus de 47 degrés & trois quarts, ce sont deux rochers dans ledit golphe, où il y a telle quantité d'oyseaux appellez tangeux, qui ne se peut dire de plus, les vaisseaux partant par là quand il fait calme, avec leur batteau vont à ces Isles, & tuent de ces oyseaux à coups de bâtons, en telle quantité qu'ils veulent, ils sont gros comme des oyes, ils ont le bec fort dangereux, tous blancs hormis le bout des aines qui est noir, ce sont de bons pescheurs pour le poisson qu'ils prennent & portent sur leurs Isles, pour manger, au Su de ces Isles & au Su & Surouest y en a d'autres qui s'appellent les Isles ramées-brion[585], au nombre de 6 ou 7 tant petites que grandes, & sont une lieue ou deux des Isles aux oyseaux.
[Note 585: Ramées et Brion. D'après Denys (Description géographique, t. I, 196 et suiv.), les îles Ramées sont les sept que nous appelons aujourd'hui les îles de la Madeleine; et, de son temps encore, comme au temps de Champlain, la Madeleine était le nom particulier de l'île Aubert (_Amherst' Island_).]
En aucunes de ces Isles y a de bons ports, où l'on fait pesche de poisson, elles sont couvertes de bois, comme pins, sapins & bouleaux, aucunes sont plates, autres un peu eslevées comme est celle de Brion qui est la plus grande. La chasse des oyseaux y est à commandement en sa saison, comme est la pesche du poisson, des loups marins, & bestes à la grande dent qui vont sur lesdites Isles, elles sont esloignées de la terre la plus proche de 12 ou 15 lieues, qui est le Cap sainct Laurent, attenant à l'isle du Cap Breton.
101/1085 Desdites Isles aux oyseaux, jusques à Gaspey, il y a 45 lieues qui est de hauteur 48 degrés deux tiers, & au Cap de Raye 70 lieues[586].
[Note 586: «Et de Gaspé au cap de Raye, 70 lieues.»]
En ce lieu de Gaspey est une baye contenant de large en son entrée trois à quatre lieues, qui fuit au Norrouest environ cinq lieues, où au bout il y a une riviere qui va assez avant dans les terres: les vaisseaux viennent en ce lieu, pour faire la pesche du poisson sec, où est un gallay où l'on fait la seicherie des molues, & un ruisseau d'eaue douce qui se descharge dans la grand' mer, commodité pour les vaisseaux qui vont mouiller l'ancre à une portée de mousquet, de ce lieu: & à une lieue du Cap de Gaspey, est un petit rocher que l'on nomme le farillon[587], esloigné de la terre d'un jet de pierre, ce dit cap est une pointe fort estroitte, le terrouer en est assez haut, comme celuy qui environne ladite baye couverte de pins, sapins, bouleaux, & autres meschans bois. La pesche est abondante tant en moluës, harans, saumons, macreaux, & homars. La chasse des lapins & perdrix, comme autre gibier se treuve aussi à l'Isle percée & de Bonadventure, distante de six à sept lieues, plus au midy: entre les deux il y a la baye aux moluës [588], en laquelle se fait pescherie, les terres sont couvertes de mesmes bois que celle du susdit Gaspey.
[Note 587: Le Forillon. Ce petit rocher, détaché de la terre, semble avoir donné origine au nom de Gaspé (_Katsepioui_, qui est séparément)]
[Note 588: De _Baie des Molues_ (ou _Morues_), les Anglais ont fait _Molue-Bay_, puis _Malbay_.]
Ladite Isle percée est par la hauteur de 48 degrés & un tiers, elle est distante de 15 lieues de Miscou, il faut traverser la 102/1086 baye de Chaleu. Ledit Miscou est par la hauteur de 47 degrés 25 minutes[589], la terre est descouppée par plusieurs bras d'eaue qui forment des Isles, & où les vaisseaux se mettent, est[590] entre-deux desdites Isles, qui font un cap à ladite baye de Chaleu, ce lieu est desgarny de bois, ny ayant que des bruieres, herbes, & pois sauvages: l'on fait en ce lieu bonne partie de traitte avec les habitans du pays. Pour des marchandises ils donnent en eschange des peaux d'eslan & quelques castors. Il y a eu d'autrefois des François qui ont hyverné en ce lieu, & ne s'y sont pas trop-bien treuvez pour les froidures trop grandes, comme aussi les neges, neantmoins ce lieu est fort bon pour la pesche. A six lieues delà au Nortdest, est le ban des Orphelins où il y a très bonne pescherie de moluës.
[Note 589: Environ 48°.]
[Note 590: _Es entre-deux_, dans les entre-deux, ou goulets.]
Ceste Baye de Chaleu entre quelques quinze ou vingt lieues[591] dans les terres, ayant dix ou douze lieues de large par endroits: en icelle se deschargent deux ou trois rivieres qui viennent de quelques quinze ou vingt lieues dans les terres, elles ne sont navigeables que pour les canaux des sauvages.
[Note 591: Environ trente lieues.]
Tout le pays qui environne ladite baye, est partie montueux, autre plat & beau, couvert de bois de pins, sapins, cèdres, bouleaux, ormes, fresnes, érables, & dans lesdites rivieres y a des chesnes. La pesche de plusieurs poissons est abondante en ce lieu, & la chasse des oyseaux de riviere outarde oyes, grues, & de plusieurs autre sorte. Il se treuve en tous ces lieux force eslans, desquels les sauvages en tuent quantité l'hyver.
103/1087 Des Isles de Miscou à l'Isle sainct Jean, y a environ dix ou douze lieues[592] au Suest, elle est par la hauteur de quarante six degrés deux tiers, le bout le plus Nort de ladite Isle[593], ayant environ vingt cinq lieues de longueur, & de ceste Isle à la terre du Sud, une ou deux lieues; en laquelle sont de bons ports, & bonne pescherie de molue, les Basques y vont assez souvent, elle est couverte de bois comme les autres Isles.
[Note 592: Environ vingt lieues.]
[Note 593: C'est-à-dire, le bout le plus nord de la dite île est par les 47° et quelques minutes.]
De l'Isle de sainct Jean au petit passage de Conseau[594] l'on conte vingt lieues, ce passage est par la hauteur de quarante cinq degrés & deux tiers, & jusques aux Isles ramées environ trente lieues.
[Note 594: Canseau; ailleurs, l'auteur écrit comme tout le monde _Canseau_, ou _Campseau_. Les Anglais ont adopté l'orthographe _Canso_. (Voir 1613, p. 130, note 1.)]
Toute la coste depuis Miscou jusques au passage de Conseau, est abondante en ports, & petites rivieres, qui se deschargent dans la mer: entr'autres rivieres est la baye de Miaamichy[595], tregate[596], le pays est agréable, quelque peu montueux: la pesche & la chasse du gibier y sont fort bonnes en la saison, il y a des eslans en ces terres, mais non en telle quantité qu'aux contrées de la baye de Chaleu.
[Note 595: Miramichy.]
[Note 596: Tregaté, ou Tracadie.]
Au Nortdest de Gaspey est l'isle d'Enticosty, sur la hauteur de cinquante degrés au bout de L'ouest Nortouest de l'isle, & celuy de Lest, Suest, 49 degrés, elle gists est Suest, & Ouest Norrouest, selon le vray méridien de ce lieu, & au compas de la plus part des navigateurs, Suest & Norrouest, elle a quarante 104/1088 lieues de long, & large de quatre à cinq[597] par endroits. La plus part des costes sont hautes & blanchastres comme les falaises de la coste de Dieppe, il y a un port[598] au bout de L'ouest Surouest de l'Isle qui est du costé du Nort, il ne laisse d'y en avoir d'autres, qui ne sont pas cognus, elle est fort redoutée de ceux qui navigent, pour estre baturiere, & y sont quelques pointes qui avancent en la mer, toutesfois nous l'avons rangée, n'en estant esloignée que d'une lieue & demie, & la treuvâmes fort saine le fon bon à trente brasses: le costé du Nort est dangereux y ayant entre la terre du Nort & ceste Isle des Batures & d'autres Isles, bien qu'il y aye passage pour des vaisseaux, & dix à douze lieues jusques à ladite terre du Nort. Ceste Isle n'est point habitée de sauvages, ils disent y avoir nombre d'Ours blancs fort dangereux, icelle est couverte de bois de pins, sapins, & bouleaux. Il fait grand froid, & s'y voyent quantité de neges en hyver: les sauvages de Gaspey y vont quelquesfois, allant à la guerre contre ceux qui se tiennent au Nort.
[Note 597: L'île d'Anticosti a environ dix lieues de large vers le milieu.]
[Note 598: Le port aux Ours.]
Il y a un lieu dans le golphe sainct Laurent, qu'on nomme la grande baye[599], proche du passage du Nort de l'Isle de terre neufve, à cinquante deux degrés, où les Basques vont faire la pesche des balaines.
[Note 599: La Grande-Baie était cette partie du golfe comprise entre la cote nord-ouest de Terre-Neuve et le Labrador.]
Les sauvages de la coste du Nort sont très meschants, ils font la guerre aux pescheurs, lesquels pour leur seureté arment des 105/1089 pataches, pour conserver les chalouppes qui vont en mer pescher la molue: l'on n'a peu faire de paix avec eux, & sont la plus part petits hommes fort laids de visage, les yeux enfoncez, meschans & traistres au possible: ils se vestent de peaux de loups marins, qu'ils accommodent fort proprement: leurs batteaux sont de cuir, avec lesquels ils vont rodant & faisant la guerre, ils ont fait mourir nombre de Malouains, qui auparavant leurs ont souvent rendu leur change au double, ceste guerre procède de ce que un matelot Malouain par mesgarde ou autrement, tua la femme d'un capitaine de ceste nation.
Tout le pays est excessivement froid en hyver, & les neges y sont fort hautes, qui durent sept mois ou plus sur la terre par endroits, elle est chargée de nombre de pins, sapins & bouleaux, en plus de cent lieues des costes qui regardent le golphe saint Laurent. Il y a nombre de bons ports & isles, (où la pescherie de molue & saumont est abondante,) & nombre de rivieres, qui ne sont neantmoins beaucoup navigeables, que pour des chalouppes ou canaux, selon le rapport des sauvages.
Ce golphe a plus de quatre cens lieues de circuit, y ayant nombre infiny de ports, havres & isles, qui y sont enclos: c'est comme une petite mer qui parfois est fort esmeue & agitée des vents impétueux qui viennent plus souvent du Nortdest, & parfois y a de grandes bourasques de Norrouest. En ces lieux sont de grands courants de marée non réglez, les uns portent en un temps d'un costé autrefois en un autre, & ainsi changent de 106/1090 fois à autre, ce qui apporte souvent du mesconte aux estimes des navigeans, quand il fait des brunes, à quoy ce lieu est fort suject, & qui durent quelquefois sept ou huict jours, il n'y a qu'une grande pratique qui peut en avoir quelque cognoissance.
Du cap de Gaspey à la terre du Nort y a vingt cinq à trente lieues, cest la largeur de l'emboucheure du fleuve de sainct Laurent, les marées sont en tout temps droiturieres en ce lieu comme la riviere, & le vent tousjours de bout, soit à descendre ou monter, & arrive rarement qu'on voye le vent par le travers des terres, de façon qu'un vaisseau estant dans le courant fera sa drive hors du fleuve plustost que d'aller à la coste: les ebes sont beaucoup plus fortes que les flots qui durent sept heures, & quelquefois plus: ce qui fait qu'on a plus de peine à monter qu'à descendre, joint que les vents de Norrouest sont les plus ordinaires & contraires en certaines saisons.
Ce Cap de Gaspey (comme j'ay dit) est à l'entrée de la grande riviere du costé de la terre du midy, montant à mont l'on passe si l'on veut une lieue ou deux vers l'eaue du cap des Boutonnières[600], par la hauteur de quarante neuf degrés & un quart, & à douze lieues dudit Gaspey.
[Note 600: Vraisemblablement l'un des caps de l'entrée du Grand-Étang.]
Et costoyant tousjours la coste du Su, jusques au commencement des mons Nostre Dame vingt lieues dudit cap des Boutonnières, les mons en ont vingt cinq de longueur, à la fin est le Cap de 107/1091 Chatte[601] assez haut, fait en forme de pain de sucre fort ecore: se voyent aussi des terres doubles au dessus qui quelquefois vous en font perdre la cognoissance si le temps n'est clair & serain, si ce n'est que vous approchiez d'une lieue ou deux dudit cap de Chatte. Montant à mont l'on va jusqu'au travers de la riviere de Mantane, où il y a douze à treize lieues dans cette riviere de plaine mer, des moyens vaisseaux de quatre-vingts ou cent tonneaux y peuvent entrer, c'est un havre de basse mer: estant en ladite riviere assez d'eaue pour tenir les vaisseaux à flot. Ce lieu est assez gentil, & s'y fait grande pescherie de saumon & truittes, ayant les filets propres à cet effect, l'on en pourroit charger des bateaux en leur temps & saison. Ceste riviere vient de certaines montagnes, & peut on s'aller rendre par le travers des terres, par le moyen des canaux des sauvages, en les portant un peu par terre en la riviere qui se descharge dans la baye de Chaleu[602], ce lieu de Mantane est fort commode pour la chasse des eslans, où il y en a en grande quantité.
[Note 601: Il n'y a aucun doute que ce cap doit son nom à la mémoire du commandeur de Chaste, ou de Chate. L'auteur le mentionne sous ce nom dès 1612 dans sa grande carte.]
[Note 602: De la rivière de Matane, on tombe dans celle de Matapédiac, qui se décharge dans celle de Ristigouche, et celle-ci se jette au fond de la baie des Chaleurs.]
De Mantane l'on va à l'Isle de sainct Barnabé[603] à seize lieues, elle est par là hauteur de quarante huict degrez trente-cinq minutes, & estant basse; au tour sont des pointes de rochers, elle contient quelque lieue & demie de longueur, fort proche de la terre du Su: il y a passage entre deux pour passer de petites barques, & ne faut laisser de prendre garde à soy, car elle est couverte de bois de pins, sapins & cedres.
[Note 603: Cette île s'appelait ainsi dès 1612. (Voir la carte de 1612.)]
108/1092 De sainct Barnabé au Bic[604], il y a quatre lieues, c'est une montagne fort haute & pointue, qui parroist au beau temps de douze à quinze lieues, & elle est seule de ceste hauteur, au respect de quelques autres qui sont proche d'elle.
[Note 604: Ou le Pic. (Voir 1603, p. 4, note 4.)]
Du Bic on traverse la grande riviere au Norrouest, ou Nort un quart au Norrouest, & va on recognoistre Lesquemain[605] à la terre du Nort, y ayant sept à huict lieues. En ce lieu de Lesquemain proche de terre, est un petit islet de rocher derrière lequel se faisoit un degrat pour la pesche des balaines, & une place pour mettre un vaisseau: mais ce lieu est asseché de basse mer. Proche de là est Riviere une petite riviere fort abondante en saumons, où les sauvages y font bonne pescherie, comme en plusieurs autres.
[Note 605: Les Escoumins sont rigoureusement à l'ouest du Bic, si l'on met la carte en son vrai méridien.]
De Lesquemain l'on passe prés des Bergeronnettes[606], qui en est à quatre ou cinq lieues, le travers y a ancrage demie lieue vers l'eaue, puis l'on va au moulin Baudé trois lieues, qui est la rade du port de Tadoussac, le bon ancrage d'icelle est qu'il faut ouvrir le moulin Baudé[607], qui est un saut d'eaue venant des montagnes, & au travers jetter l'ancre.
[Note 606: On dit, depuis longtemps, Bergeronnes. Il y a les Petites et les Grandes Bergeronnes, qui ne sont séparées l'une de l'autre que par une pointe.]
[Note 607: C'est-à-dire, pour que le mouillage soit bon, il faut que le moulin Baudé soit en vue.]
Ayant le vent bon à demy flot couru, à cause des marées du Saguenay qui porte hors, bien qu'il y aye les deux tiers de plaine mer, l'on peut lever l'ancré & mettre à la voille, doubler la pointe aux vaches, avec la sonde à la main, & tenir 109/1093 tousjours deux ou trois chalouppes prestes: que si le vent venoit à se calmer tout d'un coup comme il arrive assez souvent, la marée vous porteroit au courant du Saguenay, & ayant doublé ladite pointe aux vaches, vous faire tirer à terre hors des marées dudit Saguenay s'il faisoit calme, & ainsi en terre[608] audit port de Tadoussac, mettant le Cap au Nort, un quart du Norrouest[609], estant dans le port il faut porter une bonne ancre à terre & enfoncer l'orain[610] dans le sable le plus que l'on pourra, & mettre une boite par le travers contre l'orain, & avoir des pieux que vous enfoncerez dans le sable de basse mer le plus avant que l'on pourra pour empescher que le vaisseau ne chasse sur son ancre: dautant que ce qui est le plus à craindre sont les vens de terre, qui viennent du Saguenay & sont fort impétueux & violents, & viennent par bourasques qui durent fort peu, car le vent du travers de la riviere n'est point à craindre, d'autant qu'il y a bonne tenue du costé de vers l'eaue, car l'ancre ne chasse point le cable, ou l'ancre du vaisseau romperoit plustost.
[Note 608: Lisez «entrer.»]
[Note 609: Quoique ce passage renferme plusieurs fautes qui le rendent presque inintelligible, nous avons cru cependant qu'il valait encore mieux respecter la ponctuation et l'orthographe de l'édition originale, et remettre en note le texte corrigé. L'auteur conseille aux vaisseaux qui veulent entrer au port de Tadoussac, «de tenir deux ou trois chaloupes prêtes, afin de pouvoir, ayant doublé la pointe aux Vaches, se faire tirer à terre en dehors des courants du Saguenay, s'il faisait calme, et ainsi _entrer_ audit port, mettant le cap au nord-quart-norouest.»]
[Note 610: L'oreille.]