Oeuvres de Champlain

Chapter 113

Chapter 1133,195 wordsPublic domain

Ayant leu ceste lettre, je jugeay aussi tost que le galand avoit inventé ceste malice pour faire retenir ces filles, desquelles il vouloit abuser, comme l'on croyoit & autres mauvais François semblables à luy, l'une de ces filles appellée Esperance, avoit dit quelque jours auparavant, que Marsolet estant au vaisseau l'avoit sollicitée de s'en aller avec luy, luy promettant plusieurs commoditez pour l'attirer, mais que jamais elle n'y avoit voulu condescendre, mesme qu'elle s'en estoit plainte à des sauvages qui luy avoient dit, Sçais tu pas bien qu'il ne vaut rien, & qu'il est en mauvaise réputation avec tous les Sauvages pour estre un menteur, ne l'escoute point, tu es bien, Monsieur de Champlain vous ayme comme ses filles, aussi dirent elles, Nous luy portons de l'affection, ce que n'estant nous n'aurions desir de le suivre en France, qui fut le sujet que j'en parlay au Général.

«Monsieur vous me faites faveur, que vostre courtoisie s'estende à me montrer ceste lettre, que si l'affaire est ainsi qu'il l'escrit, j'aurois tort de vous faire une demande inciville, en vous demandant permission d'emmener ces filles que j'ayme comme si elles estoient miennes, vous me permettrez que je parle pour ces pauvres innocentes qui m'ont esté données par les sauvages assemblez en Conseil, sans que je les aye demandez, mais au contraire comme forcé avec le consentement 271/1255 des filles & des parents, à telle condition que j'en disposerois à ma volonté, pour les instruire en nostre Foy, comme si c'estoient mes enfans, ce que j'ay fait depuis deux ans le tout pour l'amour de Dieu, où j'ay eu un grand soing à les entretenir de tout ce qui leur estoit neceaire, les desirant retirer des mains du Diable, où elles retomberont si faut que les reteniez: je vous supplie que vostre charité soit elle envers ces pauvres filles de ne les violenter, & souvenez vous que Dieu ne vous sera point ingrat si vous faites quelque chose pour luy, il a des recompenses grandes, tant pour le Ciel que pour la terre.

Au reste je sçay très asseurément que Marsolet a forgé en son esprit ce qu'il vous mande, n'ayant treuvé autre moyen pour perdre ces filles, & jouir de sa desordonnée volonté s'il peut. Je sçay asseurement que les Sauvages estant au Conseil des trois rivieres, il ne fut parlé aucunement de ces filles, ny de ce que Marsolet vous a escrit, mesme je sçay que lors qu'estiez à Québec vous vous informastes si les Sauvages n'estoient point faschez de ce qu'elles s'en alloient, que Gros Jean de Dieppe qui s'est donné à vous, truchement des Algommequins, vous dit au contraire, qu'ils fussent faschez de ce que je les emmenois, qu'ils en estoient bien contents, que s'il y avoit du danger de les emmener allant dans le pays comme il alloit, il n'y eut pas esté pour beaucoup de choses, & Coullart vous dit aussi, Monsieur nous avons autant d'interest que personne, à cause de 272/1256 ma femme & de mes enfans, que s'il y avoit quelque risque je vous le dirois librement, au contraire les Sauvages m'ont dit qu'ils en estoient bien aise, qu'elles estoient bien données, tout cecy est un tesmoignage suffisant, auquel devez adjouster Foy, plus qu'à ce que vous mande Marsolet, qui veut abuser de ces filles, les ayant mesmes sollicitées à s'en aller avec luy, qu'il leur donneroit des presens: l'ayant ainsi dit aux Sauvages, vous vous en pouvez informer s'il vous plaist.» Mais recognoissant que tant plus je luy en parlois, & plus il se roidissoit, je le laissay là sans parler d'advantage, il se leve de table tout fasché comme il sembloit, ce qui ne dura gueres: nous ne laissasmes de passer le temps attendant un jour plu propre à luy en parler, & rechercher les moyens pour l'inciter à penser à cela, j'employay à ma supplication ledit Jacques Michel & Thomas Quer son frère, qui luy en parlèrent, il demeura obstiné, ce que sçachant ces deux pauvres filles, furent si tristes & faschées qu'ils en perdoient le boire & le manger en pleurant amèrement, ce qui me donnoit de la compassion, en me disant, «Est il possible que ce mauvais Capitaine nous vueille empescher d'aller en France avec toy, que nous tenons comme nostre père, & duquel nous avons receu tant de biens faits, jusqu'à oster ce qui estoit pour ta vie, durant les necessitez pour nous le donner, & nous entretenir jusqu'à present d'habits: nous avons un tel desplaisir en nostre coeur que nous ne le pouvons dire, n'y auroit il point moyen de nous cacher dans le vaisseau, ou si nous pouvions te 273/1257 suivre avec un canau nous le ferions, te priant de demander encore une fois à ce mauvais homme qu'il nous laisse aller avec toy, ou nous mourrons de desplaisir, plustost que de retourner avec nos Sauvages, & si tu ne peux obtenir que nous allions en France, au moins faits en sorte que nous demeurions avec la femme de Coullart, nous la servirons elle & tous ses enfans de tout nostre pouvoir en ton absence, attendant l'année à venir, & sçachant de tes nouvelles aussi tost nous prendrons un canau pour t'aller treuver à Tadoussac,» ainsi me disoient leurs petits sentiments: Je leur fis faire à chacune un habit de quelques robes de chambre & manteau que j'avois, pour ne les envoyer mal accommodées tant elles me faisoient de compassion.

Je faisois ce qu'il m'estoit possible pour sauver ces deux pauvres ames, je tasche de faire encore un effort, puisqu'il n'y avoit qu'à contenter les Sauvages par present, quand mesme il iroit de beaucoup, je fais dire par Thomas Quer à son frère le Général, qu'il y avoit un moyen de rendre les Sauvages satisfaits en leur faisant un present, & leur dire que puisqu'ils avoient donné ces filles qu'ils dénotent tenir leurs paroles, voyant qu'ils ne le faisoient pas, qu'ils n'auroient sujet de se fier en eux, de ce qu'il leur pourroient dire, que neantmoins il leur faisoit un present de la valleur de Mil livres, en marchandises telles qu'ils voudroient, pour des castors qui estoient à son bord à moy appartenants, dont il m'avoit donné sa promesse payable à Londres, que je la mettrois entre les mains de son frère, & seroit le present tel qu'il 274/1258 voudroit comme venant de sa part, il me promit luy dire, comme il fit, mais le Général n'y voulut du tout entendre, ce que sçachant ce fut à moy de prendre patience. Un jour que je le vis en très bonne humeur, & croyant que je pourrois tenter la fortune de luy parler encore une fois, ce que je fis: il me donne quelque esperance sur le retour de Marsolet.

Les vaisseaux revenans de Québec j'appris que ce truchement venoit, je le faits advertir de ce que je desirois faire pour contenter les Sauvages, sçachant que c'estoit le moyen, & qu'en faisant des presents l'on pouvoit emmener ces filles: au contraire ce malheureux ennemy du progrés de Dieu, faisant voir sa meschanceté à descouvert, dit que si on en parloit aux Sauvages qu'ils refuseroient ce present pour cet effect: disant audit Quer que ces filles avoient esté données de la bonne volonté, sans esperance autre que de nostre amitié, ainsi eust esté cognu pour menteur, d'avoir escrit au Général des choses à quoy ils n'avoient jamais pensé au lieu de pallier ceste affaire il luy dit[769] que c'estoit mal fait à luy d'empescher ces filles d'estre baptisées, & avoir cognoissance de Dieu, qu'il en respondroit devant la justice divine, qu'il print garde qu'il avoit encore assez de remèdes s'il vouloit persuader au Général de donner quelque present aux Sauvages comme j'offrois; que pour ce qui estoit de sa personne je le recognoistrois en tout ce qu'il me seroit possible, que quelque jour il pourroit avoir affaire de ses amis, estant en l'estat où il estoit, que s'il desiroit retourner en France, je le 275/1259 servirois en tout ce qu'il me seroit possible: tout ce qu'il me dit fut, qu'il ne pouvoit rien faire de cela, que s'il arrivoit quelque accident aux Anglois par les Sauvages, ils remettroient toute la faute sur luy, & le voyant ainsi obstiné je le laissay là.

[Note 769: Je luy dis...]

De là il va treuver le Général, luy remonstrant ce que je luy avois dit & offert, & ouy dire que je voulois faire des presens aux Sauvages pour empescher ces filles d'estre retenues, que d'assembler ces peuples esloignez, il n'y avoit nulle apparence, & leur offrir des presents il n'estoit point convenable, d'autant qu'ils croyroient que vous auriez peur de les irriter, & que cela leur donneroit plus d'asseurance d'entreprendre sur ses hommes, qu'il failloit qu'il empeschast que je n'emmenasse ces filles, qu'il luy avoit voué trop de services pour ne luy dire ce qu'il sçavoit pour le bien du pays, & à son advantage, qu'il print garde à ce qu'il feroit, s'en deschargeant, & que s'il arrivoit quelque disgrace pendant son absence, qu'on ne s'en prist pas à luy, & qu'il valloit mieux tenir ces peuples en paix, que d'estre en hasard de tomber en quelques mauvais accidens: Voilà ce qu'il dit avoir representé au Général, lequel se resolut de retenir ces filles, & ne me permettre les emmener.

Thomas Quer me dit y avoir fait ce qu'il avoit peu, le voyant fort esloigné de ce que je pouvois esperer touchant les presens, à quoy il ne vouloit consentir, Marsolet l'en ayant desgousté, ce qu'ayant entendu je n'en parlay plus: mais je ne me peus empescher de parler à Marsolet & luy dire le desplaisir 276/1260 signalé qu'il me faisoit en cette affaire, d'avoir innové des choses toutes contraires à la vérité, & fait dire aux Sauvages ce à quoy ils n'avoient jamais pensé, qu'il pouvoit m'obliger en ceste occasion, comme je pourrois faire pour luy en d'autres, estant ainsi cause de la perte de ces filles & de leurs âmes, qu'il en respondroit un jour devant Dieu, qu'il ne permettroit point que tost ou tard il ne receut le chastiment qu'il meritoit, n'ayant eu autre dessein que de jouir de l'une de ces filles, en recherchant les moyens que je ne les emmenasse, il me dit, Monsieur vous en croirez ce qu'il vous plaira, je n'ay dit que la vérité, quand je sers un maistre je luy dois estre fidèle. Vous l'avez fort bien monstré (luy dis-je) en servant l'ennemy, pour deservir le Roy & ceux qui vous ont donné le moyen de vous élever en ces lieux depuis qu'estiez petit garçon[770] jusqu'à present qu'avez grandement décliné.

[Note 770: Voyez ci-dessus, p. 266.]

Ces pauvres filles voyant qu'il n'y avoit plus de remèdes, commencèrent à s'attrister & pleurer amèrement, de sorte que l'une eut la fiévre, & fut long temps qu'elle ne vouloit manger, appellant Marsolet un chien & un traistre, disant ainsi, Comme il a veu que nous n'avons pas voulu condescendre à ces volontez, il nous a donne un tel desplaisir que sans mourir jamais je n'en receus de semblable.

Un soir comme le général donnoit à souper aux Capitaines des vaisseaux, Marsolet estant en la chambre, l'une des deux filles appellée Esperance y vint; qui avoit le coeur fort trisste, & 277/1261 souspiroit, ce qu'entendant je luy demanday ce qu'elle avoit, sur ce elle appelle sa compagne nommée Charité, disant, j'ay un tel desplaisir que je n'auray point de repos que se ne descharge mon coeur envers Marsolet, duquel elle s'approche, & l'ayant envisagé, luy dist, Il est impossible que je puisse estre contente que je ne parle à toy: Que veux-tu dire? luy dist-il, Ce n'est point en secret que je veux parler, tous ceux qui entendent nostre langue l'entendront assez, & t'en priseront moins à l'advenir s'ils ont de l'esprit, c'est une chose assez cogneue de tous les Sauvages que tu es un parfaict menteur, qui ne dis jamais ce que l'on te dit, mais tu inventes des mensonges en ton esprit pour te faire croire, & donne à entendre ce que l'on ne t'a pas dit, pense que tu es mal voulu des Sauvages il y a long-temps & comme malicieux tu perseveres en tes menteries, de donner à entendre à ton Capitaine des choses qui n'ont jamais esté dites par les Sauvages, mais meschant tu n'avois garde de dire le subject qui t'a meu à inventer de telles faussetez, c'estoit que je n'ay pas voulu condescendre à tes salles voluptez, me priant d'aller avec toy, que je ne manquerois d'aucune chose, tu m'ouvrirois tes coffres dans lesquels je prendrois ce qui me seroit agréable; ce que je refusay, tu me voulus faire des attouchemens deshonnestes, je rejettay tes effronteries, te disant, que si tu m'importunois davantage je m'en plaindrois: ce que voyant tu me laissas en repos, me disant que j'estois une opiniastre: asseure toy qu'on te fera bien ranger à la raison, tu ne seras pas tousjours 278/1262 comme tu es, car je sçay bien que tu retourneras à Québec; je te dis que je ne t'apprehendois en aucune façon, je desire aller en France avec Monsieur de Champlain, qui m'a nourrie & entretenue de toutes commoditez jusques à present, me monstrant à prier Dieu, & beaucoup de choses vertueuses, que je ne me voulois point perdre, que tout le païs avoit consenty, & que ma volonté estoit portée d'aller vivre & mourir en France, & y apprendre à servir Dieu; mais miserable que tu es, au lieu d'avoir compassion de deux pauvres filles, tu te monstre en leur endroit pire qu'un chien, ressouviens toy que bien que ne ne fois qu'une fille, je procureray ta mort si je puis, en tant qu'il me sera possible, t'asseurant que si à l'advenir tu m'approches je te donneray d'un cousteau dans le sein, quand je devrois mourir aussi-tost: Ah! perfide tu es cause de ma ruine, te pourray-je bien voir sans plorer, voyant celuy qui a causé mon malheur, un chien a le naturel meilleur que toy, il fuit celuy qui luy donne sa vie, mais toy tu destruis ceux qui t'ont donné la tienne, sans recognoissance de bon naturel envers tes frères que tu as vendus aux Anglois; Pense-tu que c'estoit bien faict pour de l'argent vendre ainsi ta nation? tu ne te contentes pas de cela en nous perdant aussi, & nous empeschant d'apprendre à adorer le Dieu que tu mescrois qui te fera mourir, s'il y a de la justice pour les meschans. Sur cela elle se mit à plorer ne pouvant presque plus parler, Marsolet luy disant, Tu as bien estudié cette leçon: O meschant, dit elle, tu m'as donné assez de sujet de t'en dire davantage si mon coeur te le pouvoit exprimer. Le truchement se retournant à 279/1263 l'autre petite fille appellée Charité, luy dist, Et toy ne me diras tu rien? Tout ce que je te sçaurois dire, dit-elle, ma compagne te l'a dit, & moy je te dis davantage, que si je tenois ton coeur j'en mangerois plus facilement & de meilleur courage que des viandes qui sont sur cette table. Chacun estimoit le courage & le discours de ceste fille, qui ne parloit nullement en Sauvagesse.

Ce Marsolet demeura fort estonné de la vérité des discours d'une fille de douze ans, mais tout cela ne peust émouvoir ny attendrir le coeur dudit Général Quer.

Le Capitaine Jacques Michel me dist en secret, qu'au voyage qu'il avoit fait à Québec[771], il avoit resolu de retenir ces filles, & pour trouver une excuse légitime dist à Marsolet qu'il luy escrivist la lettre que j'ay dit cy-dessus, mais estant en Angleterre, & luy ayant dit, il protesta que cela estoit faux, & qu'il n'y avoit jamais pensé, que je pouvois cognoistre son humeur, & qu'il n'estoit point homme à dissimuler & à chercher des inventions pour les faire demeurer, que s'il eust eu la volonté il l'eust faict librement, sans employer personne, & rien autre chose que ce que Marsolet luy en avoit dit, & [772] l'avoit fait resoudre à les faire demeurer à Québec.

[Note 771: C'est-à-dire, «au voyage que le général avait fait à Québec, il avait résolu...»]

[Note 772: Au lieu de cette particule (&), le manuscrit portait probablement _ne_.]

Voilà la conclusion prise que ces filles demeureroient, je ne laissay de faire pour elles tout ce que je peux, & les assister de petites commoditez, leur donnant esperance de nostre retour, 280/1264 qu'elles prinssent courage, & qu'elles fussent tousjours sages filles, continuant à dire les prières que je leur avois enseignées: L'une me demanda un chapelet, disant que les Anglois avoient pris le tien, ce que je fis à l'une, & mon beau-frère en donna un à l'autre: car il ne falloit rien donner à l'une que l'autre n'en eust autant pour oster la jalousie qui estoit entre elles, priant Coulart de les mettre avec sa femme tant qu'elles y voudroient estre, jusques à ce qu'ils eussent des vaisseaux François, & qu'il taschast de les conserver, ne leur donnant aucun subject de les perdre, mais qu'il les traittast doucement, que c'estoit une grande charité pour Dieu, qui le recompenseroit: qu'elles luy serviroient en sa maison, en mille petites choses necessaires, que me faisant ce plaisir, où j'aurois moyen de le servir, je le ferois de bon coeur; Asseurez vous, Monsieur, me dist-il, que tant qu'elles auront la volonté de demeurer avec moy, j'en auray du soin comme si c'estoit mes enfans, & disant cela en leur presence, elles luy firent une reverence, & en le remerciant luy dirent, Nous ne t'abandonnerons point non plus que nostre père en l'absence de Monsieur de Champlain: ce qui nous donnera de la consolation, & nous fera patienter, c'est que nous esperons le retour des rançois, & s'il eust fallu qu'aussi-tost que nous fusmes arrivez à Québec, & eussions[773] esté vers les Sauvages nous fussions mortes de desplaisir, & neantmoins nous estions resolues ma compagne & moy d'y demeurer plustost qu'avec les Anglois.

[Note 773: Nous eussions...]

281/1265 L'on me dist que le Général Quer estant à Québec, avoit tancé son frère Louys Quer, de ce qu'il avoit permis de célébrer la saincte Messe, ce qu'il fit deffendre à tous les Peres, & que les Peres Jesuites faisant embarquer leurs coffres pour aller à Tadoussac, il voulut voir ce qui estoit dedans en la presence de son frère, Louys Quer, commandant au fort & habitation, comme le reverend Pere Massé leur monstroit ce qui estoit dedans, ils adviserent quelque chose, qui estoit enveloppé: Il demanda à le voir, le Pere le developpe, c'estoit un Calice, que Louys Quer voulut prendre; Le Père luy disant, Monsieur, ce sont des choses sacrées, ne les profanez pas s'il vous plaist, il se fasche de ces paroles pour avoir sujet de le prendre, Quoy? dist-il Ce qu'il en jurant, profaner, nous n'adjoustons point de foy en vos superstitions, je n'appréhende pas qu'il me fasse mal, ce disant il le prit, disant: Je fais cela pour le discours que vous m'avez fait, & aussi pour oster le subject qui vous fait idolâtrer, comme nous sommes obligez de rabatre, entant que nous pouvons les superstitions, que si vous ne m'eussiez usé de ces termes je vous l'aurois laissé. Quoy que s'en soit, ledit Louys Quer s'estoit tousjours bien comporté jusques à cette heure, ne luy en desplaise[774]. Ceste action n'estoit bonne ny valable, c'estoit chercher un maigre sujet pour prendre ces deux Calices, pour un homme qui veut vivre en honorable réputation devant les hommes vertueux: cette 282/1266 action ne sera jamais approuvée, & void-on par beaucoup d'exemples le chastiment que Dieu a envoyé à ceux qui ont profané les vaisseaux sacrez des Temples.

[Note 774: Ces derniers mots doivent se rattacher à la phrase suivante: «Ne luy en desplaise, ceste action n'estoit bonne...»]

_Le Général Quer demande à l'Autheur certificat des armes & munitions du fort & de l'habitation de Québec. Mort malheureuse de Jacques Michel. Plainte contre le Général Quer._

CHAPITRE VI.