Oeuvres complètes de Charles Péguy, Oeuvres de poésie (tome 6) Le Mystère des Saints Innocents; La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc; La tapisserie de Notre-Dame.

Part 13

Chapter 133,939 wordsPublic domain

Les armes de Satan c'est la criaillerie, Le vote, le mandat et la suffragerie, Et l'avocasserie et la haranguerie;

Les armes de Jésus c'est sa sollicitude, Et notre ingratitude et son exactitude, Et la similitude et toute rectitude;

Les armes de Satan c'est pure vanterie, C'est du vieux bric à brac, de l'antiquaillerie, Du fabriqué, du faux, de la ferronnerie;

Les armes de Satan c'est le fruit défendu, C'est le meurtre d'Abel, c'est le sang répandu, C'est Judas dépendu, c'est Judas rependu;

Les armes de Satan c'est le filet tendu, C'est le propos douteux et le sous-entendu, Et toute controverse et tout malentendu;

Les armes de Satan c'est Jésus-Christ vendu, C'est les trente deniers, c'est Joseph descendu Au fond de la citerne et captif revendu;

Les armes de Satan c'est la race perdue, C'est le lacet tressé, c'est la corde tordue, Toute chair assaillie de toute chair mordue;

Les armes de Satan c'est tout le résidu Et la lie et l'écume et c'est l'individu Et c'est le commentaire et le compte rendu;

Les armes de Satan c'est toute dette due Irrémissiblement, la honte suspendue, Et par son gouverneur toute ville rendue;

Les armes de Jésus c'est Satan confondu, Tout fossé remparé, tout rempart défendu, Tout terrain regagné sur le terrain perdu;

Et la dette remise et la dette rendue Par le frère à son frère et la brebis perdue Et toute âme assaillie et toute âme mordue;

Les armes de Jésus c'est la nuit répandue Pour le repos de l'homme et la ferme vendue Pour payer les impôts et la brebis tondue;

Les armes de Jésus c'est la neige fondue Au soleil du printemps, la hache suspendue Au jour du jugement et c'est l'âme éperdue

De son indignité, c'est la grande étendue Et l'arbre de Noël et la bûche fendue Et c'est depuis Adam la nouvelle attendue;

Les armes de Jésus c'est la bonne aventure, Et c'est le Créateur créant la créature, Et le sceau du Seigneur mettant la signature;

Les armes de Satan c'est la caricature Et la contrefaçon de toute signature Et l'homme jugeant l'homme et la magistrature

Assise au tribunal, c'est la lettre surie, La littéralité morne et déjà pourrie, Les armes de Satan c'est la chancellerie;

Les armes de Satan c'est la plaisanterie, Cette sauce tournée et c'est l'hôtellerie Pour les mauvais passants et c'est l'ivrognerie

Les coudes sur la table et la clabauderie Et la ribauderie et la maussaderie Et la badauderie et la nigauderie;

Les armes de Jésus c'est la charpenterie, L'établi, la varlope et la menuiserie, La scie et le rabot et l'ébénisterie,

Le denier de la veuve et le bon ouvrier; Les armes de Satan c'est le vil usurier, L'armurier, le guerrier, le manufacturier;

Les armes de Satan c'est la truanderie, Le mauvais compagnon, la camaraderie, Le mauvais camarade et la cafarderie

Et le mauvais garçon; c'est le regard oblique Jeté sur le voisin, le peuple famélique Sous la bombance énorme et pantagruélique;

Les armes de Jésus c'est la foi catholique Enchâssée à prix d'or, la ronde basilique, Et c'est la paix publique et la sainte relique;

Les armes de Satan c'est tout ce qui complique La très simple existence et c'est quand il implique L'innocent dans le crime et dans le diabolique;

Les armes de Jésus c'est le cèdre biblique, La salutation, la ferveur angélique, L'annonciation de l'ère évangélique;

Les armes de Satan c'est sa ruse et sa clique Et sa claque sournoise et méphistophélique, Et sa noise en sourdine et machiavélique;

Les armes de Jésus c'est le léger caïque De Pierre sur le lac, c'est l'archange archaïque Fermant le paradis, c'est la foi judaïque.

Et la première loi, c'est la race hébraïque Et le tronc d'Israël, et c'est la mosaïque De la vertu des clercs, de la vertu laïque;

Les armes de Jésus c'est la loi mosaïque, Les dix commandements au peuple liturgique, Et qu'il n'a point rayés de Rome apostolique;

Les armes de Jésus c'est la mort héroïque Du martyr dans l'arène et la douceur stoïque Du saint et c'est aussi la vertu prosaïque;

Les armes de Satan c'est la courbe saïque, Souple vaisseau de charge et c'est l'art chaldaïque Et la vertu du riche et du pharisaïque;

Et c'est l'aigre réplique et le somnambulique, Et le cyrénaïque et l'aristotélique, Et le pire de tout c'est bien quand il explique;

Les armes de Jésus c'est l'ardente supplique Du pauvre au gouverneur, c'est le parabolique, Et c'est les huit bonheurs sous Rome apostolique,

Et c'est le roi de France et c'est la république Et c'est le bref du pape et la lourde encyclique Parmi les deuils privés et la vertu publique;

Les armes de Satan c'est le vil publicain, Le percepteur de Rome et le fieffé coquin Qui berne l'honnête homme et qui fait le faquin;

L'avare péager, le servile sequin, L'infidèle berger, le manteau d'Arlequin De vice et de vertu, le grossier mannequin

Qui fait peur aux moineaux, le rude casaquin Sur l'armure de guerre et le lourd troussequin Sur le cheval de guerre et l'ennuyeux pasquin;

Les armes de Jésus c'est le Samaritain, Le blessé recueilli, le pauvre franciscain, Les armes de Jésus c'est le républicain;

Les armes de Satan c'est le faux symbolique, La pierre en comprimé, le marbre en majolique, (La pierre de Jésus, c'est le pur pentélique);

Les armes de Satan c'est toute hyperbolique, Le masque de Satan c'est toute bucolique Modulant sous le hêtre une pure idyllique;

Les armes de tous deux c'est le mélancolique, Soit qu'il soit descendu du vieux cèdre biblique, Soit qu'il soit remonté de jeune république;

Les armes de Satan c'est toute idolâtrie, Tout réassortiment, toute replâtrerie, Tout fatras, tout raccord, toute folâtrerie;

Les armes de Jésus c'est culte de doulie Ou d'asservissement, c'est culte de latrie Ou d'adoration, c'est culte de patrie

Ou de terre natale; et démonolâtrie Retourne vers Satan avec zoolâtrie, Avec psychiâtrie, avec chimiâtrie,

Avec l'ergot du seigle et les autres caries, Et les phylloxéras et les vignes flétries, Et les puits desséchés et les races taries;

Les armes de Jésus c'est la pauvre monture, L'ânon de cette ânesse et c'est la courbature De ses reins bâtonnés et c'est la sépulture

Dans un caveau prêté, c'est l'agneau sans pâture, C'est la barque de Pierre errante et sans mâture, Et le préteur de Rome et c'est la préfecture

Et le préfet de Rome et cette humble toiture, Ce chaume au ras du sol et l'unique voiture Avec un seul cheval et la vieille clôture

En mauvais fil de fer et la progéniture Attendant sous la lampe une humble nourriture, Espérant vaguement un pot de confiture;

Les armes de Satan c'est cette dictature De ces sept qui sont sept sur la même monture, Sur un cheval pourri tenus par la ceinture;

Les armes de Jésus c'est la sainte Écriture Depuis le premier livre et c'est toute droiture Depuis le premier pas et c'est toute armature

Tenant son homme roide et c'est toute ossature Tenant son homme ferme et toute architecture Tenant la maison pleine et basse de stature;

Les armes de Satan c'est le mauvais docteur, (Mais en est-il de bons?), c'est le mauvais acteur Qui joue à contre sens et le mauvais lecteur

Qui lit à contre texte et c'est le détracteur Qui détracte et détraque et le simple électeur Qui rétracte et qui vote et le morne inspecteur

Qui regarde et surveille et le dur directeur Qui regarde et gouverne et le lourd protecteur Qui regarde et qui pèse et qui fait le recteur;

Les armes de Satan c'est le contradicteur Qui dit d'abord: Mais non, c'est l'antique licteur Et l'antique faisceau, c'est Satan destructeur;

Les armes de Satan c'est Satan constructeur Du satané parvis, c'est Satan conducteur De l'homme vers sa perte et Satan rédacteur

De la fausse nouvelle et c'est tout abstracteur De la cinquième essence et tout contrefacteur Qui sera poursuivi, c'est Satan collecteur

D'impôts pour son État, c'est Satan correcteur Dans son mauvais journal, et traître traducteur Dans son mauvais patois, et fourbe producteur

De produits frelatés, brillant introducteur Au royaume d'enfer, décevant instructeur De mauvaise recrue et sinistre amateur

D'art pour ses collections et savant armateur De naufrage et superbe et docile imposteur, Les armes de Satan c'est Satan séducteur;

Les armes de Satan c'est la sévère cotte De maille et c'est aussi le regard qui clignotte Sous la lourde visière et sous la bourguignotte;

Les armes de Jésus c'est la race future, C'est le riche missel, c'est la miniature, Et le ciel et l'enfer et la terre en peinture;

Les armes de Satan c'est la mésaventure, Le traître couronné, la mauvaise lecture, Les armes de Satan c'est la littérature;

Les armes de Jésus c'est noblesse et roture Égales vers sa face et la belle sculpture Au portail de l'église et la fine moulure;

Les armes de Jésus c'est la riche tenture Devant le tabernacle et la rouge teinture De la robe du prêtre et des croix de torture;

Les armes de Satan c'est toute conjecture Maraudant sur le texte et c'est toute imposture, Toute note au crayon, toute maculature;

Et c'est toute leçon qui n'est pas la lecture, Et c'est toute façon qui n'est pas la facture, Et c'est toute moisson qui n'est pas drue et dure;

Et c'est toute prison qui n'est pas la capture, Et toute liaison qui n'est pas la rupture, Toute cendre, tout feu qui n'est pas feu qui dure;

Les armes de Satan c'est la désinvolture, C'est la fausse élégance et toute conjoncture Où l'homme droit est mis en oblique posture;

Les armes de Satan c'est la fausse culture Qui sème le chiendent et c'est la couverture Volée au vieux cheval et c'est toute ouverture

Que l'on n'a pas ouvert et toute fermeture Que l'on n'a pas fermée et toute quadrature Que l'on n'a pas quarrée et c'est toute arcature

Que l'on n'a pas arquée et c'est toute rature Au milieu de la page et toute ligature Qui n'est pas pour la greffe et toute horticulture

Qui n'est pas pour la fleur, toute arboriculture Qui n'est pas pour le fruit, toute viticulture Qui n'est pas pour le vin, c'est toute agriculture

Qui n'est pas pour le blé, c'est toute apiculture Qui n'est pas pour le miel, toute sylviculture Qui n'est pas pour le bois et c'est toute bouture

Qui n'a pas pris racine et c'est toute mouture Qui n'est pas du moulin et toute portraiture Qui n'est pas le modèle et toute investiture

Qui ne vient pas de Dieu, c'est le point de suture Quand il est mal cousu, c'est la judicature De l'homme sur un homme et la candidature

Assise en robe blanche au seuil de la préture; Les armes de Satan c'est la nomenclature Et le dénombrement, c'est toute fourniture

Qui n'est pas à bon poids, c'est la belle denture Des bêtes dans l'arène et c'est la devanture Qui masque la maison et c'est toute jointure

Qui s'articule mal et c'est toute fracture Qui ne se réduit pas, c'est toute contracture Qui ne se résoud pas et c'est toute structure

Qui n'est pas organique et c'est toute questure Où l'on est candidat et c'est toute texture Qui n'est pas de bon fil et c'est toute mixture

Qui n'est pas du bon vin et c'est toute mouture Qui n'est pas du bon pain et c'est toute pâture Qui n'est pas du bon grain et c'est toute clôture

Qui n'est pas de bon bois et c'est toute questure Qui requiert à faux poids, frappe à fausse mesure, Paie à fausse monnaie et prête avec usure;

Les armes de Jésus c'est la législature Des dix commandements et c'est la tablature Des tables de la loi, c'est la nonciature

Quand le nonce est du pape et la judicature Quand le juge craint Dieu, c'est la magistrature Quand elle est magistrale et la cléricature

Quand le clerc est prudhomme et c'est la prélature Quand l'évêque est Aignan ou saint Bonaventure Ou saint Côme ou saint Loup, la sacrificature

Quand c'est lui la victime et c'est toute vêture Qui vêt l'âme et le corps et c'est toute tonture Qui n'écorchera pas la faible créature;

Les armes de Jésus c'est la belle paroisse Assise au coeur de France et c'est la noble angoisse Du curé soucieux que son troupeau recroisse;

Les armes de Jésus c'est la belle provende Éparse au râtelier, c'est le thym, la lavande, Et la rose et l'oeillet et la souple guirlande;

Les armée de Jésus c'est le bon voisinage Entre les pauvres gens, c'est le pauvre village Et l'église au milieu, c'est le compagnonnage

Entre bons compagnons, c'est le pèlerinage Entre bons pèlerins, c'est le pauvre ménage Entre l'homme et la femme et le long mariage;

Les armes de Jésus c'est les enfants bien sages Assis au coin du feu, c'est les belles images Qu'on voit sur les vitraux et c'est les trois rois mages;

Les armes de Satan c'est les magiciens Et la magicerie et les faux entretiens Et les libres discours au conseil des anciens;

Les armes de Jésus c'est la pauvre famille, Les frères et la soeur, les garçons et la fille, Le fuseau lourd de laine et la savante aiguille;

Les armes de Jésus c'est tous les coeurs païens: Pourvu qu'on les baptise et les rende chrétiens, Il en fait les plus purs de tous ses paroissiens;

Les armes de Jésus c'est tous les plébéiens: A moins qu'on les courtise et les rende vauriens, Il en fait les plus durs de ses fermes soutiens;

Les armes de Jésus c'est les bons citoyens: Quand la grâce les prend par ses secrets moyens, Il en fait les plus sûrs de ses curés doyens;

Les armes de Jésus c'est la docilité, C'est la foi, l'espérance et c'est la charité, C'est la femme et l'enfant et la fidélité;

Les armes de Jésus c'est la fragilité, C'est la vertu civique et c'est la liberté, C'est la femme et l'enfant et c'est la pauvreté;

Les armes de Jésus c'est la simplicité, C'est la paix éternelle et c'est dans la cité Tout un fleuve de grâce et d'efficacité;

Les armes de Jésus c'est la nécessité Du travail et du pain et c'est dans la cité Tout un fleuve de grâce et de félicité;

Les armes de Jésus c'est la sagacité, Le pardon de l'offense et c'est dans la cité Tout un fleuve de grâce et de vivacité;

Les armes de Jésus c'est la mendicité Du dernier misérable et c'est dans la cité Tout un fleuve de grâce et de ténacité;

Les armes de Satan c'est le chemin tortu, Le sentier dérobé, le cheval abattu Les quatre fers en l'air, et le mulet têtu;

Les armes de Satan c'est la fausse tendresse Couchée au lit de l'homme et la molle paresse Qui dort le long du jour et se désintéresse

Du pauvre et de l'enfant et c'est la charmeresse Avec ses mots savants et la devineresse Et sa vieille grimace et c'est l'enchanteresse

Avec ses vieux onguents et c'est la sécheresse Du coeur et c'est la vraie et c'est la fausse adresse De l'homme très malin; c'est l'homme qui transgresse

Les vieilles lois de l'homme et c'est l'homme qui tresse Le chanvre du gibet et l'homme qui progresse. Les armes de Satan c'est l'homme qui s'engraisse

Du sang du malheureux, le serpent qui redresse La tête et c'est aussi le vigneron qui presse La grappe et fait jaillir le vin doux et l'ivresse;

Les armes de Jésus c'est toute forteresse Qui tient et c'est la noble et la pure caresse De la mère à l'enfant et c'est la maladresse

De l'homme pas malin et la sourde tendresse De la mère à la fille afin que reparaisse En cette enfant naissante une même tendresse

Et dans le temps futur une même caresse Et ce même regard et cette même tresse Blonde qui fleurira, cette même détresse

Qui sera consolée, et cette âme pauvresse Et dans le dernier temps une même allégresse; Les armes de Jésus c'est l'homme qui s'adresse

Directement à Dieu, c'est l'homme qui s'adresse A quelque saint patron, c'est l'homme qui se dresse Contre l'iniquité, c'est l'homme qui s'empresse

A panser le blessé, c'est la fraîche compresse Sur la cuisante plaie et l'homme qui s'engraisse De sanglots et de pleurs, de peine et de détresse,

Et d'un regret plus beau que la même tendresse, Et l'arme aux mains de l'ange ardente et vengeresse Au seuil du paradis afin que comparaisse

L'âme toujours chassée et toujours chasseresse, L'âme toujours esclave et ensemble maîtresse, L'âme toujours enfant et toujours pécheresse;

Les armes de Jésus c'est la lettre et l'esprit, Mais c'est l'esprit qui mène et l'esprit qui nourrit, Et la lettre n'est là que comme un mot d'écrit;

Les armes de Jésus c'est la lettre et l'esprit, C'est le père qui gronde et l'enfant qui sourit, C'est le Père et le Fils et c'est le Saint-Esprit;

La lettre est ce qui tue et l'esprit vivifie, Et la lettre est la mort et l'esprit est la vie, Et la lettre est l'orgueil et la lettre est l'envie;

C'est l'esprit qui commande et la lettre qui sert, C'est l'esprit qui demande et la lettre qui perd Et c'est l'esprit qui sauve et prêche en plein désert;

C'est l'esprit qui gouverne et l'esprit qui conduit L'homme vers un seul point et la lettre qui suit Vers la lampe de l'ogre et c'est l'esprit qui cuit

Le pain quand il est chaud, c'est l'esprit qui déduit Jésus du vieil Adam et derechef induit Israël en Jésus que la lettre réduit;

C'est l'esprit qui combat et la lettre qui fuit, C'est l'esprit qui travaille et l'esprit qui produit La paille, le bon grain, la feuille, le bon fruit;

Et la lettre n'a jamais fait qu'un peu de bruit, C'est elle qui séduit et c'est elle qui nuit, Et la lettre et l'esprit c'est le jour et la nuit;

Mais l'esprit et la lettre est la nuit et le jour, Les armes de Jésus c'est l'honneur et l'amour Et le roi dans son camp et le roi dans sa cour;

Les armes de Jésus c'est le feu dans le four, La pâte et le levain et c'est le pain du jour, Et c'est le roi David retiré dans sa tour;

Les armes de Jésus c'est tout homme proscrit Qui sera rappelé, c'est le jeune conscrit Qui sera convoqué, c'est le jeune homme inscrit

Sur le livre éternel et c'est le coeur contrit Qui sera fomenté, c'est le billet souscrit Qui sera présenté, c'est le bonheur décrit

Un jour sur la montagne et l'honnête rescrit De par le roi du ciel et le pardon prescrit Par la nouvelle loi, c'est Dieu même transcrit

De Moïse en Jésus, c'est Satan circonscrit, C'est tout ce qu'il fallait pour que Jésus souffrît, Les armes de Jésus c'est surtout Jésus-Christ;

C'est tout ce qu'il fallait pour que Jésus ouvrît La porte du tombeau, pour que Jésus offrît Le premier sacrifice et qu'il rendît l'esprit;

C'est tout ce qu'il fallait pour que Jésus couvrît Le pécheur devant Dieu, pour qu'il redécouvrît Le chemin du salut et pour qu'il entreprît

De remonter la pente et pour qu'il se reprît Et qu'il reprît le monde et pour que l'homme apprît Le chemin difficile et pour qu'il désapprît

La route sans cailloux et pour qu'un jour en Gaule, D'autres soldats romains, le manteau sur l'épaule, Le torse bien moulé dans leurs lames de tôle,

Chevauchant par la route épaisse comme un môle, La lance entre les doigts comme on tient une gaule, Un jour en plein hiver sous la neige du pôle,

Le long des blancs bouleaux, le long du même saule, Voyant un vagabond, quelque échappé de geôle, Un autre centurion, de ceux que Rome enrôle,

Du manteau militaire enfin se découvrît; C'est tout ce qu'il fallait pour que l'homme s'éprît Du seul amour qui dure et pour qu'il se déprît

Du seul amour qui passe et pour qu'il se méprît Comme il faut se méprendre et qu'alors il comprît Tout ce qu'il faut comprendre et qu'alors il en prît

Tout ce qu'il faut en prendre et qu'alors il surprît Le secret mal gardé, le secret manuscrit Qui n'est pas dans la lettre et se cache en esprit;

Les armes de Jésus c'est le chemin fleuri, Mais plus que le printemps galamment refleuri, C'est le sévère automne à l'instant défleuri;

Et la fleur de Marie est la rose fleurie, Mais plus que l'humble rose au printemps refleurie, C'est la rose d'automne humblement défleurie;

Les armes de Jésus c'est le vallon fleuri, Mais plus que le printemps incessamment fleuri, Et plus que le printemps insolemment fleuri,

Et plus que le printemps impudemment fleuri. Et plus que le printemps effrontément fleuri, C'est le pudique automne à jamais défleuri;

Les armes de Jésus c'est un peuple chéri Comme un fils qui revient, c'est un mourant guéri Par son extrême onction, c'est un peuple aguerri

Par une juste guerre et le marin péri Au péril de la mer, le navire atterri Dans le recreux du port, tout un peuple nourri

De quelques poissons secs, tout un monde nourri D'une seule victime et le raisin mûri Pour le vin du calice et l'autre vin suri

Pour l'éponge et la lance et le vinaigre aigri; Les armes de Jésus c'est le levain pétri Au milieu de la pâte et lui-même suri;

Les armes de Satan c'est le fleuve tari, C'est chez l'équarrisseur le cheval équarri, C'est l'enfant affamé, c'est le pain renchéri;

Les armes de Satan c'est le coeur mal guéri De la vieille blessure et c'est le coeur tari A force de saigner et le coeur mal nourri

A force de jeûner, c'est tout ce qui tarit, C'est tout ce qui périt, tout ce qui dépérit, Et tout ce qui surit et tout ce qui pourrit;

Les armes de Satan c'est la sève appauvrie, C'est le sang répandu, la branche rabougrie, Le rameau desséché, la prude renchérie;

Les armes de Satan c'est tout ce qui flétrit, Rapetisse, avilit, injurie, amoindrit, C'est tout ce qui méprise et tout ce qui meurtrit;

Les armes de Jésus c'est tout ce qui nourrit, C'est tout ce qui boutonne et tout ce qui périt Aux jardins de Touraine et tout ce qui mûrit;

Les armes de Jésus c'est un coeur tout fleuri, Plus que le jeune coeur au printemps refleuri, C'est le coeur à l'automne à jamais défleuri;

Les armes de Satan c'est la paix et la guerre, Les peuples éventrés, les sacrements par terre, La honte, la terreur, la rage militaire;

Les armes de Jésus c'est la guerre et la paix, Les peuples respectés et les derniers harnais De guerre suspendus aux frontons des palais;

Les armes de Satan c'est l'horreur de la guerre, Les peuples affolés, Jésus sur le Calvaire, Le sang, le cri de mort, le meurtre volontaire;

Les armes de Jésus c'est l'honneur de la guerre, Les peuples rétablis, Jésus sur le Calvaire, Le sang, le sacrifice et la mort volontaire;

Pour qu'elle vît venir sous un tel étendard De Jésus-Christ soldat contre Satan soudard, Vers le vieux saint Étienne et le vieux saint Médard;

Pour qu'elle vît venir par un chemin de terre, Comme une jeune enfant qui vient vers sa grand'mère, Par les bois de Puteaux, par les champs de Nanterre;

Pour qu'elle vît venir ardente et militaire, Obéissante et ferme et douce et volontaire, Sur Boulogne et Neuilly, sur Puteaux et Nanterre;

Hauturière et docile, alerte et droiturière, Et prompte à la manoeuvre et peu procédurière, Destinée à périr comme une aventurière;

Bien en selle en avant de sa cavalerie, Masquant ses bombardiers et sa bombarderie, Traînant comme un réseau sa lourde infanterie;

Ameutant ses tambours qui battaient pour la messe, Gourmandant ces brigands qui couraient à confesse, Déférente aux trois voix qui scellaient leur promesse;