Oeuvres complètes de Charles Péguy, Oeuvres de poésie (tome 6) Le Mystère des Saints Innocents; La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc; La tapisserie de Notre-Dame.

Part 8

Chapter 83,601 wordsPublic domain

_L'Intendant fit ce qui lui avait été commandé; et les ayant arrêtés, il leur dit tout ce qu'il lui avait été ordonné de leur dire._

JEANNETTE

_Ils lui répondirent: Pourquoi mon seigneur parle-t-il ainsi à ses serviteurs, et les croit-il capables d'une action si honteuse?_

MADAME GERVAISE

_Nous vous avons rapporté du pays de Chanaan l'argent que nous trouvâmes à l'entrée de nos sacs. Comment donc se pourrait-il faire que nous eussions dérobé de la maison de votre Seigneur de l'or ou de l'argent?_

JEANNETTE

_Que celui de vos serviteurs,..._

MADAME GERVAISE

_quel qu'il puisse être, à qui l'on trouvera ce que vous cherchez, meure; et nous serons esclaves de mon seigneur._

JEANNETTE

_Il leur dit: Oui, que ce que vous prononcez soit exécuté. Quiconque se trouvera avoir pris ce que je cherche, sera mon esclave, et vous en serez innocents._

MADAME GERVAISE

_Ils déchargèrent donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun ouvrit le sien._

JEANNETTE

_Les ayant fouillés, du plus grand au plus petit, on trouva la coupe dans le sac de Benjamin._

MADAME GERVAISE

_Alors ayant déchiré leurs vêtements et déchargé leurs ânes, ils revinrent à la ville._

JEANNETTE

_Juda se présenta le premier avec ses frères devant Joseph, qui n'était pas encore sorti du lieu où il était; et ils se prosternèrent tous ensemble à terre devant lui._

MADAME GERVAISE

_Joseph leur dit: Pourquoi avez-vous agi ainsi? Ignorez-vous qu'il n'y a personne qui m'égale dans la science de deviner les choses cachées?_

JEANNETTE

_Juda lui dit: Que répondrons-nous à mon Seigneur? Que lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui représenter avec quelque ombre de justice pour notre défense? Dieu a trouvé l'iniquité de vos serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon Seigneur, nous et celui à qui on a trouvé la coupe._

MADAME GERVAISE

_Joseph répondit: Dieu me garde d'agir de la sorte. Que celui qui a pris ma coupe soit mon esclave; et pour vous autres, allez en liberté retrouver votre père._

JEANNETTE

_Juda s'approchant alors plus près de Joseph lui dit avec assurance: Mon Seigneur, permettez, je vous prie, à votre serviteur de vous adresser sa parole, et ne vous mettez pas en colère contre votre esclave: car après Pharaon, c'est vous qui êtes_

MADAME GERVAISE

_mon Seigneur. Vous avez demandé d'abord à vos serviteurs: Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère?_

_Et nous vous avons répondu, mon Seigneur: Nous avons un père qui est vieux, et un jeune frère qu'il a eu dans sa vieillesse, dont le frère qui était né de la même mère est mort: il ne reste plus que celui-là, et son père l'aime tendrement._

_Vous dîtes alors à vos serviteurs: Amenez-le moi, je serai bien aise de le voir._

_Mais nous vous répondîmes, mon Seigneur: Cet enfant ne peut quitter son père, car s'il le quitte, il le fera mourir._

_Vous dîtes à vos serviteurs: Si le dernier de vos frères ne vient avec vous, vous ne verrez plus mon visage._

_Lors donc que nous fûmes retournés vers notre père votre serviteur, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit, mon Seigneur._

_Et notre père nous ayant dit: Retournez pour nous acheter un peu de blé;_

_nous lui répondîmes: Nous ne pouvons y aller. Si notre jeune frère y vient avec nous, nous irons ensemble: mais à moins qu'il ne vienne, nous n'osons nous présenter devant celui qui commande._

_Il nous répondit: Vous savez que j'ai eu deux fils de Rachel ma femme._

_L'un d'eux étant allé aux champs, vous m'avez dit qu'une bête l'avait dévoré, et il ne paraît plus jusqu'à cette heure._

_Si vous emmenez encore celui-ci, et qu'il lui arrive quelque accident dans le chemin, vous accablerez ma vieillesse d'une affliction qui la conduira dans le tombeau._

_Si je me présente donc à mon père votre serviteur, et que l'enfant n'y soit pas, comme sa vie dépend de celle de son fils,_

_lorsqu'il verra qu'il n'est point avec nous, il mourra, et vos serviteurs accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mènera au tombeau._

_Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et que j'en ai répondu à mon père, en lui disant: Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m'impute cette faute, et qu'il ne me la pardonne jamais._

_Ainsi je demeurerai votre esclave, et servirai mon Seigneur en la place de l'enfant, afin qu'il retourne avec ses frères._

_Car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l'enfant soit avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de l'extrême affliction qui accablera notre père._

JEANNETTE

elle va au devant de la récitation.

Joseph ne pouvait plus se retenir;

MADAME GERVAISE

_Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était environné de plusieurs personnes,_

JEANNETTE

ne se retenant plus elle-même et saisissant d'autorité la récitation.

_il commanda..._

elle recommence pour avoir la reconnaissance dans son plein.

_Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était environné de plusieurs personnes, il commanda que l'on fît sortir tout le monde; afin que nul étranger ne fût présent lorsqu'il se ferait connaître à ses frères,_

_Alors les larmes lui tombant des yeux, il éleva sa voix, qui fut entendue des Égyptiens, et de toute la maison de Pharaon._

_Et il dit à ses frères: Je suis Joseph. Mon père vit-il encore?_

Je suis Joseph; je suis Joseph; je suis Jésus votre frère. Qu'attendez-vous? _Mon père vit-il encore?_

MADAME GERVAISE

_Mais ses frères ne purent point lui répondre, tant ils étaient saisis de frayeur._

JEANNETTE

_Il leur parla avec douceur, et leur dit: Approchez-vous de moi. Et s'étant approchés de lui, il ajouta: Je suis Joseph votre frère que vous avez vendu en Égypte._

_Ne craignez point et ne vous affligez point de ce que vous m'avez vendu en ce pays-ci: car Dieu m'a envoyé en Égypte avant vous pour votre salut._

_Il y a déjà deux ans que la famine a commencé sur la terre, et il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni labourer ni recueillir._

_Dieu m'a fait venir ici avant vous, pour vous conserver la vie, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour subsister._

_Ce n'est point par votre conseil que j'ai été envoyé ici, mais par la volonté de Dieu, qui m'a rendu comme le père de Pharaon, le maître de sa maison, et le prince de toute l'Égypte._

_Hâtez-vous d'aller trouver mon père, et dites-lui: Voici ce que vous mande votre fils Joseph: Dieu m'a rendu le maître de toute l'Égypte. Venez me trouver, ne différez point;_

_vous demeurerez dans la terre de Gessen, vous serez près de moi vous et vos enfants; et les enfants de vos enfants; vos brebis, vos troupeaux de boeufs, et tout ce que vous possédez._

_Et je vous nourrirai là parce qu'il reste encore cinq années de famine, de peur qu'autrement vous ne périssiez avec toute votre famille et tout ce qui est à vous._

_Vous voyez de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que c'est moi-même qui vous parle de ma propre bouche._

_Annoncez à mon père quelle est cette gloire, et tout ce que vous avez vu dans l'Égypte. Hâtez-vous de me l'amener._

_Et s'étant jeté au cou de Benjamin son frère pour l'embrasser, il pleura; et Benjamin pleura aussi en le tenant embrassé._

_Joseph embrassa aussi tous ses frères, il pleura sur chacun d'eux; et après cela ils se rassurèrent pour lui parler._

_Aussitôt il se répandit un grand bruit dans toute la Cour du Roi, que les frères de Joseph étaient venus. Pharaon s'en réjouit avec toute sa maison._

_Et il dit à Joseph qu'il donnât cet ordre à ses frères: Chargez vos ânes de blé, retournez en Chanaan;_

_amenez de là votre père et toute votre famille, et venez me trouver. Je vous donnerai tous les biens de l'Égypte, et vous serez nourris de ce qu'il y a de meilleur dans cette terre._

_Ordonnez-leur aussi d'emmener des chariots de l'Égypte, pour faire venir leurs femmes avec leurs petits enfants, et dites-leur: Amenez votre père, et hâtez-vous de revenir le plus tôt que vous pourrez,_

_sans rien laisser de ce qui est dans vos maisons, parce que toutes les richesses de l'Égypte seront à vous._

_Les enfants d'Israël..._

MADAME GERVAISE

_Les enfants d'Israël firent ce qui leur avait été ordonné. Et Joseph leur fit donner des chariots, selon l'ordre qu'il en avait reçu de Pharaon, et des vivres pour le chemin._

JEANNETTE

_Il commanda aussi que l'on donnât deux robes à chacun de ses frères; mais il en donna cinq des plus belles à Benjamin, et trois cents pièces d'argent._

_Il envoya autant d'argent et de robes pour son père, avec dix ânes chargés de tout ce qu'il y avait de plus précieux dans l'Égypte, et autant d'ânesses qui portaient du blé et du pain pour le chemin._

MADAME GERVAISE

_Il renvoya donc ses frères, et leur dit en partant: Ne vous mettez point en colère pendant le chemin._

_Ils vinrent donc de l'Égypte au pays de Chanaan vers Jacob leur père._

JEANNETTE

_Et ils lui dirent cette nouvelle; Votre fils Joseph est vivant et commande dans toute la terre d'Égypte. Ce que Jacob ayant entendu, il se réveilla comme d'un profond sommeil, et cependant il ne pouvait croire ce qu'ils lui disaient._

MADAME GERVAISE

_Ses enfants insistaient au contraire, en lui rapportant comment toute la chose s'était passée. Enfin ayant vu les chariots, et tout ce que Joseph lui envoyait, il reprit ses esprits;_

JEANNETTE

_et il dit: Je n'ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore. J'irai et je le verrai avant que je meure._

MADAME GERVAISE

_Israël partit donc avec tout ce qu'il avait, et vint au Puits du jurement, et ayant immolé en ce lieu des victimes au Dieu de son père Isaac,_

_il l'entendit dans une vision pendant la nuit, qui l'appelait, et qui lui disait: Jacob, Jacob. Il lui répondit: Me voici._

_Et Dieu ajouta: Je suis le Dieu très puissant de votre père, ne craignez point, allez en Égypte, parce que je vous y rendrai le chef d'un grand peuple._

_J'irai là avec vous, et je vous en ramènerai lorsque vous en reviendrez._

JEANNETTE

_Joseph aussi vous fermera les yeux de ses mains._

MADAME GERVAISE

_Jacob étant donc parti du Puits du jurement, ses enfants l'amenèrent avec ses petits enfants et leurs femmes, dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour faire venir ce vieillard,_

_avec tout ce qu'il possédait au pays de Chanaan; et il arriva en Égypte avec toute sa race;_

_ses fils, ses petits-fils, ses filles, et tout ce qui était né de lui._

_Tous ceux qui vinrent en Égypte avec Jacob, et qui étaient sortis de lui, sans compter les femmes de ses fils, étaient en tout soixante et six personnes._

_Plus les deux enfants de Joseph qui lui étaient nés en Égypte. Ainsi toutes les personnes de la maison de Jacob qui vinrent en Égypte, furent au nombre de soixante et dix._

JEANNETTE

_Or Jacob envoya Juda devant lui vers Joseph pour l'avertir de sa venue, afin qu'il vînt au-devant de lui en la terre de Gessen._

_Quand Jacob y fut arrivé, Joseph fit mettre les chevaux à son chariot, et vint au même lieu au-devant de son père: et le voyant il se jeta à son cou, et l'embrassa en pleurant._

_Jacob dit à Joseph: Je mourrai maintenant avec joie, puisque j'ai vu votre visage, et que je vous laisse après moi._

MADAME GERVAISE

_Joseph dit à ses frères, et à toute la maison de son père: Je m'en vais dire à Pharaon, que mes frères et tous ceux de la maison de mon père sont venus me trouver de la terre de Chanaan où ils demeuraient:_

_que ce sont des pasteurs de brebis qui s'occupent à nourrir des troupeaux, et qu'ils ont amené avec eux leurs brebis, leurs boeufs et tout ce qu'ils pouvaient avoir._

_Et lorsque Pharaon vous fera venir, et vous demandera: Quelle est votre occupation?_

_vous lui répondrez: Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur enfance jusqu'à présent, et nos pères l'ont toujours été comme nous. Vous direz ceci pour pouvoir demeurer dans la terre de Gessen; parce que les Égyptiens ont en abomination tous les pasteurs de brebis._

_Joseph étant donc allé trouver Pharaon, lui dit: Mon père et mes frères sont venus du pays de Chanaan, avec leurs brebis, leurs troupeaux, et tout ce qu'ils possèdent, et ils se sont arrêtés en la terre de Gessen._

_Il présenta aussi au Roi cinq de ses frères;_

_Et le Roi leur ayant demandé: A quoi vous occupez-vous? ils lui répondirent: Vos serviteurs sont pasteurs de brebis, comme l'ont été nos pères._

_Nous sommes venus passer quelque temps dans vos terres, parce que la famine est si grande dans le pays de Chanaan, qu'il n'y a plus d'herbe pour les troupeaux de vos serviteurs. Et nous vous supplions d'agréer que vos serviteurs demeurent dans la terre de Gessen._

JEANNETTE

_Le Roi dit donc à Joseph: Votre père et vos frères vous sont venus trouver._

MADAME GERVAISE

_Vous pouvez choisir dans toute l'Égypte; faites-les demeurer dans l'endroit du pays qui vous paraîtra le meilleur, et donnez-leur la terre de Gessen. Que si vous connaissez qu'il y ait parmi eux des hommes habiles, donnez-leur l'intendance sur mes troupeaux._

_Joseph introduisit ensuite son père devant le Roi, et il le lui présenta. Jacob salua Pharaon, et lui souhaita toute sorte de prospérité._

_Le Roi lui ayant demandé quel âge il avait:_

JEANNETTE

_il lui répondit: Il y a cent trente ans que je suis voyageur, et ce petit nombre d'années, qui n'est pas venu jusqu'à égaler celui des années de mes pères, a été traversé de beaucoup de maux._

MADAME GERVAISE

_Et après avoir souhaité toute sorte de bonheur au Roi, il se retira._

_Joseph selon le commandement de Pharaon, mit son père et ses frères en possession de Ramessès dans le pays le plus fertile de l'Égypte._

_Et il les nourrissait avec toute la maison de son père, donnant à chacun ce qui lui était nécessaire pour vivre._

_Car le pain manquait dans tout le monde, et la famine affligeait toute la terre; mais principalement l'Égypte et le pays de Chanaan._

_Israël demeura donc en Égypte, c'est-à-dire, dans la terre de Gessen, dont il jouit comme de son bien propre, et où sa famille s'accrut et se multiplia extraordinairement._

_Il y vécut dix-sept ans; et tout le temps de sa vie fut de cent quarante-sept ans._

_Comme il vit que le jour de sa mort approchait, il appela son fils Joseph, et lui dit: Si j'ai trouvé grâce devant vous, mettez votre main sous ma cuisse, et donnez-moi cette marque de la bonté que vous avez pour moi, de me promettre avec vérité, que vous ne m'enterrerez point dans l'Égypte;_

_mais que je reposerai avec mes pères; que vous me transporterez hors de ce pays, et me mettrez dans le sépulcre de mes ancêtres. Joseph lui répondit: Je ferai ce que vous me commandez._

_Jurez-le moi donc, dit Jacob. Et pendant que Joseph jurait, Israël adora Dieu, se tournant vers le chevet de son lit._

_Après cela on vint dire un jour à Joseph que son père était malade: alors prenant avec lui ses deux fils, Manassé, et Ephraïm, il l'alla voir._

_On dit donc à Jacob: Voici votre fils Joseph qui vient vous rendre visite. Jacob reprenant ses forces se mit sur son séant dans son lit._

_Et_

_Il leur fit aussi ce commandement, et leur dit: Je vais être réuni à mon peuple; ensevelissez-moi avec mes pères dans la caverne double qui est dans le champ d'Ephron Hethéen._

_qui regarde Mambré au pays de Chanaan, et qu'Abraham acheta d'Ephron Hethéen, avec tout le champ où elle est, pour y avoir son sépulcre._

_C'est là qu'il a été enseveli avec Sara sa femme. C'est aussi où Isaac a été enseveli avec Rébecca sa femme, et où Lia est encore ensevelie._

_Après avoir achevé de donner ces ordres et ces instructions à ses enfants, il joignit ses pieds sur son lit, et mourut; et il fut réuni avec son peuple._

_Un homme avait douze fils._ Telle fut, mon enfant, Ce fut la première fois qu'un enfant s'est perdu. Ce fut la première fois qu'une brebis s'est perdue. Ce fut la première fois qu'une drachme s'est perdue.

Mais cette drachme que l'on avait égarée, Mais cette brebis qui s'était égarée, Mais cet enfant, ce fils qui s'était égaré Fut retrouvé sur le trône, Gouvernant la maison de Pharaon Et ravitaillant tout le royaume d'Égypte. Et celui de Jésus au contraire, (c'est toujours le contraire), Celui de Jésus, l'enfant perdu par Jésus, Dans la parabole de Jésus, Celui de Jésus fut retrouvé qui revenait de gouverner un troupeau de porcs. Et je pense que ses trente ou quarante cochons, Il les ravitaillait de glands et peut-être de quelque sale pâtée. C'est ainsi, mon enfant. Ainsi est l'ancien, ainsi est le nouveau testament. Dans l'ancien testament il est plus souvent question du trône. Et dans le nouveau testament il est plus souvent question de garder les cochons. (Et les autres animaux, qui ne sont pas moins nobles).

Dans l'ancien testament il y a toujours une vue, une pensée vers le commandement. Et dans le nouveau testament il y a toujours une pensée, Une arrière-pensée vers le service au contraire Et vers la servitude.

Dans l'ancien testament il y a toujours un regard, une pensée vers le gouvernement. Et dans le nouveau testament il y a toujours un regard, une pensée vers l'obéissance Et vers la simple condition. Vers la simple condition de sujet. Vers la simple condition d'homme.

Ou s'il y a une pensée vers un commandement, et vers un gouvernement, et vers un royaume, Dans le nouveau testament c'est vers un commandement et vers un gouvernement et vers un royaume Qui n'est point le gouvernement et le commandement d'un royaume d'Égypte.

Et dans le nouveau testament il n'y a de pensée que pour un royaume qui n'est pas de ce monde.

Dans l'ancien testament il y a toujours une pensée vers les richesses, vers les trésors d'Égypte et de Babylonie, Vers les talents d'or et d'argent. Et les richesses, et le trône, et le royaume, et le gouvernement et le commandement Sont présentées comme le couronnement. Dans le nouveau testament il y a toujours une pensée, La pensée secrète est vers l'épreuve, et vers la misère, et vers la pauvreté. Et c'est elle l'épreuve, et c'est elle la misère, et c'est elle la pauvreté Qui est toujours présentée, Qui est le faîte et le couronnement.

C'est elle qui est la dame et la très chère et la très sainte pauvreté.

Dans l'ancien testament on redoute toujours, il y a toujours une pensée De redoutement vers la famine de la faim. Dans le nouveau testament on redoute toujours Une autre faim inapaisée, Il y a toujours une pensée De redoutement vers une autre famine d'une autre faim. Car c'est une spirituelle famine. D'une faim spirituelle.

Ainsi marche l'ancien testament devant le nouveau testament. Ainsi les histoires marchent devant les similitudes. Et les hymnes et les prières et les psaumes Devant les hymnes et les prières et les oraisons Et la lente et la longue lignée des prophètes Devant les bataillons serrés, Devant les bataillons carrés Des saints.

Ainsi marche le gouvernement des biens de ce monde Avant le gouvernement des biens qui ne sont pas de ce monde.

Ainsi marche le commandement charnel Avant le commandement spirituel.

Ainsi le royaume temporel Marche avant le royaume éternel.

Et ainsi les tentes du peuple d'Israël se sont plantées dans le désert Des siècles et des siècles avant que les basiliques, Avant que les églises, avant que les cathédrales Se soient plantées au sol de France.

Et dans l'ancien testament il s'agit d'emplir des sacs de blé, il y a, (toujours), une pensée sur les sacs de blé. Et après ça il s'agit, (dans l'ancien testament), Ces sacs pleins il s'agit de les empiler dans les greniers à blé. Mais dans le nouveau testament il s'agit de bien autres sacs et de bien autres greniers. Car il s'agit, dans le nouveau testament il s'agit, ce sont Des sacs de misère, des sacs d'épreuves, des sacs de misères. Et des sacs à mettre les vertus et les mérites et les grâces Que l'on a récoltées comme on a pu Pour les années de disette Et ce sont enfin Les greniers éternels

Et dans l'ancien testament c'est le père qui finit par venir trouver son fils Et qui le retrouve plein de gloire Tout vêtu. Mais dans le nouveau testament c'est le fils tout nud Qui finit par venir trouver son père

Ainsi l'ancien testament est l'appariteur et le fourrier Et le préparateur et l'annonciateur du nouveau testament. C'est lui qui lui prépare les voies, c'est lui qui lui fait sa maison. C'est l'ancien testament qui fait dans le désert La longue voie temporelle. C'est l'ancien testament qui patiemment bâtit La maison temporelle. _Voici, j'envoie mon ange devant ta face, qui préparera ton chemin devant toi._

Et aussi l'ancien testament est comme une image qui marche devant le nouveau testament. Et comme une image en même temps il est très fidèle et en même temps il est à l'envers. Il est contraire. Ainsi est l'histoire sainte. Le testament charnel est une histoire, une image du testament spirituel. L'ancien testament temporel est une image du nouveau testament éternel. Et dans le nouveau testament s'il s'agit de gloire, Il s'agit d'une gloire qui ne se ramasse guère sur les trônes, (Excepté saint Louis et le trône de France).

Tout l'ancien testament est une figure, une image d'ensemble et de détail Très fidèle, très exacte, (Mais fidèlement inverse, exactement inverse), Du nouveau testament dans son ensemble et dans son détail. Dans l'ancien testament la création est au seuil, Au commencement qui est le commencement du monde. Et dans le nouveau testament le jugement est à la fin. Le jugement qui est proprement le contraire de la création, Le pied opposé, qui est proprement une contre-création. Car dans la création j'ai fait le monde, (Temporel) Et dans le jugement je le défais. Ainsi le jugement est proprement le contraire et ce qui balance la création. Ce que l'on peut mettre, ce qui est en face de la création.