Notes d'une mère: Cours d'éducation maternelle
Chapter 10
En Allemagne, les accents diffèrent, suivant les provinces, encore davantage peut-être qu'en France. Celui du Hanovre est le meilleur et le plus pur; il équivaut à notre accent de Touraine, qui est supérieur à celui de Paris, où l'on grasseie; l'accent berlinois est à celui de Hanovre ce que celui de Paris est à celui de Tours; ensuite, vient l'accent silésien, qui est bon aussi; mais évitez à tout prix de prendre pour gouvernante une Bavaroise, une Saxonne ou une Autrichienne; votre enfant apprendrait un allemand presque incompréhensible; dans le duché de Bade, il est corrompu par le voisinage de la Suisse, et dans les provinces du Rhin il n'est pas non plus très pur.
Pour la langue italienne, c'est l'accent florentin qui est le meilleur, le seul bon; le romain est peut-être plus doux, mais tourne au patois, ainsi que celui de Venise, les canzonnetas n'en ont que plus la couleur locale; mais nous ne nous occupons pas ici de la fantaisie, qui vient toujours assez facilement ensuite, si on le veut.
Quant à la langue anglaise, c'est la prononciation de la province de Galles qui est la plus claire, ainsi que celle de la Louisiane en Amérique. L'anglais de Boston, et de presque toutes les provinces américaines, est corrompu par l'émigration allemande, si abondante. Le vrai Anglais chante, bredouille, et mange toutes ses paroles en parlant; aussi, en arrivant en Angleterre, un étranger, connaissant bien d'ailleurs cette langue, mais dont les oreilles ne sont pas habituées à ce mélange, éprouve une véritable difficulté à comprendre.
Les Irlandais et les Ecossais ne parlent que des patois, lesquels sont excessivement pittoresques dans les ballades et les romans, mais manqueraient totalement de charme dans la bouche de nos enfants, et quand on pense que les bonnes anglaises sont la plupart irlandaises!
L'étude des langues s'est tellement propagée tout d'un coup en France, qu'avec cet enthousiasme, peut-être un peu trop entraînant et superficiel qui distingue notre caractère, nous nous sommes emparés à tout prix de cette idée, et quelques personnes ont imaginé de faire faire les premières études scolaires en langues étrangères. A première vue, cette idée paraît sublime; en y réfléchissant cependant, on trouve que nos enfants français sont, après tout, destinés à vivre en France, à faire leur carrière en France, à parler, à écrire en français; or, notre belle langue, chacun le sait, est d'une difficulté extrême; elle renferme des règles et des exceptions innombrables, des délicatesses et des nuances infinies; peu même de ceux qui consacrent leur vie à l'étudier peuvent se flatter de s'en servir dans toute sa pureté et sa correction; on ne saurait donc apporter trop de soins, trop de temps, ni commencer trop tôt à en inculquer les principes. Au contraire, pour une langue étrangère, il suffit de pouvoir se faire comprendre, de l'entendre, de la lire et l'écrire assez convenablement pour des relations d'affaires ou d'amitié; on ne prétendra jamais remplir la carrière d'avocat ou de littérateur en pays étranger; une connaissance plus superficielle est donc suffisante.
III
_La peinture._
L'étude de la peinture se divise en deux catégories; la première comprend le dessin et l'aquarelle, la seconde le pastel et l'huile. On pourrait encore en admettre une troisième, la peinture industrielle; mais cette dernière ne rentre pas absolument dans l'éducation des enfants, tandis qu'au contraire la première surtout en fait partie essentiellement.
Il est très utile et très agréable pour tout le monde, lors même qu'on ne se sent pas de dispositions, ou qu'on n'a pas le loisir d'apprendre la peinture, de connaître au moins le _dessin_ et l'_aquarelle_. C'est une étude qui ne demande pas beaucoup de temps et qui est plutôt un délassement qu'un travail. Au contraire des autres branches de l'éducation, elle n'exige pas d'être inculquée dès l'enfance, le jugement en étant la principale base.
Certainement, il en est à peu près de même pour tout, et la musique peut à peine être comprise et interprétée avec sentiment par un adolescent. Mais le mécanisme du piano et du violon exige impérieusement qu'on commence de bonne heure l'étude de ces instruments; de même que les doigts, la mémoire doit aussi être exercée, lorsqu'on est encore tout jeune, et les noms, les dates, les règles, tout ce qui est routine, en un mot, se retient alors bien plus facilement.
Pour le dessin, c'est tout différent, il n'y a ni mécanisme ni routine; tout y est sentiment et jugement, et, à moins de dispositions particulières, on n'entreprend guère cette étude avec fruit, avant l'âge de quinze ans.
Si l'on se borne à l'étude du paysage au crayon ou à l'aquarelle, il n'est pas besoin de longues années de travail, pour y trouver une source de jouissances infinies, particulièrement pour les personnes qui habitent la campagne ou qui voyagent.
Quel délassement plus charmant, en se reposant d'une longue marche, à l'ombre d'un arbre touffu, que de prendre l'esquisse d'un point de vue préféré! quel plus gracieux souvenir à envoyer aux parents, à l'amie éloignée, que le croquis de l'endroit où leur pensée s'efforce de nous voir! et quoi de plus agréable que de pouvoir rapporter dans notre album les vues de sites qui nous rappellent une sensation ou un souvenir? de fixer les couleurs chatoyantes de ces fleurs que la saison va nous enlever! et, par ce moyen, être à même, plus tard, de les reproduire avec notre aiguille et de varier ainsi à l'infini nos tapisseries! Il est impossible d'énumérer tous les côtés utiles et agréables du dessin. Les notions du dessin sont exigées maintenant dans tous les examens de jeunes filles comme de jeunes gens.
Les Anglais, sous le rapport de l'aquarelle, ont toujours été très supérieurs, et dans toutes les pensions des Iles Britanniques les jeunes _misses_ apprennent les _water-colours_, et arrivent facilement à un degré de perfection étonnant. Ils ont une manière à eux de saisir un paysage et de l'esquisser; j'ai vu des aquarelles faites par de jeunes élèves anglaises, qui ont étonné des peintres français. Un professeur anglais, pour ce genre de peinture, serait donc à préférer.
Le petit bagage de l'aquarelliste n'est pas bien embarrassant. Il consiste en un _block_ et une petite boîte de fer-blanc formant palette, et contenant couleurs et pinceaux. Ces matériaux nous viennent d'Angleterre; les boîtes françaises, généralement, ne sont point commodes, et les couleurs pas aussi bonnes. Quant au _block_, tout à fait d'importation anglaise, c'est ce qu'on peut imaginer de plus confortable pour dessiner ou peindre en plein vent. C'est une espèce d'album dont toutes les feuilles collées ensemble forment un pupitre résistant pour placer sur les genoux; une case est réservée aux crayons, et on n'a pas besoin de s'embarrasser de carton, ni de craindre de chiffonner son papier. Quand le travail est fini, à l'aide de la lame d'un canif, on décolle la feuille de Bristol.
Certes, si vous en avez le loisir, l'étude de la peinture sérieuse, et à l'huile, est bien celle dont on retire le plus de jouissances personnelles, et qu'on pourrait, en quelque sorte, qualifier d'égoïste, si rien de ce qui touche à l'art pouvait mériter cette atroce qualification. Quoique nous réservant les plus pures sensations, même lorsque nous en faisons seuls, la musique nous laisse toujours une impression mondaine, et nous ne pouvons nous défendre de désirer un auditoire. Pour la peinture, au contraire, on n'éprouve le besoin de personne, on peut passer des journées entières devant son chevalet sans s'apercevoir qu'on est seul. «Créer est un plaisir de Dieu!» a dit un homme illustre.
Mais, que de temps et de travail il faut pour arriver à un résultat passable! Que de menus frais à faire qui finissent par devenir onéreux, que de choses à abandonner! car, pour peindre, la tranquillité d'esprit et de longues heures sans dérangement sont de toute nécessité.
Les femmes ne peuvent arriver que difficilement à bien dessiner, et cependant le dessin est la base essentielle de la bonne peinture. Le motif en est qu'elles ne peuvent aller dans les ateliers et dans les musées faire des _académies_ et étudier le _nu_; elles ne peuvent non plus apprendre l'anatomie; il faut donc qu'elles renoncent aux figures d'ensemble, et se contentent d'études de la tête et de copies.
Je m'arrête, car je n'ai pas la prétention de faire ici un cours de peinture, mais simplement, comme le titre que j'ai choisi l'indique, de communiquer quelques idées sur certaines branches de l'instruction, idées qui puissent ou éclaircir des doutes ou ouvrir des aperçus.
La peinture s'apprend à tout âge; et ceux qui prétendent s'ennuyer à la campagne ou à la ville, qui ont des loisirs dont ils ne savent que faire, peuvent y chercher le plus noble délassement manuel et intellectuel. Le simple dessin linéaire, le paysage à l'aquarelle, je le répète, est indispensable à toute éducation un peu complète. Quant à la troisième catégorie, la peinture industrielle, au point de vue utilitaire, elle devrait tenir la première place dans l'instruction de toutes les jeunes filles. Tout en étant un art charmant de pouvoir dessiner sur bois et graver, faire une eau-forte comme la reine d'Angleterre, peindre sur étoffe et sur porcelaine, comme Mme Sardou, la femme de l'auteur éminent, le faisait avant son mariage, on peut faire des objets utiles, lors même qu'on n'a pas besoin d'y chercher un gain, tandis que dans la peinture artistique on n'arrive le plus souvent qu'à faire des _croûtes_ bonnes à mettre au grenier.
CHAPITRE XIII
EXERCICES DE CORPS.
L'éducation physique des enfants mérite autant d'attention que celle de leur intelligence. La _gymnastique_, la _danse_, la _natation_, l'_équitation_, les _armes_ sont des moyens agréables pour développer la santé et la force corporelle de nos enfants, lesquels moyens ne sont pas dépourvus d'influence sur leur moral. Une nature étiolée ne pourra jamais trouver la somme d'énergie nécessaire à supporter les épreuves de la vie, et un caractère timoré ayant peur de l'eau, d'un saut périlleux, d'un animal ombrageux, n'osera jamais non seulement faire une action courageuse, mais même soutenir ses opinions; son caractère sera bas et vil.
La danse est certainement un exercice qui donne de la grâce et de l'aisance aux mouvements; cependant je ne conseillerai pas à une mère de famille de la faire apprendre de trop bonne heure à ses filles, car elle développe en même temps les goûts de la coquetterie et des plaisirs du monde; goûts qui s'éveillent toujours assez vite, surtout dans le sexe féminin, et qui ôtent à l'enfance cette naïveté, ce naturel si charmant à voir. Pour les mêmes motifs je me déclare tout à fait hostile aux bals d'enfants, que je regarde comme pernicieux, et ne pouvant que vicier leurs natures. Pourrait-on me citer quel bien nos enfants en retirent? Qu'ils dansent en rond ou à la corde, sans façon, avec la gaieté et le sans-souci de leur âge, à la bonne heure! mais qu'ils dansent les lanciers et la polka sérieusement, comme de grandes personnes, gênés et guindés dans leurs habillements, et que leurs petits traits soient altérés par le dépit, la jalousie et l'envie, inséparables de ces réunions, où l'amour-propre est toujours en jeu peu ou prou, c'est ce que je ne puis tolérer. Éloignons le plus qu'il est en notre pouvoir, de ces chers petits êtres, la coupe d'amertume, que le monde présente à ceux qui veulent prendre part à son festin!
De toutes façons, cela ne peut avoir qu'un résultat funeste. Si vous n'êtes pas dans une grande position de fortune, vous risquez d'éveiller en eux des goûts que vous ne serez pas en mesure de satisfaire plus tard, et dans le cas contraire ces goûts prendront toujours d'eux-mêmes une telle extension que vous ne devez vous préoccuper que de les modérer.
Les leçons de danse ne sont donc utiles qu'à l'époque où la jeune fille et le jeune homme vont faire leur entrée dans le monde. Dans certaines maisons d'éducation, on les remplace par des cours de maintien et de démarche, qui peuvent n'être que profitables.
La _gymnastique_ est l'exercice le plus indispensable et le plus utile. Tout s'y trouve réuni; amusement, déploiement des forces et des grâces du corps, intrépidité, utilité.
Les heures de récréation passées au gymnase sont des heures utilement employées. Quant à moi, j'éprouve un véritable plaisir à assister aux cours de gymnastique dans un établissement bien monté. Ce qui est excessivement intéressant, c'est d'y suivre les progrès d'un enfant qui arrive; les premières fois, chétif, nerveux, pâlissant de frayeur devant le plus petit saut, accompagné de sa mère qui lui recommande sans cesse la prudence et stimule ses craintes par ses précautions, poussant des cris lorsqu'elle voit le maître le lancer sur l'échelle de cordes. Puis, progressivement, si elle est vraiment animée du désir de faire le bonheur de son enfant, si c'est une femme de bon sens, ou si une volonté plus ferme et au-dessus d'elle l'oblige à la persévérance, la mère et l'enfant se transforment au bout de quelques mois; elle est joyeuse d'avoir su vaincre ses appréhensions ridicules et de lui voir des joues fraîches et roses, des membres robustes; lui, aussi vigoureux maintenant au physique qu'au moral, est tout fier de ses exploits, de sa témérité, et raille les nouveaux arrivants.
La gymnastique développe les membres, la taille, et, en donnant de l'assurance aux mouvements, en donne aussi au caractère. Cet exercice est éminemment salutaire de toute façon pour la femme. De quelle utilité immense il peut lui être en cas d'incendie, de guerre, de désastre quelconque, de pouvoir se sauver et sauver les autres! En voyage, en excursion, combien il est agréable de ne pas connaître le vertige et de posséder de l'agilité! Au reste, tous ces avantages sont maintenant tellement reconnus partout, qu'on voit peu de jardins et même de maisons où il y ait des enfants, qui ne soient munis d'un appareil de gymnastique.
La natation est aussi excellente au point de vue de la santé qu'au point de vue de l'utilité, et aucun parent ne doit négliger d'y habituer ses enfants pendant les chaudes journées d'été. Il est nécessaire de commencer jeune ces exercices, afin que les membres et l'organisation s'y accoutument; plus tard, il serait difficile de remédier à des habitudes de mollesse invétérée, et aux vices de conformation intérieurs et extérieurs qui en résultent.
L'équitation, les armes, rentrent dans la catégorie de l'étude de la danse. Il est excellent de les connaître, pour les hommes surtout, mais ils ne peuvent être recommandés qu'aux familles jouissant d'une grande fortune, et dont les enfants peuvent disposer de loisirs et d'argent. En un mot, ils ne sont point indispensables et leur utilité est contestable.
Beaucoup de jeux se rapprochent de la gymnastique, et les parents doivent les choisir de préférence pour récréer leurs enfants. Le ballon, le jeu de grâce, le volant, le criquet, sont bien préférables aux simples jeux de cache-cache, de colin-maillard, de quatre-coins, etc., qui n'exercent que les jambes, tandis que les autres, outre les mouvements divers qu'ils exigent des bras et de la taille, mettent à contribution l'adresse, le coup d'oeil, le jugement en même temps que l'agilité.
Les personnes entre les mains desquelles repose le soin d'élever des hommes et des femmes futures, doivent naturellement s'efforcer à ce qu'une seule heure même de l'existence de l'enfant ne soit pas perdue inutilement; c'est pendant ces courtes années de l'éducation qu'il s'agit de former leur corps et leur intelligence, ainsi que de leur donner de quoi les mettre à même de fournir une carrière longue et brillante. Si les bons professeurs ont le talent de rendre intéressantes et attrayantes des études arides et abstraites, il faut une certaine aptitude pour savoir diriger les heures de récréation, de façon à ce qu'il en sorte un enseignement utile sans que ce jeune monde s'en aperçoive, et sans être obligé de les tenir dans le sérieux indispensable aux heures d'étude. Rien de plus funeste que de les faire promener, roides et silencieux au côté de leurs gouvernantes, au lieu de laisser un peu la nature à elle-même, tout en sachant, je le répète, y trouver un avantage pour eux.
Je crois donc qu'on ne saurait trop insister pour procurer aux enfants élevés chez leurs parents, des récréations utiles, prises en commun: au gymnase, en hiver, à l'école de natation, en été.
Le développement de la taille a chez les enfants une importance considérable, non seulement au point de vue de la beauté, mais à celui de la santé, et il doit être l'objet de la sollicitude constante des mères.
Dès l'âge le plus tendre, l'enfant doit s'ébattre en plein air, en toute liberté, et les mouvements de ses membres ne doivent pas être gênés par des vêtements trop étroits. A la campagne surtout, on doit laisser les enfants se livrer à la gymnastique naturelle, si nécessaire à leur âge, courir, sauter, grimper aux arbres: par ces exercices, ils acquièrent de la force et de l'adresse.
Certains parents timorés qui retiennent toujours leurs enfants et, dans la crainte d'un danger imaginaire, les empêchent de courir, de sauter, de grimper, leur rendent le plus mauvais service; ils se développent lentement ou mal et deviennent d'une grande maladresse. Dès qu'ils veulent se mêler aux jeux des autres enfants, ils tombent et souvent se blessent malheureusement, là où un autre enfant en eût été quitte pour une bosse ou une légère écorchure.
Laissez donc les enfants s'ébattre en liberté et suivre généralement leur volonté, tant qu'elle n'est pas contraire à l'accroissement de leur corps ou de leur esprit. Une bonne gymnastique bien dirigée, suivant les principes de l'art, est encore préférable à celle que font instinctivement les enfants; pour les filles comme pour les garçons, elle aura les plus heureux résultats; pour les filles surtout, auxquelles elle fera perdre cette sotte timidité, ces peurs ridicules qui leur font pousser des cris au moindre accident et les mettent hors d'état de se tirer du moindre mauvais pas auquel elles peuvent se trouver exposées. La gymnastique est donc absolument indispensable; mais on n'a pas toujours sous la main un établissement bien monté et des professeurs. Quelques notions et conseils sur cette étude pourront donc rendre service à bien des mères.
La _gymnastique_ comprend l'enseignement pratique d'exercices particuliers propres à développer la force et la souplesse du corps; c'est un art précieux, non seulement à cause des heureux effets qu'il produit sur la santé des jeunes gens des deux sexes, mais encore par la confiance qu'il leur inspire dans certaines circonstances difficiles.
Mais on doit bannir de l'enseignement de la gymnastique tout exercice dangereux qui expose les enfants à des efforts, des foulures ou des entorses; avant tout, il importe de donner aux enfants de bonnes habitudes et d'aider au développement de leur force et de leur adresse; tels sont, les exercices sur place qui ont pour but d'assouplir les bras et les jambes; la course, le saut, les exercices du trapèze, du cheval de bois, des cordes à noeuds, des mâts, des échelles, etc.
Quels que soient les exercices gymnastiques que l'on fasse faire aux enfants, il faut toujours observer certaines règles hygiéniques et certaines précautions. Les meilleures heures pour se livrer à ces exercices sont celles qui précèdent les repas; car ils pourraient troubler la digestion. Il ne faut pas non plus excéder les forces de l'enfant, le surmener; on le fatiguerait sans profit.
Les vêtements dont on se sert pour faire la gymnastique doivent être larges et légers, ne gêner en rien les mouvements et ne serrer trop nulle part. Une large ceinture qui serre un peu la taille est cependant utile pour maintenir le ventre et le préserver de faux mouvements.
Il est prudent de se modérer vers la fin des exercices, de manière à ne pas se trouver trop en sueur au moment où l'on se reposera, mais il ne faut pas non plus s'arrêter brusquement, de crainte de s'exposer à un refroidissement subit, ce qui est toujours dangereux.
Si les vêtements sont mouillés, on aura soin d'en changer et de s'essuyer parfaitement avec une serviette bien sèche; mais il faudra surtout éviter de se laver à l'eau froide, de se coucher par terre ou de boire frais.
Il existe une gymnastique, que j'appellerai une gymnastique maternelle, qui se fait sans appareils, basée sur un ensemble de mouvements rationnels; on la prétend même préférable à celle qui s'exécute avec des instruments; elle seule peut donner à l'homme le _summum_ de ses forces et le maintenir dans un état constant de santé et de souplesse.
Que les mères soient bien persuadées que faire faire à leurs enfants pendant cinq minutes quelques exercices libres bien ordonnés, est plus salutaire que de les promener pendant une demi-heure. Rien n'égale ces exercices pour mettre le corps en activité, pour le préparer aux mouvements quelquefois brusques et toujours beaucoup plus violents aux engins. Puis enfin beaucoup de familles ne peuvent, ou faire la dépense de tous les instruments de gymnastique, ou trouver assez de place pour les installer chez elles.
Je ne puis ici indiquer ces mouvements rationnels, limités de façon à ce qu'on puisse les exécuter chez soi sans aucun inconvénient; mais il existe des livres spéciaux faciles à se procurer. Les formes des mouvements, les exercices sont en général coordonnés de manière à pouvoir s'adapter à toutes les circonstances, à toutes les conditions d'âge et de sexe. Il va sans dire que les exercices doivent être rejetés dans tous les états inflammatoires et fébriles bien déclarés.
Il est très important de faire des exercices tous les jours, autant que possible à la même heure et avant un repas, en ayant bien soin de laisser un intervalle d'une demi-heure entre la fin des exercices et le repas.
Il faut avoir soin de se débarrasser des parties du vêtement qui peuvent serrer, soit au ventre, soit au cou, soit à la poitrine.
Les exercices devront être exécutés lentement, sans hâte ni brusquerie, en ayant soin de ménager des intervalles de repos convenables; cependant il faut y mettre de la vigueur et toute la plénitude de la force de tension des muscles.
CHAPITRE XIV
LES VACANCES.
Au lieu de répéter ces vieux clichés, célébrant le retour des enfants au foyer et le bonheur des parents à les embrasser, je veux envisager cette période de l'année sous un aspect plus sérieux et plus important. Le temps des vacances, qui semble n'offrir à l'esprit que plaisir et joie, constitue néanmoins des devoirs spéciaux aux parents et aux enfants, que les uns et les autres sont coupables de ne pas remplir et qui ont l'influence la plus grave sur leur existence.
Bien des parents, dans leur bonheur de posséder près d'eux ces êtres chéris, dont les circonstances les forcent à se séparer le reste de l'année, se laissent aller à les soustraire à toute contrainte; ils s'efforcent de leur procurer le plus d'amusement possible, de leur donner du _bon temps_, comme ils disent.