Chapter 71
Je fus à terre pour voir leur labourage sur le bord de la riviere, & veis leurs bleds, qui sont bleds d'Inde, qu'ils font en jardinages, semans trois ou quatre grains en un lieu, après ils assemblent tout autour avec des escailles du susdit signoc quantité de terre, puis à trois pieds de là en sement encore 82/738 autant, & ainsi consecutivement. Parmy ce bled à chasque touffeau ils plantent 3 ou 4 febves de Bresil, qui viennent de diverses couleurs. Estans grandes elles s'entrelacent autour dudit bled, qui leve de la hauteur de 3 à 6 pieds, & tiennent le champ fort net de mauvaises herbes. Nous y veismes force citrouilles, courges, & petum, qu'ils cultivent aussi. Le bled d'Inde que j'y veis pour lors estoit de deux pieds de haut: il y en avoit aussi de trois. Ils le sement en May, & le recueillent en Septembre. Pour les febves, elles commençoient à entrer en fleur, comme aussi les courges & citrouilles. J'y veis grande quantité de noix, qui sont petites, & ont plusieurs quartiers. Il n'y en avoit point encores aux arbres, mais nous en trouvasmes assez dessouz, qui estoient de l'année précédente. Il y a aussi force vignes, ausquelles y avoit de fort beau grain, dont nous fismes de très-bon verjus, ce que n'avions point encores veu qu'en l'isle de Bacchus, distante d'icelle riviere prés de deux lieues. Leur demeure arrestée, le labourage, & les beaux arbres, me fit juger que l'air y est plus tempéré & meilleur que celuy où nous hyvernasmes, ny que les autres lieux de la coste. Les forests dans les terres sont fort claires, mais pourtant remplies de chesnes, hestres, fresnes, & ormeaux. Dans les lieux aquatiques il y a quantité de saules. Les Sauvages se tiennent tousjours en ce lieu, & ont une grande cabanne entourée de pallissades faites d'assez gros arbres rangez les uns contre les autres, où ils se retirent lors que leurs ennemis leur viennent faire la guerre; & couvrent leurs cabannes d'escorce de chesnes. Ce lieu est fort 83/739 plaisant, & aussi agréable que l'on en puisse voir: la riviere abondante en poisson, environnée de prairies. A l'entrée y a un islet capable d'y faire une bonne forteresse, où l'on seroit en seureté.
_Riviere de Choüacoet. Lieux que l'Autheur y recognoist. Cap aux Isles. Canots de ces peuples faits d'escorce de bouleau. Comme les Sauvages de ce pays là font revenir à eux ceux qui tombent en syncope. Se servent de pierres au lieu de couteaux. Leur Chef honorablement receu de nous.
CHAPITRE V.
Le Dimanche 12[128] du mois nous partismes de la riviere appellée Choüacoet, & rangeant la coste, après avoir fait environ 6 ou 7 lieues, le vent se leva contraire, qui nous fit mouiller l'anchre & mettre pied à terre, où nous veismes deux prairies, chacune desquelles contient une lieue de long, & demie de large. Depuis Choüacoet jusques en ce lieu (où veismes de petits oiseaux, qui ont le chant comme merles, noirs horsmis le bout des ailles, qui sont orengées) il y a quantité de vignes & noyers. Ceste coste est sablonneuse en la pluspart des endroits depuis Quinibequy. Ce jour nous retournasmes 2 ou 3 lieues devers Choüacoet, jusques à un cap qu'avons nommé le port aux isles[129], bon pour des vaisseaux de cent tonneaux, qui est parmy trois isles.
[Note 128: Le 12 de juillet 1605 était un mardi. D'après l'édition de 1613, M. de Monts et Champlain arrivèrent à Chouacouet le 10, et durent n'en repartir que le 12.]
[Note 129: Le cap du Port-aux-Isles est le cap Purpoise. (Voir 1613, p. 55, note 3.)]
84/740 Mettant le cap au nordest quart du nort proche de ce lieu, l'on entre en un autre port[130] où il n'y a aucun passage (bien que ce soient isles) que celuy par où on entre, où à l'entrée y a quelques brisans de rochers qui sont dangereux. En ces isles y a tant de groiselles rouges, que l'on ne voit autre chose en la plus-part, & un nombre infiny de tourtes, dont nous en prismes bonne quantité. Ce port aux isles est par la hauteur de 43 degrez 25 minutes de latitude.
[Note 130: Probablement l'entrée de la rivière _Kenebunk_.]
Costoyans la coste nous apperceusmes une fumée sur le rivage de la mer, dont nous approchasmes le plus qu'il nous fut possible, & ne veismes aucun Sauvage, ce qui nous fit croire qu'ils s'en estoient fuis. Le Soleil s'en alloit bas, & ne peusmes trouver lieu pour nous loger icelle nuict, à cause que la coste estoit platte, & sablonneuse. Mettant le cap au sud pour nous esloigner, afin de mouiller l'anchre, ayans fait environ deux lieues, nous apperceusmes un cap [131] à la grande terre au sud quart du suest de nous, où il pouvoit avoir six lieues: à l'est deux lieues apperceusmes trois ou quatre isles[132] assez hautes, & à l'ouest un grand cul de sac[133]. La coste de ce cul de sac toute rangée jusques au cap peut entrer dans les terres du lieu où nous estions environ 4 lieues: il en a 2 de large nord & sud, & 3 en son entrée. Et ne recognoissant aucun lieu propre pour nous loger, nous resolusmes d'aller au cap 85/741 cy-dessus à petites voiles une partie de la nuict, & en approchasmes à 16 brasses d'eau, où nous mouillasmes l'anchre attendant le poinct du jour.
[Note 131: Le cap Anne, que l'auteur appelle plus loin cap aux Iles.]
[Note 132: Les îles de Battures _(Isles of Shoals)_.]
[Note 133: La baie Longue, comme l'auteur l'appelle lui-même dans sa Table de la grande carte de 1632. C'est cet enfoncement que forme la côte au nord-ouest du cap Anne.]
Le lendemain nous fusmes au susdit cap, où il y a trois isles proches de la grande terre, pleines de bois de différentes sortes, comme à Choüacoet, & par toute la coste; & une autre platte, ou la mer brise, qui jette un peu plus bas à la mer que les autres où il n'y en a point. Nous nommasmes ce lieu le cap aux isles, proche duquel apperceusmes un canau où il y avoit 5 ou 6 Sauvages qui vindrent à nous, lesquels estans prés de nostre barque s'en allèrent danser sur le rivage. Je fus à terre pour les voir, & leur donner à chacun un couteau, & du biscuit; ce qui fut cause qu'ils redancerent mieux qu'auparavant. Cela fait, je leur fis entendre le mieux qu'il me fut possible, qu'ils me monstrassent comme alloit la coste. Après leur avoir dépeint avec un charbon la baye & le cap aux isles, où nous estions, ils me figurèrent avec le mesme crayon une autre baye [134], qu'ils representoient fort grande, où ils mirent six cailloux d'égale distance; me donnans par là à entendre que chacune de ces marques estoient autant de chefs & peuplades [135]: puis figurèrent dedans ladite baye[136] une riviere [137] que nous avions passée, qui s'estend fort loin, & est batturiere. Nous trouvasmes en cet endroit des vignes en quantité, dont le verjus estoit un peu plus gros que des pois, & force noyers, dont les noix n'estoient pas plus grosses que 86/742 des balles d'harquebuze. Ces Sauvages nous dirent, que tous ceux qui habitoient en ce pays cultivoient & ensemençoient la terre comme les autres qu'avions veus auparavant. Ce lieu est par la hauteur de 43 degrez & quelques minutes de latitude [138].
[Note 134: La baie de Massachusetts.]
[Note 135: Voir 1613, p. 58, note 1.]
[Note 136: La dite baie Longue.]
[Note 137: Le Merrimack.]
[Note 138: La latitude du cap Anne est d'environ 42° 38'.]
Doublant le cap[139], nous entrasmes en une ance[140] où il y avoit force, vignes, pois de Bresil, courges, citrouilles & des racines qui sont bonnes, tirans sur le goust de cardes que les Sauvages cultivent.
[Note 139: En septembre 1606. Dans l'édition de 1632, on a intercalé ici la description du Beau-Port, que M. de Monts n'avait pas visité en 1605, mais que Champlain avait remarqué en passant. Les trois alinéas qui suivent font partie de la narration du voyage de M. de Poutrincourt, qui eut lieu dans l'automne de 1606.]
[Note 140: Le Beau-Port, aujourd'hui la baie de Gloucester, ou havre du cap Anne. (Voir 1613, p. 94, 95, 96.)]
Ce lieu, qui est assez agréable, est fertile en quantité de noyers, cyprès, chesnes, fresnes, & hestres, qui sont très-beaux.
Nous veismes là un Sauvage qui se blessa tellement au pied, & perdit tant de sang, qu'il en tomba en syncope; autour duquel vindrent nombre d'autres chantans quelque temps avant qu'ils le touchassent: puis faisans certaines gestes des pieds & des mains, luy remuoient la teste, & le soufflant il revint à soy. Nostre Chirurgien le pensa, & ne laissa pour cela de s'en aller gayement.
Ayans fait demie lieue[141] nous apperceusmes plusieurs Sauvages sur la pointe d'un rocher, qui couroient le long de la coste, en dançant, vers leurs compagnons, pour les advertir de nostre venue. Nous ayans monstré le quartier de leur demeure, ils firent signal de fumées, pour nous monstrer l'endroit de 87/743 leur habitation & fusmes mouiller l'anchre proche d'un petit islet, où l'on envoya nostre canau pour leur porter des couteaux & des gallettes, & apperceusmes à la quantité qu'ils estoient, que ces lieux sont plus habitez que les autres que nous avions veus. Après avoir arresté deux heures pour considerer ces peuples, qui ont leurs canaux faits d'escorce de bouleau, comme les Canadiens[142], Souriquois, & Etechemins, nous levasmes l'anchre, & avec apparence de beau temps nous nous mismes à la voile. Poursuivant nostre routte à l'ouest surouest, nous y veismes plusieurs isles à l'un & l'autre bord. Ayant fait 7 à 8 lieues, nous mouillasmes l'anchre proche d'une isle, où apperceusmes force fumées tout le long de la coste, & beaucoup de Sauvages qui accouroient pour nous voir. L'on envoya 2 ou 3 hommes vers eux dedans un canau, ausquels on bailla des couteaux & patenostres pour leur presenter, dont ils furent fort aises, & danserent plusieurs fois en payement. Nous ne peusmes sçavoir le nom de leur chef, à cause que nous n'entendions pas leur langue. Tout le long du rivage y a quantité de terre défrichée, & semée de bled d'Inde. Le pays est fort plaisant & agréable, y ayant force beaux bois. Ceux qui l'habitent ont leurs canaux faits tout d'une pièce, fort subjets à tourner, si on n'est bien adroit à les gouverner, & n'en avions point encores veu de ceste façon. Voicy comme ils les font. Aprés avoir eu beaucoup de peine, & esté long temps à abatre un arbre le plus gros & le plus haut qu'ils ont peu trouver, avec des haches de pierre (car ils n'en ont point en 88/744 ce temps d'autres, si ce n'est que quelques uns d'eux en recouvrent par le moyen des Sauvages de la coste d'Acadie, ausquels on en porte pour traicter de pelleterie) ils ostent l'escorce, & l'arrondissent, horsmis d'un costé, où ils mettent du feu peu à peu tout le long de la pièce; & prennent quelquefois des cailloux rouges & enflammez, qu'ils posent aussi dessus, & quand le feu est trop aspre, ils l'esteignent avec un peu d'eau, non pas du tout, mais seulement de peur que le bord du canau ne brusle. Estant assez creux à leur fantaisie, il le raclent de toutes parts avec ces pierres. Les cailloux dequoy ils font leurs trenchans sont semblables à nos pierres à fuzil.
[Note 141: Ici reprend le récit du voyage de M. de Monts, en 1605. (Voir 1613, p. 58.) Par conséquent cette demi-lieue doit se compter du cap Anne, et non du Beau-Port.]
[Note 142: A cette époque, on appelait Canadiens les tribus montagnaises du bas du fleuve.]
Le lendemain 17 dudit mois[143] nous levasmes l'anchre pour aller à un cap, que nous avions veu le jour précédant, qui nous demeuroit comme au sud surouest. Ce jour nous ne peusmes faire que 5 lieues, & passasmes par quelques isles remplies de bois. Je recognus en la baye tout ce que m'avoient dépeint les Sauvages au cap des isles. Poursuivant nostre routte, il en vint à nous grand nombre dans des canaux, qui sortoient des isles, & de la terre ferme. Nous fusmes anchrer à une lieue du cap qu'ay nommé Sainct Louys[144], où nous apperceusmes plusieurs fumées: & y voulant aller, nostre barque eschoua sur une roche, où nous fusmes en grand danger: car si nous n'y eussions promptement remedié, elle eust bouleversé dans la mer, qui perdoit tout à l'entour, où il y avoit 5 à 6 brasses d'eau: 89/745 mais Dieu nous preserva, & fusmes mouiller l'anchre proche du susdit cap, où vindrent 15 ou 16 canaux de Sauvages, & en tel y en avoit 15 ou 16 qui commencèrent à monstrer grands signes de resjouissance, & faisoient plusieurs sortes de harangues, que nous n'entendions nullement. L'on envoya 3 ou 4 hommes à terre dans nostre canau, tant pour avoir de l'eau, que pour voir leur chef nommé Honabetha, qui eut quelques couteaux, & autres jolivetez, que trouvay à propos leur donner[145], lequel nous vint voir jusques en nostre bord, avec nombre de ses compagnons, qui estoient tant le long de la rive, que dans leurs canaux. L'on receut le chef fort humainement, & luy fit-on bonne chère: & y ayant esté quelque espace de temps, il s'en retourna. Ceux que nous avions envoyez devers eux, nous apportèrent de petites citrouilles de la grosseur du poing, que nous mangeasmes en sallade comme concombres, qui sont très-bonnes; & du pourpié, qui vient en quantité parmy le bled d'Inde, dont ils ne font non plus d'estat que de mauvaises herbes. Nous veismes en ce lieu grande quantité de petites maisonnettes, qui sont parmy les champs où ils sement leur bled d'Inde.
[Note 143: Le 17 juillet 1605.]
[Note 144: Aujourd'hui la pointe Brandt.]
[Note 145: Dans l'édition de 1613, il y avait «que le sieur de Mons luy donna.» Dans l'édition de 1640, on remarque une autre correction: le mot _luy_ a été mis à la place de _leur_.]
Plus y a en icelle baye une riviere[146] qui est fort spacieuse, laquelle avons nommée la riviere du Gas, qui, à mon jugement, va rendre vers les Hiroquois, nation qui a guerre ouverte avec les montagnars qui sont en la grande riviere Sainct Laurent.
[Note 146: Probablement la rivière Charles. (Voir 1613, p. 61, note 3.)]
90/746 _Continuation des descouvertures de la coste des Almouchiquois, & de ce, qu'y avons remarqué de particulier._
CHAPITRE VI.
LE lendemain[147] doublasmes le cap S. Louys, que nous avons ainsi nommé, terre médiocrement basse, souz la hauteur de 42 degrez 3 quarts de latitude[148], & fismes ce jour 2 lieues de coste sablonneuse; & passant le long d'icelle, nous y veismes quantité de cabannes & jardinages, & entrasmes dedans un petit cul de sac. Il vint à nous 2 ou 3 canaux, qui venoient de la pesche des morues, & autres poissons, qui sont là en quantité, qu'ils peschent avec des haims faits d'un morceau de bois, auquel ils fichent un os, qu'ils forment en façon de harpon, & lient fort proprement, de peur qu'il ne sorte, le tout estant en forme d'un petit crochet. La corde qui y est attachée est de chanvre, à mon opinion, comme celuy de France; & me dirent qu'ils en cueilloient l'herbe dans leur terre sans la cultiver, en nous monstrant la hauteur comme de 4 à 5 pieds. Ledit canau s'en retourna à terre advertir ceux de son habitation, qui nous firent des fumées, & apperceusmes 18 ou 20 Sauvages qui vindrent sur le bord de la coste, & se mirent à dancer. Nostre canau fut à terre pour leur donner quelques bagatelles, dont ils furent fort contents. Il en vint aucuns devers nous qui nous prièrent d'aller en leur riviere. Nous levasmes l'anchre 91/747 pour ce faire: mais nous n'y peusmes entrer à cause du peu d'eau que nous y trouvasmes estans de base mer, & fusmes contraints de mouiller l'anchre à l'entrée d'icelle. Je descendis à terre, où j'en veis quantité d'autres qui nous receurent fort gracieusement, & fus recognoistre la riviere, où je n'y veis autre chose qu'un bras d'eau qui s'estend quelque peu dans les terres, qui sont en partie desertées, dedans lequel il n'y a qu'un ruisseau qui ne peut porter bateaux, sinon de pleine mer. Ce lieu peut avoir une lieue de circuit, en l'une des entrées duquel y a une manière d'isle couverte de bois, & principalement de pins, qui tient d'un costé à des dunes de sable, qui sont assez longues: l'autre costé est une terre assez haute. Il y a deux islets dans ladite baye, qu'on ne voit point si l'on n'est dedans, & autour d'icelle, la mer asseche presque toute de basse marée. Ce lieu est fort remarquable de la mer, d'autant que la coste est fort basse, horsmis le cap de l'entrée de la baye, qu'avons nommé le port du cap Sainct Louys[149], distant dudit cap deux lieues, & dix du cap aux isles. Il est environ par la hauteur du cap Sainct Louys.
[Note 147: Le 18 juillet 1605.]
[Note 148: 46° 6'.]
[Note 149: Les Pèlerins _(Pilgrim Fathers)_ lui donnèrent, quinze ans plus tard, le nom de Plymouth.]
Nous partismes[1509] de ce lieu, & rangeant la coste comme au sud, nous fismes 4 à 5 lieues, & passasmes proche d'un rocher qui est à fleur d'eau. Continuant nostre routte, nous apperceusmes des terres que jugions estre isles, mais en estans plus prés, nous recogneusmes que c'estoit terre ferme, qui nous demeuroit au nort norouest, qui estoit le cap d'une grande baye 92/748 contenant plus de 18 à 19 lieues de circuit, où nous nous engouffrasmes tellement, qu'il nous fallut mettre à l'autre bord pour doubler le cap qu'avions veu, lequel nous nommasmes le cap Blanc[151], pource que c'estoient sables & dunes, qui paroissent ainsi. Le bon vent nous servit beaucoup en ce lieu, car autrement nous eussions esté en danger d'estre jettez à la coste. Ceste baye est fort saine, pourveu qu'on n'approche la terre que d'une bonne lieue, n'y ayant aucunes isles ny rochers que celuy dont j'ay parlé, qui est proche d'une riviere, qui entre assez avant dans les terres, que nommasmes Saincte Suzanne du cap Blanc [152], d'où jusques au cap Sainct Louys y a dix lieues de traverse. Le cap Blanc est une pointe de sable qui va en tournoyant vers le sud environ six lieues. Ceste coste est assez haute eslevée de sables, qui sont fort remarquables venant de la mer, où on trouve la sonde à prés de 15 ou 18 lieues de la terre à 30, 40, 50 brasses d'eau, jusques à ce qu'on vienne à dix brasses en approchant de la terre, qui est tres-saine. Il y a une grande estendue de pays descouvert sur le bord de la coste devant que d'entrer dans les bois, qui sont fort agréables, & plaisans à voir. Nous mouillasmes l'anchre à la coste, & veismes quelques Sauvages, vers lesquels furent 4 de nos gens, qui cheminans sur une dune de sable, advisèrent comme une baye & des cabannes qui la bordoient tout à l'entour. Estans environ une lieue & demie de nous, vint à eux dançant (comme ils nous rapportèrent) un 83/749 Sauvage, qui estoit descendu de la haute coste, lequel s'en retourna peu après donner advis de nostre venue à ceux de son habitation.
[Note 150: Le 19 juillet 1605. (Édit. 1613, liv. I, c. VIII.)]
[Note 151: Le capitaine Gosnold lui avait déjà donné, dès 1602, le nom de cap Cod, qu'il conserve encore aujourd'hui.]
[Note 152: Probablement la baie de Wellfleet.]
Le lendemain[153] nous fusmes en ce lieu que nos gens avoient apperceu, que trouvasmes estre un port fort dangereux, à cause des bases & bancs, où nous voyons briser de toutes parts. Il estoit presque de basse mer lors que nous y entrasmes, & n'y avoit que 4 pieds d'eau par la passée du nort; de haute mer il y a 2 brasses. Comme nous fusmes dedans, nous veismes ce lieu assez spacieux, pouvant contenir 3 à 4 lieues de circuit, tout entourée de maisonnettes, à l'entour desquelles chacun a autant de terre qu'il luy est necessaire pour sa nourriture. Il y descend une petite riviere qui est assez belle, où de basse mer y a environ 3 pieds & demy d'eau, & y a 2 ou 3 ruisseaux bordez de prairies. Ce lieu est très-beau, si le havre estoit bon. J'en prins la hauteur, & trouvay 42 degrez de latitude, & 18 [154] degrez 40 minutes de declinaison de la Guide-aymant. Il vint à nous quantité de Sauvages, tant hommes que femmes, qui accouroient de toutes parts en dançant. Nous nommasmes ce lieu le port de Mallebarre[155].
[Note 153: Le 20 juillet 1605.]
[Note 154: Voir 1613, p. 65; note 1.]
[Note 155: Aujourd'hui le havre de Nauset, dont la latitude est de 41° 50'.]