Oberman

Part 32

Chapter 323,841 wordsPublic domain

On entend par sagesse cette doctrine des sages, qui est sublime et pourtant vaine, au moins dans un sens. Quant au moyen raisonné de passer ses jours en recevant et en produisant le plus de bien possible, on ne peut en effet l'accuser de vanité. La vraie sagesse a pour objet l'emploi de la vie, l'amélioration de notre existence; et cette existence étant tout, quelque peu durable, quelque peu importante même qu'on la puisse supposer, il est évident que ce n'est point dans cette sagesse-là qu'O. trouve de l'erreur et de la vanité.

[14] Cicéron ne fut point un homme ordinaire, il fut même un grand homme; il eut de très-grandes qualités, et de très-grands talents; il remplit un beau rôle; il écrivit très-bien sur des matières philosophiques: mais je ne vois pas qu'il ait eu l'âme d'un sage. O. n'aimait point qu'on en ait seulement la plume: Il trouvait d'ailleurs qu'un homme d'Etat rencontre l'occasion de se montrer tout ce qu'il est: il croyait encore qu'un homme d'Etat peut faire des fautes, mais ne peut pas être faible; qu'un père de la patrie n'a pas besoin de flatter; que la vanité est quelquefois la ressource presque inévitable de ceux qui restent inconnus, mais qu'un maître du monde ne peut en avoir que par petitesse d'âme. Je le soupçonne aussi de ne point aimer qu'un consul de Rome pleure _plurimis lacrymis_, parce que madame son épouse est obligée de changer de demeure. Voilà probablement sa manière de penser sur cet orateur dont le génie n'était peut-être pas aussi grand que les talents. Au reste, en interprétant son sentiment d'après la manière de voir que ses lettres annoncent, je crains de me tromper, car je m'aperçois que je lui prête tout-à-fait le mien. Je suis bien aise que l'auteur de _de Officiis_ ait réussi dans l'affaire de Catilina; mais je voudrais qu'il eût été grand dans ses revers.

[15] Ce mot, qu'il serait difficile de remplacer par une expression aussi juste, a été adopté ici apparemment pour cette raison: comme il est usité dans les Alpes, je ne l'ai point changé.

[16] Jeune homme qui sentez comme lui, ne décidez point que vous sentirez toujours de même. Vous ne changerez pas, mais les temps vous calmeront: vous mettrez ce qui est, à la place de ce que vous aimiez. Vous vous lasserez; vous voudrez une vie commode: ce consentement est très-commode. Vous direz: Si l'espèce subsiste, chaque individu ne faisant que passer, c'est peu la peine qu'il raisonne pour lui-même et qu'il s'inquiète. Vous chercherez des délassements; vous vous mettrez à table, vous verrez le côté bizarre de chaque chose, vous sourirez dans l'intimité. Vous trouverez une sorte de mollesse assez heureuse dans votre ennui même: et vous passerez, en oubliant que vous n'avez pas vécu. Plusieurs ont enfin passé de même.

[17] On a communément une idée trop étroite de l'homme sensible: on en fait un personnage ridicule, j'en ai vu faire une femme, je veux dire une de ces femmes qui pleurent sur l'indisposition de leur oiseau, que le sang d'une piqûre d'aiguille fait pâmer, et qui frémissent au son de certaines syllabes, comme serpent, araignée, fossoyeur, petite vérole, tombeau, vieillesse.

J'imagine une certaine modération dans ce qui nous émeut, une combinaison subite des sentiments contraires, une habitude de supériorité sur l'affection même qui nous commande; une gravité de l'âme, et une profondeur de la pensée; une étendue qui appelle aussitôt en nous la perception secrète que la nature voulut opposer à la sensation visible; une sagesse du coeur dans sa perpétuelle agitation; un mélange enfin, une harmonie de toutes choses qui n'appartient qu'à l'homme d'une vaste sensibilité; dans sa force, il a pressenti tout ce qui est destiné à l'homme; dans sa modération, lui seul a connu la mélancolie du plaisir, et les grâces de la douleur.

L'homme qui sent avec chaleur, et même avec profondeur, mais sans modération, consume dans des choses indifférentes, cette force presque surnaturelle. Je ne dis pas qu'il ne la trouvera plus dans les occasions du génie: il est des hommes grands dans les petites choses, et qui pourtant le sont encore dans les grandes circonstances. Malgré leur mérite réel, ce caractère a deux inconvénients. Ils seront regardés comme fous par les sots et par plusieurs gens d'esprit, et ils seront prudemment évités par des hommes mêmes qui sentiront leur prix, et qui concevront d'eux, une haute opinion. Ils dégradent le génie en le prostituant à des choses tout-à-fait vulgaires, et parmi les derniers des hommes. Par-là ils fournissent à la foule des prétextes spécieux pour prétendre que le bon sens vaut mieux que le génie, parce qu'il n'a pas ses écarts; et pour prétendre, ce qui est plus funeste, que les hommes droits, forts, expansifs, généreux, ne sont pas au-dessus des hommes prudents, ingénieux, réguliers, toujours retenus, et souvent personnels.

[18] Le mont Rugi est près de Lucerne; le lac est au pied de ses rocs perpendiculaires.

[19] Les cieux ne sont pas immuables: chaque écolier dira cela.

[20] Il faudrait pourtant sans doute en excepter les moeurs nationales chez les peuples qui ont eu des législateurs, comme les Spartiates, les Hébreux, les Péruviens, les Parsis.

[21] Plusieurs savants prétendent que les Francs sont le même peuple que les Russes, et qu'ainsi ils sont originaires de cette contrée dont les hordes semblent destinées de temps immémorial, à dompter les nations, et à..... recommencer leur ouvrage.

[22] La scène paraît être dans la partie élevée du Péloponèse. Ces peuples pasteurs étaient connus pour leurs moeurs simples et heureuses, entre Corinthe et Lacédémoue déjà très-changée. Il y a beaucoup de fictions sans doute dans ce qui a été dit des Arcadiens; mais l'Arcadie était dans la Grèce ce qu'est la Suisse dans l'Europe occidentale. Même sol, même climat, mêmes habitudes, autant que cette ressemblance peut exister dans des lieux éloignés et dans des siècles fort différents.

Les Arcadiens avaient la manie de donner leurs hommes aux puissances voisines, et de les donner à la première venue, en sorte qu'ils se trouvaient quelquefois réduits à se battre les uns contre les autres. Voyez Thucidide, liv. 7.

Ce service dans l'étranger considéré sous d'autres rapports, a fait plus de mal aux Suisses qu'il n'en avait fait aux Arcadiens. Les Arcadiens différaient beaucoup des peuples chez lesquels leur jeunesse servait. Mais les vallées suisses devaient différer plus encore des capitales de leurs voisins. Les moeurs modernes ne sont à-peu-près que des habitudes; elles n'ont pas la force, la sanction que des moyens perdus maintenant, donnaient aux Institutions anciennes. Les Suisses avaient donc doublement à craindre de perdre les leurs, lorsque la jeunesse dont l'audace, l'inexpérience et l'activité frondent si volontiers les vieux usages, rapporterait les manières brillantes des grandes villes dans des rochers trop rustiques à leurs yeux.

Les Suisses ont été reconnus pour sages, parce qu'en effet ils ont eu des vues nationales lorsque les autres cabinets en avaient de ministérielles: mais pourquoi leurs guerres en Italie? Pourquoi?.... et surtout pourquoi ce service dans l'étranger? Pour entretenir le peuple dans l'art des guerriers, sans pourtant partager les fléaux de la perpétuelle agitation de, l'Europe. Ce motif, plausible, n'était pas suffisant: le temps en a fait voir les raisons, et elles seraient trop longues à dire. Pour remédier à un excédent de population. Telle est la faiblesse de notre politique: elle sait éluder les maux, mais non les réparer; elle n'ose surtout les prévenir.

Comment les anciens de la Suisse n'empêchèrent-ils pas ce mal dont ils ne pouvaient ignorer les dangers et la honte? c'est qu'un peuple pauvre, au milieu des peuples qui aiment l'argent, et qui en ont, l'aime excessivement lui-même, dès qu'il commence à le connaître. C'est que dans les conseils et dans les assemblées des cantons, tandis que les affaires du second ordre étaient réglées par des hommes mûrs, qui formaient le gouvernement, les questions importantes passaient à la pluralité des voix dans le corps en qui résidait la souveraineté. Or le souverain y était principalement composé de jeunes gens plus ou moins surpris de conduire l'Etat, ou plus avides de courses, de dangers et d'honneurs, que d'une prospérité obscure et tranquille; de jeunes gens plus occupés de montrer leur pouvoir, et d'entraîner les vieillards sous leurs lois, que de se soumettre eux-mêmes aux moeurs antiques et aux maximes que les vieillards voulaient conserver. C'est enfin que la Suisse n'avait pas une véritable diète; et que son union imparfaite, et troublée, selon les temps, soit par l'ambition de quelques-uns de ses confédérés, soit par l'opposition des religions, ne permettait guère de statuer sur ce qui eût paru attaquer l'indépendance individuelle des cantons.

Quoique cette confédération mérite d'être respectée autant peut-être qu'aucune de celles dont l'histoire ait parlé, on pourrait observer que les cantons réunis en nombre suffisant, et à-peu-près délivrés de la crainte de l'Autriche, eussent dû revoir leurs constitutions dans une assemblée générale. En gardant chacun leur souveraineté et la différence de leurs lois, ils eussent consenti tous à régler selon l'intérêt commun, ce que l'intérêt de la patrie exigeait de tous. On eût réparé les fautes qu'avait faites une politique fausse ou personnelle. Ces hommes simples et d'un sens droit, ces magistrats d'alors qui avaient une patrie, et dont l'âme était pure, eussent achevé et consolidé le bonheur d'un pays, que sa situation, sa révolution très-heureuse, et d'autres circonstances destinaient au bonheur. Ils eussent senti, par exemple, que Berne, Fribourg, etc. eurent des vues étroites, lorsque pour réprimer la noblesse, ils la gênèrent en la laissant subsister: c'était entretenir exprès un ennemi intérieur. Admettre des nobles, et leur ôter des prérogatives que l'on réserve à d'autres, ce n'est pas les contenir, c'est les mécontenter: c'est préparer des troubles. Un corps dont la nature est de chercher et de vouloir les distinctions, qui ne peut cesser d'y prétendre, et dont l'existence est fondée sur elles, doit être ou expulsé ou réduit à une entière impuissance, ou enfin mis au-dessus de tout, si ce n'est par le pouvoir, au moins par les honneurs. Mais il est contradictoire de recevoir des nobles, et de leur interdire ce que la noblesse cherche nécessairement; de marquer la limite de leur élévation, tandis que la nature de la noblesse est de s'élever toujours; et d'exiger de ceux d'entre eux à qui on accorde du pouvoir, qu'ils renoncent aux titres que l'opinion met au-dessus, et pour lesquels seuls ordinairement les nobles, cherchent le pouvoir.

Cette longue note s'écarte trop de son premier objet; il est temps de la terminer.

[23] On sait que Cicéron a employé la même expression en parlant de l'amitié.

[24] Dans l'état de malheur, la réaction doit être, plus forte; puisque la nature de l'être organisé le pousse plus particulièrement à son bien être comme à sa conservation.

[25] Tout cela, quoique exprimé d'une manière positive, ne doit pas être regardé comme vrai _rigoureusement_.

[26] Il y a des hommes qu'elle aigrit; c'est ceux qui ne sont point méchants, et non pas ceux qui sont bons.

[27] Les idées obscures ou profondes s'altèrent avec le temps, et on s'habitue à les considérer sous un autre aspect: lorsqu'elles commencent à devenir absurdes, le peuple commence à les trouver divines; lorsqu'elles le sont tout-à-fait, il veut mourir pour elles. Ce n'est que vingt siècles après qu'il aime autant travailler et boire.

[28] Le mot char n'est pas usité en ce sens, du moins dans la plus grande partie de la France, où les charrettes à deux roues sont plus en usage. Mais en Suisse et dans plusieurs autres endroits, on nomme ainsi les chariots légers, les voitures de campagne à quatre roues qui y servent au lieu de charrettes.

[29] Le clavecin des couleurs était ingénieux; celui des odeurs eût intéressé davantage.

[30] _Küher_ en allemand, _Armailli_ en _roman_, homme qui conduit les vaches aux montagnes, qui passe la saison entière dans les pâturages élevés, et y fait des fromages. En général, les Armaillis restent ainsi quatre et cinq mois dans les Hautes-Alpes, entièrement séparés des femmes, et souvent mêmes des autres hommes.

[31] Beccaria a dit d'excellentes choses contre la peine de mort: mais je ne saurais penser comme lui sur celles-ci. Il prétend que le citoyen _n'ayant pu aliéner que la portion de sa liberté la plus petite possible_, n'a pu consentir à la perte de sa vie: il ajoute que _n'ayant pas le droit de se tuer lui-même_, il n'a pu céder à la cité le droit de le tuer.

Je crois qu'il importe de ne dire que des choses justes et incontestables, lorsqu'il s'agit des principes qui servent de base aux lois positives ou à la morale. Il y a du danger à appuyer les meilleures choses par des raisons seulement spécieuses. Lorsqu'un jour leur illusion se trouve évanouie, la vérité même qu'elles paraissaient soutenir en est ébranlée. Les choses vraies ont leur raison réelle, il n'en faut pas chercher d'arbitraires. Si la législation morale et politique de l'antiquité n'avait été fondée que sur des principes évidents, sa puissance moins persuasive, il est vrai, dans les premiers temps, et moins propre à faire des enthousiastes, fût restée inébranlable. Si l'on essayait maintenant de construire cet édifice que l'on n'a pas encore élevé, je conviens que peut-être il ne serait utile que quand les années l'auraient cimenté, mais cette considération ne détruit point sa beauté, et ne dispense pas de l'entreprendre.

On ne fait que douter, supposer, chercher, rêver; il pense et ne raisonne guère; il examine et ne décide pas, n'établit pas. Ce qu'il dit n'est rien, si l'on veut, mais peut mener à quelque chose. Si dans sa manière indépendante et sans système, il suit pourtant quelque principe, c'est surtout celui de ne dire que des vérités en faveur de la vérité même, et de ne rien admettre que tous les temps ne pussent avouer; de ne pas confondre la bonté de l'intention avec la justesse des preuves, et de ne pas croire qu'il soit indifférent par quelle voie l'on persuade les meilleures choses. L'histoire de tant de sectes religieuses et politiques a prouvé que les moyens expéditifs ne produisent que l'ouvrage d'un jour. Cette manière de voir m'a parue d'une grande importance, et c'est principalement à cause d'elle que je publie ces lettres si vides sous d'autres rapports, et si vagues.

[32] Je sens combien cette lettre est propre à scandaliser. Je dois avertir que l'on verra dans la suite la manière de penser d'un autre âge sur la même question. J'ai déjà lu le passage que j'indique: il blâme le suicide, et peut-être il scandalisera tout autant que celui-ci; mais il ne choquera que les mêmes personnes.

[33] Ceci a beaucoup de rapport à un fait rapporté dans l'_Histoire des voyages_. Un Islandais a dit à un savant Danois, qu'il avait allumé plusieurs fois sa pipe à un ruisseau de feu qui coula en Islande pendant près de deux années.

[34] Si O. avait lu davantage, et écrit plus tard, il aurait pu apprendre que Théodose fut bien plus grand que Trajan: cela se dit maintenant, en attendant qu'on le dise aussi de Constantin.

[35] En lisant la _Démonstration Evangélique._

[36] Il y a effectivement quelque différence entre avouer qu'il existe des choses inexplicables à l'homme, ou affirmer que l'explication inconcevable de ces choses est juste et infaillible. Il est encore différent de dire, dans les ténèbres; je ne vois pas: ou de dire; je vois une lumière divine, vous qui me suivez, non-seulement ne dites point que vous ne la voyez pas, mais voyez-la, sinon vous êtes anathème.

[37] «C'est une sotte présomption d'aller dédaignant et condamnant pour faux ce qui ne nous semble pas vraisemblable: qui est un vice ordinaire de ceux qui pensent avoir quelque suffisance, outre la commune. J'en faisais ainsi autrefois...... et à présent je trouve que j'étais pour le moins autant à plaindre moi-même.»

MONTAIGNE, _Essais_, liv. I, chap. 26.

[38] On peut voir dans la 7e _Epître_ de Sénèque cette opinion commune chez les stoïciens, et les raisons non moins remarquables par lesquelles Sénèque la réfute.

[39] On n'a pu avoir l'intention de plaisanter des sciences qu'il admirait, et qu'il ne possédait pas. Sans doute il désirait seulement que les vastes progrès modernes ne portassent pas si inconsidérément les demi-savants à mépriser l'Antiquité, à rire de ses conceptions profondes.

[40] Dans toutes les sectes, les disciples, ou beaucoup d'entre les disciples sont moins grands hommes que leur maître. Ils défigurent sa pensée, surtout quand le fanatisme superstitieux, ou l'ambition d'innover se joignent aux erreurs de l'esprit.

Pythagore, ainsi que Jésus, n'a pas écrit (du moins les écrits de Pythagore, perdus maintenant, paraissent n'avoir pas été bien reconnus des Anciens eux-mêmes): les successeurs, ou prétendus tels, de l'un et de l'autre, ont montré qu'ils sentaient tout l'avantage de cette circonstance.

Considérons un moment le nombre comme Pythagore paraît l'avoir entendu.

Si depuis un lieu élevé et qui domine une vaste étendue, on discerne dans la plaine, entre les hautes forêts, quelques-uns de ces êtres qui se soutiennent debout; si l'on vient à se rappeler que les forêts sont abattues, que les fleuves sont dirigés, que les pyramides sont élevées, que la terre est changée par eux, on éprouve de l'étonnement. Le temps est leur grand moyen; le temps est une série de nombres. Ce sont les nombres rassemblés ou successifs, qui font tous les phénomènes, les vicissitudes, les combinaisons, toutes les oeuvres individuelles de l'univers. La force, l'organisation, l'espace, l'ordre, la durée ne sont rien sans les nombres. Tous les moyens de la nature sont une suite des propriétés des nombres; la réunion de ces moyens est la nature elle-même; cette harmonie sans bornes est le principe infini par lequel tout ce qui existe existe ainsi: et le génie de Pythagore vaut bien les esprits qui ne l'entendent pas.

Pythagore paraît avoir dit que tout était fait selon les propriétés des nombres, mais non par leur vertu.

Voyez dans _De mysteriis numerorum_ par Bungo, ce que Porphyre, Nicomaque, etc., ont dit sur les nombres.

Voyez _Lois_ de Pythagore 2036, 2038, etc., dans _Voyages_ de Pythagore. On peut remarquer en parcourant ce volume de l'ancienne sagesse, ces trois mille cinq cents sentences dites _Lois_ de Pythagore, combien il y est peu question des nombres.

[41] Apparemment cette époque est antérieure aux dernières d'entre les découvertes modernes: au reste neuf est comme sept, un nombre sacré.

[42] Comme il en fallait sept, et qu'il était impossible de ne pas admettre le platine, on rejetait le mercure, qui semble avoir un caractère particulier, et différer des autres métaux par diverses propriétés, entre autres, par celle de rester dans un état de fusion, même à un degré de froid que l'on a cru longtemps passer le froid naturel de notre âge. Malheureusement la chimie moderne reconnaît un plus grand nombre de métaux; mais il est probable alors qu'il y en aura quarante-neuf, ce qui revient au même.

[43] Linnaeus divisait les odeurs végétales en sept classes: de Saussure en admet une huitième; mais on voit bien qu'il ne doit y en avoir que sept pour la gamme.

[44] Les Grecs avaient sept voyelles. Les grammairiens français en reconnaissent aussi sept, les trois _e_, et les quatre autres.

[45] Son tombeau est à Salon, petite ville à quatre lieues d'Aix. Il est dit dans l'épitaphe que Nostradamus (dont la plume fut divine à peu de chose près, _penè divino calamo_) vécut soixante-deux ans six mois et dix jours.

[46] Voyez plus haut dans la même lettre.

[47] Les climatériques d'Hippocrate sont les septièmes années, ce qui est analogue à ce qu'on a dit au nombre sept.

[48] De l'Eglise.

[49] On est enfin parvenu au point d'amener la lune à une proximité apparente de notre oeil, plus grande que celle des montagnes que dans certains climats l'oeil nu distingue parfaitement, quoiqu'elles soient éloignées de plus d'une journée de marche.

[50] Dans la forêt de Fontainebleau.

[51] Fruits de la ronce.

[52] _Essai sur la physiognomonie_, etc., par J.-G. Lavater de Zurich, ministre.

[53] Relatif à des lettres supprimées.

[54] Freyburg, ville de franchises.

[55] Nos jours, que rien ne ramène, se composent de moments orageux qui élèvent l'âme en la déchirant; de longues sollicitudes qui la fatiguent, l'énervent, l'avilissent; de temps indifférents qui l'arrêtent dans le repos s'ils sont rares, et dans l'ennui ou la mollesse s'ils ont de la continuité. Il y a aussi quelques éclairs de plaisir pour l'enfance du coeur. La paix est le partage d'un homme sur dix mille. Pour le bonheur, il éveille, il agite; on le veut, on le cherche, on s'épuise; il est vrai qu'on l'espère, et peut-être on l'aurait, si la mort ou la décrépitude ne venaient avant lui.

Cependant la vie n'est pas odieuse en général. Elle a ses douceurs pour l'homme de bien: il s'agit seulement d'imposer à son coeur le repos que l'âme a conservé quand elle est restée juste. On s'effraie de n'avoir plus d'illusions; on se demande avec quoi l'on remplira ses jours. C'est une erreur: il ne s'agit pas d'occuper son coeur, mais de parvenir à le distraire sans l'égarer; et quand l'espérance n'est plus, il nous reste, pour arriver jusqu'à la fin, un peu de curiosité et quelques habitudes.

C'est assez pour atteindre la nuit; le sommeil est naturel, quand on n'est pas agité.

[56] Batzen, à peu près la septième partie de la livre tournois.

[57] Voyez une note de la lettre LXXXIX [p. 423].

[58] Petite contrée montueuse où l'on trouve des usages qui lui sont particuliers, et même quelque chose d'assez extraordinaire dans les moeurs.

[59] La mélodie, si l'on prend cette expression dans toute l'étendue dont elle est susceptible, peut aussi résulter d'une suite de couleurs ou d'une suite d'odeurs. La mélodie peut résulter de toute suite bien ordonnée de certaines sensations, de toute série convenable de ces effets, dont la propriété est d'exciter en nous ce que nous appelons exclusivement un sentiment.

[60] Rien n'indique quel lac ce peut être; ce n'est point celui de Genève. Le commencement de la lettre manque; et j'en ai supprimé la fin.

[61] La plus grande différence sans opposition repoussante, comme la plus grande similitude sans uniformité insipide.

[62] Notre industrie sociale a opposé les hommes que le véritable art social devait concilier.

[63] Quelques-uns vantent leur froideur comme le calme de la sagesse; il en est qui prétendent au stérile honneur d'être inaccessibles: c'est l'aveugle qui se croit mieux organisé que le commun des hommes, parce que la cécité lui évite des distractions.

[64] Ce qui doit exalter l'imagination, déranger l'esprit, passionner le coeur, et interdire tout raisonnement, réussit d'autant mieux qu'on y joint plus d'austérité: mais il n'en est pas des institutions durables, des lois temporelles et civiles, des moeurs intérieures, et de tout ce qui permet l'examen, comme de l'impulsion du fanatisme dont la nature est de porter à tout ce qui est difficile, et de faire vénérer tout ce qui est extraordinaire. Cette distinction essentielle paraît avoir été oubliée. On a très bien observé dans l'homme ses affections multipliées, et en quelque sorte les incidents de son coeur; mais il reste à faire un grand pas au-delà. Il est si important que la considération de son utilité pourra entraîner à l'essayer; il est si difficile qu'en l'entreprenant on sera bien persuadé de ne faire qu'une tentative.

[65] C'est dans l'amour que la déviation est devenue extrême chez les nations à qui nous trouvons des moeurs: et c'est ce qui concerne l'amour que nous avons exclusivement appelé moeurs.