Missions au Sahara, tome 1

Part 24

Chapter 243,431 wordsPublic domain

Ce sont des schistes feuilletés passant à des grès en plaquettes, de couleur sombre, dans les tons violet noir. Les indigènes les appellent _ktoub_ (feuillets de livre) et les redoutent pour les pieds de leurs chameaux, que les ktoub sont susceptibles de couper comme au couteau.

Ces schistes ne sont pas tout à fait dépourvus de fossiles. Sur la route de Tesfaout à Timimoun, à quinze kilomètres environ de ce dernier point (rive occidentale de la Sebkha), j’ai trouvé dans les schistes, à proximité d’une lentille calcaire, un Céphalopode que M. Henri Douvillé et M. Haug ont vu et qui est une goniatite indéterminée.

Sur la rive orientale de la sebkha (route de Timimoun à Deldoul), le commandant Deleuze a recueilli des échantillons de grès en plaquettes, couverts de _Leptæna_ (M. Haug ne croit pas pouvoir préciser l’étage).

Enfin, M. Chudeau a recueilli quelques fossiles, qui ne sont pas encore parvenus en Europe.

Tout cela n’est pas concluant, je crois.

D’autre part, à Fgagira, on voit les ktoub reposer directement, et, à ce qu’il semble en concordance sur les couches à _Gephyroceras_. Dans la sebkha de Timimoun (comme aussi au Touat), on voit aussi le calcaire carboniférien reposer directement sur les ktoub. Et ceci permettrait de conclure assez légitimement à l’âge dévonien supérieur des Ktoub.

Pourtant, dans le gisement dévonien moyen (ou présumé tel), à 10 kilomètres est de Fgagira, des ktoub bien nets sont intercalés entre les bancs calcaires. D’autre part le Silurien supérieur au Sahara, on le verra, est probablement représenté par des ktoub à graptolites. Il semble donc que cette formation, quoique d’aspect assez homogène, ne soit pas nécessairement synchronique.

Comme il faut conclure, on a attribué les ktoub, sur la carte, au Dévonien supérieur, partout où il y avait doute sur leur âge. Mais naturellement la question reste entière.

Ajoutons, pour être complets, qu’un forage pratiqué dans la palmeraie de l’Aouguerout a ramené au jour, d’une faible profondeur (une dizaine de mètres)[165] un fossile, que M. Chudeau croit dévonien, sans pouvoir préciser l’étage.

=Carbonifère.= — Des calcaires carbonifères riches en fossiles se montrent dans le nord du Gourara, à la lisière des dunes.

Sur la route de Ksabi à Charouïn par H. Mallem, à 20 kilomètres de Ksabi, le sentier traverse des calcaires bleu sombre et amarante, fossilifères, plongeant légèrement à l’est. M. Haug les croit carbonifériens.

C’est dans l’angle nord-est de la sebkha de Timimoun que le Carboniférien est le plus largement étalé.

Dans la sebkha même, exactement à la hauteur de Timimoun, on voit reposer sur les ktoub, d’abord des calcaires bleus fossilifères, puis des marnes contenant beaucoup de fossiles libres.

Dans l’erg au nord de la sebkha, à Tala, Kali, Ouled Saïd, el Hadj Guelman on retrouve le calcaire bleu fossilifère à _Productus_.

A noter que le Carboniférien peut être aussi développé au sud de la sebkha qu’au nord.

En effet à Timimoun même, au-dessous du ksar, et par conséquent au sud de la Sebkha, on voit le Carboniférien s’enfoncer sous le Crétacé.

=L’allure des plissements hercyniens.= — Ces formations primaires sont affectées de plis hercyniens sur la direction desquels on a le droit d’être assez affirmatif.

_Synclinal de Fgagira._ — Les dépôts de Fgagira (fig. 42) forment manifestement un synclinal dont l’épaulement sud-occidental est formé par les derniers débris de la chaîne d’Ougarta, au delà de Foum el Kheneg — les trois étages dévoniens sont représentés — l’orientation du pli est N.-O.-S.-E.

_Synclinal au sud de Charouïn._ — Les dépôts au sud de Charouïn forment un autre synclinal (fig. 43). J’y ai observé des couches du Dévonien moyen et d’autres du Dévonien supérieur. Les calcaires amarantes à _Calceola sandalina_ que j’ai vus constituent l’épaulement du synclinal du côté de Charouïn, ils plongent énergiquement au sud-ouest. Si j’ai bien compris les explications qui m’ont été données, les fossiles Laquière provenaient de l’épaulement opposé (côté d’Ouled Rached) que je n’ai pas vu, mais où le Dévonien moyen serait largement découvert et étalé à l’air libre. Les dépôts dévoniens supérieurs au cœur de l’anticlinal plongent légèrement au N.-E.

Il n’est donc pas douteux que ce synclinal ait à peu près la même orientation que le précédent N.-O.-S.-E.

Les deux coupes ont d’ailleurs un air de parenté. Ce pli ne semble pas symétrique. Les plongées les plus rapides regardent l’ouest.

En somme entre Ksabi et Charouïn les plis hercyniens sont manifestement orientés N.-O.-S.-E.

_Bords de la Sebkha._ — Ce qui est curieux c’est que plus à l’est la direction est toute différente.

Sur la route la plus orientale et la plus directe de Charouïn à Ouled Rached (fig. 44), celle qui coupe la dune au lieu de la contourner, il est malaisé sans doute de deviner l’allure du Dévonien sous-jacent (précisément à cause des dunes) ; pourtant, j’ai noté au départ de Charouïn, à l’entrée de l’erg, des affleurements orientés S.-O.-O.-N.-E.-E. Nous sommes tout près du synclinal à couches fossilifères, une dizaine de kilomètres peut-être et pourtant dans l’intervalle la direction des plis a obliqué de près de 90°. Dans la sebkha même et sur ses bords l’allure des plis est assez compliquée.

Un pli anticlinal bien marqué, orienté grossièrement est-ouest est transversal au grand axe de la sebkha à peu près en son milieu à la hauteur de Beni Melouk. Aussi bien la sebkha est-elle nettement étranglée en ce point.

Au sud et au nord de ce point les bandes de ktoub sont franchement allongées dans le même sens que le grand axe de la sebkha S.-O.-N.-E. C’est bien net en particulier au pied du ksar de Timimoun où les couches carbonifériennes plongent est 64° sud (154° à partir du nord en comptant par l’est) (fig. 45).

Enfin au nord de la sebkha dans la région de Tala, Kali, el Hadj Guelman, les plis hercyniens ont subi une nouvelle torsion, ils sont orientés franchement N.-S. A Tala les couches plongent à 274° soit sensiblement O. vrai.

Il semble bien qu’on ait le droit de conclure comme suit :

La Gourara est pour les plis hercyniens une zone de rebroussement — à l’ouest de Charouïn ils ont une direction qu’on pourrait appeler armoricaine — sur les bords de la sebkha une direction qu’on pourrait appeler varisque.

Antérieurement, nous avons abouti à des conclusions analogues. Les plis de la Zousfana seraient varisques — ceux d’Ougarta armoricains.

=Failles récentes.= — Il n’est pas douteux que la topographie actuelle ne doive beaucoup à des failles récentes.

Un examen attentif révélera je crois des diaclases en relation avec la sebkha de Timimoun.

En tout cas les ksars de l’Aouguerout sont bâtis sur une muraille de couches crétacées verticales (argiles et grès), qui se dresse brusquement au milieu des couches voisines horizontales. Il y a là certainement un accident post-crétacé, qui a ramené, on l’a vu, le sous-sol primaire à proximité de la surface, et en amont duquel les foggaras vont capter la nappe d’eau (fig. 52).

La palmeraie d’Ouled Mahmoud est, elle aussi, en relation avec des diaclases qui ont amené dans le crétacé la formation d’une cuvette synclinale[166]. Aussi bien on sait depuis longtemps que les couches crétacées du Sahara sont faillées.

Géologie du Touat.

Le Touat est une grande plaine de composition géologique très complexe. L’horizontalité en est due à des dépôts pour la plupart, je crois, crétacés. A travers les fenêtres de ces dépôts, on peut observer çà et là la pénéplaine hercynienne sous-jacente. Le Dévonien et le Carboniférien sont certainement représentés.

=Éodévonien.= — A la limite du Touat et du Tidikelt, à Aïn Cheikh, un gisement fossilifère éodévonien est connu depuis quelque temps déjà[167]. Ce sont exactement les mêmes roches et les mêmes fossiles qui existent dans tout l’Ahnet et dans tout le Mouidir.

Au Touat proprement dit, en revanche, je ne connais pas de gisement de fossiles éodévoniens. Mais plusieurs affleurements me semblent devoir être rapportés à cet étage.

Le djebel Heirane est composé presque tout entier de grès fin et dur, à cœur blanc et à patine noire, c’est-à-dire d’une roche que nous sommes habitués à considérer comme caractéristique de l’Éodévonien.

Ces mêmes grès, ou du moins, des grès d’aspect tout à fait analogue, se retrouvent à 20 kilomètres nord-est de Haci Sefiat sur la route de Tesfaout.

=Dévonien moyen.= — Dans toute l’étendue du Touat, y compris le gisement d’Aïn Cheikh, je ne connais pas de fossiles mésodévoniens.

=Les Ktoub.= — Au Touat comme au Gourara un rôle relativement considérable est joué en surface par des schistes durs, fissiles, pour lesquels nous avons adopté la dénomination indigène de ktoub. Immédiatement à l’ouest du Timmi, en particulier, s’étend un lambeau important de ces roches. Elles ont tout à fait l’aspect des ktoub du Gourara. Je n’y ai cependant pas trouvé un seul fossile, malgré des recherches que le voisinage d’Adrar rendait faciles. En revanche, j’ai constaté à l’ouest de Temassekh la superposition en concordance à ce qu’il semble de Carboniférien fossilifère incontestable sur les ktoub comme à Timimoun. Au même point une lentille calcaire dans les ktoub. Il paraît donc possible, sous bénéfice d’inventaire, de les considérer provisoirement comme supradévoniens (fig. 47).

Notons pourtant que M. Mussel attribue aux ktoub du Timmi un âge silurien, parce qu’il les trouve identiques à ceux de l’Iguidi[168], ce qui est une constatation intéressante. En l’absence de fossiles toutes les attributions sont possibles et indifférentes ; tous les schistes noirs se ressemblent ; ceux du Gourara, qui contiennent des fossiles dévoniens, ne m’ont pas paru différents des schistes alunifères siluriens (?) d’Aïn Chebbi. Ceux du Timmi restent certainement indéterminés.

=Carboniférien.= — On trouve au Touat un grand nombre de gisements fossilifères carbonifériens. Aïn Cheikh mis à part, l’étage carboniférien paraît ici le seul fossilifère ; en revanche il l’est abondamment.

Voici l’ordre des gisements en allant du nord au sud.

_a_) A une douzaine de kilomètres dans l’ouest de Temassekh (fig. 47) ; c’est le point où on voit le Carboniférien reposer sur les ktoub. En venant de l’ouest on rencontre d’abord un banc de calcaire blanc puis un autre de calcaire jaunâtre fossilifère peu cohérent, puis un autre de calcaire amarante très fossilifère. Ces bancs sont séparés par des couches de marne ou d’argile.

_b_) _Tazoult._ — A côté du ksar de Tazoult, un tout petit pointement — à la base calcaire bleu massif, au-dessus grès en plaquettes. Au sommet alternance en bancs minces de calcaires noir et blanc, puis calcaire massif (fig. 48). — (Notons un affleurement d’ophite). Le facies rappelle les calcaires carbonifères du nord, ceux d’Igli.

_c_) _Aïn Cheikh._ — A l’ouest de la source, des couches calcaires peu épaisses dans des marnes ou des argiles puissantes. Fossiles superbes libres dans les marnes.

_d_) A l’est d’Hacian Taïbin couches fossilifères que M. Chudeau analyse comme suit :

1o A la base : grès en bancs minces, avec quelques intercalations d’argile et de calcaire.

2o Grès brunâtre, en bancs épais de 1 à 2 mètres ; plongée 45°.

3o Calcaire à fossiles siliceux.

4o Calcaire bleu foncé en bancs de 30 centimètres à 1 mètre ; plongée 45° ; débris de _Productus_.

_e_) Très loin dans l’ouest, au coude de l’oued Messaoud, avant Haci Rezegallah, des calcaires compacts pétris de fossiles ; les mêmes calcaires apparaissent le long de l’oued Messaoud, plus au nord ; ces calcaires reposent en corniche sur des argiles ou des marnes, et grâce à cette circonstance l’oued s’y est encaissé profondément.

Tous ces gisements donnent les mêmes fossiles, dinantiens d’après M. Haug.

=Plissements hercyniens.= — Au point de vue stratigraphique le gisement de Rezegallah est tout à fait à part ; je n’y ai vu que des couches horizontales ; et, sous réserve, puisque l’étendue des couches observées est assez restreinte, je suis tenté de croire que nous sommes ici en dehors du domaine des plissements hercyniens. Leur limite occidentale passerait donc quelque part entre Hacian Taïbin et Haci Boura.

Le petit affleurement éodévonien auprès de Haci Sefiat est lui aussi sensiblement horizontal, de même que les couches gréseuses de même facies qui constituent le djebel Heirane. Au pied du djebel Heirane à l’est on voit des ktoub, supposés néo-dévoniens (?), verticalement redressés, en contact évidemment anormal avec les grès éodévoniens (miroirs de faille).

Sous bénéfice d’inventaire je croirais que cette faille court du djebel Heirane à Haci Boura (autrement dit Rezegallah), et qu’elle délimite les domaines hercyniens et calédoniens.

Le Vorland occidental du Touat, erg d’Iguidi, région de Taoudéni, reste encore très peu connu ; pourtant outre les documents de Lenz, nous disposons maintenant de ceux qui ont été recueillis par le capitaine Flye Sainte-Marie, par le lieutenant-colonel Laperrine et par leur compagnon le lieutenant Mussel.

Il semble incontestable que toute la grande région des Eglab, au cœur du fer à cheval des dunes de l’Iguidi, est un massif archéen ou éruptif complètement en dehors de la zone des plissements hercyniens.

M. Mussel[169], au voisinage de Taoudéni, Lenz auprès de Tindouf, ont vu le Carboniférien horizontal sur d’immenses étendues. Tout se passe donc, en tout cas, comme si la limite occidentale des plissements hercyniens passait tout près du Touat à l’ouest et tout près de la chaîne d’Ougarta au sud-ouest[170] à l’est de la ligne Dj. Heirane-H. Boura tous les affleurements primaires du Touat sont nettement plissés.

A la limite du Touat et du Tidikelt, entre djebel Aberraz et Aïn Cheikh, court un pli hercynien, dont l’axe est éodévonien ; c’est un pli énergique, uniformément déversé vers l’est, sa direction est nord-sud. On en fera au chapitre suivant une étude plus détaillée.

On ne peut pas être aussi précis au sujet des autres plis hercyniens du Touat ; on les devine plutôt qu’on ne les voit, encore que leur existence soit incontestable. Le Carboniférien de Tazoult forme un dôme anticlinal bien net, fermé au sud et brusquement interrompu au nord par une cassure.

A l’ouest de Temassekh, les couches primaires (carbonifériennes et supradévoniennes) plongent à l’ouest, mais avec un pendage de plus en plus accusé à mesure qu’on s’approche de Temassekh ; elles finissent par être tout à fait verticales. La direction du pli est N.-N.-O.-S.-S.-E., faisant un angle d’une vingtaine de degrés avec la ligne nord-sud. Il semblerait naturel d’admettre que ce tronçon de pli, à en juger par sa direction et sa proximité topographique, est la continuation de celui qu’on a vu s’amorcer à Tazoult.

A Tesfaout l’affleurement primaire (ktoub supradévoniens ?) est composé de couches qui plongent vers l’est. La direction du pli est N.-N.-O.-S.-S.-E. (angle de 28° avec nord-sud).

Au Timmi, à l’ouest de la Sebkha, autre affleurement très étendu de ktoub supradévoniens. Les couches sont redressées au voisinage de la verticale, elles m’ont paru pourtant avoir une tendance à plonger vers l’est. La direction du plissement est N.-N.-O.-S.-S.-E. (angle de 22° avec nord-sud).

Tout cela en somme est bien fragmentaire. Il semble pourtant qu’on puisse risquer la conclusion suivante.

Au large du Touat les couches primaires sont affectées de plissements hercyniens dirigés N.-N.-O.-S.-S.-E. Et c’est d’ailleurs une direction qu’on retrouve bien nette, avec une inflexion plus marquée vers l’ouest, dans la chaîne d’Ougarta.

En somme, sur toute la distance entre le Tidikelt et l’Atlas, la virgation de la chaîne hercynienne apparaît nettement. Franchement nord-sud au Tidikelt la direction des plis s’infléchit progressivement jusqu’à N.-O.-S.-E., d’un côté, tandis que de l’autre on voit apparaître par rebroussement la direction N.-E.-S.-O. (Timimoun, Zousfana) ; à partir du Gourara la structure est en éventail (fig. 50).

=Crétacé.= — Ce sont les terrains horizontaux d’âge post-primaire qui tiennent au Touat de beaucoup la plus grande place en superficie. On a déjà dit que tout le pays est une immense plaine. Mais l’attribution de ces terrains horizontaux à tel ou tel étage est assez délicate.

A l’est du Touat le problème est simple ; la route d’Adrar à In Salah par Ilatou et Matriouen ne sort pas du Crétacé. Elle traverse le grand plateau calcaire du Tadmaït. Une petite falaise calcaire que l’on franchit une quinzaine de kilomètres avant d’arriver au puits d’Ilatou en marque le début à l’ouest. Sur l’âge de ces calcaires nous sommes renseignés par des gisements fossilifères. Le plus rapproché du Touat, à ma connaissance est celui que j’ai trouvé à Matriouen (rive gauche de l’oued, au pied de la falaise) ; les fossiles identifiés par M. Ficheur sont : _Pseudodiadema_ sp., _Natica_ sp. _Ostrea olisiponensis_.

Nous sommes donc au même niveau qu’à el Goléa, cénomanien et turonien.

Au Touat comme au Gourara les calcaires massifs reposent sur des argiles gypseuses (cénomaniennes ?) qui reposent elles-mêmes sur les grès albiens. Les bois silicifiés abondent dans ces grès, comme d’habitude : le plus beau gisement est incontestablement celui de Taourirt. On y voit, dans la falaise qui domine le ksar actuel, de gros troncs silicifiés en place, encastrés dans la pierre[171] ; ici d’ailleurs ce n’est plus à proprement parler du grès, c’est un poudingue à gros éléments et ses éléments semblent uniformément primaires ou archéens, les quartz en particulier abondent. Ils ont été évidemment arrachés à une ride primaire quelconque, aujourd’hui arasée et enfouie sous les dépôts crétacés. C’est le seul point à ma connaissance où le grès à dragées prenne un facies aussi net de poudingue et c’est le seul point aussi où les bois silicifiés se présentent sous forme de troncs presque intacts. En général, on ne voit que des fragments à peine plus grands que la main.

La falaise de Taourirt paraît nous présenter une section d’un vieux lit d’oued précénomanien.

Au Touat (au rebours du Gourara), les grès albiens ont été incomplètement débarrassés par l’érosion de leur couverture d’argiles cénomaniennes. Sur la route du Gourara au Touat les argiles apparaissent du côté de Sba et de Guerrara. Les ksars du Timmi et du Boudda sont construits sur des argiles gypseuses, assez gypseuses même pour qu’on puisse au Boudda exploiter le plâtre.

Le grès albien affleure d’ailleurs çà et là (à Meraguen, au Boudda). Aussi n’a-t-on pas osé porter sur la carte géologique ces argiles cénomaniennes, aux contours indécis dans l’état de nos connaissances ; on a fait coïncider la limite du Crétacé moyen avec la base des calcaires turoniens.

A l’ouest du Touat l’attribution des couches horizontales à tel ou tel étage devient plus délicate. On peut affirmer en tout cas qu’elles tiennent une grande place, réduisant les affleurements primaires au rôle de fenêtres. Elles sont de composition assez uniforme, argiles de couleurs vives, rouges et vertes, alternant avec des bancs de grès du type habituel, à dragées et à bois silicifiés.

A la partie supérieure de cette formation on voit quelquefois des argiles gypseuses ; au puits de Sefiat, en particulier, elles constituent les falaises qui entourent le puits. Pourtant le grès a souvent un facies particulier, qui n’est pas celui des grès à dragées, il est spongieux, creusé de cavités, entre lesquelles subsistent des colonnettes filiformes, j’imagine qu’il est calcarifère. A la surface des hammadas il se découpe en buttes ruiniformes qui sont une nouveauté dans le paysage.

Ce grès particulier constitue par exemple toute la hammada d’où émerge le chicotéodévonien du dj. Heirane. On le voit à Haci Boura, à Haci Rezegallah.

Il est vrai que sur la route entre le dj. Heirane et le Bouda j’ai cru observer le passage latéral d’un facies à l’autre.

Nulle part, à ma connaissance, on ne voit réapparaître les calcaires et les marnes fossilifères du Tadmaït, qui permettent dans la région orientale une détermination précise.

Pourtant ces formations horizontales manifestement post-primaires, se distinguent bien nettement des dépôts tertiaires par leur compacité et leur aspect ancien ; localement elles ont été vigoureusement affectées par des failles (fig. 46) ; il est difficile de ne pas les croire prétertiaires. Et après tout leur analogie de facies est évidente avec l’albien du Touat dont il est naturel de croire qu’elles sont ce qu’elles paraissent, un simple prolongement.

Notons que M. Chudeau a vu, au Tegama, une formation qu’il juge analogue aux grès albiens du Touat et contemporaine. MM. Mussel et Cortier signalent au voisinage de Taoudéni des couches de facies analogue. Il est très possible que tous ces affleurements très distants les uns des autres se rejoignent. Tout se passe comme si le Crétacé inférieur, représenté par une formation argileuse et gréseuse à fossiles végétaux, et d’origine continentale ou lagunaire, couvrait d’immenses espaces dans tous les bas-fonds du Sahara, entourant d’une immense auréole les massifs du Hoggar.

Et en tout cas, à l’ouest du Touat, on ne connaît pas encore de limites occidentales à l’extension en surface de cette formation.

=Mio-Pliocène.= — Il reste à parler des dépôts tertiaires continentaux qui jouent un si grand rôle au nord. Ici leur rôle est très réduit. Çà et là auprès des puits de Sefiat, par exemple, ou du puits d’Hammoudiya, on voit sur le Crétacé un lambeau de croûte calcaire qu’on peut rapporter au Pliocène. Mais on ne rencontre de dépôts assez étendus pour être notés sur une carte schématique qu’au voisinage des oasis.

Il court là, entre Tesfaout et le Sali, une bande mio-pliocène à peu près rectiligne, longue de près de 100 kilomètres, et large uniformément de 3 ou 4 kilomètres à peine ; l’épaisseur est d’une vingtaine de mètres.

A Temassekh la formation, facile à étudier sur la falaise de la gara, est constituée à la base de couches sableuses plus ou moins durcies ; au sommet un chapeau de calcaire et de plâtre (sol de _timchent_) ; le plâtre est pétri de _Cardium edule_.