Notice bio-bibliographique sur La Boëtie, suivie de La Servitude volontaire
Part 4
En 1835, M. de Lamennais en a donné deux éditions exclusives de toute autre pièce, l'une in-8º avec frontispice successif de 1re, 2e et 3e édition, l'autre in-18, toutes deux avec une préface analytique et apologétique de l'ouvrage.
La _Servitude_ a eu les honneurs de la traduction: en français moderne, en anglais et en italien.
En 1789, on a publié à Paris un _Discours de Marius, plébéien et consul_, traduit de Salluste, suivi du _Discours d'Étienne La Boëtie_, traduit du français de son temps en français d'aujourd'hui, par l'Ingénu (Lafite, avocat) in-8º. En 1791, la _Servitude_ modernisée a reparu dans le supplément à la huitième Philippique (_Ami de la Révolution_, 57 nos de 1790 à 1791, in-8º). Enfin, plus récemment, une édition a été imprimée en Belgique, mais elle n'a pas été mise en vente, à cause du commentaire fort étendu qui l'accompagne, et qui, pour parler comme Montaigne, est AU MOINS _de la même farine_ que le texte, mais beaucoup plus actuel et personnel. Voyez: DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE, ou _le Contr'un, par Étienne de La Boëtie, ouvrage publié l'an 1549_ (date arrangée d'après _les 19 ans_ de De Thou), _et transcrit en langage moderne, pour être plus à la portée d'un chacun, voire des moins aisés, par_ ADOLPHE RESCHATELET (anagramme de CHARLES TESTE, mort il y a peu de temps, frère de l'ancien ministre); Bruxelles et Paris, chez les marchands de nouveautés, 1836, in-18 (il y a des exemplaires avec errata, d'autres n'en ont pas). L'auteur annonce que cette édition est préparée depuis 1834, et devait paraître avant celles qui l'ont précédée; il ajoute qu'elle s'en distingue par le soin qu'il a apporté à la mettre au niveau de toutes les intelligences, et par les _notes dont elle est accompagnée_. La _Servitude_ est précédée d'extraits des lettres de Montaigne qui ont trait à La Boëtie et du chapitre de l'_Amitié_. Elle est suivie de plusieurs pièces étrangères à notre auteur (pages 127 à 158). Je suis entré dans quelques détails sur ce volume puisqu'il ne se vend pas et que les exemplaires en sont fort rares en France.
Il a paru à Londres en 1735, in-12, sous ce titre: a _Discourse of Voluntary Servitude_, une traduction anglaise faite avec grand soin, qu'on dit être d'un style «plus net, plus coulant et plus poli que l'original», précédée d'une assez longue préface du traducteur. Une expression de La Boëtie, que Coste n'avait pas pu expliquer, se trouve là éclaircie pour la première fois (le panier d'Érichtone). Cette traduction, portée au catalogue du _British Museum_, est assez rare pour qu'un bibliophile ardent et distingué, M. S. Van de Weyer, ambassadeur belge à Londres, qui a bien voulu m'en donner une analyse, m'ait dit n'en avoir vu qu'un seul exemplaire (bibliothèque de lord Malmesbury).
Enfin une traduction italienne, par César Paribelli, _Loisirs d'une Servitude involontaire_, car l'auteur était détenu politique, parut à Naples, «anno settimo republicano», in-18, avec les notes de Coste, sous ce titre: «Discorso di Stefano della Boëtie della Schiavitù Volontaria o il Contra uno. Liberta, Eguaglianza.»
Après les honneurs de la traduction, la _Servitude_ a eu ceux de la réfutation. Henri de Mesmes[32], digne émule de La Boëtie pour la précocité, puisqu'il professait le droit à Toulouse à seize ans, ami de Montaigne, qui, cette même année 1570, lui dédie une des traductions de La Boëtie (_Règles de mariage_), protecteur de tous les savants, celui-là qui fournit à Lambin ses meilleures observations sur Cicéron, à René du Bellay de bons renseignements pour les mémoires de Martin et de Guillaume, Henri de Mesmes avait formé le projet de réfuter _in extenso_ l'opuscule de La Boëtie. Dans ce but il en avait rédigé un extrait analytique _pour y répondre_, c'était une sorte de programme de son travail. De plus il avait rassemblé dans les anciens auteurs, Xénophon, Isocrate, Plutarque, Aristote, Callimaque, etc., un grand nombre de passages propres à étayer ses raisonnements; ce projet est resté en cours d'exécution.
[Note 32: Seigneur de Roissy et de _Malassise_, celui-là même qui avec Biron (boiteux), conclut en 1570, à Saint-Germain, avec les chefs des protestants, cette paix éphémère dite _boiteuse et malassise_, dont la Saint-Barthélemy fit expier la désignation railleuse.]
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MANUSCRIT DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE. Toutes les éditions de la _Servitude volontaire_ ont été données d'après la première publication faite dans les _Mémoires de l'Estat de France_, c'est-à-dire d'une manière fort incorrecte et en beaucoup d'endroits tout à fait inintelligible, les éditeurs de ce recueil étant préoccupés de tout autre chose que de la pureté des textes. Il devenait donc très-important de rencontrer un de ces manuscrits qui au seizième siècle couraient «ès mains des gens d'entendement.» J'ai été assez heureux pour en trouver un à la Bibliothèque impériale (indiqué par M. P. Paris, _Manuscrits français de la bibliothèque du Roi_, t. VI); c'est celui qui a appartenu à Henri de Mesmes. Il est joint au projet de réfutation dont j'ai parlé ci-dessus; et, pour surcroît de preuves de sa provenance, les _Memoranda_ de Henri de Mesmes renvoient aux pages du manuscrit. Il ne porte ni titre, conformément à ce que dit Montaigne, et ce qui explique la diversité de ceux sous lesquels on l'a désigné; ni date, ce qui explique la divergence des écrivains sur ce point.
Une collation minutieuse de ce manuscrit avec les imprimés m'a fait découvrir non pas tant des variantes que des fautes énormes reproduites par les éditeurs, de telle sorte qu'une foule de passages obscurs dans les imprimés sont parfaitement clairs dans le manuscrit; un vers entier, des phrases entières ont été omis. On a imprimé _le sang_ de la tyrannie, pour _le sein_; les bœufs sous _les pieds_ du joug geignent, pour _le poids_; je ne lui _permets pas_, pour _je lui permets_; le feu est sans _forme_, pour sans _force_; _étendre_ pour _estreindre_; connoissance du _bien_, pour _mal_; _taxés_, pour _tachés_; _malhabiles_ pour _mal habillés_; _marin_, pour _Macrin_ (celui qui fit tuer Antonin Caracalla). Le bon sens de Coste avait déjà, par une note, indiqué cette erreur, mais il avait laissé le nom de _marin_ dans le texte; celui de Macrin qui se trouve dans le manuscrit est une preuve décisive entre mille qu'il donne la bonne leçon. Enfin, pour en finir, j'ai antérieurement cité l'expression de «panier d'Érisichtone». Le savant M. J. V. Leclerc avait supposé qu'il fallait écrire d'après Suidas, ERICHTONE, ce que confirme le manuscrit.
A l'avenir donc les éditeurs de la _Servitude_ ne pourront se dispenser de consulter et, à mon avis, de suivre ce manuscrit, qu'ils trouveront relié avec sa réfutation fonds de Mesmes nº 564; et par une singulière distraction du relieur qui a lu le nom d'Homère aux premières lignes, il est intitulé _Extraits d'Homère_.
Je voudrais dire maintenant quelques mots des jugements qui ont été portés sur _la Servitude volontaire_. Mais il est impossible de sortir de ce dédale de contradictions autrement qu'en citant textuellement!
Montaigne juge ce traité _gentil et plein au possible_.--De Thou qualifie son auteur de _sage et savant_.--Scévole Sainte-Marthe, Colletet trouvent cet ouvrage _excellent_.--M. Barthelemy-Saint-Hilaire le dit un _admirable traité_ (_Politique d'Aristote_).--M. L. Feugère le trouve _marqué au coin de la véritable éloquence_.--Pour M. P. Lacroix, c'est un beau _morceau d'utopie politique_ (_Catalogue Karstner_).--Pour Paul Dupont, c'est (_Ann. litt. de la Dordogne_) un _Évangile politique_.--Pour M. Lebas (_Univers pittoresque_), c'est un _des plus beaux monuments de la langue française_.--Pour M. S. de Sacy (_Journal des Débats_, avril 1852), c'est _une des plus belles pages en prose que nous ait léguées le seizième siècle_.--Enfin, M. Chevreul (_Hubert Languet_) le juge un _des monuments_ les plus _remarquables de la prose française_ au seizième siècle[33].
[Note 33: M. Chevreul toutefois conclut en classant Montaigne et La Boëtie parmi les protestants, par la nature de leurs raisonnements, et par leurs œuvres.--Ce jugement me paraît contestable.]
Naigeon dans une note manuscrite ajoutée à son exemplaire, dit que le _Contr'un_ est écrit d'un _style mâle et vigoureux_.
Mais, en revanche, Baillet dit que, si La Boëtie avait composé son livre en vue de l'usage qu'on en a fait, c'eût été une _tache éternelle à son nom_.--Lamonnaye trouve que c'est «_une très froide, très ennuyeuse et très puérile déclamation_.»--M. Henri Aigre, tout en reconnaissant que le _Contr'un_ «est écrit avec une force et une noblesse que la prose de ces temps n'avait pas encore atteintes,» n'en déclare pas moins l'ouvrage «_fort dangereux en politique_.»--M. Baudrillart trouve dans le _Contr'un_ «_un appel à l'insurrection, d'une entraînante éloquence_.»--M. Matter (_Histoire des doctrines morales et politiques des trois derniers siècles_) regarde La Boëtie comme le représentant de la doctrine de la renaissance poussée par le RADICALISME à _l'action la plus funeste_, de même qu'il regarde Thomas Morus comme représentant la même doctrine réduite par L'IDÉALISME _à la nullité pratique_.--M. J. B. Laforêt, professeur au séminaire de Bastogne, prend aussi La Boëtie comme type pour le principe démocratique; et il l'oppose à Bodin, qu'il prend pour type du principe monarchique (Voy. le _Mém._ lu en 1852 à la Soc. litt. de l'Université catholique de Louvain, sous le titre de: _Lutte entre le principe démocratique et le principe monarchique au seizième siècle, ou Étude sur La Boëtie et Bodin_, analysé dans le rapport que M. Prosper Staes a inséré dans l'_Annuaire_ de cette université; Louvain, 1853, page 35). Mais M. Matter va plus loin: oubliant que, sujet fidèle, La Boëtie a été l'oracle d'un parlement, qu'il se présente à la postérité sous l'égide de l'amitié de Montaigne et de l'estime de De Thou, M. Matter dresse contre la _Servitude volontaire_ un véritable réquisitoire, et il conclut en disant que le _Contr'un_ est une _déclamation séditieuse_, qui serait de nature à _faire traduire son auteur devant les tribunaux_!
L'espace nous manque pour citer en entier ce curieux jugement, qui tombe par sa propre exagération, et dont la meilleure réfutation serait la reproduction pure et simple de tout le passage relatif à La Boëtie.
Je n'ajouterai pas un jugement de plus à ceux que je viens de rapporter: le lecteur impartial relira l'œuvre de La Boëtie en tenant compte des conditions dans lesquelles elle a été écrite, et nous osons espérer qu'il ne vouera pas le nom de l'auteur à l'exécration des générations futures.
Quelle que soit d'ailleurs l'opinion qu'on se forme de cet ouvrage, nous devons tous faire comme Montaigne, et «être particulièrement obligés à cette pièce, d'autant qu'elle a servi de moyen à leur première accointance.»
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ŒUVRES COMPLÈTES. Jusqu'ici j'ai mentionné des parties isolées des œuvres de La Boëtie; mais M. Léon Feugère, qui en 1845 avait donné une «_Étude sur la vie et les ouvrages de La Boëtie_ (Paris, in 8º),» publia en 1846 la première édition complète des œuvres connues de cet auteur. J'ai apprécié cette intéressante collection dans le _Bulletin du Bibliophile_ (Techener, août 1846), et, après avoir rendu justice au remarquable travail d'érudition dont le texte est accompagné, j'ai témoigné le regret que le laborieux éditeur qui avait à juste titre admis les dédicaces de Montaigne n'eût pas inséré la lettre de cet auteur sur la mort de son ami; à mon avis, une édition de La Boëtie ne serait complète qu'à la condition de contenir cette lettre et même le chapitre de l'_Amitié_.
Ce volume des œuvres complètes (Paris, Delalain, in-12) comprend tous les opuscules connus de La Boëtie, même les vingt-neuf sonnets insérés dans les _Essais_.
Il ne me reste plus qu'à indiquer un certain nombre d'écrivains qui ont jugé La Boëtie, et que je n'ai pas eu occasion de nommer dans les citations que j'ai faites d'environ cinquante ouvrages différents. Mais auparavant je dois publiquement reconnaître combien je suis redevable à l'assistance de MM. l'abbé Audierne, de Mourcin et Lapeyre, à Périgueux; MM. G. Brunet et Delpit, à Bordeaux; M. S. Van de Weyer, ambassadeur à Londres; M. J. B. Lascoux, à Paris, et surtout à M. Richard, conservateur adjoint de la Bibliothèque impériale, ma providence bibliographique.
J'ajouterai, pour l'acquit de ma conscience, que ce travail biographique, qui n'entrait en aucune façon dans mes projets actuels, est uniquement dû au scrupule honorable, et certainement exagéré, d'un des plus laborieux collaborateurs de la _Biographie nouvelle_. M. Regnard, qui avait été chargé de l'article LA BOËTIE, vint me demander quelques renseignements, et, frappé du nombre de pièces que je possédais et que je mettais à sa disposition il renonça à écrire cet article, et je dus, sur ses instances réitérées, consentir à m'en charger. On a vu dans l'avertissement comment je me suis trouvé entraîné au delà des limites qui m'étaient assignées.
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LISTE COMPLÉMENTAIRE des ouvrages à consulter sur Étienne de La Boëtie.
Le P. Lelong, édit. de Fontette, écrit ce qui suit sous le nº 33129: MANUSCR. _Mémoires pour la vie d'Estienne de La Boëtie recueillis par M. Philibert de Lamare, conseiller au parlement de Dijon_. Malgré d'actives recherches je n'ai pu parvenir à découvrir ce manuscrit à la Bibliothèque impériale; je l'ai cherché dans le fonds Lamare, qui se compose d'environ 600 volumes, dans les mémoires de ce magistrat, qui se trouvent non dans le fonds qui porte son nom mais dans le fonds Bouhier, et sans plus de résultat. Seulement, dans le catalogue du premier de ces fonds, j'ai trouvé deux morceaux portant le nom de _Boëce_ en latin _Boëtius_, et je me suis demandé s'il n'y aurait pas eu confusion entre les deux noms; mais cela est peu probable, puisque dans le catalogue il s'agit de la _Consolatio philosophiæ_, et que dans le P. Lelong il est question de _Mémoires_.
On sait, du reste, que la Bibliothèque ne possède qu'une partie des manuscrits de Lamare; le reste se trouve encore à Dijon.
Ce qui porte à admettre l'exactitude de la note du P. Lelong, c'est que Lamare a écrit une vie d'Hubert Languet, publiée sans nom d'auteur par J. P. Ludwig. Il a de plus composé plusieurs biographies qu'on n'a pas osé imprimer, dans la crainte de porter ombrage à de puissants personnages. La même raison a pu prescrire la même discrétion relativement aux mémoires sur La Boëtie, mais cela ne porte aucune atteinte à la probabilité de leur existence.
On peut consulter encore sur La Boëtie; 1º _Mémoires en forme de lettres pour servir à l'histoire des grands hommes de la Guyenne_. Étienne de La Boëtie; Lettre première, lue à l'Académie des sciences de Bordeaux en 1777 par Delphin de Lamothe (manuscrit inédit, Bibliothèque de M. J. Delpit); 2º De Thou, _Hist._, liv. 5, 35, 47; 3º Tessier, _Éloges des savants_; 4º Florim. de Ræmond, _la Couronne du soldat_; 5º G. Naudé, _Mascurat_; 6º Goujet, _Biblioth. française_, t. XII; 7º Leclerc, _Bibliothèque ancienne et moderne_, t. XXVII; 8º Baillet, _Jugem. des savants_, tom. IV, _Enfants célèbres_, XLI; 9º Klefeker, _Bibliotheca eruditorum precocium_, Hamburg, 1717; 10º _le Passe Tems de messire François le Poulchre_, seig. de la Motte Messemé; 11º Marchet, Delfau, _Ann. de la Dordogne_; _Calendr. administratif_, an XI; 12º _Concours de 1812 à l'Académie française, Éloges de Montaigne_ par Villemain, Jay, Droz, Dutens, Biot, etc.; 13º Moréri et les _Biographies_ de Chaudon et Delandine, de Michaud, de Weiss, etc.; 14º Hallam, _Hist. de la litt. de l'Europe_; 15º Sismonde de Sismondi, _Histoire des Français_, t. XVII; 16º Henri Aigre, _Précis de la littérature en France_; 17º Nodier, _Manuel de bibliographie_, 1835; 18º J. F. Payen, _Notice bibliograph. sur Montaigne_, 1837; _Docum. inédits ou peu connus sur Montaigne_, 1847; _Bulletin du bibliophile_, 1846; 19º Sauveroche, _Discours sur les célébrités du Périgord_; 20º M. Compans, avocat général à Bordeaux, _Discours de rentrée de la cour, Mémor. Bordelais_, 6 novembre 1841, reproduit dans les _Annales agricoles et littéraires_ de la Dordogne 1848, et dans la _Guyenne historique et monumentale_, cinquante-troisième et cinquante-quatrième liv.; 21º Bouffanges, art. dans le journal _le Sarladais_, 19 mars 1836; 22º M. la Rouverade, président au tribunal civil de Sarlat, journal _le Sarladais_, 2 juin 1838; 23º Marguerin, _Courrier français_, 31 décembre 1846; 24º P. Leroux, _Revue sociale_, 1847; 25º Mongin, _Encyclopédie nouvelle_, t. II, 1847; 26º M. Lebas, _Univers pittoresque_, Paris, Didot; _France_, t. IX; _Biographie_, t. XI; _Philosophie_;--_Annales historiques_, tom. Ier; 27º Violet le Duc, _Catalogue raisonné de sa bibliothèque_; 28º Lamothe, _Compte rendu de la commission des monuments du département de la Gironde_, Paris, 1849; 29º _Magasin pittoresque_, juin 1850, art. biogr., et _Maison de Sarlat_; 30º H. Baudrillart, _J. Bodin et son tems_, 1852; 31º Henri Chevreul, _Hubert Languet_, 1852; 32º le _Dictionnaire de la Conversation_, art. _Boëtie_; 33º Naigeon, notes autographes et inédites inscrites sur son exemplaire des _Essais_.
LA
SERVITUDE VOLONTAIRE
OU
LE CONTR'UN.
AVIS AU LECTEUR.
Dans la notice qui précède, nous avons dit quelques mots du manuscrit d'après lequel nous donnons l'impression nouvelle de la _Servitude volontaire_. Ce manuscrit a appartenu à Henri de Mesmes, ami de Montaigne et peut-être aussi de La Boëtie[34]. Montaigne lui a dédié la traduction des _Règles du Mariage_, de Plutarque, ce traité dont Wittenbach disait: «_Suavis est materia, suavior est forma._»
[Note 34: Henri était tout à fait contemporain de Montaigne et de La Boëtie, puisque, né en 1532, il se trouvait avoir un an de plus que le premier et deux ans de moins que le second. Son père mourut la même année que celui de Montaigne (1569).]
Ce petit in-folio se trouve aux manuscrits de la Bibliothèque impériale, nº 7218. 3, fonds de Mesmes, 564[35]. Il se compose de trente-trois feuillets, sur lesquels la _Servitude_ occupe vingt-six pages, d'une belle et nette écriture, imitant l'italique des impressions du seizième siècle. Sur les feuillets restants, vingt-sept pages contiennent les matériaux d'une réfutation que _de Mesmes_ avait l'intention d'entreprendre. On trouve là un «_Extraict du liure de La Boitie pour y respondre_,» des citations d'auteurs anciens dont l'autorité devait être invoquée, enfin des _memoranda_ inscrits à la marge des EXTRAICTS qu'ils devaient réfuter (_on dira... era monstré que.._ etc).
[Note 35: Ce fut en 1731 que mesdames la duchesse de Lorges et la marquise d'Ambré cédèrent au roi les manuscrits de leur père, M. le président de Mesmes, composant plus de 600 volumes in-fol. Cette collection avait dû être formée successivement par les ancêtres du président, et au 3e degré des ascendants nous trouvons Henri de Mesmes, celui dont nous nous occupons, conseiller à la Cour des aides, puis au grand Conseil, puis maître des requêtes, podestat de la république de Sienne, chancelier de Navarre, garde du trésor des Chartes, surintendant de la maison de la reine Louise, femme de Henri III, mort en 1596.]
La _Servitude_ n'est pas de la main de _de Mesmes_; mais les annotations qui la suivent sont incontestablement autographes, d'après la comparaison que nous en avons faite avec les pièces que nous possédons de ce personnage.
Le manuscrit de H. _de Mesmes_ offre un grand intérêt.
1º Il fait comprendre comment le public fut amené à imposer un intitulé quelconque à ce discours, puisque le manuscrit (et vraisemblablement aucun des autres) n'en porte pas; comment chacun a varié sur l'époque à laquelle on suppose que la _Servitude_ a été écrite, puisqu'il ne porte pas plus de date que de nom d'auteur.
2º Il offre sur la leçon de tous les imprimés des variantes nombreuses et importantes; mais surtout, en comblant des lacunes considérables, il rend parfaitement intelligibles des passages qui dans les diverses éditions n'ont pas de sens.
3º Enfin l'orthographe du manuscrit est beaucoup moins surannée que celle des imprimés, nous la reproduirons scrupuleusement, et nous avouerons que de prime abord elle nous avait fait hésiter sur l'âge de cette copie. Mais le doute n'est pas permis, puisque les _Extraicts_, qui sont incontestablement de la main de _de Mesmes_, portent chacun un numéro qui renvoie au manuscrit, et qui y correspond exactement.
Cette observation sur l'orthographe nous a d'autant plus frappé, que cette manière d'écrire se rapproche beaucoup de celle de Montaigne dans les lettres et manuscrits de cet auteur que nous avons eu occasion d'étudier. Il semble que pour les deux écrivains, elle est moins le résultat d'un système qu'une recherche d'économie de peine et de temps: l'un et l'autre se bornent aux lettres nécessaires pour former le son de chaque syllabe; et ils suppriment la plupart des lettres doubles ou des consonnes surabondantes, sans se soucier de l'étymologie. C'est ainsi que Montaigne écrit le plus souvent, _home_, _somes_, _miene_, _come_, _votre_, _notre_, _philosofe_, _conoysance_, etc.[36].
[Note 36: Je me borne à rapprocher comme exemples quelques mots pris au hasard dans les imprimés et dans le manuscrit; aultre, autre; aulcun, aucun; assubiectis, assujetis; avecques, avec; besoing, besoin; chorde, corde; contraincts, contrains; cettuy, celui; desfaict, défait; dangier, danger; doncques, donc; feit, fit; nays, nés; veoy, voi; etc., etc.]
Nous avons ajouté quelques notes; et, si quelquefois nous avons rapporté les leçons vicieuses des imprimés, c'était bien moins pour nous donner l'occasion d'un petit triomphe que pour établir incontestablement l'authenticité de notre manuscrit.
Surtout nous n'avons pas voulu priver le lecteur des annotations des savants éditeurs qui nous ont précédé; mais nous nous sommes borné à celles qui ont un rapport direct avec le texte; nous avons même donné quelques exemples des observations critiques de _de Mesmes_. Notre unique but a été de reproduire l'œuvre de La Boëtie, telle qu'elle a été créée par son auteur. Quelque jugement qu'on porte sur elle nous pouvons espérer par nos soins, qu'au moins elle sera appréciée en connaissance de cause.
NOTE RELATIVE AUX LITHOGRAPHIES.
Nous donnons en tête de cette publication une _Vue du château de La Boëtie_ et des _fac-simile_ qui se rapportent à ce personnage.
La vue, dessinée d'après nature, est plus étendue que celle que donne la _Guyenne monumentale_. On y trouve le pigeonnier et le moulin, attributs anciens de la seigneurie. A gauche, on voit le commencement d'une longue avenue plantée d'arbres qui sert de promenade.
En arrière du petit château, et parallèlement à lui, existe un autre édifice: c'est la chapelle, qui se trouve reliée au castelet par un bâtiment transversal; de telle sorte que l'ensemble des constructions représente un P grec, Π.
Cette propriété appartenait encore, dans ces dernières années, à madame Philopal, qu'on nous a assuré, sans en fournir la preuve, être veuve d'un descendant de la famille de La Boëtie.
Quant aux autographes, nous avons relevé les signatures d'_Antoine_ et d'_Étienne_ de LA BOETIE sur les pièces qui sont mentionnées dans la NOTICE. Les spécimens de _Henri de Mesmes_ sont pris dans divers endroits du manuscrit; nous y avons ajouté une signature choisie parmi celles que nous possédons de ce personnage.
LA
SERVITUDE VOLONTAIRE.
D'auoir plusieurs seigneurs aucun bien ie n'y voy; Qu'un, sans plus, soit le maistre, et qu'un seul soit le roy[37];
[Note 37:
Οὐϰ ἀγαθον πολυϰοιρανιη εἱς ϰοιρανος ἐστω Εἰς βασιλευς.
(_Iliad._, l. 2, v. 204, 205.)]
ce disoit Ulisse en Homere, parlant en public. S'il n'eust rien plus dit, sinon
D'auoir plusieurs seigneurs aucun bien ie n'y voy,