Oeuvres de Champlain

Chapter 92

Chapter 923,383 wordsPublic domain

Les lettres du sieur Dolu me mandoient que j'eusse à fermer les mains des Commis, & me saisir de toutes les marchandises tant traittées que à traitter, pour les interests que le Roy & mondit Seigneur pretendoient contre ladite Société ancienne, pour ne s'estre acquittée au peuplement comme elle estoit obligée, & que pour le sieur de Caen, bien qu'il fust de la religion contraire, on se promettoit tant de luy, qu'il donnoit esperance de se faire Catholique, & que pour ce qui estoit de l'exercice de sa religion que je luy die qu'il n'en devoit faire ny en terre ny en mer, remettant le reste à ce que j'en pouvois juger. Celle du sieur de Villemenon Intendant de l'admiraulté, ne tendoit qu'à la mesme fin: la lettre dudit sieur de Caen se conformant aussi à la sienne, & qu'il venoit avec deux bons vaisseaux bien armez & munitionnez de toutes les choses necessaires, tant pour luy que pour nostre habitation, avec de bons arrests qu'il esperoit apporter en sa faveur. Davantage ayant fait assembler le sieur de May & Guers commissionnaire, & le père George[514], auquel Monseigneur, & les sieurs Dolu, & Villemenon, luy avoient escrit des lettres à 12/996 mesme fin que celles qu'ils m'escrivoient, m'enchargeant de ne rien faire sans luy communiquer, & resolu que rien ne se perderoit en quelque façon que ce fut, & qu'il ne falloit innover aucune chose attendant ledit sieur de Caën, qui estoit assez fort, ayant l'arrest en main à son advantage, pour se saisir des vaisseaux & marchandises, & ce pendant je conserverois toutes les pelleteries, jusqu'à ce que l'on vit dequoy les pouvoir prendre & saisir justement.

[Note 514: Le P. Georges le Baillif, «illustre par sa naissance, par son mérite personnel, & par l'estime singuliere dont sa Majesté l'honoroit.» (Premier Établiss. de la Foy, I, 162.)]

De plus qu'il falloit considerer les inconveniens qui en pourroient arriver d'autre part, ne voyant aucun pouvoir du Roy, à quoy ledit commis [515]vouloit obéir, & non aux advis que nous avions receus de France. Ledit commis fut adverty de ce, par les Matelots du sieur de May, qui faisoient courir un bruit que ledit sieur de Caen, se saisiroit de tout ce qui leur appartenoit, quand il seroit arrivé: ils donnèrent tellement en l'esprit du Commis & de tous, qu'ils deliberoient entr'eux de ne permettre de se saisir de leurs marchandises, jusques à ce que je leur fisse apparoir lettre ou commandement de sa Majesté, ce que je ne pouvois, & tous les hommes qui dependoient des associez & gagez, craignans de perdre leurs gages, comme on leur donnoit à entendre, pretendoient comme les plus forts de l'empescher s'ils eussent peu, quand j'eusse eu la volonté de saisir leurs marchandises. C'est pourquoy pendant qu'une societé, en un païs comme cetuy-cy, tient la bource, elle paye, donne & assiste qui bon luy semble: ceux qui 13/997 commandent pour sa Majesté sont fort peu obéis n'ayant personne pour les assister, que sous le bon plaisir de la Compagnie, qui n'a rien tant à contre coeur: que les personnes qui sont mis par le Roy ou les Vice-rois, comme ne dépendant point d'eux, ne desirant que l'on voye & juge de ce qu'ils font, ny de leurs actions & deportemens en telles affaires, veulent tout attirer à eux, ne s'en soucient ce qu'il arrive, pourveu qu'ils y trouvent leur compte. De forts & forteresses, ils n'en veulent que quand la necessité le requiert, mais il n'est plus temps. Quand je leurs parlois de fortifier, c'estoit leur grief, j'avois beau leur remonstrer les inconvenients qui en pourroient arriver, ils estoient sourds: & tout cela n'estoit que la crainte en laquelle ils estoient, que s'il y avoit un fort ils seroient maistrisez, & qu'on leur feroit la loy. Ce pendant ces pensées, ils mettoient tout le pays & nous en proye du Pirate ou ennemy, qui pensant faire du butin n'estant en estat de se deffendre ira tout ravager. J'en escrivois assez à messieurs du Conseil, il falloit y donner ordre, qui jamais n'arrivoit: & si sa Majesté eust seulement donné le commerce libre aux associez avoir leur magazin avec leur commis. Pour le reste des hommes qui devoient estre en la plaine puissance du Lieutenant du Roy audit pays, pour les employer à ce qu'il jugeroit estre necessaire, tant pour le service de sa Majesté, qu'à se fortifier, & défricher la terre, pour ne venir aux famines qui pourroient arriver s'il arrivoit fortune aux vaisseaux. Si cela se pratiquoit, l'on verroit plus d'advencement & de progrez en dix ans, qu'en trente, en la 14/998 façon que l'on fait: & permettre aussi qu'à ceux qui iroient pour habiter en desertant les terres, qu'ils pourroient traitter avec les Sauvages de peleteries, & des commoditez que le pays produit: en les livrant au commis à un pris raisonnable, pour donner courage à un chacun d'y habiter, & ne pouvant traitter que ce qui viendroit du pays, sur les peines portées qu'il plairoit à sa Majesté, 11 n'y a point de doute que la Société en eut receu quatre fois plus de bien qu'elle ne pouvoit esperer par autre voye, d'autant qu'il est fort malaisé à des peuples d'un pays de pouvoir empescher de s'accommoder de ce qui croist au lieu: Car dire qu'on ne les pourra contraindre à une certaine quantité pour une necessité: c'est la mer à boire, car ils feront tout le contraire, quand ils deveroient perdre tout ce qu'ils en auroient, plustost qu'on s'en saisit sans leur payer: l'expérience a fait assez cognoistre ces choses. Voila ce que j'avois à vous dire sur ce sujet.

[Note 515: Jean Caumont, dit le Mons. (Voir ci-dessus, p. 7.)]

Pour revenir à la suitte du discours, ledit commis & tous les autres ensemble, commencèrent à murmurer: disant, Qu'on leur vouloit faire perdre leurs salaires, & qu'il valloit autant qu'ils perdissent la vie que de les traitter de la façon: ce qui donna suject audit commis de m'en parler de rechef, & me faire ses plaintes, que si j'avois commandement du Roy, qu'il ne falloit que le monstrer pour le contenter, & maintenir chacun en paix. Je luy dis qu'on ne luy feroit point de tort, ny à ses marchandises, & qu'il pouvoit traitter avec autant d'asseurance comme il avoit fait par le passé, il se contenta, & un chacun. Je fis une réprimande aux matelots du sieur de 15/999 May, qui leur avoient donné cette crainte, & semé ce bruit, & de plus qu'ils s'asseurassent que je n'innoverois rien que ledit de Caen ne sut arrivé avec arrest de sa Majesté, qui donneroit ordre à toute chose, auquel il faudroit obéir.

D'avantage fut advisé si l'on permettoit[516] la traitte au sieur de May, qui avoit apporté des marchandises pour eschanger à des castors avec les sauvages: il fut arresté que pour lever tout ombrage l'on ne le permetteroit point, & aussi qu'ils n'avoient aucun pouvoir de ce faire, les deux societez estant en procez au Conseil de sa Majesté, quand ils partirent de France, & que l'ancienne pouvoit tousjours jouir des privileges que le Roy leur avoit accordez sous l'authorité de monseigneur le Prince, attendant qu'il en fut autrement ordonné: mais que si messieurs du Conseil donnoient un arrest si favorable qu'il confisquast au profit de la Nouvelle Société, que cela ne servoit de rien, puisque le tout luy demeureroit, comme il se promettoit, & que si autrement il avoit permission de traitter comme l'ancienne Société, que l'on verroit la facture des marchandises que l'on avoit envoyées, & que suivant icelles l'on donneroit des castors du magazin pour la valleur des marchandises, suivant la traitte qui se faisoit alors, & par ainsi ladite barque ne perderoit rien de ce qu'elle pouvoit prétendre, pour ne traitter jusques à ce qu'on eust l'arrest du Conseil, que devoit apporter ledit sieur de Caen: Ainsi fut arresté en la presence dudit sieur de May & Guers, faisant pour ladite nouvelle Société.

[Note 516: Permettroit.]

16/1000 Ce délibéré, je fais partir le Capitaine du May, le 25 de May, pour donner advis audit sieur de Caen de tout ce qui s'estoit passé, de l'Estat en quoy il nous avoit laissé, & m'envoyer des hommes de renfort.

_Arrivée du sieur du Pont à la Nouvelle France, & de Hallard avec l'equipage du sieur de Caen. L'Autheur fait advertir les sauvages de la venue dudit de Caen. Arrest du Conseil permettant le trafic aux deux Compagnies. De Caen saisit par force le vaisseau du sieur du Pont._

CHAPITRE III.

Le 3 de Juin arriva ledit de May dans une chalouppe luy onziesme, qui me donna advis de l'arrivée du sieur du Pont, en un vaisseau de cent cinquante tonneaux nommé la Salemande, avec soixante cinq hommes d'esquipage, accompagnés de tous les commis de l'ancienne Société, & sçavoir en quoy je le voudrois employer. Voicy qui rejouit grandement les commis de l'ancienne Société, & un chacun des hommes qui dependoient d'eux: c'est un renfort qui leur vient, & si nous les eussions desobligez sans un pouvoir absolu du Roy, ou de monseigneur, par la saisie de leurs marchandises, ils pouvoient nous nuire grandement, car le petit vaisseau dudit du May, qui estoit à Tadoussac pouvoit estre pris, où il n'y avoit que dix-huict hommes, & quelque douze que j'avois à Québec avec moy, lesquels avoient fort peu de vivres qui fut l'occasion que j'en secourus ledit du May.

17/1001 Ce qu'ayant entendu, je me délibéré de mettre ledit du May en un petit fort, ja commencé, contre le sentiment dudit commis, avec mon beau-frère Boullé, & huict hommes, & quatre de ceux des pères Recollets qu'ils me donnèrent: & quatre autres hommes de l'ancienne societé, faisant porter quelques vivres, armes, poudre, plomb, & autres choses necessaires, au mieux qu'il me fut possible, pour la defence de la place: en ceste façon nous pouvions parler à cheval, faisant tousjours continuer le travail du fort pour le mieux mettre en defence.

Pour mon particulier je demeuray en l'habitation, avec trois hommes dudit du May, & quatre autres des pères Recollets, & Guers commissionnaire, & le reste des hommes de l'habitation: le fort asseuroit tout, avec l'ordre que j'avois donné audit Capitaine du May.

Le Lundy 7e jour du mois arriva la barque de nostre habitation, où estoient les commis des anciens associez au nombre de trois, ce que voyant je fais prendre les armes, donnant à chacun son quartier, & semblablement au fort, & fis lever le pont-levis de l'habitation: le père George accompagné de Guers furent sur le bort du rivage, attendant que lesdits commis vinssent à terre, & sçavoir avec quelle ordre ils venoient, quelle commission ils avoient, n'ignorant point ce qui ce passoit en France, sur les advis que nous avions receus. Ils dirent qu'ils n'avoient autre ordre que de leur compagnie, pour estre encore au droict du contract & articles que je leurs avois donnez, sous le bon 18/1002 plaisir de Monseigneur le Prince, attendant un arrest de Nosseigneurs du Conseil, qu'ils esperoient avoir favorable contre la nouvelle societé, qui les vouloit demettre de leur societé, devant que leur temps fut fini. De plus qu'ils avoient protesté contre ceux de l'admirauté, qui ne leurs avoient pas voulu donner de congé, & que voyant les dangers evidents où toutes les affaires devoient aller, tant pour les hommes qui estoient icy, comme pour recevoir leurs marchandises, que l'on ne pouvoit prétendre qu'injustement, qu'il s'estoit mis en tout devoir d'obéir au Roy.

Ils dirent tout ce qu'ils voulurent, avec plusieurs autres discours, monstrant avoir un grand desplaisir de se voir receus ainsi extraordinairement, ce qu'ils n'avoient accoustumé.

Ledit père ayant ouy une partie de leurs plaintes, il leur demanda s'ils nous apportoient des vivres pour nous maintenir, ils dirent que ouy, & qu'ils croyoient asseurement estre d'accord avec mondit seigneur, ou qu'ils auroient un arrest favorable: Tous ces discours passez ledit père leur dit, qu'il me venoit treuver pour me donner advis, & sçavoir ce que je voudrois faire, lequel m'ayant rapporté ce qu'ils disoient, nous advisasmes pour le mieux ce qu'il falloit faire.

Il fut conclud en suitte de la première resolution, voyant que ledit sieur de Caen n'estoit encore venu, pour esviter aux dangers qui pouvoient arriver.

Il fut arresté qu'on laisseroit entrer les commis au nombre de 19/1003 cinq, qu'on leur livreroit leurs marchandises, pour traitter amont ledit fleuve sainct Laurent, & les assister de ce qu'ils auroient affaire, ce qu'ils acceptèrent.

Ils entrèrent en l'habitation, où particulièrement je leur fis entendre la volonté de sa Majesté, & ce qu'ils avoient commis contre l'intention du Roy, qui me commandoit de maintenir le pays en paix, & sous son obeissance, comme faisoit aussi monseigneur, qui les avoit exclus de la societé par une nouvelle: qu'ils ne dénotent pas venir sans un bon arrest en main de Nosseigneurs du Conseil, & attendant la venue des autres vaisseaux, qui apporteroient tout ordre, on leur livreroit en bref des marchandises pour traittes, ce qu'ils acceptèrent, & leurs furent livrées sans tirer à la rigueur: ils demandèrent des armes, ce que je ne leurs pus accorder, leur disant qu'ils ne devoient pas venir sans cela: ils chargèrent deux barques, & me demandèrent les castors qui estoient en l'habitation: je leur refusay, leurs disant, qu'ils ne pouvoient partir de l'habitation, que nous n'eussions des vivres pour maintenir parmy nous l'authorité du Roy, en cas qu'il arrivast quelque accident audit sieur de Caen, & qu'ayant des peleteries nous aurions des vivres que nous apporteroient les vaisseaux qui estoient à Gaspay. Ils firent tout ce qu'ils peurent pour les avoir, menaçant de faire des protestations, sur ce que je refusois leurs peleteries, & munitions: & de plus que j'eusse à faire sortir ledit Capitaine de May, & ses hommes, du fort & habitation, où je l'avois mis sans 20/1004 commandement du Roy: Je leur dis que sadite Majesté me commandoit de maintenir le pays, & conserver la place: que le mandement que j'avois de Monseigneur suffisoit, qui estoit celuy du Roy, & qu'à cela j'obeissois, recevant ledit Capitaine du May pour y avoir toute fiance. Cela seroit bon, dirent ils, s'il avoit apporté un arrest du Conseil, ce qu'il n'avoit fait, en attendant je me maintiendrais au mieux qu'il me seroit possible, & qu'ils fissent telles protestations qu'ils voudroient pour leurs descharges.

Quand il fut question de les faire, je les sceus bien rembarer sur leurs protestations, leur monstrant qu'ils ne sçavoient pas en quelle forme il la falloit faire, ce qui leur fit changer d'advis, craignant de s'engager mal à propos, en chose qui leur eust peu nuire: & ainsi ils s'embarquèrent pour aller aux trois rivieres, & y traitter: qui fut le 9 de Juin.

Ce mesme jour, je fis esquipper la chalouppe dudit Capitaine du May, avec six hommes pour aller à Tadoussac advertir ledit sieur de Caen, qu'aussi tost qu'il seroit arrivé il ne manquast à nous envoyer des hommes pour nous r'enforcer: me persuadant qu'il auroit arrest en sa faveur, comme il m'avoit fait esperer par ses lettres.

21/1005 _Arrivée du sieur du Pont & du Canau d'Halard, & du sieur de Caen qui apporte plusieurs despesches. Envoy du père George à Tadoussac. Dessein du sieur de Caen. Embarquement de l'Autheur pour aller à Tadoussac. Différents entr'eux. Magasin de Québec achevé par l'Autheur. Armes pour le fort de Québec._

CHAPITRE IV.

Le Dimanche 13 Avril[517] arriva ledit du Pont, dans une moyenne barque, luy treiziesme avec marchandises de traitte, lequel fut receu comme les précédents, luy ayant fait entendre le commandement que j'avois tant du Roy que de mondit Seigneur, de conserver ceste place, & la maintenir en son obeissance, & tenir toutes choses en paix, faisant recognoistre son authorité: & que attendant nouvelle desdits vaisseaux, qui devoient venir, pour voir & sçavoir particulièrement ce qui se seroit passé au Conseil de sa Majesté, sur les différents qu'ils avoient eus avec mondit Seigneur qui les avoit exclus de la societé, pour y adjoindre la Nouvelle societé. Il me dit qu'il croyoit que tout seroit d'accord, estant sur lesdits termes quand il partit de Honnefleur. Je luy dis que je m'estonnois comme il avoit quitté son vaisseau, puisque sa presence y eust esté bien requise à la venue dudit sieur de Caen: il respondit que pour y estre il n'auroit pas mieux fait, & que l'ordre qu'il avoit laissé à un appellé la Vigne, dudit Honnefleur, qui commandoit en son absence, estoit tel que si 22/1006 l'on apportoit un arrest du Conseil en bonne forme, qu'il eust à y subir sans aucune resistance, que s'ils estoient d'accord avec leur societé, qu'il eust à l'assister de tout ce qui seroit en son possible & pouvoir, si autrement qu'il se conservast du mieux qu'il pourroit, suivant l'ordre qu'il luy avoit laissé, & que l'on ne pouvoit rien prétendre, que l'on ne vit l'arrest des Messeigneurs du Conseil: ce qu'attendant je leurs rendisse la justice, laquelle m'avoit esté enchargée: ce que je promis faire. Je luy fis aussi entendre comme j'avois retenu les peleteries qui estoient en ceste habitation, pour subvenir aux necessitez qui pourroient arriver; il me dit que c'estoit bien fait: le lendemain il s'en alla aux trois rivieres, pour traitter avec les sauvages.

[Note 517: Le 13 de juin était un dimanche.]

Le 15 dudit mois[518] arriva un Canau où il y avoit un homme appelé Halard, de l'esquipage dudit sieur de Caen, qui m'apporta une lettre par laquelle il me donnoit advis de son arrivée, & la contrariété du temps qu'il avoit eu au passage, ayant chose importante à me communiquer, de la part de Monseigneur le Viceroy, qui ne pouvoit estre si tost par delà: d'autant qu'il croit avoir affaire avec ledit sieur du Pont, & de plus me prioit d'envoyer une chalouppe advertir les sauvages de sa venue, & du nombre des marchandises qu'il leur apportoit, qu'il m'envoyeroit le sieur de la Ralde, pour communiquer quelques affaires en renvoyant ledit du May: que si je pouvois l'aller treuver que je le fisse, mais alors le temps, & les affaires, ne me le peurent permettre: Car ce n'estoit pas la 23/1007 saison de laisser l'habitation ny le fort, veu tant de dangers arrivez à ceux qui ont fait semblables choses.

[Note 518: La suite donne à entendre que c'était le 15 juillet.]

Le Vendredy 16[519], n'ayant point de chalouppe, je délibéré d'envoyer un Canau avec ledit Halard, & un gentilhomme appellé du Vernay[520], de l'esquipage dudit du May, avec un autre de l'habitation, advertir les sauvages de la venue dudit sieur de Caen.

[Note 519: Le 16 juillet, qui était en effet un vendredi.]

[Note 520: Ce gentilhomme avait déjà voyagé au Brésil. (Sagard, Hist. du Canada, p. 658.)]

Le 17 de Juillet arriva une chaloupe, où estoit Rommier[521], l'un des Commis de la nouvelle societé: qui l'an précèdent avoit hyverné en ceste habitation, avec ledit du Pont, lequel m'apporta plusieurs despesches, avec lettres des sieurs Dolu, de Villemenon, & dudit de Caen, lequel surprit quelque lettres, avec coppie de l'arrest en faveur des anciens Associez, que l'on envoyoit audit du Pont, par lesquelles nous vismes, que l'arrest avoit esté signifié audit sieur de Caen, estant en son vaisseau, à la radde de Dieppe: lequel avoit protesté de nullité, & fut ledit arrest publié à son de trompe, dans ladite ville de Dieppe, & autres lieux où besoin a esté.

[Note 521: Ou Roumier, il avait été sous-commis dans l'ancienne société (ci-dessus, p. 7).]

Après avoir veu & consideré toutes ces choses, avec l'advis de ceux que je trouvay à propos, & voyant que sur le procès advenu entre les deux societés, sa Majesté a ordonné que lesdits articles seroient representez, pour après iceux estant veus & examinés, y estre pourveu, soit par la réunion des deux societés, ou par l'establissement d'une nouvelle, ce pendant 24/1008 permis aux associez des deux compagnies, de trafiquer, & faire traitte, pour l'année 1621 seulement, tant par les deux vaisseaux ja partis, que par deux autres à eux appartenans, chargés & prest à partir, sans se donner aucun empeschement, ny user d'aucune violence, à peine de la vie: à la charge qu'ils seront tenus de contribuer pour la presente année, esgalement & par moitié, à l'entretenement des Capitaines, soldats, & des religieux establis & residens en l'habitation: & neantmoins deffences sont faictes ausdits Porée[522], & à tous autres, de sortir à l'advenir aucuns vaisseaux des ports & havres de ce Royaume, ny faire embarquement, sans prendre congé dudit sieur Admiral, en la manière accoustumée, à peine de confiscation des vaisseaux & marchandises, & autres plus grandes peines s'il y eschet. Signifié le 26 dudit mois[523]. Voila l'arrest du Conseil de sa Majesté. Lesdits articles dudit sieur Dolu, furent confirmez par le Conseil, le 12 de Janvier 1621 hormis quelques uns.

[Note 522: Les principaux associés de Thomas Forée, étaient Lucas Legendre, Louis Vermeulle, Mathieu Dusterlo, Daniel Boyer, et autres, tous membres de l'ancienne société. (Voir M. Ferland, I, p. 200, note 1.)]

[Note 523: Probablement le 26 de novembre 1620, les lettres de la nouvelle société étant du 8 novembre de cette même année. (Voir M. Ferland, I, 200, note 1.)]