Chapter 10
[Note 117: «Champlain parle évidemment da Serpent à sonnettes (_Crotulus_); mais il paraît l'avoir confondu avec le serpent à cornes (_horned snake_), à cause des _plumes de la tête_.» (Ed. Soc. Hakl.)]
[Note 118: Planche XLVI.]
Il y a aussy des dragons d'estrange figure, ayants la teste approchante de celle d'un aigle, les ailles comme une chauvesouris, le corps comme ung lézard, & n'a que deux pieds assez gros, la queue assez escailleuse, & est gros comme ung mouton: ils ne sont pas dangereux, & ne font mal à personne, combien qu'à les voir l'on diroit le contraire [119].
[Note 119: Planche XLVII.]
J'ai veu ung lézard de sy estrange grosseur, que s'il m'eust esté recité par ung autre, je ne l'eusse pas creu, car je 33/37 vous asseures qu'ils sont gros comme ung quart de pippe. Ils sont comme ceux que nous voions icy quand à la forme, de couleur de verd brun, & vert jaulne sous le ventre; ils courent fort viste, sifflent en courant; ils ne sont poinct mauvais aux hommes, encore qu'ils ne fuient pas d'eux sy on ne les poursuit. Les Indiens les mangent & les trouvent fort bons[120].
[Note 120: Planche XLVIII.--«Probablement _Lacerta Iguana_ (LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)]
J'ay veu aussy par plusieurs fois, en ce païs là, des animaux qu'ils appellent des caymans, qui sont, je croy, une espece de cocodrille, sy grands, que tels des dicts caymans a vingt cinq & trente pieds de long, & est fort dangereux, car s'il trouvoit ung homme à son advantaige, sans doute il le devoreroit: il a le dessoubs du ventre jaulne blanchastre, le dessus armé de fortes escailles de couleur de verd brun, ayant la teste fort longue, les dents estrangement aiguës, la geulle fort fendue, les yeux rouges, fort flamboiant: sur la teste il a une manière de coronne. Il a quatre jambes fort courtes, le corps de la grosseur d'une barique: il y en a aussy de moindres. L'on tire de dessoubs les cuisses de derrière du musq excelent, ils vivent dans les estangs & mares, & dans les rivieres d'eau doulce. Les Indiens les mangent[121].
[Note 121: Planche XLIX.]
J'ay aussy veu des tortues d'esmerveillable grosseur, & telle que deux chevaux auroient affaire à en traîner une. Il y en a qui sont sy grosses, que dedans l'escaille qui les couvre trois hommes se pourroient mettre & y nager comme dedans ung batteau: elles se peschent à la mer, la chair en 34/38 est très bonne, & resemblent à chair de boeuf. Il y en a fort grande quantité en toutes les Indes: l'on en voit souvent qui vont paistre dans les bois[122].
[Note 122: Planche L.]
Il y a aussy quantité de tigres [123], des fourreures desquels l'on faict grand estat: ils ne se jettent poinct aux hommes sy on ne les poursuit.
[Note 123: Planche LII.--«_Tigris Americana_ (LINN.)--Jaguar.» (Ed. Soc. Hakl.)]
Il se void aussy au dict pays quelques sivettes [124] qui viennent du Pérou, où il y en a quantité. Elles sont meschantes & furieuses, & combien que l'on en voye icy ordinairement, je ne laisse pas d'en faire icy une figure [125].
[Note 124: «_Viverra Civetta_ (LINN.) Le _Gato de Algalia_ des Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)]
[Note 125: Planche LI.]
Il vient du Pérou à la Nove Espaigne une certainne espece de moutons, qui portent fardeaux comme chevaux, plus de quatre cents livres à journée. Ils sont de la grandeur d'un asne, le col fort long, la teste menue, la laine fort longue, & qui resemble plus à du poil comme à celuy des chevres qu'à de la layne: ils n'ont point de cornes comme les moutons de deçà. Ils sont fort bons à manger, mais ils n'ont pas la chair sy delicatte comme les nostres [126].
[Note 126: Planche LIII.--Le _Llama_.]
Le pays est fort peuplé de cerfs, biches, chevreux, sangliers, renars, lievres, lappains, & autres animaux que nous avons par deçà, dont ils ne sont aucunement différends [127].
[Note 127: Planche LIV.]
Il y a d'une sorte de petits animaux [128] gros comme des 35/39 barbots, qui voilent de nuict, & font telle clarté en l'air, que l'on diroit que ce sont autant de petittes chandelles. Sy l'on avoit trois ou quatres de ces petits animaux, qui ne sont pas plus gros que des noisettes, l'on pourroit aussy bien lire de nuict qu'avec une bougie.
[Note 128: «_Fulgora suternaria_ (LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)]
Il se voict dans les bois & dans les campaignes grand nombre de chancres [129], semblables à ceux qui se trouvent en la mer, & sont aussy communément dans le païs comme à la mer de deçà.
[Note 129: «_Gecarcinus, Cancer ruricolor_ (LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)]
Il y a une autre petite espece d'animaulx faicts comme des escrevisses, hors mis qu'ils ont le derrière devestu de coquilles, mais ils ont ceste proprietté de chercher des coquilles de limassons vuides, & logent dedans ce qu'ils ont de descouvert, traisnant tousjours ceste coquille après soy, & n'en délogent poinct que par force [130]. Les pescheurs vont receullir ces petittes bestes par les bois, & s'en servent pour pescher, & quand ils veulent prendre le poisson, ayant tiré ce petit animal de dedans sa coque, ils l'attachent par le travers du corps à leur lingne au lieu d'ameçon, puis le jette à la mer, & comme les poissons les pensent engloutir, ils pinsent les poissons des deux maistresses pattes, & ne les quitte point: & par ce moien les pescheurs prennent le poisson mesme de la pesanteur de cinq ou six livres.
[Note 130: «_Pagurus streblany_ (LEACH); _Pagurus Bernardus_. (FABRICIUS); _Cancellus marinus et terrestris_; Bernard l'hermite; _Caracol soldada_ des Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)]
J'ay veu ung oyseau qui se nomme pacho del ciello [131], 36/40 c'est à dire oyseau du ciel, lequel nom luy est donné parce qu'il est ordinairement en l'air sans jamais venir à terre que quand il tombe mort. Il est de la grosseur d'un moyneau: il a la teste fort petite, le bec court, partye du corps de couleur vert brun, le reste roux, & a la queue de plus de deux piez de long, & sont presque comme celle d'une aigrette, & grosse estrangement au respect du corps: il n'a point de piedz. L'on dict que la femelle pont ung oeuf seulement sur le dos du malle, par la chaleur duquel ledict oeuf s'esclot, & comme l'oyseau est sorty de la coque, il demeure en l'air, dont il vit comme les autres de ceste espece: je n'en ay veu qu'un que nostre général achepta cent cinquante escus. On dît que l'on les prend vers la coste de Chille, qui est un contient de terre ferme, qui tient depuis le Pérou jusques au destrois de Magelano, que les Espaignols vont descouvrant & ont guerre avec les sauvages du pays, auquel l'on dit que l'on descouvre Des mines d'or & d'argent. J'ay mis icy la figure du dict oyseau[132].
[Note 131: «_Pacho del ciello.--Paradisia_, Oiseau du Paradis. On a cru longtemps que cet oiseau vivait constamment en l'air, et n'avait point de pieds. Les spécimens envoyés en Europe sont ordinairement dépouillés des pattes, le corps et la queue étant les seules parties employées à former les plumets et les aigrettes; de là la croyance que ces oiseaux n'ont point de pieds.» (Ed. Soc. Hakl.)]
[Note 132: Planche LV.]
J'ay pensé qu'il n'est pas hors de propos de dire que le bois d'ebene vient d'un arbre fort hault comme le chesne; il a le dessus de l'escorche comme blanchastre, & le coeur fort noir, comme vous le verrez de l'autre part representé[133].
[Note 133: Planche LVI.]
Le bresil est arbre fort gros au respect du bois d'ebene, & de mesme hauteur, mais il n'est sy dur. Le dict arbre de bresil porte comme une manière de nois qui croissent à la 37/41 grosseur des nois de galle, qui viennent dedans des ormeaux. Apres avoir parlé des arbres, plantes & animaux, il faut que je face ung petit récit des Indiens & de leur nature, moeurs & créance. La plus part desdicts Indiens, qui ne sont point soubs la domination des Espaignols, adorent la lune comme leur dieu, & quand ils veulent faire leurs cérémonies, ils s'assemblent tant grands que petits au milieu de leur village & se mettent, en rond, & ceux qui ont quelque chose à manger l'apportent, & mettent toutes les vivres ensemble au milieu d'eux, & font la milleure chère qui leur est possible. Apres qu'ils sont bien rasassiés, ils se prennent tous par la main, & se mettent à danser, avec des cris grands & estranges, leur chant n'ayant aucun ordre ny suitte. Apres qu'ils ont bien chanté & dansé, ils se mettent le visage en terre, & tout à ung coup tous ensemble commencent à crier & pleurer en disant: O puissante & claire lune, fay que nous puissions vaincre nos ennemis, & que les puissions manger, à cette fin que ne tombions entre leurs mains, & que mourans nous puissions aller avec nos parents nous resjouir. Apres avoir faict ceste prière, il se relevent & se mettent à danser tous en rond & dure leur feste ainsy dansans, pryans & chantans environ six heures. Voila ce que j'ay appris de cérémonies & créances de ces pauvres peuples, privés de la raison, que j'ay icy figurés [134].
[Note 134: Planche LIX.]
Quant aux autres Indiens qui sont soubs la domination du Roy d'Espaigne, s'il n'y donnoit ordre, ils seroient en aussy barbare créance comme les autres. Au commencement de ses 38/42 conquestes, il avoit establi l'inquisition entre eux, & les rendoit esclaves ou faisoit cruellement mourir en sy grand nombre, que le récit seulement en faict pityé. Ce mauvais traittement estoit cause que les pauvres Indiens, pour la prehension d'iceluy, s'enfuioient aux montaignes comme desesperés, & d'autant d'Espaignols qu'ils attrapoient, ils les mangeoient; & pour ceste occasion lesdicts Espaignols furent contraints leur oster ladicte inquisition, & leur donner liberté de leur personne, leur donnant une reigle de vivre plus doulce & tolerable, pour les faire venir à la cognoissance de Dieu & la créance de la saincte Eglise: car s'ils les vouloient encor chatier selon la rigeur de ladicte inquisition, ils les feroient tous mourir par le feu. L'ordre dont ils usent maintenant est que en chacun estance[135] qui sont comme vilages, il y a ung prestre qui les instruict ordinerement, ayant le prestre ung rolle de noms & surnoms de tous les Indiens qui habitent au village soubs sa charge. Il y a aussy ung Indien qui est comme procureur du village, qui a ung autre pareil rolle, & le dimanche, quand le prestre veult dire la messe, tous lesdicts Indiens sont teneus se presenter pour l'ouir, & avant que le prestre la Commence, il prend son rolle, & les appelle tous par leur nom & surnom, & sy quelqu'un deffault, il est marqué sur Ledict rolle, puis la messe dite, le prestre donne charge à l'Indien qui sert de procureur de s'informer particullierement où sont les defaillans, & qui les face revenir à l'église, où estant devant ledict 39/43 prestre, il leur demande l'occasion pour lequel ils ne sont pas veneus au service divin, dont ils allèguent quelques excuses s'ils peuvent en trouver, & sy elles ne sont trouvés véritables ou raisonnables, ledict prestre commande audict procureur Indien qui aye à donner hors l'eglise, devant tout le peuple, trente ou quarante coups de baston aux défaillants. Voilla l'ordre que l'on tien à les maintenir en la religion, en laquelle ils vivent partye pour crainte d'estre battus: il est bien vray que s'ils ont quelque juste occasion qui les empesche de venir à la messe, ils sont excusés.
[Note 135: De l'espagnol estancia, demeure.]
Tous ces Indiens sont d'une humeur fort melancholique, & ont neantmoins l'esprit fort vif, & comprennent en peu de temps ce qu'on leur montre, & ne s'ennuient poinct pour quelque chose ou injure qu'on leur face ou dye. J'ay figuré, en ceste page & la suivante, ce qui se peult bien representer de ce que j'en ay discouru cy dessus[136].
[Note 136: Planche LX et LXI.]
La pluspart des dicts Indiens ont leur logement estrange, & sans aucun arrest, car ils ont une manière de coches qui sont couvertes d'escorche d'arbres, attelés de chevaux, mulets ou boeufs, & ont leurs femmes & enfants dedans lesdicts coches, & sont ung mois ou deux en ung endroict [du] païs, puis s'en vont en ung autre lieu, & sont continuellement ainsy errans parmy le pays.
Il y a une manière d'Indiens qui vivent & font leurs demeures en certains villages qui appartiennent aux seigneurs ou marchands, & cultivent les terres [137].
[Note 137: Planche LXII.]
40/44 Or pour revenir au discours de mon voiage, après avoir demeuré ung mois entier à Mechique, je retournay à St Jean de Luz, auquel lieu je m'enbarquay dans une patache qui alloit à Portovella[138], où il y a quatre cents ou cinq cents lieues. Nous feusmes trois sepmaines sur la mer avant que d'ariver au dict lieu de Portovella, où je trouvay bien changement de contrée, car au lieu d'une très bonne & fertille terre que j'avois trouvé en la Nove Espaigne, comme j'ay recité cy dessus, je rencontray bien une mauvaise terre, estant ce lieu de Portovella, la plus meschante & malsaine demeure qui soit au monde: il y pleut presque tousjours, & sy la pluye cesse une heure, il y faict sy grande chaleur que l'eau en demeure toute infectée, & rend l'air contagieux, de telle sorte que la pluspart des soldats ou mariniers nouveaux venneus y meurent. Le pays est fort montaigneux, remply de bois de sappins, & où il y a sy grande quantité de singes, que c'est chose estrange à voir. Neantmoins ledict port de Portovella est très bon; il y a deux chasteaux à l'entrée qui sont assez forts, dans lesquels il y a trois cents soldats en garnison. Joignant ledict port, où sont les forteresses, il y en a ung autre qui n'en est aucunement commandé, & où une armée pourroit descendre seurement. Le Roy d'Espaigne tient ce port pour une place de consequence, estant proche du Pérou, car il n'y a que dix sept lieues jusque à Bahama, qui est à la bande du sur.
[Note 138: Porto-Bello.]
41/45 Ce port de Panama, qui est sur la mer du [139], est très bon, & y a bonne radde, & la ville fort marchande, dont la figure ensuit [140].
[Note 139: Lacune dans l'original.]
[Note 140: A partir d'ici, l'auteur annonce des figures qui manquent dans l'original.]
En ce lieu de Panama s'assemble tout l'or & l'argent qui vient du Pérou, où l'on les charges, & toutes les autres richesses sur une petite riviere qui vient des montaignes, & qui descend à Portovella, laquelle est à quatre lieues de Panama, dont il faut porter l'or, l'argent & marchandises sur mulets: & estans enbarqué sur ladicte riviere, il y a encor dix huict lieues jusques à Portovella.
L'on peult juger que sy ces quatre lieues de terre qu'il y a de Panama à ceste riviere estoient couppés, l'on pourroit venir de la mer du su en celle de deçà, & par ainsy l'on accourciroit le chemin de plus de quinze cents lieues[141]; & depuis Panama jusques au destroit de Magellan ce seroit une isle, & de Panama jusques aux Terres noeusves une autre isle, de sorte que toute l'Americque seroit en deux isles.
[Note 141: «La jonction de l'océan Atlantique et de l'océan Pacifique à travers l'isthme de Panama, n'est pas, comme on voit, une idée moderne. Champlain a peut-être le mérite de l'avoir émise le premier.» (Ed. Soc. Hakl.)]
Sy ung ennemy du Roy d'Espaigne tenoit ledict Portovella, il empescheroit qu'il ne sortist rien du Pérou, qu'à grande difficulté & risque, & plus de despens qu'il ne reviendroit de proffit. Drac [142] fust au dict Portovella pour le surprendre, mais il faillit son entreprise, ayant esté 42/46 descouvert, dont il mourut de desplaisir, & commanda en mourant qu'on le mist en ung tombeau, & qu'on le jettast entre une isle & le dict Portovella. Ensuit la figure de ladicte riviere & plan du pays[143].
[Note 142: «Sir Francis Drake, après son infructueuse tentative sur Porto-Rico, poursuivit son voyage à Nombre-de-Dios, où, ayant débarqué ses hommes, il essaya de s'avancer jusqu'à Panama, dans le dessein de ravager la place, ou, s'il trouvait la chose praticable, la garder et la fortifier; mais il n'y rencontra pas les mêmes facilités que dans ses premières entreprises. Les Espagnols avaient fortifié les passages, et posté, dans les bois, des troupes qui incommodaient tellement les Anglais par des escarmouches et des alarmes continuelles, que ceux-ci furent contraints de s'en retourner sans rien faire. Drake lui-même, par suite des intempéries du climat, des fatigues du voyage, et des chagrins du désappointement, fut saisi d'une indisposition dont il mourut peu après. (Voir Hume's _Hist. of England_, ann. 1597. Drake mourut le 30 décembre 1596, vieux style, ou le 9 janvier 1597, style neuf.) L'on disposa de son corps de la manière mentionnée par Champlain.» (Ed. Soc. Hakl.)]
[Note 143: Cette figure manque dans l'original.]
Ayant demeuré ung moys audict Portovella, je m'en revins à St Jean de Luz, où nous sejournasmes quinze jours, en attendant que l'on fist donner carenne à nos vaisseaux pour aller à la Havanne, au rendez vous des armées & flottes. Et estants partis pour cest effect dudict St Jean de Luz, comme nous feusmes vingt lieues en mer, ung houracan nous prist de telle furye d'un vent de nord, que nous nous pensasmes tous perdre, & feusmes tellement escartés les ungs des autres, que nous ne nous peusmes rallier que à la Havanne; d'autre part nostre vaineau faisoit telle quantité d'eau, que nous ne pensions pas eviter ce péril, car sy nous avions une demye heure de repos sans tirer l'eau, il falloit travaller deux heures sans relache, & sans la rencontre que nous fismes d'une patache, qui nous remist à nostre route, nous allions nous perdre à la coste de Campesche, en laquelle coste de Campesche il y a quantité de sel qui se faict & engendre sans art, par retenue d'eau qui demeure après les grandes marés, & se congele au soleil. Nostre pillotte avoit perdu toute la cognoissance de la navigation, mais par la grâce de Dieu, [qui] nous envoya rencontre de ceste patache, 43/47 nous nous rendismes à la Havanne, dont avant que de parler je reprefenteray icy ladicte coste de Campesche [144].
[Note 144: Cette carte manque également dans l'original.]
Arivames à la Havanne, nous y trouvasmes nostre général, mais nostre admirante n'y estoit pas encores arrivé, qui nous faisoit croire qu'il estoit perdu; toutesfoys il se rendict bien tost après avec le reste de ses vaisseaux. Dix huict jours après nostre arrivée audict lieu de la Havanne, je m'enbarquay en ung vaisseau qui alloit à Cartage[145], & feusmes quinze jours à faire ledict voiage. Ce lieu est ung très bon port, où il y a belle entrée, à l'abry de tous vents, fors du nord norouest, qui frape dans ledict port, dans lequel il y a troys isles: le Roy d'Espaigne y entretient deux galleres. Ledict lieu est en païs que l'on appelle terre ferme, qui est très bon, bien fretille, tant en bledz, fruict, que autres choses necessaires à la vye, mais non pas en telle abondance qu'en la Neufve Espaigne, & en recompense, il se tire aussy plus grand nombre d'argent audict lieu de terre ferme. Je demeuray ung mois & demy audict lieu de Cartagenes, & pris ung portraict de la ville & du port que j'ay icy raporté [146].
[Note 145: Carthagènes.]
[Note 146: Le plan manque dans l'original.]
Partant dudict lieu de Cartagene, je m'en retournay à la Havanne trouver nostre général, qui me fist fort bonne reception, pour avoir veu par son commandement les lieux où j'avois esté. Ledict port de la Havanne est l'un des plus beaux que j'aye veu en toutes les Indes, il a l'entrée fort estroitte, très bonnes, & bien munies de ce qui est 44/48 necessaire pour le conserver, & d'un fort à l'autre il y a une chaine de fer qui traverse l'entrée du port. La garnison desdictes forteresses est de six cents soldats: à sçavoir, en l'une nommée le More, du costé de l'est, quatre cents, & en l'autre forteresse, qui s'appelle le fort neuf, & en la ville deux cents. Au dedans dudict port il y a une baye qui contient en rondeur plus de six lieues, ayant une lieue de large, où l'on peult mouller l'ancre en tous endroicts, à troys, quatre, six, huict, dix, quinze & saize brasses d'eau, & y peuvent demeurer grand nombre de vaisseaux: il y a une très bonne ville & fort marchande, laquelle est figurée en la page suivante [147].
[Note 147: Le plan manque dans l'original.]
L'isle en laquelle sont ledict port & la ville de la Havanne s'appelle Cuba, & est fort montaigneuse, il n'y a aucune mine d'or ou d'argent, mais plusieurs mines de mestail, dont ils font des pièces d'artillerye en [148] la ville de la Havanne. Il ne croist ny bled ny vin dans ladicte isle: celuy qu'ils mangent vient de la Neufve Espaigne, de façon que quelque fois il y est fort cher.