Notes sur Londres

Part 2

Chapter 23,108 wordsPublic domain

Cette sensation se répète sous une autre forme dans les profondeurs du métropolitain, dans ces vastes gares souterraines remplies d'un mouvement incessant; les trains arrivent de tous côtés avec une rapidité vertigineuse; mais comme tous les départs sont _clairement_ indiqués sur des affiches, il n'y a nulle confusion, et la ruche humaine s'emplit et se désemplit sans trêve. Le _Under ground_ (sous terre), comme s'appelle couramment le métropolitain, est une des premières commodités de Londres, et l'esprit pratique des Anglais en a tiré immédiatement le meilleur parti, en choisissant les _troisièmes_ classes comme moyen de circulation. Ce sont du reste de magnifiques voitures, d'une propreté parfaite, admirablement éclairées; et ce n'est pas seulement à Londres que les troisièmes classes sont mises à contribution, les nombreuses familles des clergymen ont commencé par donner l'exemple, on les a imitées et les choses en sont à ce point que _Punch_ a publié une caricature dans laquelle il représente des _Juifs_ montant en _premières_, et des gens distingués en _troisièmes_!

Les omnibus de Londres, tout bardés d'affiches, ne ressemblent en rien aux lourdes écraseuses qui, avec leur grotesque système de correspondance et leur pompeuse régularité, sont si inutiles à la population parisienne. Jamais, heureusement pour eux, les Anglais ne se sont résignés au parcage des voyageurs en des enclos fermés, ni au ridicule et lugubre défilé des numéros! Y a-t-il rien de plus pitoyable que ce bétail humain pressé derrière un conducteur plus ou moins insolent, attendant d'un air navré l'appel de son numéro, et repataugeant quatre ou cinq fois dans la boue pour recommencer encore? On se demande comment les gens occupés peuvent jamais prendre un omnibus à Paris; à Londres, au contraire, les voitures sont petites, nombreuses, et se font concurrence; le prix est calculé selon la distance et est prodigieusement minime; certains omnibus n'ont même pas de conducteurs: le voyageur est prié par écrit de mettre le penny ou les deux pence dans une boîte _ad hoc_, et pour cette somme il fait un long trajet; le public et l'exploiteur trouvent leur compte à ce système primitif.

La tutelle incessante et insupportable qui s'exerce sur tout Français majeur n'existe pas en Angleterre, et l'initiative particulière se fait jour en toute occasion, au plus grand bien de chacun. La _veulerie_ spéciale qui résulte de l'attente de cette ingérence de l'État (abstraction que même M. Taine ne peut arriver à définir) n'a pas cours ici; on vit et on meurt sous sa propre responsabilité, ce qui, en définitive, paraît infiniment préférable. Nous sommes, je pense, plus loin que jamais en France d'un pareil état d'esprit et, avec la mode nouvelle qui envoie toute l'élite de la jeunesse à l'armée, il est à craindre que les individualités fortes disparaissent de plus en plus: en Angleterre, seul pays d'Europe, le militarisme n'est pas à la mode. L'Anglais a vu de près ce que la caste militaire a fait de l'Allemand: une machine obéissante et puissante, mais une machine tellement déprimée par le joug qui a pesé sur lui, que même dans les emplois civils il apporte une sorte d'humilité patiente et est devenu dans les banques et les maisons de commerce une espèce de coolie chinois travaillant à moitié prix.

L'Anglais, lui, ne se résigne jamais; le mot _fight_ (se battre) s'applique aux actions les plus diverses, tant matérielles qu'intellectuelles. Un homme ne fait pas son chemin dans la vie--_he fights his way_, cela évoque tout de suite l'idée de l'Anglais, les poings fermés, allant résolument à l'obstacle. On se bat contre la mauvaise fortune, on se bat contre la maladie, le chagrin, l'ennui. Ce combat, indiqué par la langue même, est une chose admirable: au fond, cet effort c'est tout le développement de l'être perfectible et la doctrine des agnostics. Les Anglais regardent encore la vie comme une chose sérieuse et tangible, comme une chose importante, intéressante et même agréable. C'est le sentiment qu'on en avait aux siècles passés, alors qu'on accomplissait de tels prodiges pour faire «sa fortune» dans le sens que ce mot avait autrefois. On s'y efforce encore en Angleterre, car le plébéien peut arriver à la _Pairie_, et les distinctions sociales n'ont pas le caractère purement honorifique qu'elles ont revêtu en France, la comédie du désintéressement n'y a pas cours, et en étendant la portée de la pensée exprimée, le vieux docteur Johnson, qui incarne si parfaitement l'esprit anglais, a formulé une grande vérité lorsqu'il a dit: «Il n'y a que les imbéciles qui écrivent pour autre chose que l'argent.»

III

L'ESPRIT NOUVEAU

L'esprit nouveau, celui qui souffle depuis vingt ans, renversant le vieil édifice puritain, continue son œuvre sans repos ni trêve, et a changé, change tous les jours de plus en plus le côté extérieur de l'existence anglaise; le goût de ce qui est beau, délicat, superflu, est poussé aujourd'hui à l'extrême et à un point qui aurait été sûrement jugé immoral par les générations précédentes.

En vérité, il y a une source de volupté particulière, mais très sensible, dans le contraste entre l'atmosphère de cette ville en décembre, écrasée par un brouillard effroyable, morne, épais, tangible, puant, entre ces ténèbres permanentes, ce mur mou et sombre qui semble vouloir tout étouffer, les êtres, la lumière, et les sons, et la recherche partout vers la clarté, la blancheur, l'élégance, la fraîcheur. Il y a, par exemple, une sensation indéfinissable à passer de la rue dans un de ces intérieurs arrangés par Liberty, auxquels la douceur des tons, la sobriété des ornements, la légèreté des lignes, l'harmonie parfaite prêtent un charme profond et subtil; cela n'est pas du grand art, cela ne tient à aucun style en particulier, et cependant ces pièces éclairées à la lumière blonde et pure de l'électricité, dont les lampes semblent de grosses fleurs lumineuses, procurent un état d'esprit voisin de celui que donne la vision d'une de ces chambres idéales entrevues dans un coin de tableau des Primitifs; cela est charmant, intime et infiniment poétique, car il y a une très réelle poésie dans le pli de certaines étoffes, dans les teintes fondues mystérieuses de ces gazes si douces; il y a une séduction caressante dans ces couleurs claires où rien ne heurte l'œil, où rien même ne l'arrête, mais où tout le repose; le soin du plus léger détail, de la fleur unique dans le vase bleu ou jaune à forme élancée, a un rappel de l'Orient, de ce Japon si raffiné, où la créature humaine trouve ses délices à la fête des cerises et à celle des chrysanthèmes! C'est quelque chose du même genre qui existe maintenant en Angleterre, chez cette nation réputée grossière et rude. La passion du joli, des teintes harmonieuses, se répand de proche en proche; dans tous les intérieurs il y a un effort dans ce sens, l'_embellissement_ est devenu une nécessité reconnue, et l'aménagement de certaines demeures, non point parmi les grandes et magnifiques, mais parmi les modestes, celles qui répondent à un appartement de quatre à cinq mille francs, est fait pour surprendre. Le côté plastique est recherché en tout, la rage d'ornementation, pour la table notamment, est générale, et des objets charmants, d'un goût vraiment pur, sont accessibles à toutes les bourses un peu aisées, les cervelles des femmes sont occupées à des inventions de raffinements nouveaux, et il faut lire les journaux à clientèle féminine pour se figurer la part que l'_ornementation_ et l'_embellissement_ du home tiennent maintenant dans les préoccupations.

Ce peuple devient aussi sensuel que les Italiens de la renaissance. A l'exposition des œuvres d'un peintre à la mode, l'artiste avait imaginé, pendant ces glaciales journées de décembre, de remplir la salle de violettes odorantes; il fallait que la sensation fût complexe, et elle l'était évidemment; un autre y ajoutera, sans doute, une musique douce et lointaine. Du reste, on ne peut se figurer le soin du cadre qu'on apporte ici, et ce qu'il y a loin de cela à la froide et triste salle de la rue de Sèze, salle lugubre, faite pour les réflexions chagrines, et où rien ne prépare à la jouissance de la couleur.

Voici, par exemple, _Burne Jones_ qui a exposé quatre tableaux seulement: _Une légende_, dans une des salles de Bond Street. La pièce est exactement de la grandeur qu'elle doit être, chauffée et éclairée à miracle, précédée d'un élégant escalier lumineux et gai, et l'esprit se trouve naturellement porté vers un ordre d'idées qui lui permet de s'identifier avec celles que l'artiste a voulu provoquer. Ces quatre tableaux disent une infinité de choses; c'est là toute l'Angleterre nouvelle, subtile, raffinée avec un côté peut-être enfantin, qui est si propre aux longs espoirs et aux patients travaux. Cette «Légende de l'églantier» est tout bonnement l'histoire de la Belle au bois dormant, que l'artiste a illustrée avec une conscience, un labeur, un soin merveilleux. D'abord il faut quelques instants pour se ressaisir et se mettre au point devant le premier tableau, car c'est, à première vue, confus et extraordinaire, un fouillis inextricable d'épines énormes, éclairées çà et là de quelques pétales effeuillés d'un blanc rose; et au milieu de ce dédale, couchés à terre et endormis, les chevaliers que le sommeil a terrassés, et que les broussailles ont enveloppés sans qu'ils puissent arriver à la princesse; dans le coin du tableau, un seul, le chevalier magique, devant lequel s'écartent d'elles-mêmes les ronces et les épines, est debout, les yeux ouverts, et c'est l'unique dans toute la composition dont les paupières ne soient pas closes. On ne peut décrire la sorte d'attirance mystérieuse qui émane de ces quatre tableaux,--tout ce que Burne Jones a mis dans la figure solitaire de ce chevalier, tout ce qu'il symbolise et tout ce qu'il représente, et l'impénétrable tristesse de ce fouillis de ronces et d'épines.

La seconde composition montre le roi et la cour au moment où ils ont été saisis par le fatal sommeil, et tous ces visages endormis ont une expression intense, la pensée passe sur tous ces fronts penchés.

Le troisième tableau, le plus délicieux peut-être comme arrangement, comme type de beauté, figure une cour intérieure dans quelque idéale demeure du moyen âge; des jeunes filles sont immobiles autour de la margelle du puits près duquel le magique assoupissement s'est emparé d'elles; une autre a laissé tomber sa tête sur le métier à tisser, devant lequel elle était assise. La couleur est partout exquise, celle des vêtements, celles du cadran solaire, de la mosaïque de marbre transparent, qui pave cette cour féerique; c'est proprement un charme que de contempler cela, et cette atmosphère qui semble faite pour des vols de colombe. Mais où le sentiment d'une pureté et d'une virginité impolluée atteint son entier épanouissement c'est dans le quatrième tableau, celui qui représente endormie la princesse enchantée. Elle est là, vêtue de blanc, les cheveux blonds chastement épars comme un voile; la baguette puissante de la fée a fermé ses yeux, ses yeux si beaux, ses yeux si doux! La candeur innocente de son front, de tout son être est inexprimable; elle a bien «ce quelque chose de lumineux et de divin» dont l'a gratifiée le vieux Perrault. Couchée sur un lit merveilleux, la tête appuyée sur un oreiller rose et argent, elle dort depuis cent ans! et, à ses pieds, dorment ses femmes. Sur le tapis magnifique sont épars des objets rares et précieux, une cassette, un luth; une lumière irréelle et ravissante plane sur tout, et une longue branche d'épines s'étend mystérieuse et serpente au-dessus des figures endormies. Le prince va entrer tout à l'heure et dissipera tout cet enchantement!

Des centaines de personnes iront voir ces tableaux et y trouveront un plaisir extrême, et il est évident que c'est là un signe des temps, et que même dans une élite, un goût aussi délicat et aussi fin, pour des compositions d'une spiritualité si élevée et en même temps d'une beauté si sensuelle, est remarquable.

Ce goût presque extravagant pour le côté plastique de toute chose a pénétré même la politique, et _une fleur_, la primevère, est devenue l'emblème sérieux d'un grand parti.

Chez l'Anglais, le sentiment poétique à l'état primitif est encore intact et lui fait trouver plaisir à des puérilités qui feraient souvent rire le vieux Latin désabusé. N'est-ce pas une chose extraordinaire que de voir, à jour dit, toute une partie de la nation se parer d'une fleur en mémoire d'un mort? Ainsi le 19 avril dernier, le spectacle à Londres était vraiment curieux, hommes femmes et enfants de toutes les classes, même les balayeurs et les mendiants, portaient sur eux la primevère jaune en mémoire de Disraeli, les primevères s'entassaient au pied de sa statue, et la manifestation, sous cette forme naïve, éclatait partout avec une unanimité absolument prodigieuse. C'est un singulier phénomène que cette influence posthume de Disraeli, et il serait curieux de rechercher la part qu'il a eu au changement de mœurs et de goûts qui s'est fait dans la société anglaise. La passion de faste de «Dizzie» resté, par l'âme et l'esprit, un Oriental, est connue; on sait combien ce sémite se plaisait aux couleurs voyantes, aux riches bijoux, à la pompe des cérémonies; un des amusements favoris de sa triomphante vieillesse était de contempler, s'ébattant sur la terrasse de son château, les nombreux paons dont il aimait à être entouré et dont les couleurs chatoyantes flattaient sa vue.

Dans les romans de la jeunesse de Disraeli on voit déjà l'attrait irrésistible qu'exerçaient la richesse et les demeures somptueuses sur sa vive imagination; à la fin de sa carrière, il fallait, pour la satisfaire, qu'il investît sa souveraine de la pourpre d'impératrice des Indes: il fut vraiment le premier ministre d'une impératrice d'Orient, il en avait le type physique, la volonté, la force de domination; il avait hypnotisé la société anglaise; cette société si aristocratique, si rebelle pendant tant d'années à toutes les manifestations de charlatanisme, fut vaincue par ce maître charlatan; elle prit goût même à ses oripeaux, elle aima comme lui la magie des mots et des empires mystérieux, l'Asiatique devint le maître de l'Anglo-Saxon. Quel contraste entre celui-là et le correct Melbourne, le grave sir Robert Peel, l'élégant Palmerston, tous tellement et si foncièrement anglais; et même ceux qui, de leur naturel, n'étaient pas austères, tellement esclaves de la convention dans laquelle ils vivaient. Tel Gladstone, aujourd'hui Anglais jusqu'aux moelles, même dans une salutaire hypocrisie. Oui, assurément _salutaire_, et elle s'en va, elle disparaît: encore quelques années, et il n'en restera plus rien; et ce sera un grand dommage, car c'était une belle chose, après tout, que de voir une puissante aristocratie, une société si riche et si forte, tant d'êtres divers tenus en respect par quelques fictions qui suffisaient à défendre l'édifice social; c'était une salutaire illusion que de supposer toutes les femmes chastes, tous les hommes fidèles, et d'ignorer, de chasser résolument ceux qui portaient quelque atteinte _visible_ à cette fiction. Ce respect des mots, cette pudeur de convention, provoquaient et développaient néanmoins de réelles vertus: cela s'en va; dans certains milieux, cela a déjà disparu!

Il existe en ce moment une ressemblance marquée entre la société anglaise contemporaine et la société française d'avant 89; on s'est affranchi entre soi d'une foule de préjugés religieux et sociaux; les questions les plus brûlantes sont ouvertement discutées; des esprits distingués exercent sur la pensée aristocratique le genre d'influence qu'avaient les messieurs de l'Encyclopédie; le sentiment de grandes réformes nécessaires est universel; en même temps la joie de vivre ne se ralentit nullement, le luxe a pris un essor nouveau: il s'est vulgarisé, il a pénétré dans des milieux où autrefois les principes rigoureux ne lui permettaient de se manifester que sous certaines formes acceptées et convenues. Une presse gouailleuse et insolente fait l'office de Beaumarchais et du Barbier et fouaille les vices des grands, et les grands sont les premiers à rire de la plaisanterie! Une fraction de la société anglaise s'achemine vers un paganisme élégant; l'autre, avide encore de croyances, se retourne vers le catholicisme. L'Angleterre, devenue maussade sous l'influence triste et grossière des Guelfes, revient à son génie d'autrefois, libre, hardi, joyeux; voyez Shakespeare, Chaucer et tous les vieux écrivains. La fausse pudeur n'existait pas plus pour le vieil anglais que pour le vieux gaulois, le génie anglais a été déformé par la _Réforme_, forcé de dévier de sa véritable nature. Il n'y a qu'à remonter l'histoire pour voir combien a été graduelle cette lente transformation qui a atteint son apogée par l'importation des moroses souverains de Hanovre. Au XVIe siècle les mœurs anglaises et les mœurs françaises étaient encore à peu de choses près identiques; elles l'étaient sur la manière de concevoir la vie et la famille. Chez les Anglais le principe primordial commun d'autorité (_l'Église_) ayant été répudié, peu à peu le changement s'est accompli, les mœurs sont devenues plus rudes, plus tristes, et la différence des races s'est accentuée; elle est extrême aujourd'hui, plus grande encore qu'on ne le croit, car voici des générations que le point de départ a cessé d'être le même.

La race anglaise n'a jamais été plus forte, plus elle-même que sous les Tudor, elle était alors essentiellement frondeuse et rebelle. En s'affranchissant aujourd'hui des entraves factices qui l'ont comprimée et en donnant un libre essor à quelques-uns de ses puissants instincts elle se trouve en même temps dépourvue du frein qui jadis maintenait en respect et les grands et le peuple. La vraie vérité est qu'aujourd'hui l'Anglais des classes supérieures ne respecte plus beaucoup de choses, et ce qu'il y a de saisissant c'est que cette émancipation de la pensée et des mœurs coïncide avec la prépondérance de l'influence féminine. Cette prépondérance est devenue et menace de devenir toujours plus un des importants facteurs de l'état social.

IV

AU ROUET QUI TOURNE

Dans la vraie tradition anglaise le principe de la subordination au mâle était absolu; quelle que fût l'indignité de l'homme, la femme mariée était supposée devoir à son mari une affection humble et servile, cette subordination était tellement entrée dans les mœurs, elle avait pénétré si avant dans l'âme des femmes anglaises qu'on a vu de nos jours des créatures d'élite comme une madame Carlyle accepter de n'être que la servante de leur mari. Il y a une vingtaine d'années, la presse anglaise par un de ces plébiscites d'opinion qu'elle affectionne, agita la question de savoir si dans certains cas, ivrognerie habituelle ou débauche incorrigible, une honnête femme avait le droit de quitter son mari et de se soustraire au risque de mettre des malheureux au monde? L'opinion publique se prononça nettement pour la négative et les femmes, qui avaient revendiqué la légitimité de ce droit, furent généralement considérées comme manquant d'un certain sens moral.

Depuis quelques années tout cela a radicalement changé; les femmes ont osé relever la tête, elles ont cherché leur voie, et à côté d'excentricités inévitables ont atteint un légitime affranchissement. L'idéal parfaitement rationnel, en somme, de l'Américaine, _to have a good time_ (avoir un bon temps) est devenu celui des Anglaises, la médiocrité suffit de moins en moins et la chimère des préjugés s'affaiblit et disparaît avec une rapidité vertigineuse, les exemples sont partout.