Notes d'une mère: Cours d'éducation maternelle

Chapter 6

Chapter 63,855 wordsPublic domain

Je termine ce long chapitre, dont le sujet est cependant bien loin d'être épuisé et sur lequel j'aurai occasion de revenir, en appuyant surtout sur la nécessité d'apprendre à la jeune fille à rester chez elle, à s'occuper chez elle, à savoir se dispenser de sortir, même pendant plusieurs jours de suite! Pour combien de femmes ceci semblera une énormité! Combien j'en connais à Paris, qui me disent d'un air tout à fait candide:

--Oh! moi, je sors très peu; il m'arrive très fréquemment de ne sortir que deux fois par jour!

Le règlement que j'ai donné pour la journée d'une petite fille a pu paraître sévère, et cependant je dois reconnaître qu'il n'est que juste, et la plupart des parents sensés le reconnaîtront tel. On ne saurait trop appuyer sur un régime hygiénique très sévère.

Il y a surtout quelques points précisément hygiéniques sur lesquels il est nécessaire de revenir, afin d'attirer de nouveau l'attention sur leur urgence: le lever tôt et le coucher tôt, les soins de la chambre, et l'éloignement du feu. Un enfant qui se remue n'a jamais froid; d'ailleurs, il est préférable de le couvrir chaudement, de lui mettre de bons bas fourrés et des corsages de laine, que de l'habituer à s'approcher du feu, si l'on ne veut avoir un petit être étiolé, fané et ridé.

Aussitôt qu'une température modérée arrive, un enfant doit aller bras, jambes, cou et tête nus. La tête principalement doit être tenue à l'air autant que le soleil le permet, et le chapeau doit être aussi léger que possible. Un pantalon court et fermé est indispensable à toute petite fille, autant par hygiène que par décence. On peut le faire en flanelle ou en finette en hiver. Il n'est rien de plus sale et qui indique un enfant mal tenu que les bas mal tirés; cependant il arrive souvent qu'on doive entamer une vraie lutte avec ces chers petits démons pour obtenir ce résultat. Mais l'on doit être inflexible sur ce point. La jarretière doit être en élastique et mise au-dessus du genou; mais un moyen très employé et préférable, c'est d'attacher le bas au corsage de dessous, au moyen d'un long ruban. Les chaussures fortes, à semelles épaisses surtout, ni larges ni étroites, maintiennent le pied et empêchent qu'il ne se déforme. Si l'on permet des talons, ils doivent être très peu hauts et plats.

On ne doit pas permettre à une petite fille de rester en robe de chambre et en pantoufles pour prendre ses leçons.

La nourriture d'un enfant doit être simple et fortifiante, jamais excitante ni stimulante; les piments en sont exclus, ainsi que le café, le thé, le vin pur, les liqueurs. Les sucreries méritent aussi l'expulsion et les farineux s'y trouveront mélangés en petite quantité. De la viande rouge saignante, un peu de viande blanche et du poisson, des légumes aqueux et rafraîchissants, du bon bouillon, du bouillon froid en été, du pain, de bons fruits, jamais ou fort rarement de la charcuterie... On voit qu'ils ne sont pas très à plaindre et que leur menu est déjà assez varié.

Le grand air est leur meilleur apéritif, et ils ne doivent pas en avoir besoin d'autres. Au reste l'éducation est pour beaucoup dans la santé d'un enfant, l'éducation morale aussi bien que l'éducation physique. Les enfants deviennent souvent irritables, nerveux, souffreteux, parce qu'ils sont entourés de trop de soins, qu'ils entendent trop répéter autour d'eux: «Il est si délicat! ça lui fera mal! Il ne faut pas le contrarier, il est nerveux! Il faut lui céder!

L'enfant qui entend ces choses est perdu comme caractère; il ne guérira jamais de la maladie morale qu'on lui inculque; il se croira tout permis, colère, attaque de nerfs, vapeurs, il deviendra bientôt une véritable petite-maîtresse, un tyran. En éducation, le mal est difficile à réparer; on compare souvent l'enfance à une jeune plante, c'est tant qu'elle est jeune qu'il faut la redresser, le moindrement qu'on attende ce sera trop tard, il y aura à craindre de la briser, et il faudra bien plus de ménagement et de temps.

L'habitude a une grande influence sur la santé. On s'habitue au froid, à la chaleur, à la fatigue, au repos. Habituez donc vos enfants de bonne heure à une vie dure, mais qui ne leur semblera pas telle.

A propos de gymnastique, sujet toujours actuel quand il s'agit d'enfants, il est quelques règles hygiéniques qu'il est bon de connaître pour les observer. On doit se livrer à cet exercice de préférence avant le repas, afin de ne pas troubler la digestion et en même temps d'exciter l'appétit. Il faut remarquer que la large ceinture qui accompagne le costume à cet usage, n'est pas simplement un ornement dicté par la mode; elle doit serrer la taille pour maintenir les reins de façon à préserver de faux mouvements. La personne présidant aux exercices de gymnastique doit les faire ralentir et modérer vers la fin du temps qui leur est consacré, au lieu de s'arrêter brusquement, afin que l'effervescence dans laquelle les enfants se trouvent se calme peu à peu. Si les enfants sont en transpiration, on les fera changer de linge après un moment de repos, et s'être essuyés, frottés fortement même, avec une serviette spongieuse.

CHAPITRE IX

ESSAIS SUR L'ÉDUCATION DES GARÇONS.

I

Presque tout ce qu'on a écrit sur l'éducation des enfants concerne notre sexe; le chef-d'oeuvre de Fénelon n'est-il pas encore intitulé _l'Éducation des filles_? C'est qu'on prétend, à juste titre, que ce sont elles qui sont appelées à élever les hommes; mais ne serait-il pas bon alors de se préoccuper, non seulement de leur en fournir les moyens, mais encore de leur apprendre à s'en servir?

Lorsqu'il naît un petit garçon dans une famille, c'est toujours une grande joie; souvent même on voit les jeunes mères en concevoir plus de plaisir que de la naissance d'une petite fille, et reporter sur lui la plus grande part de leur affection. Cependant, depuis son enfance, où la mère est obligée de _masculiniser_ son propre caractère pour ne pas lui donner une éducation efféminée, jusqu'à l'époque où il s'émancipera tout à fait, elle aura à subir des appréhensions continuelles.

Pour l'éducation physique d'un garçon, il faut qu'elle s'arme d'énergie et de courage; dès son bas âge, il est essentiel de l'habituer aux exercices du corps, et aussi aux luttes et aux périls. Il arrive presque toujours malheur aux enfants qu'on entoure sans cesse de précautions et de craintes. Il ne faut jamais les arrêter dans un acte de bravoure et de témérité, et plutôt leur apprendre à _se défendre qu'à éviter_; car une éducation mâle, en formant des membres robustes, une forte santé, formera aussi un caractère droit et énergique; il est rare de voir des hommes grands, agiles et bien portants, ne pas être francs, loyaux et fiers, tandis que les corps chétifs, efféminés, mal conformés, renferment pour la plupart des esprits tortueux, timorés, enclins à la bassesse et à la platitude. Une mauvaise santé produit généralement un caractère inquiet et indécis. L'homme doit pouvoir résister aux attaques de tous genres que la vie lui réserve, et c'est à son éducation qu'il devra les forces morales et physiques qui lui permettront de supporter la lutte. La mère doit donc se résigner à le voir s'exposer à certains périls, à se séparer de lui, à le confier à des mains qui lui paraîtront bien rudes.

L'instruction hors le toit paternel est indispensable pour les garçons. Quelque fortune qu'ils aient, il faut absolument qu'ils s'habituent aux poussées des camarades, aux légères humiliations, aux privations qui leur seraient épargnées à la maison.

Dans un bon collège, l'égalité règne en souveraine, aucune distinction n'est tolérée, excepté celle du savoir aux salles d'étude, et celle de la force et du bon naturel aux récréations. Les bouderies, la vanité, n'y sont point supportées. Les angles d'un caractère aigu s'émoussent forcément au contact journalier des indifférents. Les plaintes sans motifs, les exigences, les doléances inspirées par la paresse et l'amour du bien-être ne rencontrent point l'oreille indulgente de la tendre mère, toujours prête à s'effrayer. La nature de l'enfant se conforme à ce régime au physique comme au moral, et il n'en apprécie que mieux les douceurs de la maison paternelle lorsqu'il y revient; il n'en chérit que davantage ses parents, parce qu'il a été privé de leurs soins et de leur affection. Un jour viendra où l'enfant devenu homme éprouvera de tout autres sentiments, jour néfaste, où son coeur semblera pour quelque temps se fermer à l'amour filial pour s'ouvrir à une autre affection, qu'il regrettera plus tard, mais qui pour le moment semble absorber son être tout entier. C'est celui où des étrangères quelconques, d'autant plus aimées qu'elles en sont moins dignes, accapareront sa confiance, son argent. La pauvre mère, ayant à peine le droit alors de donner un conseil, sera obligée de feindre, d'ignorer, et n'osera plus demander à son fils: D'où viens-tu? pour ne pas le forcer au mensonge.

Avec sa fille, la mère éprouve l'ineffable consolation de diriger ses affections, d'être la confidente du réveil de son coeur, d'assister aux douces émotions d'un amour pur et avouable. Et cependant les conseils maternels sont aussi nécessaires au fils qu'à la fille, car il est exposé à autant de dangers, quoiqu'ils ne soient pas du même genre.

Savoir conserver de l'influence sur son fils est, sans contredit, le but à quoi tendent toutes les mères; peu réussissent à l'atteindre, quelques moyens qu'elles emploient pour y arriver, et celles qui l'atteignent savent rarement s'en servir pour le bonheur de leur enfant.

Lorsque le petit garçon est encore tout jeune, la mère doit commencer à s'en faire tendrement aimer. Au père, qui doit conserver intacte son autorité, est réservée la sévérité quelquefois inflexible. La mère, au contraire, représente l'indulgence, la mansuétude; c'est elle qui implore le pardon, adoucit les rigueurs paternelles; c'est elle qui console l'écolier, qui fait parfois les pensums, qui accueille les confidences de l'adolescent. C'est à elle, si elle tient à bien diriger son fils, qu'il appartient de préparer le terrain où viendront s'ébattre les passions humaines.

Bien des mères s'imaginent mieux conserver leur fils pour elles, ou contribuer davantage à son bonheur futur, en agissant comme cette _Nany_, dans la pièce de ce nom, représentée au Théâtre-Français; c'est-à-dire en faisant un égoïste, incapable d'un attachement profond; en brisant son coeur, en détruisant ses illusions et son enthousiasme pour notre sexe. Le résultat le plus prompt de cette éducation est de faire des parents les premières victimes; chaque fois qu'ils détruisent le coeur de leur enfant, ce sont eux qui sont appelés à en souffrir le plus.

Combien de mères croient, en enseignant à leur fils le mépris des femmes, lui assurer la conquête de lui-même et annuler tout empire du sexe féminin sur lui! ces mères ne songent pas que les passions subsistent toujours; et que si, guidées par le coeur, elles peuvent être nobles et avoir un but élevé, sans coeur, elles deviennent viles, et descendent sur les objets les plus bas. Pourquoi voit-on si souvent des hommes égoïstes, d'une avance sordide, n'ayant jamais éprouvé d'affection pour qui que ce soit, incapables de bons sentiments, se ruiner et commettre les plus grandes folies pour des créatures abjectes? On se dit avec stupéfaction: «C'est étonnant, il n'aurait point fait cela pour sa mère, ou pour une honnête femme, comment peut-il aimer cette créature et tout sacrifier pour elle?»

L'explication en est bien simple. Non, ils n'aiment pas; un faux amour-propre et leurs passions sont seuls en jeu. Ces hommes n'ont point de coeur; leurs mauvais instincts, dépourvus de guide, les gouvernent seuls; et les créatures qui dominent de tels hommes, ne pouvant y arriver que par des moyens pernicieux, ne sont que des êtres pervertis.

Il est donc deux choses qu'une mère doit s'appliquer à développer en son fils: le coeur et l'estime de la femme. Au lieu de lui en montrer la perversité, en croyant l'en dégoûter, elle doit lui faire considérer les êtres méprisables qui déshonorent notre sexe, comme des exceptions, trop hideuses pour s'y arrêter longtemps, et diriger sans cesse ses regards sur celles qui sont chastes et vertueuses comme étant les seules dignes d'attention.

S'il est besoin, pour les enfants des deux sexes, que les parents soient infaillibles, c'est encore plus indispensable, s'il est possible, pour la mère qui désire conserver quelque ascendant sur son fils. Il est essentiel qu'à ses yeux elle soit entourée d'une auréole de sainteté et de vertu, afin qu'il ne perde pas toute confiance dans le bien; mais il ne faut pas qu'elle soit trop sévère, de peur qu'il ne craigne de s'épancher dans son sein.

--S'il a un coeur sensible, il souffrira, m'objectera-t-on.

Non; souffrir de trop aimer est encore jouir; combien seraient heureux de sentir leurs coeurs palpiter au prix même de quelques souffrances! Quelle émulation pour de nobles ambitions on y puise! quel intérêt pour la vie!

Et lorsqu'il rapportera à sa mère son pauvre coeur meurtri, ce sera le moment de lui faire comprendre que, parce qu'il a rencontré une femme méprisable, elles ne le sont point toutes; qu'avec une épouse chaste et pure il n'aura point de déceptions ni de désillusions, car le but principal d'une mère doit être d'amener son fils au mariage; non à un mariage de convenance, qui laisserait son coeur inoccupé, et lui apporterait seulement plus de fortune et de liberté pour satisfaire des goûts de dissipation, mais vers un mariage d'inclination, qui le retiendra à son foyer. Que de mères imprudentes, n'ayant en vue que leur ambition, éloignent leurs fils de celle qu'ils choisiraient, et les jettent ainsi, par l'isolement de sentiments purs où elles les forcent à vivre, dans le libertinage et la dépravation! Il est à remarquer, quoi qu'en puissent dire quelques esprits forts, que les jeunes gens mariés de bonne heure et suivant leur coeur, sont les plus rangés et les plus heureux, tandis que ceux qui ont été contrariés dans leur première inclination, qui d'ordinaire est toujours honorable, ou se sont jetés dans la débauche, ou bien ont fait des mariages d'argent et n'y ont trouvé ni bonheur ni gloire. Que de malheurs irréparables, que de crimes même, arrivent par suite d'unions mal assorties!

Pour préserver son fils de la mauvaise société, une mère saura sacrifier ses goûts, ses habitudes les plus chères; elle rendra son intérieur aussi gai que possible, afin qu'il s'y plaise; elle fera bon accueil aux amis de son fils, attirera de jolies et vertueuses jeunes filles, des femmes aimables et distinguées. Les relations avec les femmes du monde n'ont jamais, en les mettant même au pis, des suites aussi néfastes pour l'avenir d'un jeune homme que celles avec la mauvaise compagnie, sans parler des habitudes vulgaires et triviales qu'il puise dans cette dernière.

De même que j'ai dit au commencement qu'un homme doit apprendre plutôt à vaincre le danger qu'à l'éviter, il faut aussi lui enseigner plutôt à gagner de l'argent qu'à l'épargner. La générosité et le courage, l'amour et le travail marchent de pair. N'est-il pas odieux de voir des hommes lésiner et rapiner quelques sous sur les besoins de leurs familles ou sur leurs aumônes, et passer leur vie, les bras croisés, sans utiliser cette force et cette intelligence que Dieu leurs a données! L'occupation est une loi pour un jeune homme, quelque fortune qu'il ait.

La tâche des mères est donc délicate et difficile à remplir, autant que noble et douce; s'il est vrai que ce soient elles qui élèvent les hommes, que devons-nous penser, en voyant notre génération actuelle de jeunes gens? Âpres au gain et débauchés en même temps, reniant la vertu de notre sexe, sans s'apercevoir qu'ils blasphèment, qu'ils oublient qu'ils ont une mère et des soeurs, qu'ils auront une épouse et des filles; efféminés, fanfarons du vice, blagueurs devant les faibles, plats et vils devant ceux qui crient plus fort qu'eux, ne croyant qu'au mal, regardant le bien comme une illusion; voilà les plaies hideuses qu'il appartient aux jeunes mères de guérir, en élevant leurs fils en véritables hommes, lesquels, à leur tour, par leur contact, régénéreront les femmes; car tout se suit et s'enchaîne en ce monde. Les mauvais hommes font les mauvaises femmes; mais les mauvaises mères font les mauvais hommes. Ce sont ces mères inconséquentes, ne voulant déroger en rien à leurs préjugés, à leurs manies, à leur égoïsme, qui nous élèvent ces époux sans coeur, lesquels cherchent en vain le bonheur où leur mère le leur a montré, uniquement dans l'amour d'eux-mêmes, et ne l'y trouvent pas.

Quand un fils délaisse sa mère, c'est toujours de la faute de celle-ci; c'est souvent parce qu'elle a trop brusqué ses inclinations, et qu'il reconnaît plus tard l'égoïsme des doctrines dont elle l'a imbu, et qui ont causé son malheur. La mère a donc le plus grand intérêt à marier de bonne heure son fils avec une jeune fille aux habitudes simples; il lui sera plus facile alors de le retenir près d'elle; les petits-enfants arrivent bientôt, et forment l'entourage le plus charmant et le plus doux auquel une femme âgée puisse aspirer, en place de l'isolement où les plaisirs du jeune homme la laisseraient indubitablement.

Pendant que le professeur cultive l'esprit du jeune garçon, que le père lui apprend ses devoirs envers la société et envers lui-même, c'est à la mère qu'est dévolue la tâche de lui former, dès son enfance, un corps robuste, et plus tard une âme énergique et sensible qui lui permette d'être heureux toute sa vie, que la fortune lui réserve ses sourires ou ses rebuts.

II

Pendant que le ministre de l'instruction publique et les savants s'occupent de réformer l'instruction de nos fils au lycée et de modifier les méthodes, à nous, mères, il appartient de nous occuper de leur éducation, et non seulement de leur former le coeur, mais aussi les manières, la tenue, le caractère; c'est à nous de leur apprendre à vivre dans le monde, dans celui de la famille et dans celui de la société.

«J'ai connu un homme, a dit Diderot, qui savait tout, excepté dire bonjour et saluer; il vécut pauvre et méprisé.» Cet exemple se retrouve tous les jours. Chaque être humain n'est pas doué au même point d'un esprit analysateur; le temps manque parfois aussi souvent que le moyen, et c'est pour cela qu'on aime à trouver dans un livre, un journal, une publication quelconque, le résumé, la quintessence des observations que l'écrivain a faites à votre place. En rencontrant des jeunes gens aux manières polies et réservées, à l'abord sympathique, à l'extérieur je ne dirai pas beau, car la perfection des traits ne fait rien à la distinction, mais soigné et élégant, n'importe dans quelle position ils se trouvent, aux habitudes nobles, aux sentiments chevaleresques, et en voyant d'autres, à leur côté, sauvages, gauches, butors, malpropres, je me suis enquise de la cause de cette différence et je l'ai toujours trouvée dans l'éducation maternelle qu'ils avaient reçue.

Le jeune garçon élevé par une mère qui s'en occupe, lorsqu'il est enfant, puis pendant les sorties du collège, chaque fois qu'il revient à la maison, est toujours plus doux et moins brutal qu'un autre.

C'est à tort qu'on s'imagine qu'une éducation par les femmes effémine un homme; cela n'a pas lieu, du moins lorsqu'elle est bien dirigée. C'est une erreur de croire qu'un jeune homme, parce qu'il jurera, cravachera sans pitié son cheval ou son chien, boira de l'absinthe et toute espèce de liqueurs fortes, ne fréquentera que les estaminets, les clubs, en aura plus de courage et d'énergie.

Les femmes n'empêcheront jamais un garçon de devenir fort et courageux, car elles détestent la pusillanimité. Sans être ni une Spartiate, ni une mère des Gracques, je ne crois pas qu'il y ait eu, pendant la dernière guerre, une mère qui ait empêché son fils d'aller se joindre à ses frères d'armes. La mère endure mille douleurs, son coeur saigne par mille plaies, mais elle aime mieux donner sa propre vie que de voir le fruit de son sein atteint dans son honneur! Quelle est la mère, la soeur ou l'épouse qui voudrait que son fils, son frère, ou son mari fût un lâche? Qui plus que nous méprise les hommes qui ne savent pas être fermes et énergiques, lors même que nous profitons de leur faiblesse? Les femmes aiment et cherchent instinctivement dans tout homme, même dans leur fils, soutien et protection. Et c'est sur la mère qui agirait autrement que retomberait plus tard en grande partie le malheureux résultat de cette éducation déplorable.

Mais c'est elle aussi qui a à souffrir cruellement d'une éducation abandonnée entièrement aux mains masculines.

L'homme, qu'il soit enfant ou adolescent, qu'il ait atteint la maturité ou la vieillesse, a toujours besoin de la femme près de lui, pour le soigner et pour le civiliser. L'homme, loin de la femme, s'abrutit; il devient féroce, sans être plus brave pour cela. Dieu, à la prévoyance de qui rien n'a échappé dans la création, n'a pas placé sans motifs un être faible et doux près de l'être fort et rude.

Une mère doit donc s'appliquer, chaque fois qu'elle a son fils auprès d'elle, à le civiliser, à lui faire envisager la fréquentation du sexe féminin sous un point de vue chevaleresque et respectueux, à l'accoutumer à la bonne société, de façon qu'il trouvé triviale, sotte et insupportable celle qui ne pourrait que causer sa perte.

Ces dernières vacances, j'ai eu occasion de voir de jeunes collégiens de quatorze ans ne pouvant parler sans accentuer leurs phrases de jurons, incapables de saluer poliment, de se tenir avec décence, et d'avoir pour leurs mères la moindre attention délicate. On se demande avec terreur quels maris ces jeunes garçons feront plus tard; quelle désillusion éprouveront les jeunes filles qu'ils auront épousées, lorsqu'au lendemain de leur mariage ils se comporteront vis-à-vis d'elles avec un manque total d'égards et de bonne éducation? Si celles-ci sont aimantes, douces, réservées, bien élevées, quelle existence mèneront-elles?

La mère est faible; elle rit d'abord de voir jouer au _sacripant_ son fils encore baby; on lui dit: laissez-le faire; ne doit-il pas devenir un homme? Lorsqu'il est plus âgé, elle en a déjà peur, et plus tard il devient son tyran et cause sa désolation.

Une femme d'esprit et du monde me disait dernièrement: Je ne donnerai jamais mes filles à des hommes qui n'aient été élevés par une mère ou une soeur. Je me permettrai d'ajouter: Encore faut-il que celles-ci se soient donné la peine de faire leur devoir!

Un jeune garçon élevé ainsi est accoutumé à avoir mille petites condescendances, à remplir une infinité de petits soins, à subir une masse de petits caprices qu'un autre ignore. Supposons, au contraire, un orphelin, ayant passé de bruyantes récréations avec ses camarades aux salles d'étude, près de professeurs raides, secs et parfois vulgaires; si ce pauvre enfant a vu ses vacances s'écouler dans le préau solitaire et silencieux du collège, échangé plus tard contre les écoles supérieures et les cours, où, sans guide, il a pu souvent se trouver en contact avec des êtres pervertis, certes celui-là qui n'a eu pour foyer que le restaurant, pour réunion de famille que la table d'hôte, pour le conseiller et l'aimer que des indifférents et des intéressés, est pardonnable de manquer de douceur et de distinction. Et souvent il est le meilleur des deux, parce qu'il sent plus que l'autre le besoin d'inspirer de l'affection.

C'est à la mère qu'il appartient d'apprendre à son fils à saluer, à se présenter devant le monde, à faire sa cour aux dames; qui le lui apprendra, si ce n'est elle? Consentirait-elle, d'ailleurs, que d'autres se chargeassent de ce soin?