Chapter 84
Je les fis tous assembler pour leur dire ma volonté, laquelle entendue, ils promirent nous fournir deux mil cinq cents hommes de guerre, qui feroient merveilles, & qu'à ceste fin je menasse de ma part le plus d'hommes qu'il me seroit possible: ce que je leur promis faire, estant fort aise de les voir si bien délibérez. Lors je commençay à leur descouvrir les moyens qu'il falloit tenir pour combattre, à quoy ils prenoient un singulier plaisir, avec demonstration d'une bonne esperance de victoire. Toutes ces resolutions prises, nous nous separasmes, avec intention de retourner pour l'exécution de nostre entreprise. Mais auparavant que faire ce voyage, qui ne pouvoit estre moindre que de trois ou quatre mois, il estoit à propos que je fisse un voyage à nostre habitation, pour donner ordre, pendant mon absence, aux choses qui y estoient necessaires. Et le jour ensuivant[387], je partis de là pour retourner à la riviere des Prairies, avec deux canaux de Sauvages[388].
[Note 387: L'édition de 1619 porte; «Et.....le jour de.....ensuivant.» Vraisemblablement le 23 de juin. (Voir 1619, p. 16, note 1.)]
[Note 388: Ici encore, l'édition de 1619 renferme d'assez amples détails sur les Récollets, et sur les premières messes qu'ils dirent dans ce pays (p. 16-19).]
Le 9 dudit mois[389] je m'embarquay moi troisiesme, à sçavoir l'un de nos truchemens, & mon homme, avec dix Sauvages, dans lesdits deux canaux, qui est tout ce qu'ils pouvoient porter, d'autant qu'ils estoient fort chargez & embarrassez de hardes, ce qui m'empeschoit de mener des hommes davantage.
[Note 389: Le 9 de juillet 1615. (Voir 1619, p. 19.)]
244/900 Nous continuasmes nostre voyage amont le fleuve Sainct Laurent environ six lieues, & fusmes par la riviere des Prairies, qui descharge dans ledit fleuve, laissant le sault sainct Louys cinq ou six lieues plus à mont, à la main senextre, ou nous passasmes plusieurs petits sauts par cette riviere, puis entrasmes dans un lac[390], lequel passé, r'entrasmes dans la riviere, où j'avois esté autrefois, laquelle va & conduit aux Algoumequins, distante du sault sainct Louis de 89 lieues[391], de laquelle riviere j'ay fait ample description cy-dessus[392]. Continuant mon voyage jusques au lac des Algoumequins[393], r'entrasmes dedans une riviere [394] qui descend dedans ledit lac, & fusmes à mont icelle environ trente-cinq lieues, & passasmes grande quantité de sauts, tant par terre, que par eau, & en un pays mal agréable, remply de sapins, bouleaux, & quelques chesnes, force rochers, & en plusieurs endroits un peu montagneux. Au surplus fort desert, sterile, & peu habité, si ce n'est de quelques Sauvages Algoumequins, appeliez Otaguottouemin[395], qui se tiennent dans les terres, & vivent de leurs chasses & pescheries qu'ils font aux rivieres, estangs, & lac, dont le pays est assez muny. Il est vray qu'il semble que Dieu a voulu donner à ces terres affreuses & desertes quelque chose en sa saison, pour servir de 245/901 rafraischissement à l'homme, & aux habitans de ces lieux. Car je vous asseure qu'il se trouve le long des rivieres si grande quantité de blues[386], qui est un petit fruict fort bon à manger, & force framboises, & autres petits fruicts, & en telle quantité, que c'est merveille: desquels fruicts ces peuples qui y habitent en font seicher pour leur hyver, comme nous faisons des pruneaux en France, pour le Caresme. Nous laissasmes icelle riviere qui vient du nort[397], & est celle par laquelle les Sauvages vont au Sacquenay pour traitter des pelleteries, pour du petum. Ce lieu est par les 46 degrez[398] de latitude, assez agréable à la veue, encores que de peu de rapport.
[Note 390: Le lac des Deux-Montagnes.]
[Note 391: Lisez: 8 à 9 lieues. (Voir 1619, p. 19, 20.)]
[Note 392: Livre IV, chapitre I, II et III.]
[Note 393: Le lac des Allumettes. (Voir 1619, p. 20, note 4.)]
[Note 394: La rivière Creuse, qui est une partie de l'Outaouais. (1619, p. 20, note 5.)]
[Note 395: _Outaoukotouemiouek_ suivant la Relation de 1650, et _Kotakoutouemi_ suivant celle de 1640. (Voir 1619, p. 20, note 6.)]
[Note 396: Voir 1619, p. 21, note 1.]
[Note 397: Voir 1619, p. 21, note 2.]
[Note 398: Voir 1619, p. 21, note 3.]
Poursuivant nostre chemin par terre, en laissant ladite riviere des Algoumequins, nous passasmes par plusieurs lacs, où les Sauvages portent leurs canaux, jusques à ce que nous entrasmes dans le lac des Nipisierinij[3999], par la hauteur de quarante-six degrez & un quart de latitude. Et le vingt-sixiesme jour dud. mois[400], après avoir fait tant par terre, que par les lacs vingt-cinq lieues, ou environ. Ce fait, nous arrivasmes aux cabannes des Sauvages, où nous sejournasmes deux jours avec eux. Ils nous firent fort bonne réception, & estoient en bon nombre. Ce sont gens qui ne cultivent la terre que fort peu. A, vous monstre l'habit de ces peuples allans à la guerre. B, celuy des femmes, qui ne diffère en rien de celuy des montagnars, & Algommequins, grands peuples, & qui s'estendent fort dans les terres[401].
[Note 399: Le lac Nipissing.]
[Note 400: Le 26 de juillet. Cette phrase, évidemment, doit se rattacher à la précédente.]
[Note 401: Voir les figures indiquées par les lettres A et B.]
246/902 Durant le temps que je fus avec eux, le Chef de ces peuples, & autres des plus anciens, nous festoyerent en plusieurs festins, selon leur coustume, & mettoient peine d'aller pescher & chasser, pour nous traitter le plus délicatement qu'ils pouvoient. Ils estoient bien en nombre de sept à huict cents âmes, qui se tiennent ordinairement sur le lac, où il y a grand nombre d'isles fort plaisantes, & entr'autres une qui a plus de six lieues de long, où il y a trois ou quatre beaux estangs, & nombre de belles prairies, avec de très-beaux bois qui l'environnent, & y a grande abondance de gibbier, qui se retire dans cesdits petits estangs, où les Sauvages y prennent du poisson. Le costé du Septentrion dudit lac est fort agréable. Il y a de belles prairies pour la nourriture du bestail, & plusieurs petites rivieres qui se deschargent dedans.
Ils faisoient lors pescherie dans un lac fort abondant de plusieurs sortes de poisson, entre autres d'un très-bon, qui est de la grandeur d'un pied de long, comme aussi d'autres especes, que les Sauvages peschent pour faire secher, & en font provision. Ce lac[402] a en son estendue environ 8 lieues de large, & 25 de long, dans lequel descend une riviere[403] qui vient du norouest, par où ils vont traitter les marchandises que nous leur donnons en trocq, & retour de leurs pelleteries, 247/903 & ce avec ceux qui y habitent[404], lesquels vivent de chasse, & de pescherie, parce que ce pays est grandement peuplé tant d'animaux, oiseaux, que poisson.
[Note 402: Le lac Nipissing.]
[Note 403: La rivière aux Esturgeons. (Voir 1619, p. 23, notes 2 et 3.)]
[Note 404: Les Outimagami, qui demeuraient vraisemblablement au lac Timiscimi, les Ouachegami, les Mitchitamou, les Outurbi, et les Kiristinons, ou Cris. (Voir Relat, 1640, ch. x.)]
Après nous estre reposez deux jours avec le Chef desdits Nipisierinij, nous nous r'embarquasmes en nos canaux, & entrasmes dans une riviere[405] par où ce lac se descharge, & fismes par icelle environ 33 lieues, & descendismes par plusieurs petits sauts, tant par terre, que par eau, jusques au lac Attigouantan. Tout ce pays est encores plus mal agréable que le précèdent, car je n'y ay point veu le long d'iceluy dix arpents de terre labourable, sinon rochers, & montagnes. Il est bien vray que proche du lac des Attigouantan[406] nous trouvasmes des bleds d'Inde, mais en petite quantité, où nos Sauvages prirent des citrouilles, qui nous semblerent bonnes, car nos vivres commençoient à nous faillir, par le mauvais mesnage des Sauvages, qui mangèrent si bien au commencement, que sur la fin il en restoit fort peu, encores que ne fissions qu'un repas le jour: & nous aidèrent beaucoup ces blues & framboises (comme j'ay dit cy dessus) autrement nous eussions esté en danger d'avoir de la necessité.
[Note 405: La rivière des Français.]
[Note 406: Le lac Huron. (Voir note 2 de la page suivante et note 3 de la page 249.)]
Nous fismes rencontre de 300 hommes d'une nation que nous nommasmes les cheveux relevez, pour les avoir fort relevez & ageancez, & mieux peignez que nos Courtisans, & n'y a nulle comparaison, quelques fers & façons qu'ils y puissent apporter: ce qui semble leur donner une belle apparence. A. C. monstre la 248/904 façon qu'ils s'arment allant à la guerre. Ils n'ont pour armes que l'arc & la flesche, fait en la façon que voyez dépeints, qu'ils portent ordinairement, & une rondache de cuir bouilly, qui est d'un animal comme le bufle[407]. Quand ils sortent de leurs maisons ils portent la massue. Ils n'ont point de brayer, & sont fort découpez par le corps, en plusieurs façons de compartiment: & se peindent le visage de diverses couleurs, ayans les narines percées, & les oreilles bordées de patenostres. Les ayant visitez, & contracté amitié avec eux, je donnay une hache à leur Chef, qui en fut aussi content & resjouy, que si je luy eusse fait quelque riche present. Et m'enquerant sur ce qui estoit de son païs, il me le figura avec du charbon sur une escorce d'arbre: & me fit entendre qu'ils estoient venus en ce lieu pour faire secherie de ce fruict appellé blues, pour leur servir de manne en hyver, lors qu'ils ne trouvent plus rien.
[Note 407: _Conf_. 1619, p. 25. Tout ce passage a été remanié, dans l'édition de 1632.]
Le lendemain nous nous separasmes, & continuasmes nostre chemin le long du rivage de ce lac des Attigouantan[408], où il y a un grand nombre d'isles, & fismes environ 45 lieues, costoyant tousjours cedit lac. Il est fort grand, & a prés de trois[409] cents lieues de longueur de l'Orient à l'Occident, & de large 249/905 cinquante[410]; & à cause de sa grande estendue, je l'ay nommé la mer douce. Il est fort abondant en plusieurs especes de très-bons poissons, tant de ceux que nous avons, que de ceux que n'avons pas, & principalement des truittes qui sont monstrueusement grandes, en ayant veu qui avoient jusques à quatre pieds & demy de long, & les moindres qui se voyent sont de deux pieds & demy. Comme aussi des brochets au semblable, & certaine manière d'esturgeon, poisson fort grand, & d'une merveilleuse bonté. Le pays qui borne ce lac en partie est aspre du costé du nort, & en partie plat, & inhabité de Sauvages, quelque peu couvert de bois, & de chesnes. Puis après nous traversasmes une baye[411], qui fait une des extremitez du lac, & fismes environ sept lieues[412], jusques à ce que nous arrivasmes en la contrée des Attigouantan[413], à un village appelle Otouacha[414], qui fut le premier jour d'Aoust, ou trouvasmes un grand changement de pays, cestuy-cy estant fort beau, & la plus grande partie deserté, accompagné de force collines, & de plusieurs ruisseaux, qui rendent ce terroir agréable. Je fus visiter leurs bleds d'Inde, qui estoient lors fort advancez pour la saison.
[Note 408: Attignouantan, ou Attignaouantan; c'est le lac Huron, ou mer Douce. Les Attignaouantan, nation des Ours, formaient l'une des tribus huronnes les plus considérables, et demeuraient plus proche du lac que les autres tribus.]
[Note 409: L'édition de 1640, pour se conformer sans doute à celle de 1619, a remis dans le texte comme à la marge: «quatre cents.» Le lac Huron n'a environ que quatre-vingts lieues de longueur; mais, dans son immense contour, on peut bien compter quatre cents lieues, et c'est peut-être ce que Champlain a voulu dire, ou ce que lui auront dit les sauvages. Il est possible aussi que le manuscrit portât en toutes lettres _quatre vint_, et que le typographe ait lu _quatre cent_.]
[Note 410: L'édition 1640 ajoute le mot «lieues.»]
[Note 411: La baie de Matchidache.]
[Note 412: C'est-à-dire, la traverse même de cette baie de Matchidache. (Voir 1619, p. 26, note 2.)]
[Note 413: La contrée des Attignaouantan, ou des Ours, se composait principalement de cette pointe du comté actuel de Simcoe, qui s'étend de inq à six lieues vers le nord-ouest dans la baie Géorgienne, entre la baie de Matchidache et celle de Nataouassagué.]
[Note 414: Otouacha, qui est probablement le même que Toanché, ou Toanchain, paraît avoir été situé à environ un mille du fond de la baie du Tonnerre. Il ne faut pas confondre ce premier emplacement d'Otouacha, ou de Touanché, avec le second dont parle la Relation de 1635, qui était encore un mille plus loin de la baie. (Voir 1619, p. 26, notes 3 et 4.)]
250/906 Ces lieux me semblerent tres-plaisans, au regard d'une si mauvaise contrée d'où nous venions de sortir. Le lendemain je fus à un autre village appelle Carmaron[413], distant d'iceluy d'une lieue, où ils nous receurent fort amiablement, nous faisans festin de leur pain, citrouilles, & poisson. Pour la viande, elle y est fort rare. Le chef dudit village me pria fort d'y sejourner, ce que je ne peus luy accorder, ains m'en retournay à nostre village[414].
[Note 415: A environ trois ou quatre milles au sud-est d'Otouacha, l'on trouve encore les restes d'un village qui doit avoir été Carmaron. Ce nom, que l'auteur semble donner comme huron, a probablement été mal lu par le typographe, la langue huronne n'ayant pas de labiales. Il est très-possible que Champlain ait écrit _Cannaron_, ou _Connarea_, mot qui se rapproche beaucoup de _Kontarea_, mentionné dans les Relations et dans la carte de Ducreux; or la position de ce dernier village pourrait répondre à celle de Carmaron. (Voir 1619, p. 27, note 2.)]
[Note 416: _Conf_. 1619, p. 27.]
Le lendemain[417] je partis de ce village pour aller à un autre, appellé Touaguainchain[418], & à un autre appellé Tequenonquiaye[419], esquels nous fusmes receus des habitans desdits lieux fort amiablement, nous faisans la meilleure chere qu'ils pouvoient de leurs bleds d'Inde en plusieurs façons, tant ce pays est beau & bon, par lequel il fait beau cheminer.
[Note 417: Probablement le 3 d'août.]
[Note 418: Il semble que Touaguainchain soit le nom huron de ce que les Pères Jésuites appelèrent plus tard Sainte-Madeleine. Il devait être à environ quatre milles au sud d'Otouacha, et deux milles à l'ouest de Carmaron. (Voir 1619, p. 28, note 2.)]
[Note 419: «Autrement nommé, dit Sagard, _Quieuindohian,_ par quelques François la Rochelle, & par nous la ville de sainct Gabriel.» (Hist. du Canada, p. 208.) Quelques années plus tard, la Rochelle portait le nom d'Ossossané, et les Jésuites y établirent la résidence de la Conception. (Voir 1619, p. 28, note 3.) Ce village était à environ quatre lieues au sud-sud-est d'Otouacha, et par conséquent deux lieues plus au sud que Carmaron. (Sagard, et Relations des Jésuites.)]
De là je me fis conduire à Carhagouha[420], fermé de triple pallissade de bois, de la hauteur de trente-cinq pieds, pour 251/907 leur defense & leur conservation. Estant en ces lieux[421] le 12 d'Aoust[422], j'y trouvay 13 à 14 François[423] qui estoient partis devant moy de ladite riviere des Prairies. Et voyant que les Sauvages apportoient une telle longueur à faire leur gros, & que j'avois du temps pour visiter leur pays, je deliberay de m'en aller à petites journées de village en village à Cahiagué[424], où devoit estre le rendez-vous de toute l'armée, distant de Carantouan[425] de 14 lieues, & partis de ce village le 14 d'Aoust avec dix de mes compagnons. Je visitay cinq des principaux villages[426], fermez de pallissades de bois, jusques à Cahiagué, le principal village du pays, où il y a deux cents cabannes assez grandes, où tous les gens de guerre se devoient assembler. Par tous ces villages ils nous receurent fort courtoisement & humainement. Ce païs est très-beau, souz la hauteur de quarante quatre degrez & demy de latitude, & fort deserté, où ils sement grande quantité de bleds d'Inde, qui y vient très-beau, comme aussi des citrouilles, herbe au Soleil, dont ils font de l'huile de la graine, de laquelle ils se frottent la teste. Il est fort traversé de ruisseaux qui se deschargent dedans le lac: & y a force vignes & prunes, qui sont très-bonnes, framboises, fraises, petites pommes sauvages, noix, & une manière de fruict qui est de la forme & couleur de petits citrons, comme de la grosseur d'un oeuf. La plante qui 252/908 le porte a de hauteur deux pieds & demy, & n'a que trois à quatre fueilles pour le plus, de la forme de celle du figuier, & n'apporte que deux pommes chaque plante. Les chesnes, ormeaux, & hestres y sont en quantité, comme aussi force sapinieres, qui est la retraite ordinaire des perdrix & lapins. Il y a aussi quantité de petites cerises[427], & merises, & les mesmes especes de bois que nous avons en nos forests de France, sont en ce pays là. A la vérité ce terroir me semble un peu sablonneux, mais il ne laisse pas d'estre bon pour cet espece de froment. Et en ce peu de pays j'ay recogneu qu'il est fort peuplé d'un nombre infiny d'ames, sans en ce comprendre les autres contrées où je n'ay pas esté, qui sont (au rapport commun) autant ou plus peuplées que ceux cy-dessus: me representant que c'est grand pitié que tant de créatures vivent & meurent, sans avoir la cognoissance de Dieu, & mesmes sans aucune religion, ny loy, soit divine, politique, ou civile, establie parmy eux. Car ils n'adorent & ne prient en aucune façon, ainsi que j'ay peu recognoistre en leur conversation. Ils ont bien quelque espece de cérémonie entr'eux, que je descriray en son lieu, comme pour ce qui est des malades, ou pour sçavoir ce qui leur doit arriver, mesme touchant les morts; mais ce sont de certains personnages qui s'en veulent faire accroire, tout ainsi que faisoient, ou se faisoit du temps des anciens Payens, qui se laissoient emporter aux persuasions des enchanteurs & devins: neantmoins la plus-part de ces peuples ne croyent rien de ce qu'ils font, & disent. Ils 253/909 sont assez charitables entr'eux, pour ce qui est des vivres, mais au reste fort avaricieux, & ne donnent rien pour rien. Ils sont couverts de peaux de cerfs, & castors, qu'ils traittent avec les Algommequins & Nipisierinij, pour du bled d'Inde, & farines d'iceluy.
[Note 420: Voir 1619, p. 28, note 4.]
[Note 421: _Conf_. 1619, p. 28, 29. Les détails omis ici, dans l'édition de 1632, ont rapport au P. le Caron. Cette suppression est assez significative, et prouve jusqu'à l'évidence que l'éditeur tenait à ne point nuire à la cause des Pères Jésuites. Voilà pourquoi, sans doute, le Mémoire des Récollets de 1637 insiste sur ce point d'une manière remarquable.]
[Note 422: Champlain arriva à Carhagouha vers le 4 ou le 5 d'août. (Voir 1619, p. 28, 29.)]
[Note 423: Le P. Joseph était parti avec douze français, non pas précisément de la rivière des Prairies, mais du saut Saint-Louis. (1619, p. 18, 19.)]
[Note 424: Cahiagué ne peut être autre chose que le nom huron du village que les missionnaires appelèrent plus tard Saint-Jean-Baptiste. Ce village devait être situé vers le centre de la presqu'île entourée par la rivière Matchidache ou Sévern. (Voir 1619, p. 20 note 4.)]
[Note 425: Il faut lire Carhagouha. (Voir 1619, p. 19.)]
[Note 426: À part Tequenonkiayé et Carhagouha, qu'il venait de visiter, il dut passer par Scanonahenrat, Teanaustayaé, et Taenhatentaron. (Voir 1619 p. 30 note 1.)]
[Note 427: L'édition de 1640 a remis le texte de 1619: «cerises petites.»]
_Nostre arrivée à Cahiagué. Description de la beauté du pays: naturel des Sauvages qui y habitent, & les incommodités que nous receusmes._
CHAPITRE VI.[428]
[Note 428: Chapitre VII de la première édition.]
Le dix-septiesme jour d'Aoust j'arrivay à Cahiagué, ou le fus receu avec grande allegresse, & recognoissance de tous les Sauvages du pays[429]. Ils receurent nouvelles comme certaine nation de leurs alliez[430], qui habitent à trois bonnes journées plus haut que les Entouhonorons[431], ausquels[432] les Hiroquois font aussi la guerre, les vouloient assister en ceste expédition de cinq cents bons hommes, & faire alliance, & jurer amitié avec nous, ayans grand desir de nous voir, & que nous fissions la guerre tous ensemble, & tesmoignoient avoir du contentement de nostre cognoissance: & moy pareillement d'avoir trouvé ceste opportunité, pour le desir que j'avois de sçavoir des nouvelles de ce pays là. Ceste nation est fort belliqueuse, à ce que tiennent ceux de la nation des Attigouotans. Il ny a 254/910 que trois villages qui sont au milieu de plus de vingt autres, ausquels ils font la guerre, ne pouvans avoir de secours de leurs amis, d'autant qu'il faut passer par le pays des Chouontouarouon[433], qui est fort peuplé, ou bien faudroit prendre un bien grand tour de chemin.
[Note 429: _Conf_. 1619, p. 32.]
[Note 430: Les Carantouanais. (Voir 1619, p. 32, note 1.)]
[Note 431: Entouhoronons, ou Tsonnontouans. (Voir 1619, p. 33, note 1.)]
[Note 432: Auxquels alliés. (Voir 1619, p. 33, note 2.)]
[Note 433: Ou Sountouaronon, Tsonnontouans. (Voir 1619, p. 34, note 1.)]
Arrivé que je fus en ce village, où il me convint sejourner, attendant que les hommes de guerre vinsent des villages circonvoisins, pour nous en aller au plustost qu'il nous seroit possible, pendant lequel temps on estoit tousjours en festins & dances, pour la resjouissance en laquelle ils estoient de nous voir si resolus de les assister en leur guerre, & comme s'asseurans desja de la victoire.