Chapter 4
Bacon n'imagine pas une définition aussi saisissante: il se contente, ou à peu près, d'énumérer les avantages de l'amitié. Ce sont pour lui d'abord qu'un ami nous permet de soulager notre coeur par des confidences qui allègent les douleurs et doublent les joies; ensuite qu'il nous aide à éclaircir nos propres idées en nous écoutant les exposer, qu'il nous donne de bons conseils tant pour nous bien conduire que pour faire prospérer nos affaires; en troisième lieu l'amitié est pleine de petits secours de tout genre comme une grenade est pleine de grains: par exemple notre ami peut solliciter pour nous dans les cas où notre dignité nous défend de le faire, il peut faire valoir nos mérites et à l'occasion les exagérer, ce que la modestie nous interdit à nous-mêmes, etc., etc. On serait tenté de conclure que Bacon ne voit dans l'amitié qu'une association d'intérêts: je crois que ce serait une erreur absolue. L'enthousiasme du texte anglais, l'abondance presque lyrique des images et des comparaisons préservent de la commettre quand on ne s'en tient pas à un résumé décharné. Certainement Bacon a connu la douceur de l'amitié; pour lui comme pour Montaigne c'est un sentiment très élevé. S'il énumère surtout les avantages pratiques qu'elle nous apporte, c'est que, en homme d'action, c'est dans l'action, au milieu de ses affaires, qu'il l'a goûtée, tandis que Montaigne, homme de cabinet, en a joui dans ses méditations. C'est dans la sensation de l'effort fait en commun où la présence de l'ami double l'énergie, dans la joie du succès partagé que Bacon a surtout l'occasion d'éprouver les charmes de l'amitié: cela ne veut en aucune façon dire que le plaisir qu'il y trouve ne dépasse pas le secours matériel, mais cela explique qu'il en parle tout autrement que Montaigne.
Ce contraste de leurs tempéraments et de leurs oeuvres n'a cependant pas empêché Bacon de tirer quelquefois profit de la lecture de Montaigne et de prendre en lui le germe de quelques-unes de ses idées.
Du moins c'est ce que rendent très vraisemblable les rapprochements qui vont suivre. Ici toutefois, comme précédemment, on ne peut parler que de probabilité. A l'exception d'une ou deux peut-être, aucune de ces réminiscences proposées n'est certaine, aucune ne révèle un emprunt direct et incontestable.
Pour l'époque qui nous occupe, il faut d'abord noter que quelques réflexions sur lesquelles Bacon n'insiste pas, qui sont exprimées par lui en passant, avaient été dégagées auparavant par Montaigne: cette idée, par exemple, que bien souvent nos querelles religieuses ne sont que des querelles de mots[57]; cette autre encore qu'il est bien souvent malaisé de distinguer les aptitudes natives des enfants, et que dans l'incertitude le mieux est de choisir pour eux la meilleure voie sans chercher à percer le mystère de leur nature[58]. Cette dernière vient se joindre à des remarques que présentaient les éditions antérieures sur les relations des parents et des enfants, et enrichit la psychologie de Bacon sur ce point; la première étaye fort heureusement d'un argument puissant ses exhortations à la concorde et à l'union en matière religieuse. Montaigne et Bacon luttent aussi contre la crédulité de leur temps, la foi aux prophéties et pronostics de tout genre, et Bacon se souvient peut-être d'avoir lu une idée toute semblable chez Montaigne quand il écrit: «Lorsque l'événement prédit est conforme à la prédiction, les hommes remarquent cette conformité; mais dans le cas opposé, ils ne remarquent point du tout le défaut d'accord: genre de méprise où il tombent également par rapport aux songes et à tout autre genre de prédictions superstitieuses[59]. C'est là une des causes aux yeux de l'un et de l'autre, qui accréditent de pareilles fables. «Personne, dit Montaigne, ne tient registre de leur mecomtes, d'autant qu'ils sont ordinaires et infinis, et fait-on valoir leurs divinations de ce qu'elles sont rares, incroiables et prodigieuses.»[60] Voici encore chez Bacon une idée à laquelle Montaigne a consacré un petit essai tout entier, «Whatsoever is somewhere gotten is somewhere lost»[61]. C'est à peu près la traduction de la phrase française: «Il ne se fait aucun profit qu'au dommage d'autrui.»[62]
Ailleurs Montaigne, en fournissant des exemples et des témoignages probants, a aidé Bacon à conduire telle idée à sa maturité et à son dernier développement: trois des faits[63] par lesquels Bacon rend sensible la puissance de l'habitude ont été vulgarisés par Montaigne, et peut-être c'est Montaigne qui l'engage à tirer parti, dans l'éducation, de cette puissance de l'habitude, en faisant apprendre les langues étrangères dès la première enfance[64].
Voici toutefois qui peut être plus intéressant: il se pourrait que Montaigne lui ait suggéré des idées assez importantes à ses yeux pour qu'il en fasse le sujet d'essais nouveaux. Je ne pense pas ici surtout à l'essai intitulé: _Des innovations_[65], des «nouvelletés», comme aurait dit Montaigne: sans doute Bacon connaissait les condamnations vigoureuses que le philosophe avait écrites contre ces «nouvelletés», qui avaient troublé l'Etat, menacé si rudement sa vie, sa tranquillité et son indépendance, attristé son coeur très pitoyable et très humain, quoi qu'on en ait dit, d'affreux spectacles; peut-être elles ont contribué à lui inspirer son extrême prudence. Mais enfin, la question, posée très nettement par les anciens déjà, avait été trop débattue dans toute la littérature politique du XVIe siècle, pour que nous puissions affirmer que Montaigne est pour beaucoup dans les méditations de Bacon sur ce sujet[66].
Mais dans l'essai _De la Vérité_[67], dirigé contre la mode de scepticisme de son temps, il est clair qu'il a Montaigne présent à la pensée, il le nomme, il le cite textuellement. Malheureusement il ne nous dit pas comment il juge le doute de Montaigne; on peut penser toutefois que, s'il l'a estimé sceptique, il a été frappé par son scrupuleux besoin de vérité, et a vu que son scepticisme à lui n'était pas affaire de mode.
L'essai _Des voyages_[68] surtout me semble devoir son idée première à Montaigne. «Les voyages en pays étrangers, nous dit Bacon en commençant, font, durant la première jeunesse, une partie de l'éducation, et dans l'âge mûr une partie de l'expérience»[69]. Ce sont ces deux idées qu'il veut mettre en relief. Montaigne a fortement marqué tout ce que l'enfant peut tirer des voyages pour la formation de son jugement, combien «frotter et limer sa cervelle»[70] à celle des étrangers peut lui être profitable, et plus tard, après son long tour en Suisse, en Allemagne et en Italie, il a dit dans ses _Essais_ quels avantages il y avait trouvés et de quelle utilité il est, pour un homme fait de voir du pays[71]. C'est lui, je crois, qui a vulgarisé ces notions. Et dans le développement, çà et là nous retrouvions des idées de détail que Montaigne a pu suggérer: celle-ci, par exemple, qu'en voyage il faut «éviter avec soin la compagnie de ses compatriotes», rechercher les étrangers, interroger des gens de toutes sortes. Bacon toutefois ne se contente pas de répéter les idées de Montaigne. Il va plus avant que son devancier. Avec son sens pratique très avisé, et sa précision habituelle, il indique toutes les précautions à prendre pour que les voyages soient vraiment profitables, il écrit une sorte de petit manuel du voyageur. On devrait, nous dit-il, savoir déjà un peu la langue du pays où l'on entre, être accompagné d'un gouverneur qui le connaisse bien et qui soit capable de choisir ce qui mérite d'être vu, tenir un journal, s'être soigneusement muni avant le départ de cartes de géographie et d'indications topographiques, changer souvent de lieu, de manière de vivre, de relations, afin que rien ne vous échappe; il dresse des listes des objets qui doivent avant tout attirer l'attention, des personnes dont il est particulièrement utile de faire la connaissance. En tout cela il est conforme à la pensée de Montaigne, mais il ajoute à son devancier; il complète ses indications; ses habitudes d'homme très pratique, très méthodique, exigeaient davantage. Ici à nouveau nous le voyons original, et c'est Montaigne peut-être qui lui fournit son thème.
Je me demande encore si le titre inattendu que Bacon destinait à la traduction latine de ses _Essais_, _Sermones fideles_, n'est pas un écho de la première phrase de Montaigne: «C'est icy un livre de bonne foy, lecteur.» Il y aurait lieu d'ajouter aussi que, dans l'édition de 1625, les souvenirs de l'antiquité communs aux deux auteurs se multiplient encore sensiblement[72]. Pas plus qu'en 1612 il n'en est aucun dont on puisse dire avec certitude que Bacon l'a pris à Montaigne, mais leur nombre ne manque pas de les faire prendre en considération. Aussi bien, parmi tous les rapprochements qu'on a pu faire, il en est assez peu pour lesquels il soit permis d'être affirmatif et qui prouvent une incontestable influence. J'ai dû multiplier les peut-être. Je crois bien que si je n'avais craint leur monotonie, j'en aurais encore ajouté quelques-uns. Ce qui seul est indiscutable, c'est l'opposition des deux oeuvres. Pourtant je crois que l'influence de Montaigne n'est guère douteuse. Elle est seulement beaucoup moins importante et surtout très différente de ce qu'on l'a supposée _a priori_, ou, ce qui revient au même, d'après des enquêtes toutes dirigées et faussées par des idées _a priori_. Elle n'a pas déterminé chez Bacon la conception de l'essai. Cela est évident.
IV.--Une conclusion se dégage, en effet, très nettement de cette étude, c'est que si l'essai, pour Bacon comme pour Montaigne est une enquête morale, Bacon a fait cette enquête à sa manière, sans prendre à Montaigne, au moins à l'origine, ni ses idées, ni même ses cadres. Le véritable imitateur des _Essais_ de Montaigne, celui qui a introduit le genre dans la littérature anglaise, suivant le type que Montaigne avait façonné, ce n'est pas Bacon, mais son contemporain sir William Cornwallis, qui, trois ans après Bacon, en 1600, a publié, lui aussi, des _Essais_[73], où l'auteur ne cachait point son admiration pour Montaigne, et où le nom de Montaigne revenait jusqu'à sept fois. Le disciple que nous donnons ainsi à notre philosophe est moins fameux sans doute que celui que nous lui contestons: il ne gagne pas au change. Mais si les _Essais_ de Cornwallis n'ont pas eu pour soutenir leur succès et pour traverser les siècles le secours d'un grand nom, au temps de leur apparition ils ne semblent pas avoir rencontré beaucoup moins de faveur dans le public que ceux de Bacon.
Quoi qu'il en soit, en 1597, Bacon n'a pas pris Montaigne pour modèle. Il semble ne lui devoir à cette époque que le titre de son livre. Probablement quand il l'a connu, son petit ouvrage (car il ne s'agissait encore que d'un fort petit ouvrage), était déjà déterminé dans sa pensée. Il l'avait conçu d'après d'autres modèles. Je crois même qu'il l'avait écrit déjà. Le titre seul y manquait peut-être. En adoptant celui de Montaigne, il a montré qu'il en appréciait la modestie, peut-être aussi qu'il était gagné par l'oeuvre tout entière.
Toujours est-il qu'il y est revenu et à diverses reprises. Il a dû partager l'engouement de ses compatriotes qui a suivi la traduction de Florio. Chaque fois qu'il a fait des additions à ses propres _Essais_, il y a inséré quelques réminiscences de leur précurseur français. Montaigne a dû aider à la germination de quelques idées, surtout dans la dernière édition. Insensiblement aussi il a poussé Bacon à donner une forme plus concrète, moins générale à ses observations, à se détacher de la méthode trop sèche de la première édition. Là s'est borné son rôle. Quelle que fût la vogue des _Essais_ de Montaigne autour de lui, quelle que fût la liberté avec laquelle certains contemporains les imitaient, jamais Bacon n'a substitué à son essai le type de l'essai tout personnel, qui était caractéristique de la manière de Montaigne, jamais non plus il n'a répété les idées de son devancier.
En dépit des apparences, et quelque paradoxal que cela puisse sembler, c'est donc au moment où il lui a emprunté son titre qu'il a le moins imité Montaigne, et c'est dans sa dernière édition qu'il est le plus voisin de lui. Il a trouvé un stimulant dans les _Essais_ français, mais jusqu'à la fin son livre est resté tout à fait original: la philosophie dont il l'a empli, dans ses grandes lignes, est bien l'expression de son expérience personnelle, et la forme dernière qu'il a donnée à l'essai, quoique Montaigne paraisse y avoir apporté sa contribution, lui appartient en propre.
Si cette étude nous a un peu déçus en ne donnant pas à Montaigne la part que nous étions en droit d'espérer, du moins nous a-t-elle fourni l'occasion de jeter une lumière nouvelle sur l'origine et l'évolution des _Essais_ de Bacon. Elle nous laisse aussi cette impression très forte que, s'il n'a pas à proprement parler imité Montaigne, du moins Bacon a goûté son livre, et qu'il l'a probablement étudié avec une grande attention. Peut-être dans quelque autre ouvrage sa pensée devait-elle en tirer plus de profit.
[12] Rappelons quelques dates qu'il est indispensable d'avoir présentes à l'esprit pour suivre cette étude.
Les _Essais_ de Bacon ont paru en trois fois: l'édition de 1597 ne compte que dix courts essais; celle de 1612 en porte le nombre à 38; celle de 1625 à 57.
L'_Advancement of learning_ (en anglais), qui est la première forme de l'_Instauratio magna_, est de 1605. L'_Instauratio magna_ comprend deux parties: le _Novum organum_, en deux livres, presque entièrement nouveaux qui parurent en 1620; le _De augmentis_ qui reproduit en latin l'_Advancement of learning_ en y insérant quelques additions importantes et en divisant la matière en neuf livres au lieu de deux; il est de 1623.
Nous nous référons pour Bacon, à l'édition de James Spedding, Robert Leslie, Ellis, Duglas Denom Heath, de 1858, Londres. Pour les _Essais_ on trouvera au tome VI de cette édition les textes de 1597, 1612 et 1625, que nous nous proposons d'étudier successivement. Les citations sont empruntées à la traduction Riaux (Paris 1843), mais nous aurons soin d'y introduire la distinction entre les trois éditions successives dont le traducteur n'a pas tenu compte. Je ne connais aucune traduction française de la première édition; la seconde a été traduite par Beaudouin en 1619 (Paris, 1 vol. in-8º). Réimprimé en 1626 in-12, 1633, 1636, 1637, antérieurement à l'apparition de la troisième: la troisième se trouve dans toutes les traductions de Bacon.
[13] Ed. Spedding, tome I, 449.
[14] Id., VI, 439.
[15] _Cf._ Livre VI, ch. 3.
[16] _Cf._ Les essais: of Fortune, of Vain glory.
[17] Aucun emprunt n'est assez précis pour qu'on puisse déterminer quelle édition de Montaigne Bacon avait entre les mains lors de la composition de ses premiers essais. Toutefois si l'essai _Of discourse_ a quelque relation avec l'essai de Montaigne, _De la conversation_, qui est le huitième du troisième livre, il en résulte qu'il a connu une des dernières éditions parues alors, soit celle de 1588 soit celle de 1595, puisque ce sont les seules qui contiennent le troisième livre.
[18] Comparer chez Montaigne les essais III, VIII, _De l'art de conférer_; II, XXXVII, _De la ressemblance des enfants aux pères_; II, XVII, _De la gloire_.
[19] Bacon, édit. Spedding, t. VI, p. 531.
[20] Bacon, édit. Spedding. t. VI, p. 530.
[21] Sur ce sujet de la conversation, outre cet essai Cf. le _De Augmentis_ 1er chap. livre VIII et des _Short notes for civil conversation_, ouvrage posthume qu'on estime être de Bacon et qu'on trouvera dans l'éd. Spedding, tome VII, page 105. On se convaincra aisément qu'à propos de ce sujet Bacon ne doit pas grand'chose à Montaigne. Il semble qu'il s'inspire davantage d'écrivains Italiens spécialement de Baldassare Castiglione dans son _Cortegiano_. Les gestes, les formes, voilà surtout ce qui paraît attirer son attention.
[22] Bacon, éd. Spedding, tome VI, p. 529, traduction Riaux, tome II, page 314.
[23] _Les mimes, enseignemens et proverbes de Jan Antoine de Baïf_, Paris 1576, in-12, l'éd. de 1597 est augmentée du double.
[24] _Cinquante quatrains, contenant préceptes et enseignemens utiles pour la vie de l'homme._ Paris et Lyon 1574.
[25] _Piu consigli e avvertimenti, in materia di republica et di privata._ Paris Morel 1576, in-4º.
[26] _Avvertimenti civili di M. Gioc. Franc. Lottini_: Firenze 1574, in-4º.
[27] Sansovino réunit les deux oeuvres précédentes et y joint ses propres maximes dans un ouvrage publié à Venise en 1588 sous le titre de: _Propositioni: overo considerationi di stato_...
[28] Peut-être cependant est-ce avec raison que Fitzgerald a été frappé de la ressemblance des deux expressions que voici: Bacon: «Proceeding and resolving in all actions is necessary: for, as he sayeth well, not to resolve is to resolve» (_Colours of good and evil_, IV). Montaigne: «parfois c'est bien choisir de ne choisir pas» (III, IX, t. VI. 182). Voir miss Norton, _The Spirit of Montaigne_ p. 11 et Bacon, éd. Spedding, t. VII, p. 81.
[29] J'entends l'éd. augmentée de 1612, dont on trouvera la reproduction dans l'éd. Spedding, tome VI, page 543.
[30] On trouvera les sentences dans le _De augmentis_, l. VI, ch. III.
[31] Bacon, _Essais_, éd. 1612, no XXX, éd. Spedding, tome VI. p. 576.
[32] Montaigne, I, XIII, à la fin.
[33] Bacon, trad. Riaux, tome II, p. 340, éd. Spedding, pour le texte de 1612, tome VI, p. 572.
[34] Montaigne, III, II.
[35] «Groanes and Convulsions, and a discoloured face, and friends' weepings, and Blakes and obsequies, and the like, shew death terrible». (Essai II vers le début).
[36] Montaigne I, XX, t. I, p. 132.
De même quand Bacon dit: «Il n'est point dans le coeur de l'homme de passion si faible qu'elle ne puisse surmonter la crainte de la mort», il peut penser aussi bien à la VIe épître de Sénèque qu'à cette phrase de Montaigne: «Toute opinion est assez forte pour se faire espouser au prix de la mort» (I, XIV). Les exemples qu'il allègue à ce sujet peuvent être suggérés par l'un des modèles aussi bien que par l'autre.
[37] Tout particulièrement le chap. 20 du premier livre «_Que Philosopher c'est apprendre à mourir_» et le XIIe chap. du livre III «_De la physionomie_».
[38] Outre l'essai de Bacon (Essai II) on peut voir dans le _De augmentis_, livre VII, chap. II, un passage où les mêmes idées sont exprimées.
[39] «The Stoikes bestowed too much cost upon death, and by their great preparations made it appeare more fearefull. Better saith he, _qui_ finem vitæ extremum inter munera ponat naturæ (Essai III).
Je ne rapproche ici que l'idée. «Celui» désigne non Montaigne, mais Juvénal, dont la phrase est citée en latin dans le texte anglais.
[40] Montaigne III, XII, t. VI, p. 292.
Ils s'en venteront tant qu'il leur plaira, _tota philosophorum vita commentatio mortis est_, mais il m'est advis que c'est bien le bout, non pourtant le but de la vie... Au nombre de plusieurs autres offices que comprend le général et le principal chapitre de sçavoir vivre est cet article de sçavoir mourir, et des plus legers si nostre crainte ne luy donnoit poids.»
[41] Montaigne, Essais II, VIII.
[42] Bacon, éd. Spedding _Essay_ VI. t. VI, page 548.
[43] The illiberality of Parents in allowance towards their children is an harmefull error: makes them base, acquaints them with shifts, makes them sort with meane companie, and makes them surfet more, when they come to plenty.» (Essay VI.)
Comparer chez Montaigne _Essais_ II, VIII, tome III, page 85.
[44] Montaigne _Essais_ I, LIV, tome II, page 281 sqq.
[45] Y a-t-il lieu de tenir compte encore du parallèle que voici signalé par Dieckow (p. 67)?
Montaigne: «Il y en a plusieurs en ce temps qui discourent de pareille façon, souhaitons que cette esmotion chaleureuse, qui est parmy nous, se peust deriver à quelque guerre voisine, de peur que ces humeurs peccantes, qui dominent pour cette heure nostre corps, si on ne les escoulle ailleurs, maintiennent nostre fiebvre tousjours en force, et apportent en fin nostre entière ruine. Et de vray, une guerre estrangère est un mal bien plus doux que la civile. Par fois aussi ils ont à escient nourry des guerres avec aucuns leurs ennemis, non seulement pour tenir leurs hommes en haleine, de peur que l'oysiveté mère de corruption ne leur apportast quelque pire inconvenient:
_Et patimur longæ pacis mala sævior armis Luxuria incumbit._
(II, XXIII).
Bacon: «A civil war indeed is like the heat of a fever, but a foreign war is like the heat of exercice, and serveth to keep the body in health, for in a slothful peace both courages wil effeminate and manners corrupt.» (_Greatness of kingdoms_, éd. Spedding, t. VI, p. 586.)
[46] Montaigne II, VIII, t. III, p. 88.
[47] «Yet hee was reputed one of the wise men, that made answere to the question: when a man should marrie.--A young man not yet, an elder man not at all.» Ed. Spedding, tome VI, p. 579.
[48] Cf. par exemple cette image d'Aristote:
«Neither is the ancient ruse amisse, to bend nature as a wand, to a contrary extreame, whereby to set it right.» (Essai XXVI, Montaigne III, X au début).
Une citation de Martial: «_Principis est virtus maxima nosse suos._» (Bacon éd. Spedding, t. VI. p. 555, Montaigne III. 8, t. VI, p. 99).
[49] Bacon. Essai. XXIX, éd. Spedding, t. VI, page 544.
[50] Bacon. Essai II. éd. Spedding, t. VI, page 379.
[51] Bacon, Essai XXXVI, éd. Spedding, t. VI, p. 582.
[52] _De augmentis_, livre VIII, chap. 2.
[53] Montaigne, Essai II, XVIII, t. IV, p. 246.
[54] Montaigne, Essai III, IX.
[55] Bacon, Essai X, éd. Spedding, t. VI, p. 397.
[56] Montaigne, Essai I, XXVIII.--Bacon, Essai XXVII, éd. Spedding, VI. p. 438.
[57] Bacon, Essai III, _of Unity in Religion_; Montaigne II, XII, t. IV. p. 30.
[58] Cf. Bacon, Essai VII, éd. Spedding, t. VI, p. 391. Montaigne I, XXVI, t. II, p. 26.
[59] «Men mark when they (predictions) hit, and never mark when they miss, as they do generally also of dreams.» (Essai XXXV.)
[60] Montaigne I, XI, _t._ I, p. 54.
[61] Bacon, Essai XV.
[62] Montaigne I, XXII, t. I, p. 149. Il est clair qu'il serait facile de multiplier les rapprochements de cette sorte: bon nombre d'idées morales sont communes aux deux auteurs. Je n'ai retenu que les plus significatives, celles qui ont quelque chance d'avoir été suggérées à Bacon par Montaigne. On trouvera d'autres rapprochements, qui me paraissent superflus, dans les ouvrages ci-dessus mentionnés, de Reynolds, de Dieckow et de miss Grace Norton.
[63] Ce sont le mépris des gymnosophistes indiens pour la douleur, les contestations qui dans certains pays s'élèvent entre les veuves à qui aura l'honneur d'être brûlée avec le corps du mari défunt, l'endurance des jeunes garçons de Sparte, qui se laissent fouetter devant l'autel de Diane sans pousser un cri. Cf. Bacon, Essai XXXIX _Of Custom and education_; Montaigne I, XIV et II, XXXII. Il faut ajouter toutefois que Cicéron avait réuni ces exemples dans ses _Tusculanes_ V, 26.
[64] Bacon, Essai XXXVIII.--Montaigne I, XXVI, t. II, p. 34.