Nouveaux contes cruels et propos d'au delà
Part 11
[18] L'idéal, suivant Gottlieb Fichte, est: «ce qui _doit_ toujours être réalisé, mais en même temps ce qui ne _peut_ jamais l'être, sous peine de cesser d'être ce qu'il _doit_ être, c'est-à-dire de cesser d'être l'idéal.» (Note de Villiers de l'Isle-Adam.)
Vis-à-vis de ces pensées, on conçoit que «l'inspiration» est une parole qui sent son bourgeois moderne de plusieurs milles. On est si instinctivement convaincu de sa nullité qu'on n'ose la prononcer que tempérée par un demi-sourire, c'est-à-dire presque comme une insulte et avec un air de protection bienveillante. L'artiste devient sous ce mot une sorte de sibylle sur le trépied, quasi inconsciente de la signification de ses chants, ou, pour mieux dire, une machine de Vaucanson. Il suffirait au premier venu de crier à tout hasard: «_Deus! ecce Deus!_» pour réduire à l'humilité les fatigues sacrées et les longs travaux d'un véritable poète; et quand l'expérience prouve la supercherie de l'Inspiré, ceux qui croyaient en lui nomment cette découverte: «la désillusion.» Le vulgaire voudrait voir les gens nés coiffés de divinité. Chose étrange! L'homme de génie lui-même n'aime souvent pas à être sincère sur ce point. Il se complaît quelquefois dans l'ovation faite aux puissances supérieures dont il veut bien paraître le représentant et le mandataire, il s'applaudit de cette distinction sans s'apercevoir qu'elle lui assigne une place au-dessous des gens ordinaires et inférieurs, qui ont au moins le mérite de leur développement, si peu qu'il soit. Mais comme il rit dans sa barbe de sa petite comédie!
Est-ce que la Pensée commet de ces injustices? Il en est, d'habitude, des fanatiques de l'Inspiration quand même comme de ceux qui disent: «Voilà de beaux vers: mais où est l'_idée_? Quel est le but de l'auteur?» sans songer que leurs paroles contiennent leur propre négation. Car, si les vers sont beaux, ils contiennent au moins l'_idée_ de la beauté: ce qui est déjà quelque chose au point de vue de l'art, à ce qu'il semble! et, pour le surplus, on peut ajouter ce mot de Franklin: «Il est bien difficile à un sac vide de se tenir debout.»
Voilà donc, pour un grand nombre d'esprits éclairés, la première formule générale de l'Art considéré en lui-même. Je suis loin d'accepter sans réserves d'aussi spécieuses affirmations; mais ce n'est pas ici le moment de les discuter. J'expose, je n'impose pas. Il fallait signaler ce critérium et l'élucider de cette manière pour aborder consciencieusement la critique du livre de M. Mendès, car ce livre[19] est écrit,--sauf erreur,--à ce point de vue, et rien qu'à ce point de vue.
[19] _Philomèla_, livre lyrique (Paris, 1863).
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SUR UNE PIÈCE D'AUGIER
Deux amants.
Survient le grand séparateur social,--le père,--que l'on appelle, je crois, _père noble_, en termes consacrés, chez les marionnettes.
Faut-il continuer?
Non, évidemment.
Ainsi, laissons de côté cette intrigue[20].
[20] Paul Forestier d'E. Augier (1868).
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Les vers de cette comédie étant écrits suivant une esthétique qui me semble une des espiègleries les plus amusantes de notre grand siècle, je m'abstiendrai de toute appréciation à leur égard. Le Public _pleure_ en les entendant; c'est tout ce qu'il faut,--et c'est là le gage parfait, selon l'opinion moderne, de la beauté d'une oeuvre. Ayant le malheur d'avoir une confiance médiocre en l'infaillibilité des glandes lacrymales et des digestions pénibles, touchant l'Art éternel, les sanglots étouffés qui partent des baignoires, les foulards interrupteurs et autres critériums actuels du sublime, m'ont toujours--(qu'on me plaigne!)--fait lever le coeur. Ainsi laissons cela de nouveau.
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Quant à la pièce, elle contient, vraiment, plusieurs scènes admirablement jouées, et deux ou trois décalques photographiques de la simple nature.
La Nature avant tout. Il est bon que le spectateur voyant un homme passer dix minutes à dire: «_Donnez-moi mon paletot_», ou: «_Je boucle ma valise_», s'écrie: «Comme c'est naturel! Vivent les POÈTES!» Ainsi oublions, derechef, toute discussion stérile sur un principe aussi flatteur.
Une seule scène est d'un écrivain, dans ce mélodrame: c'est la grande scène du troisième acte.
Quant au reste de l'action, j'ai eu l'honneur de n'y rien comprendre, et il est inutile de faire partager au lecteur cette manière de voir.--La chose m'a paru un triste mélange de criailleries, de banalités et de puérilités inconcevables. Mais je livre cette appréciation avec la plus grande humilité; je suis un fort mauvais juge de ces sortes de pièces. Etant donné leur horizon, je ne distingue plus, au bout de dix minutes, les personnages les uns des autres; et il y a des moments où je confonds M. Got avec Madame Lafontaine.
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Une seule impression domine certains esprits au dénouement de la pièce. C'est celle que cause le vénérable père noble.
Le drôle ferait rougir d'être au monde.
Je ne connais pas de dégoût comparable à celui que m'inspirent ses cheveux blancs. C'est vraiment le monstre, le bourreau oiseux, l'Ennemi, celui qui mérite la mort et le haussement d'épaules.
Quelle infernale et suffisante caricature! Comme il parle de Dieu, de vertu, d'honnêteté, de dévouement, des lois sociales!... Comme il attendrit la foule!
Un jour, quand on sera revenu des discussions théâtrales avec ces types, lorsqu'on verra clair au fond de cette sorte de gens honorables,--on sera bien étonné; au lieu de sangloter sur leurs sages maximes, si émues et si judicieuses, on leur préférera celles de Desrues, l'empoisonneur, comme plus efficaces et plus humaines.
VERS
GOG
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Ce fut donc au logis de cet homme qu'un soir Quelqu'un frappa.
Ce juif ouvrit--et l'on put voir Briller les piques dans le sentier.
--«La milice, «Pensa-t-il, mène encore quelque esclave au supplice.» Le couchant s'allumait dans les cieux meurtriers Et rougissait au loin les maigres oliviers, Baignant le Golgotha de sang et de lumière. Une troupe d'enfants cheminait la première: Ils criaient! Ils voulaient voir prendre les voleurs; Puis venaient des soldats; puis des femmes, en pleurs. Seul, dans l'herbe pierreuse, au versant des ravines, Chargé d'une croix lourde, et le front ceint d'épines, Un homme apparaissait tombé sur les deux mains. Autour de lui riaient les cavaliers romains, Et le centurion qui commandait l'escorte, La lance au poing, cria, debout, devant la porte: «Simon! viens nous aider à relever la croix «Du roi des juifs, tombé pour la troisième fois! «La côte est rude; un coup d'épaule! Il faut qu'il meure «Et soit mis au sépulcre avant la sixième heure!» Un grincement de dents retentit, bref et dur, Dans l'angle que faisait la porte avec le mur. Simon, sans s'émouvoir de ce bruit, dit:
--«Silence, Gog!» Le soldat reprit, appuyé sur sa lance: «--Est-ce que tu n'es pas un portefaix?»
--«Je suis «Cela précisément! dit l'homme: et je te suis.»
1879.
AVE, MATER VICTA
Et ils placèrent des gardes autour du Tombeau.
(Nouveau Testament.)
Comme le juste, en croix sur le mont solitaire, Tomba trois fois sur les genoux Avant de se dresser et de saisir la Terre Entre ses bras puissants et doux, Patrie au flanc blessé, tu bénis dans l'aurore Tes fils tombés sans voir ton jour; De leur dernier baiser ton vieux sol, rouge encore, Fume de lumière et d'amour!...
Gloire à toi, grand Pays où l'Avenir se fonde! Tes destins sont plus hauts que ton adversité: Tu tiens l'ardent flambeau dont s'éclaire le monde, Celui qui meurt pour toi meurt pour l'Humanité!
Toi qui donnas ton sang, ton or et tes merveilles Sans récompense et sans repos, Ils t'ont mise au sépulcre, ô France, et tu sommeilles!... Nul n'a vengé tes saints drapeaux! Mais on épie en vain les sursauts de ta pierre, Tu la rompras de ton essor!... Quand l'ombre veut tenir au tombeau la Lumière, Pâques sonne ses cloches d'or!
Nous reforgeons sans trêve, au mépris des alarmes, Ton vieux glaive aux bons lendemains. Vois tes enfants nouveaux, froids sous leurs jeunes armes, Impatients des clairs chemins!... Le soc, depuis longtemps, chasse l'airain des bombes. Les champs sont prêts pour le soleil: Si d'âpres voix, au loin, disent que tu succombes, Couvrons-les d'un cri de réveil.
Ressuscite!... La foi t'anime, auguste France! Debout! Ton astre est immortel!... Mais déjà tu renais! C'est l'aube d'espérance!... Plus de fleurs de deuil sur l'Autel! Le souci du devoir bannit dans les ténèbres Les noirs souvenirs de la nuit. Adieu, tambours voilés! Adieu, lauriers funèbres. Le clairon sonne, le jour luit!
Gloire à toi! grand Pays où l'Avenir se fonde! Tes destins sont plus hauts que ton adversité: Tu tiens l'ardent flambeau dont s'éclaire le monde. Celui qui meurt pour toi, meurt pour l'Humanité!
1877.
TARENTELLE
Une flûte dit: C'est l'été! Viens, la joie émeut nos poitrines; Mets ton poing blanc sur le côté Comme font les Transtévérines
Epis et bleuets à demain! Donne ta main. Tout souci n'est que bagatelle! Moissonneurs, dansons en chemin La Tarentelle
Sur les gerbes penchée encor? --Fleur des sillons, faneuse brune, Les champs fument dans le ciel d'or. Jette ta faucille importune!
Sur ton coude, d'un coup charmant Que le tambourin roule et sonne! Laisse tes nattes follement Jouer autour de ta personne...
JE M'ENVOLERAI
Je m'envolerai dans les profondeurs! Je fuirai la vie et ses lois moroses! Et je cueillerai d'immortelles roses Loin de vos hideurs.
Je m'élancerai vers vous, ô silences! L'oubli loin d'ici m'attend, vaste mer, --Pour mon coeur percé de vieux coups de lances, Plus rien n'est amer.
Je m'envolerai, moi l'oiseau sauvage, Vers tant de pays ignorés de tous, Car l'indifférence est le seul hommage Dont je suis jaloux.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
=Nouveaux Contes Cruels.=--Sur les huit contes de la première édition (1888, Librairie illustrée), sept parurent cette même année 1888: =la Torture par l'espérance=, =les Amies de pension=, =l'Enjeu=, =Soeur Natalia=, =l'Incomprise=, dans le _Gil Blas_; =l'Amour du naturel=, dans le _Figaro_; =le Chant du Coq=, dans _la Revue Libre_.
Villiers de l'Isle-Adam, redoutant que son éditeur n'accompagnât le volume d'illustrations, dans le dessein de justifier sa firme, spécifia qu'il refuserait toute gravure. Deux ans auparavant, il avait, en effet, éprouvé un violent mécontentement, lors de la mise en vente d'un autre recueil de contes, _l'Amour suprême_, lequel avait été «orné» de têtes de chapitre vulgaires. On ne lira pas sans intérêt la curieuse protestation rédigée, à ce propos, par Villiers. Elle touche à plusieurs sujets. La voici:
M. B***, éditeur, place des Vosges, doit faire paraître aujourd'hui lundi, un de mes livres, intitulé =l'Amour suprême=.
Je m'oppose à la mise en vente de ce livre, et j'en réclame la saisie chez M. B*** pour les motifs suivants:
1º Ce volume (ainsi que je suis en mesure de le prouver au tribunal) contient trois nouvelles de plus que celles consenties par moi. Je ne sais en vertu de quel droit M. B*** s'en est accordé la propriété (C'est un jeune homme, et qui vient d'acheter la maison d'édition où il s'est installé).
2º Diverses illustrations ont été faites en ce livre, sans m'avoir été soumises et même contre mon gré. Presque toutes sont de nature à nuire pour plusieurs raisons sérieuses (celle, par exemple, d'escompter tout l'intérêt que peut offrir _l'«inconnu» d'une nouvelle, en le présentant =immédiatement=, en un dessin, sous les yeux du lecteur_,--lequel dès lors, perdant toute curiosité possible, ne s'intéresse plus);--etc., etc.,--plusieurs mêmes _travestissent_ les nouvelles qu'ils semblent commenter, et d'une façon ridicule.
3º _Aucun bon à tirer d'=aucune= nouvelle_ n'a été donné par moi. Aucune _deuxième_ épreuve ne m'a été soumise,--et l'on a tiré, imprimé, illustré, etc., =sans me communiquer même une seule épreuve des trois Nouvelles=, que l'on s'est appropriées sans droit.
4º Les fautes d'impression, depuis la _première_ ligne du livre jusqu'à la dernière, sont telles que cela finit par nuire même à la considération littéraire d'un auteur. C'est simplement une dérision.
5º En ne me communiquant pas d'épreuves de plusieurs Nouvelles, en lésant ainsi mon droit et mon devoir d'auteur, M. B*** m'a également privé de mon droit de dédicace de ces nouvelles, de telle sorte que, les ayant promises, il se trouve qu'il me fait manquer à ma parole, en me pillant et en m'imprimant sans mon consentement.
6º M. B***, par des lettres successives que j'ai collectionnées, ne m'a jamais donné plus de 24 heures pour corriger les premières épreuves des quatre nouvelles sur treize qu'il m'a envoyées; il me menaçait dans ses lettres de donner le bon à tirer pour une heure de retard, alors que j'ai droit de donner ce bon à tirer et que l'imprimeur qui lui a obéi (savoir M. M***) est, lui-même, responsable d'avoir agi, comme l'éditeur, au mépris des lois de la presse les plus élémentaires.--J'intente donc une action contre l'un et l'autre, et, pour me couvrir, tout d'abord, du dol qui m'est causé par la mise en vente de ce livre, je le saisis simplement.--_Comte de Villiers de l'Isle-Adam._
=Nouveaux Contes Cruels et Propos d'Au Delà.=--Cinq derniers contes et des pages inédites, réunis sous le titre de _Propos d'Au Delà_ que Villiers réservait, dès 1887, parmi ses oeuvres à paraître, complétèrent cette réédition (Calman Lévy, 1893). Le _Gil Blas_ avait donné =l'Elu des rêves=, en 1888; _l'Universal Review_, =l'Amour sublime=, le 18 avril 1889; le _Figaro_, =le Meilleur Amour=, dans son supplément littéraire du 10 août 1889, quelques jours avant la mort de Villiers de l'Isle-Adam. Il faut relire dans les _Promenades Littéraires_, les lignes émouvantes tracées par Remy de Gourmont, sur les instants qui précédèrent l'heure suprême. A Saint-Jean-de-Dieu, Villiers énumère des projets, s'inquiète de changements apportés par le secrétariat du «Supplément littéraire», à son manuscrit du «Meilleur Amour»; et il parlait «bas, las, déjà étreint par la mort...»
Les autres Contes étaient posthumes. Les feuilles finales appartenaient à un roman, auquel Mme J. Gautier et Villiers projetèrent de collaborer, sous forme de correspondance; mais il n'y eut jamais que cette première lettre.
C'est Remy de Gourmont qui reconstitua =les Filles de Milton=. Il fit suivre le conte inédit de la note suivante (_Echo de Paris_, 17 février 1891):
Manuscrit inédit de Villiers de l'Isle-Adam. Cinq feuillets in-fº, dont les deux derniers écrits sur les deux faces. C'est un brouillon tout de premier jet, qui ne porte aucune trace de corrections postérieures. Il doit dater du printemps 1888. Du moins, à cette époque, Villiers se préoccupait de plus amples renseignements sur Milton et sur sa famille. La copie est rigoureusement textuelle; des lignes de points séparent différents fragments qui n'ont pas entre eux de lien bien logique.--_R. de Gourmont._
=Fragments.=--_Isabeau de Bavière._ Ecrites à la même date que _Hypermnestra_ et _Lady Hamilton_ (_Chez les Passants_; collection «les Proses», _Georges Crès_, 1914), et pour cette même série des «Grandes Amoureuses» de l'éditeur A. Lacroix, Villiers a extrait de ces pages le «Conte cruel», _la Reine Ysabeau_. Elles attestent ses recherches en vue du _Mémoire_ destiné à disculper Jean de Villiers, au cours du procès intenté, en 1876, aux auteurs de «Perrinet Leclerc», et la préparation du livre: _Documents sur les règnes de Charles VI et Charles VII_, annoncé pendant de nombreuses années.
Les notes sur _Philomela_ et _Paul Forestier_ furent insérées dans la _Revue nouvelle_ (1er décembre 1863) et dans la _Revue des Lettres et des Arts_ (2 février 1868), dont Villiers de l'Isle-Adam était rédacteur en chef. La représentation de la pièce d'Emile Augier avait eu lieu sur la scène du Théâtre français, le 25 janvier 1868. _Gog_ est le fragment d'un poème, non retrouvé, porté au verso du faux-titre de l'édition originale du _Nouveau Monde_; de cette époque, également, _Ave, mater_, imprimé avec le sous-titre: «Hymne français», par un petit journal d'alors, le _Parnasse_ (1er juillet 1877); le manuscrit de _Tarentelle_ recèle l'indication: «A collationner».
On pourrait, en complément à cette bibliographie fragmentaire, ajouter un article de Villiers sur le général Margueritte. _La Mort d'un héros_ (_Figaro_, 12 avril 1884) retrace la carrière du général:
A Fresnes-en-Woevre, chef-lieu du canton où est né le général Margueritte, la statue du glorieux soldat, _le plus jeune général de l'armée française_, tombé à Sedan, sera inaugurée en juillet prochain. Sur la demande du commandant Rogier, la souscription, autorisée par l'Etat qui a fourni le métal de ce monument, et subventionnée par la foule, a été couverte avec un pieux enthousiasme. Arabes et Français se sont souvenus, ensemble cette fois, du bon organisateur, du chef loyal et intrépide. Le bronze a été commandé au sculpteur Lefeuvre. Il représente le général Margueritte au moment de la blessure, tendant l'épée vers l'ennemi, et soutenu par un chasseur d'Afrique dont le bras lui entoure la taille, dont le genou lui maintient la jambe.
Le groupe est d'une mâle et grave beauté. Le piédestal, haut de six mètres, taillé dans le marbre des Vosges, retracera dans ses bas-reliefs des épisodes de la vie militaire, terminée à quarante-neuf ans, de ce défenseur du sol français.
A grands traits, Villiers marque les états de service du général Margueritte, puis vient le récit de sa mort, d'après un manuscrit (publié depuis, en brochure), de son fils, M. Paul Margueritte, «qui a su consacrer à la mémoire de son père des pages d'un style à la fois simple, précis et touchant». Et Villiers termine:
Le lendemain, les plus grands honneurs furent rendus à sa dépouille mortelle par le duc d'Ossona, le général Thiebaud et les officiers de l'armée belge présents à Beauraing.
Margueritte avait adopté, pour sa vie, une devise austère, digne de sa belle âme et qui impressionne comme un appel de l'exil: _Duc in altum!_ Vers la haute mer.
Plus tard, par les soins de la veuve et des enfants qui eurent souci de son dernier sommeil, son cercueil fut transporté en Algérie, terre de sa bonne oeuvre et de sa première blessure.
Maintenant, il dort là, sur le versant d'une colline brûlée, le jour par le soleil--et dont le silence n'est troublé, la nuit, que par le rugissement lointain des lions.
TABLE
NOUVEAUX CONTES CRUELS
LES AMIES DE PENSION. 7 LA TORTURE PAR L'ESPÉRANCE. 22 SYLVABEL. 36 L'ENJEU. 50 L'INCOMPRISE. 64 SOEUR NATALIA. 77 L'AMOUR DU NATUREL. 85 LE CHANT DU COQ. 108
PROPOS D'AU DELA
L'ÉLU DES RÊVES. 125 MAITRE PIED. 137 L'AMOUR SUBLIME. 157 LE MEILLEUR AMOUR. 186 LES FILLES DE MILTON. 202 ENTRE L'ANCIEN ET LE NOUVEAU. 219 FRAGMENT DE ROMAN. 250
FRAGMENTS INÉDITS
ISABEAU DE BAVIÈRE. 263 TRENTE TÊTES SUR LA PLANCHE. 282 A PROPOS D'UN LIVRE. 288 SUR UNE PIÈCE. 301
VERS:
_Gog._ 305 _Ave, mater victa._ 307 _Tarentelle._ 309 _Je m'envolerai._ 310
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE 313
Poitiers.--Société française d'Imprimerie.
NOTE DU TRANSCRIPTEUR
On a représenté entre signes =égale= les mots imprimés en gras dans l'original, et entre signes _souligné_ les passages signalés par une typographie en italique (ou en caractères droits à l'intérieur d'un texte en italique).