Moyens infaillibles de devenir riche

Part 3

Chapter 33,773 wordsPublic domain

Il sera peut-être alors nécessaire de recourir aux premières économies pendant les premières années. Qu’à cela ne tienne, et bien vite, par votre courage et votre ardeur nouvelle à procurer à un enfant que vous aimerez, toutes les satisfactions indispensables, vous aurez, ouvriers économes, comblé le vide que vous aurez dû faire. Retenez qu’il est sage de ne pas tarder à s’habituer à l’économie. Nous connaissons des ménages de quarante ans qui, après avoir commencé leur vie de labeur avec le rudimentaire mobilier des ouvriers, sans aucun autre avoir, ont élevé plusieurs enfants qu’ils ont pourvus de superbes situations, ont amassé un pécule respectable--fruit exclusif du travail et de l’économie leur permettant de vivre, vers l’âge de soixante ans, dans la plus grande aisance et en véritables rentiers.

Comment ont-ils fait? Ils ont travaillé honnêtement, mettant un soin scrupuleux à ne dépenser jamais un sou sans absolue nécessité. Pas de toilette extravagante: La simplicité même; ni cabaret, ni tabac, ni voyages d’agréments trop dispendieux. Comptez ce qu’ils ont pu économiser rien qu’en se privant de ces superfluités que certaines personnes appellent des distractions.

Ne rien dépenser sans besoin urgent et n’avoir en vue que les bons placements: telle est la base essentielle du commencement certain de la fortune.

A côté de la fortune que vous vous amassez et dont vous serez en droit de disposer librement, soit pour entreprendre un commerce, soit pour fonder une industrie, soit pour acquérir des immeubles, rien ne vous empêche de jeter les premiers éléments qui devront vous gratifier d’une rente importante à l’âge où l’on a gagné le repos. Versez un franc par semaine à la Caisse nationale des Retraites pour la Vieillesse, à partir de l’âge de 20 ans, vous obtiendrez, au taux actuel de 3 1/2%, une belle retraite de 586 francs à soixante ans. Si vous désirez réserver à vos enfants le remboursement des sommes que vous aurez versées ainsi, il vous sera facile de le déclarer; mais alors il faudra vous trouver satisfaits d’une retraite de 369 francs. Ce sera à vous de voir quels seront vos avantages et vos désirs.

Vous pouvez commencer ces versements à un âge plus avancé. Il est évident que dans ce cas vous serez obligés de donner davantage.

Que représente ce versement d’un franc par semaine? La somme que beaucoup d’ouvriers, choisis parmi ceux qui dépensent le moins, laissent au café chaque dimanche. Cela doit provoquer la réflexion chez eux et les décider à éviter de gaspiller leur argent sans aucun profit autre qu’une satisfaction bien éphémère et dont ils se passeraient pour jouir plus tard d’un bien-être beaucoup plus sérieux.

Pensez aussi à vos enfants. Ils vous en garderont une vive reconnaissance quand leur viendra la raison. Ainsi que pour la mutualité, il est nécessaire de commencer de bonne heure pour que les sacrifices annuels soient moins importants. Avec 36 francs par an--soit dix centimes par jour--versés au nom de l’un de vos enfants pendant dix-huit ans, c’est-à-dire depuis l’âge de trois ans jusqu’à celui de vingt et un ans, vous lui assurerez à 60 ans une retraite de 564 francs. Ne sont-elles point merveilleuses ces combinaisons de la Caisse des Retraites pour la vieillesse, et dignes de fasciner tous les travailleurs qui rêvent d’un bel avenir?

A défaut même de mise de fonds en réserve pour la formation d’un capital en vue de vous créer une fortune, ne voilà-t-il pas des moyens accessibles à tous les salaires, pour mettre entre la misère et vous une barrière infranchissable et vous assurer le pain des vieux jours?

Il n’est donc point difficile d’arriver à la fortune, comme vous avez pu le constater. Il suffit de vouloir et d’être persévérant; de ne faire aucune dépense inutile; de placer son argent en lieu sûr et fécond; de n’être point impatient, car la fortune ne peut se faire d’un seul coup. Une longue gestation lui est nécessaire. Mais elle arrivera sans manquer, à l’heure où vous pourrez encore en profiter, si vous ne lui infligez aucun arrêt dans sa marche.

Des personnes sans ordre sont dans l’impossibilité d’acquérir le bien-être et d’arriver à la fortune, car il y a toujours chez elles une force invincible qui les engage à suivre toutes les voies qui se présentent, et surtout les mauvaises, à vivre dans le désordre, à ne prendre soin de ce qu’elles ont, à prodiguer, à rester impassibles devant les soucis toujours plus âpres de l’existence, et à penser que demain pourvoira comme aujourd’hui aux nécessités de la vie. Elles s’en remettent au hasard du soin de leur assurer un avenir plus souriant; selon elles, le destin ne pourra que leur être favorable. Il y a peu d’exemples cependant que seul le hasard ait favorisé quelqu’un au point de l’élever à la fortune. Qu’importe. C’est la planche de salut qu’on escompte, et qui, malheureusement, fait souvent défaut. Et l’argent est dépensé follement; les choses du ménage ne sont ni entretenues ni soignées; les objets de la toilette sont renouvelés sans besoin; tout disparaît dans l’abominable gouffre du désordre, sans que personne en tire le moindre profit. Les années se suivent et la situation s’empire; les dettes surviennent; les mauvaises mœurs s’accentuent et enfoncent leurs profondes racines dans la misère du désespoir; l’âge avancé arrive sans que la pauvreté et la misère aient eu le temps de déguerpir. Cette fois, le mal est irréparable et il faut subir les conséquences funestes d’une vie sans ordre et sans économie.

On a bien compté sur un héritage pour sauver la situation: il ne s’est pas produit. Oh! ne comptez jamais que sur vous-même, sur votre travail, sur votre courage, sur votre conduite. Que rien ne soit livré au hasard, et tout vous réussira. Le temps des miracles est passé, dit-on quelquefois. Cela est vrai surtout ici, et il ne peut tomber une fortune chez vous que si vous l’avez recherchée, que si vous vous êtes efforcé de l’attirer à vous, par un incessant labeur et une persévérante économie.

N.-B.--La loi du 5 avril 1910 sur les retraites ouvrières, récemment promulguée, oblige une catégorie très importante de personnes à effectuer des versements en vue d’obtenir une retraite à l’âge de 65 ans--cet âge est maintenant descendu à 60.--Elle vient précisément au-devant de nos désirs et n’empêche point les versements particuliers que nous conseillons.

CHAPITRE IV

L’Union fait la Force

Il n’est pas défendu à l’ouvrier de sortir de sa sphère si ses économies sont suffisantes et s’il se sent des aptitudes particulières pour diriger un commerce ou fonder une industrie. L’instruction a pénétré partout depuis ces derniers temps; les bons livres sont répandus à profusion dans les bibliothèques populaires où les ouvriers intelligents et laborieux peuvent faire gratuitement des emprunts et compléter l’instruction reçue sur les bancs de l’école. Les rudiments d’orthographe, de calcul et de style qui font la base de l’enseignement populaire sont donnés aux enfants en un temps où leur mémoire est plus apte à retenir que leur jugement à comprendre. Néanmoins leurs cerveaux sont ébauchés; quelques connaissances essentielles ont meublé ceux-ci. Les ouvriers qui n’ont point eu le bonheur de poursuivre des études plus importantes dans un collège ou dans une école supérieure, ne devront donc point négliger, à leur âge adulte, d’augmenter leur bagage de connaissances utiles. Il y a, dans toutes les matières d’enseignement, de bons ouvrages où ils puiseront sans cesse; il leur suffira de beaucoup d’attention, de goût, de méthode et surtout du désir de s’instruire, pour acquérir les notions qu’une trop courte scolarité leur aura interdites. Pour un jeune homme intelligent, les professeurs sont alors inutiles. Presque tous les ouvrages classiques actuels sont d’excellents professeurs: ils renferment des explications claires et précises, des exemples saisissants qui viennent à l’appui de la démonstration, et des exercices nombreux autant que variés dont l’ouvrier pourra tirer un grand profit. Car, il ne faut pas se le dissimuler: on ne réussira jamais aussi bien dans une entreprise si l’on n’a point au moins une instruction assez développée. Nous ne voulons point dire que les titres de bachelier ou autres soient exigés, mais vous vous rendez bien compte qu’à aptitudes égales, l’homme instruit aura plus de chances de réussir que celui qui serait obligé de s’adjoindre le concours d’une autre personne pour un grand nombre d’opérations.

On a vu des ouvriers, possesseurs de quelques économies, les réunir toutes en une bourse commune, et former, avec ce capital devenu plus sérieux, une Société exploitant un commerce, une industrie, etc. dans laquelle chaque membre sociétaire s’occupait du rôle qui lui était dévolu, avec d’autant plus d’activité qu’une part dans les bénéfices lui était assurée. Ce qui est mieux et montre bien tout le profit que peuvent tirer des ouvriers sérieux et dignes, de l’association ainsi comprise, c’est qu’on a été heureux de constater que la dite Société avait prospéré; que les capitaux avaient considérablement augmenté et permis, en poursuivant toujours le même but et obéissant à la même idée, de fonder une maison colossale, justement renommée.

Voilà un bel exemple, digne d’attirer votre attention. Vous trouvez-vous à la tête de quelques milliers de francs et vous sentez-vous des dispositions pour diriger une entreprise, installer une manufacture quelconque, fonder un commerce, créer une industrie nouvelle dans une région? Consultez quelques ouvriers, comme vous intelligents, économes, sérieux et honnêtes. Groupez-vous. Si vous apportez chacun 5.000 francs et que vous soyez à dix, vous aurez cinquante mille francs. Avec cela, vous pourrez commencer. Travaillez sans relâche en vue du profit commun, marchez lentement au début et vous verrez prospérer vos affaires. D’autres vous donneront leur confiance et vous courrez à la fortune; vous ferez le bonheur des ouvriers qui trouveront un emploi chez vous et des actionnaires à qui vous verserez de bons dividendes. Vous aurez d’un seul coup conquis, avec la fortune, l’indépendance, l’honneur et la reconnaissance de la nation, toujours redevable à ceux qui stimulent le travail, la production, le commerce et qui augmentent la richesse publique.

Certes, nous regretterions de donner ce conseil à des ouvriers qui ne seraient pas suffisamment actifs et doués de l’intelligence des affaires, et qui seraient exposés à perdre le pécule amassé. Pour ceux-là, le mieux est de conserver leurs économies et d’en faire des placements à l’abri de toute mésaventure: un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Il se peut qu’un ouvrier soit courageux, intelligent, instruit, économe, et n’ait ni l’énergie, ni le tact, ni l’aptitude nécessaires pour être autrement qu’au service d’autrui. Des dispositions spéciales sont indispensables. Ceux qui en sont dotés réussissent sûrement. On leur accorde la confiance; on les aide et on les pousse malgré eux vers la fortune que d’autres ne sauraient jamais atteindre. Combien en compte-t-on de ces ouvriers qui sont parvenus à de superbes situations, grâce à ce qu’ils se sont placés dans le véritable cadre où ils ont pu donner libre cours à leurs talents particuliers?

Quelle que soit l’industrie que vous entrepreniez, ou quel que soit le commerce qui vous tenterait, conservez toujours des fonds suffisants pour faire face au paiement de vos marchandises. Prenez pour règle absolue et invariable le paiement comptant, afin de bénéficier de l’escompte et d’obtenir la confiance de vos fournisseurs. Cette réserve de fonds doit même être assez importante, car il faut compter avec l’imprévu et éviter de se trouver dans la nécessité, même une seule fois, de reculer un paiement ou de vendre vos produits quand le moment n’est pas favorable. Vous feriez là peut-être, dans le début, de petites pertes qui, en elles-mêmes, ne seraient sûrement pas ruineuses, mais qui pourraient vous entraîner sur la pente glissante et dangereuse du désordre, du laisser-aller, des expédients plus ou moins compliqués pour sortir d’affaire à une échéance. Qui paie toujours comptant et dispose sans cesse de fonds libres, est maître du marché et, de ce fait, trouve en l’occurrence, les meilleurs et les plus clairs profits. Il ne faut point dire: J’ai une échéance de vingt mille francs le 30 de ce mois; mes fonds sont bas; je vais vendre à un intermédiaire quelconque, pour 15.000 fr. (qui me manquent) des marchandises et je sortirai d’embarras. Ce serait un très mauvais calcul, et vous pourriez marquer ce jour d’une croix, car il commencerait votre gêne dans les affaires et peut-être votre ruine. En effet, l’intermédiaire qui vous paierait comptant et qui aurait conscience qu’il vous rend service, ne manquerait point de faire montre de beaucoup d’exigence. Il n’accepterait le marché et la combinaison qu’à la condition de prendre un gros bénéfice sur la marchandise, en la payant les deux tiers, par exemple, de sa valeur réelle; il deviendrait ainsi votre plus redoutable concurrent pour le placement de vos produits. Une marchandise que vous vendrez couramment 2.000 fr., par exemple, à des clients, lui serait livrée par vous à 1.200 fr., supposons-nous. Comment feriez-vous pour la vendre dorénavant à vos clients ordinaires ce prix de 2.000 fr., c’est-à-dire à un chiffre égal au prix de revient et au bénéfice qui vous est dû à titre d’intérêts de vos capitaux engagés, alors qu’un intermédiaire l’offrirait à raison de 1.600 francs? Vos affaires seraient interceptées; vous seriez la victime toute naturelle de votre mauvaise opération, et dans l’impossibilité de livrer directement vos marchandises au consommateur qui les trouverait à meilleur compte chez votre intermédiaire. Où irait le bénéfice? Tout ailleurs que dans votre poche.

Vous n’ignorez pas que l’acheteur, à qualité ou fabrication égale, recherche le vendeur qui lui fait le prix le plus raisonnable, c’est-à-dire le plus bas. Eh bien! tâchez d’être ce dernier vendeur et vos affaires marcheront bien. Pour cela, ménagez vos avances de fonds et ne recourez point à ces intermédiaires dont nous venons de parler. Adressez-vous directement au consommateur. En même temps que vous veillez à la marche de votre fabrication, veillez aussi à la recherche des clients; que tout marche de pair, et si vous savez fabriquer, sachez aussi vendre.

Vous jugez bien comment, avec un capital personnel peu élevé, vous pouvez, en vous unissant à d’autres qui disposent, comme vous-même d’un petit avoir, devenir grand commerçant ou grand industriel. Certes, la combinaison ne manque point d’écueils; nous vous les avons fait connaître: c’est à vous de savoir les éviter. Ne vous embarquez point à la légère, sans avoir, au préalable, sondé vos véritables forces et celles de vos co-sociétaires. Il faut une unité parfaite en vue d’une besogne et d’une fin communes. Rien n’est à négliger des précautions les plus grandes dont on doit s’entourer pour écarter l’échec. Pas de faiblesse pour vous; pas de mollesse à l’endroit de vos camarades. De l’énergie toujours, de l’ordre, de la méthode et une scrupuleuse économie. Soyez attristé si vous éprouvez une perte de dix francs. Vous auriez dû en gagner dix. Cela fait une différence de vingt francs. Cherchez la cause de cette perte; si elle est pénible et laborieuse à découvrir, ne vous découragez point, surtout, car ce n’est qu’à cette condition que vous la réparerez et ferez en sorte qu’elle ne se produise plus. Si vous savez vous attacher ainsi à une perte qui regarde une si modique somme, on vous traitera peut-être de mesquin. Laissez dire et pensez en vous-même que c’est grâce à ce procédé de tout surveiller et de tout contrôler, que vous avez évité des pertes plus importantes; que votre réputation d’ordre vous a attiré un grand nombre de clients; que votre industrie prospère et que votre fortune s’accroît, au milieu du respect de tous ceux qui vous connaissent.

CHAPITRE V

Meilleurs salaires et meilleurs traitements

Nous nous sommes adressé jusqu’ici à des personnes jouissant d’un salaire ou d’un gain ordinaire, soit en qualité d’ouvriers ou d’employés d’usine, de travailleurs agricoles, de cultivateurs, d’artisans travaillant pour leur compte personnel, etc. Nous avons vu comment ils doivent procéder pour se mettre quelque argent de côté et arriver, par des moyens licites, à une fortune respectable et suffisante.

Forcément, nous devons ranger dans une autre catégorie les personnes qui gagnent davantage, afin de leur indiquer aussi la façon de conquérir la fortune ou au moins de conserver une importante partie de leur traitement. L’exemple qu’ils devront suivre sera le même pour les riches, pour les propriétaires, pour les hauts fonctionnaires, etc. Il consistera notamment à ne jamais se laisser aller aux folles dépenses. C’est le point de départ des économies et des réserves pour l’avenir.

Prenons un fonctionnaire par exemple. Il a un traitement annuel de 3.000 ou de 4.000 ou de 5.000 francs, etc. S’il n’a point de fortune personnelle, ou si sa femme ne lui a point apporté une sérieuse dot, il devra compter de près pour se garder une poire pour la soif, car il aura des dépenses souvent élevées, auxquelles il lui sera impossible, peut-être, de se soustraire. Il lui faudra tenir son rang, c’est-à-dire habiter un logis luxueux, avoir au moins un ou une domestique, subir des réceptions, aller à la montagne ou à la mer, prendre part à des fêtes coûteuses, en un mot dépenser une bonne partie de son traitement pour ce qu’on appelle le luxe et la mode. Rompre avec ces coutumes, ce sera, sans doute pour lui, s’éloigner de ses collègues, se faire la réputation d’un ennemi de la société et s’exposer à être diminué dans la considération des autres. Cependant, va-t-il se priver du nécessaire pour parvenir à faire étalage de luxe, pour paraître? Ce serait peut-être un calcul favorable à sa réputation, mais en tout cas nuisible à sa bourse et à sa santé. Le mieux sera sans doute de ne point se préoccuper du «qu’en dira-t-on»; de poursuivre honnêtement son existence dans la mesure de ses moyens, de s’adonner à des travaux intellectuels qui grandissent l’homme, l’assagissent et lui donnent des satisfactions pures et réelles; de remplir ponctuellement son devoir; de faire fi de tout ce qui est toilette, luxe et mode; de ne souffrir aucune dépense qui n’aura point le but d’augmenter le bien-être familial; de rejeter les fêtes dispendieuses et inutiles; de pourvoir ses enfants d’une instruction solide; d’établir le compte de ses dépenses et de prélever chaque année sur son traitement une partie assez importante pour se former un capital qui sera capable de lui donner de beaux intérêts. Qu’importe le reste? Ne faut-il point, avant tout, penser aux siens, créer le bien-être dans son foyer et éviter les dettes ou la gêne dont les premières victimes seraient d’innocents enfants à qui l’on n’aurait point demandé leur consentement pour faire ces dépenses exagérées, et à qui l’on volerait le montant de ces sommes gaspillées?

Établissez donc votre genre de vie sur les bases toujours respectées de la morale, de l’honneur, du travail, de l’économie. Plaignez votre collègue s’il est assez faible pour s’engager dans des dépenses au-dessus de ses moyens dans le but de paraître, pour imiter ceux qui peuvent se livrer à de plus grandes dépenses sans danger, ou pour craindre les railleries des sots. Pour vous, vivez tranquillement à l’abri de votre foyer, au milieu de votre famille; vivez caché; c’est encore l’un des meilleurs moyens de vivre heureux, comme l’a dit le fabuliste.

Vous aurez assez de quelques amis véritables avec qui vous échangerez des idées, à qui vous communiquerez vos impressions, à qui vous pourrez confier sans crainte vos joies et vos peines. Choisissez ceux qui ont le plus de franchise et de sincérité, de noblesse de cœur et de simplicité de manières. Jamais ils ne vous causeront d’ennuis d’aucune sorte, ni ne vous engageront dans les sentiers d’un luxe effréné et coûteux; comme vous, ils aimeront tout ce qui est simple. Ayant les mêmes goûts, vous serez bien faits pour vous entendre et, par vos relations, égayer votre existence et ajouter à votre bonheur. L’homme est fait pour vivre en société. Cela ne signifie point qu’il doit se lier intimement avec tout le monde et ne point limiter le nombre de ses amis. Dans ce cas ainsi que dans beaucoup d’autres, la qualité vaut mieux que la quantité. Peu d’amis, mais sûrs et sincères: telle doit être votre devise, si vous ne voulez point éprouver de grands désagréments. Les relations sont souvent des causes de dépenses. Vous ne dînerez point chez des amis sans qu’il vous en coûte au moins un grand dîner que vous rendrez. Si vos amis sont nombreux, les dépenses de réception se répéteront souvent. Il en sera avec qui vous serez obligés à plus de cérémonie et par conséquent de dépenses. Au contraire, avec quelques amis simples comme vous, vous ne serez entraînés à aucun frais. Les repas que vous échangerez seront dépourvus de toute pompe et de tout apparat. Ils seront des prétextes à relations amicales simplement, sans qu’il y soit fait un vain étalage de toilette ou d’autres futilités du même crû.

Ne vous liez jamais avec des personnes au-dessus de votre condition. Vous voudriez les imiter; vous feriez comme la Grenouille à l’égard du Bœuf et c’est le même résultat que vous obtiendriez. Combien en est-il de familles qui se sont appauvries ou ruinées pour n’avoir point su rester dans leur milieu et avoir voulu marcher de concert avec de plus riches? Il y a là un grand danger contre lequel il est de toute nécessité de se prémunir, car il conduit à une culbute certaine. Si vous disposez annuellement de 4.000 fr. de recettes, par exemple, allez-vous, dans le désir de vivre sur le même pied que vos amis qui ont dix mille francs de rentes, grever votre budget de quelques milliers de francs et courir à la misère prochaine? Qui vous en saurait gré? Ce ne seraient certes point vos amis qui seraient les premiers à railler votre naïveté et votre orgueil, et à vous abandonner dans la détresse.

Qui crie trop fort brise sa voix. Qui vise trop haut tombe de plus haut et par conséquent plus bas qu’un autre.

songez surtout à commencer votre façon de vivre économiquement dès les premiers temps du mariage. Les premières économies sont toujours les plus profitables, en ce sens que, restant plus longtemps placées, elles augmentent plus le capital et excitent le désir d’épargner. Réussissez-vous à obtenir ainsi un petit capital de 10.000 fr. à 30 ans, par exemple; vous aurez, à 31 ans, à 3% 10.300 francs auxquels vous ajouterez de nouveau vos économies de l’année? Cet intérêt annuel de 300 fr. par exemple, sera comparable à une augmentation naturelle de votre traitement, et si vous gagnez 4.000 fr. net dans votre profession, vous pourrez compter que votre traitement annuel est de 4.300 francs et ainsi de suite. A quarante ans, votre capital sera considérablement grossi en procédant de cette façon et en comptant les augmentations périodiques de traitement qui ont lieu dans la plupart des professions dont nous parlons. Vous serez donc arrivé à la fortune entre quarante et cinquante ans, à l’âge où il est permis de songer à prendre quelque repos. Votre existence se sera poursuivie jusqu’alors d’une manière plus tranquille et plus renfermée que certains de vos collègues, amis des fêtes et du luxe. Ce sera le moment de comparer et de voir laquelle des deux situations sera la meilleure, et qui, des deux, aura joui de plus de bonheur véritable.