Mienne: roman

Part 13

Chapter 133,364 wordsPublic domain

Mais cette colère est morte aussi, apaisée peu à peu par le temps. Que m’importe à cette heure de n’avoir pas été aimé, ou d’avoir servi de jouet à une femme légère, ou d’avoir tiré d’une femme compatissante quelques chers instants de pitié? Il ne m’en reste pas moins que j’ai aimé cette femme, quelle qu’elle fût, et nul ni rien ne m’enlèvera jamais le souvenir de ce noir bonheur.

Aussi bien, nul non plus, ni rien ne me prouvera que mon adorable amie fût si coupable. Toutes les apparences conspirent contre elle; mais, à mesure que s’éloignent ces jours assombris, j’affirmerais avec moins d’âpreté qu’elle ne fut pas trahie par les circonstances. Que ne dois-je pas conclure en sa faveur, par exemple, lorsque je songe qu’elle chassa le médecin qui fut cause de ma fuite?

Il est vrai cependant que la confession du mari ne me laissait pas de doutes sur la qualité de leurs rapports. Mais, si je fais néanmoins des réserves sur la véracité même de cette confession, sans d’ailleurs accuser le mari d’autre chose que d’une trop faible perspicacité, je demande à les garder. N’importe qui les fera tout aussi facilement que moi. C’est de cet homme que j’ai tenu ma plus grande disgrâce. C’est de lui que j’ai reçu le coup le plus cruel, dont je suis demeuré défait pendant plus de six mois. Mais j’ai eu ma revanche. J’étais trop malheureux. Il avait été trop heureux: il rendit gorge. Je ne m’en réjouis pas, s’il faut le dire franchement; le malheur des autre n’a jamais fait ma joie; mais je ne peux pas clore mon récit sans y rapporter que, depuis la mort de sa femme, cet homme a souffert et souffre peu à peu et de plus en plus tout ce que j’avais souffert moi-même.

Il m’avait donné le spectacle de son amour triomphant. Avec quelle insultante assurance, je l’ai dit. Pendant six mois, je ne le revis pas. Il m’avait promis de revenir, il n’était pas revenu. Je ne m’en plaignais pas, on me croira sans peine, et je ne serais pas allé vers lui. Je pensais que je ne le reverrais plus, ou que, si je le rencontrais, je le trouverais consolé. Je pensais qu’il l’était peut-être déjà, et qu’il n’osait pas reparaître devant moi après m’avoir en quelque sorte pris à témoin de l’ardeur durable de sa détresse.

Il reparut.

Mais il n’était pas consolé. Au contraire. Si la mort soudaine de sa femme l’avait transformé dès la première heure en lui ôtant de cette impassibilité dont il se cuirassait auparavant, il semblait, six mois plus tard, moins impassible que jamais.

Il parlait d’une voix saccadée. A tout propos il faisait des gestes. Il ne se surveillait plus aucunement. J’avais en face de moi un homme nouveau, que je devinais inquiet, agité, désemparé. Et son assurance de naguère avait fondu.

--Vous ne savez pas ce qui m’arrive? me dit-il après les phrases d’excuse obligatoires.

Je le regardai.

--Je suis jaloux.

--Jaloux?

--Oui. Jaloux de ma femme. Jaloux d’une morte.

Il avait tant de tristesse dans la voix que je me retins mal de frémir, pressentant le drame.

--Que dites-vous de ça?

--Il faudrait m’expliquer...

--Oh! c’est bien simple.

Je dus cependant l’écouter avec attention pour démêler, au milieu de nombreuses incidentes, qu’une femme, une amie de la famille, une veuve, qui s’était montrée particulièrement affectée par la catastrophe d’Argenton, qui avait ensuite témoigné pour le veuf d’une sympathie active, et qui enfin s’était offerte sans succès à remplacer la morte, avait insinué que la morte ne méritait peut-être pas des regrets si profonds et s’était, avec une discrétion terrible, refusée à préciser davantage.

--Vengeance de femme, déclarai-je d’un ton de mépris.

Il se passa la main sur le front.

--Évidemment, je le pense aussi, je me le dis, je me le répète. Mais...

--Calomnies pures, affirmai-je.

--Certes, calomnies pures. Mais rappelez-vous le couplet de _Figaro_: Calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chose.

--Voyons, Monsieur, vous êtes un homme. Vous...

--Je suis très malheureux.

Que répondre?

--Depuis huit jours que le poison m’a pénétré, dit-il, je ne peux pas me débarrasser de ce doute croissant, et je me torture à chercher des preuves, des indices, des présomptions, que sais-je? tantôt pour le réduire à néant et tantôt pour le justifier. Car j’en suis là, que j’admets que ma femme ait pu n’être pas la femme fidèle que j’étais sûr qu’elle était. Ne suffit-il pas que d’autres l’admettent ou l’insinuent? Pour quelques mots perfides lancés par une gueuse...

--Vous le voyez, vous le dites vous-même.

--Je vois par-dessus tout que je ne suis plus sûr de rien. C’est odieux. Que voulez-vous? J’ai réfléchi. Je réfléchis. Je trouve qu’un bonheur tel que celui que je croyais mien, n’est pas naturel, n’est pas humainement possible. Vous le trouvez naturel, vous?

Il me prenait de court. J’hésitai. Il le remarqua.

--Vous le voyez vous-même, je vous renvoie votre argument: vous ne protestez pas.

--Pardon, je...

--Mais non. Mon bonheur était trop beau pour être réel. Il ne faut pas oublier les conditions de notre mariage, ni que j’étais riche, alors que celle que j’épousai n’avait pas un sou. Jamais, vous le pensez bien, je n’ai rien négligé pour que ma femme fût persuadée que je lui devais plus qu’elle ne me devait. Mais quoi! je n’ai pas de ces illusions: un homme qui achète une femme, n’a pas le droit d’exiger l’impossible, fût-il le meilleur des hommes.

--Vous devenez injuste, dis-je.

--Je deviens juste, répliqua-t-il, amer. Je commence à me demander si j’ai fait tout ce que je pouvais pour que ma femme n’eût aucune raison de me considérer comme le maître que j’ai toujours redouté d’être. C’est ma faute. Je n’ai peut-être pas eu assez de courage, je veux dire assez de courage pour ne pas craindre de découvrir devant elle mes sentiments. On est souvent victime de son orgueil. On s’imagine qu’on s’abaisserait en se laissant voir tel qu’on est par une femme. On s’imagine que des actes ont plus de portée que des paroles. Ah! ce doute qui m’est venu, ce doute qui me ronge depuis huit jours, je conçois qu’il vous étonne. Vous pensiez que nous étions un ménage parfait, n’est-ce pas? Oui, tout le monde le pensait. Je le pensais aussi, tellement il y avait autour de nous de ménages moins bons. Et voilà tout à coup que je m’aperçois que je n’ai jamais su si ma femme était heureuse ou non par moi, et voilà que je doute qu’elle l’ait été, et voilà que je doute de ses protestations. Je vous semble ridicule?

Il ne me semblait pas ridicule, ai-je à le confirmer? J’avais porté trop longtemps en moi l’angoisse dont il ne commençait que d’être atteint. Comment l’apaiser? Il me faisait pitié. Mais nul héroïsme ne m’animait à son endroit. Et si j’avais envie de lui démontrer qu’il s’égarait, et si je mis toute mon éloquence en œuvre pour le lui démontrer, en effet, ou pour essayer de le lui démontrer, ce ne fut point par grandeur d’âme; ce fut par jalousie, ma jalousie tenace, car j’étais offensé qu’il pût éprouver lui aussi cette angoisse que mon amour avait atrocement savourée.

Eus-je le talent de convaincre ce malheureux qui m’avait si singulièrement choisi pour confident de sa peine? Il s’en alla rasséréné, du moins en apparence, et confondu de gratitude, me sollicitant de ne pas lui refuser mon amitié, d’excuser sa faiblesse, et de permettre qu’il vînt m’importuner encore.

Il revint donc.

Il revint plusieurs fois.

Chaque fois, il me parut un peu plus inquiet. Son inquiétude n’avait eu d’abord qu’une forme assez vague; il ne cherchait à ses doutes que des raisons d’ordre en quelque manière logique, et abstraites; il faisait, somme toute, de la jalousie dans le vide. Mais peu à peu, il se mit à examiner l’une après l’autre les personnes de son entourage, à se remémorer ce que sa femme lui avait dit de chacune d’elles, quelle avait été leur attitude, et la qualité de leurs relations, quels avaient pu être leurs sentiments. Ses soupçons prirent corps. Sa jalousie rétrospective se fixa peu à peu sur ses différents amis. Il n’admettait plus, comme aux premières heures, que sa jalousie pût être injustifiée. Qu’elle lui fût venue, lui semblait un motif de la subir. Toutes les objections que je lui présentais, elles étaient peut-être mauvaises: il les discutait et les repoussait.

J’assistai, morne et contrit, au lent supplice qu’il s’imposa. Je ne reconnaissais pas, en cet homme ardent et sans orgueil, l’homme modéré, froid et distant de naguère. J’assistai, morne et soumis, au progrès de sa passion.

--Jamais je n’aurais cru, me disait-il, que je pouvais aimer ainsi.

Il ne se reconnaissait pas lui-même, et ne rougissait pas de me l’avouer. Tandis qu’il doutait davantage de sa femme morte, il regrettait davantage de l’avoir perdue sans lui avoir donné de son amour des témoignages victorieux.

--Si j’avais su, disait-il, si j’avais su, je l’aurais reconquise, je l’aurais conquise.

A d’autres moments, il évoquait ses meilleurs souvenirs.

--Comment l’aurais-je soupçonnée? disait-il. Avant sa mort elle était plus tendre qu’au lendemain de notre mariage. Depuis quelque temps, je n’y songe pas sans une douce émotion, elle m’appelait _mon mien_. N’était-ce pas d’une femme qui aime?

Puis, comme je ne répondais rien, et après un silence:

--Oui, murmurait-il, mais n’était-ce pas d’une femme qui veut endormir et tromper? Franchement, trouvez-vous naturel qu’une femme se montre de plus en plus amoureuse?

Parfois, il parlait du médecin qu’il avait, à la prière de sa femme, expulsé d’Argenton.

--Qu’y avait-il entre eux? se demandait-il devant moi. Qu’y a-t-il eu plutôt? Avait-il eu vent de quelque chose, et s’était-il cru en droit de profiter d’un secret dérobé, le scélérat, pour se faire malproprement payer sa discrétion? Car il n’y avait rien entre eux, n’est-ce pas? C’est bien votre avis aussi?

Avec la même déconcertante franchise, il me tint au courant de toutes ses recherches et de ses perplexités. Il commit des erreurs. Il se brouilla sans hésitation avec plusieurs de ses amis. Mais, parce que je me gardais de l’interroger, je ne peux fixer ici de sa passion que ce qu’il m’en conta. S’il alla jusqu’à des violences, je ne le sais point. Je ne sais que ce qu’il m’a dit. Il ne m’a certainement pas dit tout. Par le peu que je sais, j’imagine cependant sans trop de peine jusqu’à quelles démarches inconsidérées il a dû descendre.

A-t-il soupçonné son frère, comme je l’avais moi-même soupçonné? Je ne le nierais pas. La dernière fois que je le vis, il me laissa l’impression d’un homme qui ne se possède plus. Cet homme-là, je ne jurerais pas qu’il ne fût pas capable de rompre ses plus chères affections, et peut-être de pis encore.

La dernière fois que je le vis, en effet, il entra chez moi d’un air sombre. C’était environ quinze mois après la mort de sa femme. Ses yeux avaient un regard dur.

Au lieu de s’asseoir sur mon divan, comme il s’y asseyait d’habitude sitôt que j’en avais ôté pour lui les cartons qui l’encombraient, il se mit à marcher de long en large dans mon atelier.

Il ne parlait pas. Je l’observais, en rangeant des papiers.

Soudain, il se décida.

--Après la mort de ma femme, dit-il, je vous ai apporté une lettre que j’avais trouvée à votre nom dans son bureau.

--Oui.

--Cette lettre, vous ne l’aviez pas ouverte devant moi.

--Je ne l’ai jamais ouverte.

Il me regarda.

--Vous l’avez encore?

--Oui. Elle est là.

Je désignais l’armoire.

--Me la montreriez-vous? fit-il, la voix rauque.

J’avais compris.

--Non, dis-je, calme et résolu. Cette lettre n’appartient ni à moi ni à vous. Elle ne sortira pas de cette armoire. Au reste, elle ne vous apprendrait rien, soyez-en persuadé.

--Je la veux, répondit-il, changeant de ton.

--N’insistez pas.

--Je la veux, cria-t-il.

Et il se dirigeait vers l’armoire.

Je le saisis par le bras.

--Vous êtes fou?

Ses lèvres tremblaient.

--Allez-vous-en, lui dis-je.

Je le poussai dehors. Il ne résista pas.

Je ne l’ai plus revu.

* * * * *

ETRANGES retours de la fortune et de la passion! De ces deux hommes qui aimèrent la même femme, bien que je sois l’un d’eux, je ne saurais affirmer que celui-là fut le plus malheureux dont j’ai le plus longuement conté l’histoire.

Je n’avais jamais eu pour mon rival, pour mon rival heureux, une haine profonde: il n’était pas volontairement responsable de ma misère: il ne m’avait pas supplanté. Quand son bonheur s’effrita, si ma jalousie eut des flambées nouvelles, j’éprouvai surtout pour lui de la pitié. Celle que nous aimions tous deux était morte. Des souffrances qu’elle m’avait infligées, à son corps défendant peut-être, je conservais un souvenir douloureux, mais je conservais aussi le souvenir chaud des joies qu’elle m’avait dispensées. Mon rival, mon rival désormais malheureux, ne pouvait pas trouver dans sa misère les consolations que j’avais trouvées dans la mienne: celle que nous aimions était morte; il ne pouvait plus chercher au fond de ses yeux le regard qui désarme; il ne pouvait plus espérer qu’une parole, même mensongère, même compatissante, dissipât ses doutes; il ne pouvait plus rien espérer. Plus rien. Sa misère était à jamais sans recours. La mienne? N’en parlons pas. Je n’en ai parlé que trop.

Tous deux évidemment, et chacun pour soi, nous fûmes coupables. En face de la même femme que nous aimions, chacun de nous avait cru, pour des motifs différents, qu’elle était sienne. Ni l’un ni l’autre n’avait eu le courage et la faiblesse de la forcer à se faire connaître. J’étais trop timide et trop résigné, il était trop fier et trop confiant; j’avais eu trop de franchise, et lui trop de pudeur; mon amour s’était livré trop naïvement, le sien s’était trop sévèrement dissimulé. Entre nous deux, celle que nous aimions, qu’avait-elle voulu? qu’avait-elle pensé? Lui ni moi ne le saurons jamais. Et de nous trois, puis-je même accuser celui-là plutôt que celui-ci? Et plaindra-t-on l’un plutôt que l’autre?

Dans notre pauvre aventure, la morte n’a peut-être pas eu le lot le moins enviable. Sans cet accident horrible que je ne veux tenir que pour tel, sans cet accident qui ne prouve rien, qui n’achève rien, que fût-il advenu de nous? Y avait-il au drame que nous jouions une issue qui ne dût pas être désastreuse? En éliminant le cas du mari, dont la passion ne dépendit que de la mienne brisée, que nous permettait d’attendre notre amour dangereux? Les moralistes me répondraient que l’adultère sème son châtiment. Je ne discuterai pas.

Quant au mari, je ne sais pas comment il supporte sa détresse que je vis poindre et grandir. Pendant près d’un an, je n’ai pas eu de nouvelles de lui. Tout m’incite à supposer néanmoins qu’il n’a pas recouvré son sang-froid de jadis, ni ce calme dont je comprenais que sa femme fût excédée.

Au dernier Salon, en effet, j’avais envoyé, comme je l’ai dit dès les premières lignes, un simple moulage d’étude: une femme nue, couchée sur le côté droit, les jambes ramenées le long des cuisses relevées, et le visage enfoui dans le creux des bras croisés haut, de sorte que l’on n’apercevait de sa poitrine que la naissance du sein gauche. Inconsciemment plutôt que sottement, j’appelais cela: _Souvenir_. Or, huit jours après le vernissage, un inconnu se jeta comme un furieux sur cette œuvre sans mérite et la détruisit à coups de marteau. Des journalistes venus m’interroger, me répétèrent les initiales du nom de ce fou, la police ne leur en ayant pas appris davantage. Je n’ai pas besoin de dire qui était ce malheureux, ni que je demandai que l’affaire n’eût pas de suites.

Sans cette affaire, je ne me serais probablement pas aperçu que j’avais fait prendre à mon modèle une pose que prenait d’habitude, décente et narquoise à la fois, quand elle se mettait au lit, la femme adorable que je pleure toujours. C’eût été de ma part imprudence et goujaterie, si je n’avais pas agi sans dessein. Il a fallu que le mari, plus lucide et pour cause, se crût outragé. Maladroit, sans le vouloir, j’ai provoqué la rage de cet homme. Je lui ai de moi-même fourni la preuve qu’il eût peut-être vainement cherchée ailleurs.

N’est-il pas superflu que je détaille à présent la couleur de mes souvenirs? Ce _Souvenir_, que j’exposais au dernier Salon, témoigne assez que je n’ai rien oublié, et que, le désirant, je n’oublierais rien: mon amie perdue est en moi le plus puissant de ces fantômes que chacun de nous porte au profond de sa conscience. Elle dirige, sans que je m’en rende toujours compte, le cours de mes songes. Au milieu de mes travaux, au milieu de ces travaux où j’use mes journées et déroute mes rêveries, elle est présente; elle y serait malgré moi. Je l’aimais comme je crois que je n’aimerai jamais. On n’aime qu’une fois dans sa vie avec tant d’enthousiasme et d’abandon. Si j’aime de nouveau, ce serait avec moins d’exigence et plus d’habileté. Mais pourrais-je aimer?

Hélas! si les douleurs anciennes ne disparaissent pas tout entières de nous, elles ne persistent pas davantage avec leur acuité qui nous fut chère. Elles fondent, elles s’usent, comme une falaise abrupte que lèche l’océan; elles s’arrondissent: elles deviennent de tendres et cruels souvenirs, autour de quoi montent, écument et sonnent nos agitations perpétuelles. Que répondrai-je, si, me voyant silencieux et morose, on me demande: à quoi pensez-vous?

O Mienne, Mienne! Toi que je nommais Mienne, à qui étais-tu? Quelle étais-tu? Le savais-tu seulement? Tête chérie dont je n’ai jamais connu, dont nul n’a peut-être jamais connu le secret, cœur que j’ai senti battre sous ma main tremblante, cœur fragile, cœur qui ne bats plus sous la main de personne, trésor anéanti, orgueil et désespoir de qui t’aima, ô mon amour! Voilà que je ne sais plus, moi non plus, quelle tu étais pour moi. A mesure que le temps passe, j’ai bien l’impression que je ne te vois plus tout à fait comme je te voyais, et je sais aussi que ton image peu à peu se modifiera devant mes yeux qu’en vain je ferme pour qu’elle ne me mente point. Tu m’échappas vivante. Est-ce que ton souvenir m’échappera? Se peut-il que je ne garde pas toujours neuve cette image charmante qui fut celle de tes derniers moments, celle de ta jeunesse, de ta belle jeunesse ravie? Où fuis-tu, mon amour? Où me fuis-tu? Suis-je déjà si vieux? Mienne, Mienne que j’ai mal connue, Mienne que je n’ai pas connue, vais-je déjà ne plus me reconnaître? Vais-je déjà m’étonner que ce soit moi qui porte au flanc cette blessure qui saigne?

FIN

ACHEVÉ D’IMPRIMER EN DÉCEMBRE 1924 PAR F. PAILLART A ABBEVILLE (SOMME).

* * * * *

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Anthologie des Écrivains Morts à la Guerre (1914-1918)

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Exemplaires ordinaires 100 fr. les 4 volumes Exemplaires sur Madagascar (nᵒˢ I à XXV) 1120 fr. -- Exemplaires sur Lafuma pur fil (nᵒˢ 1 à 250) 336 fr. --

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ROMANS & CONTES

BALKIS _Personne._ _En marge de la Bible._

PIERRE BILLOTEY _Le Pharmacien spirite._ _Raz-Bobeul._

SUZANNE DE CALLIAS _Jerry._

NONCE CASANOVA _La Libertine._ _Messaline._

RENÉE DUNAN _Baâl._

RAYMOND ESCHOLIER _Le Sel de la Terre._

MAURICE D’HARTOY _L’Homme Bleu._

RENÉ-MARIE HERMANT _Kniazii._ _En détresse._ _La Femme aux hommes._ _Fakir._

JONQUEL ET VARLET _Les Titans du Ciel._ _L’Agonie de la Terre._

MAGALI-BOISNARD _Mâadith._ _L’Enfant taciturne._

GEORGES MAUREVERT _Le Grand Plagiat._

MARCEL MILLET _La Lanterne chinoise._

ALICE ORIENT _La Tunique verte._

GASTON PICARD _La Surprise des Sens._

THIERRY SANDRE _Mienne._ _Le Purgatoire._

P.-J. TOULET _Béhanzigue._

THÉO VARLET _La Bella Venere._ _Le Dernier Satyre._ _Le Démon dans l’âme._

VARLET ET BLANDIN _La Belle Valence._

WILLY ET MENALKAS _L’Ersatz d’Amour._ _Le Naufragé._

POÉSIE

JOACHIM DU BELLAY _Les Amours de Faustine._

FAGUS _La Danse Macabre._ _La Guirlande de l’Épousée._ _Frère Tranquille._

ANDRÉ FONTAINAS _Récifs au Soleil._

LUCIEN JACQUES _La Pâque dans la Grange._

TRISTAN KLINGSOR _Humoresques._

LOYS LABÈQUE _Le Miroir mystique._

ALPHONSE MÉTÉRIÉ _Le Livre des Sœurs._ _Le Cahier Noir._

MUSÉE _Héro et Léandre._

HENRY MUSTIÈRE _La Nouvelle Franciade._

JEAN ROYÈRE _Poésies._

CH. DE SAINT-CYR _Le Livre d’Iseult._

JEAN SECOND _Le Livre des Baisers._

THEO VARLET _Aux Libres Jardins._

THÉÂTRE

HENRY STRENTZ _Théâtre de Hans Pipp._ _Nouveau Théâtre de Hans Pipp._

LITTÉRATURE

ATHÉNÉE _Le Chapitre Treize._

FAGUS _Essai sur Shakespeare._

LÉON BOCQUET _Les Destinées Mauvaises._

ART

LE FAUCONNIER _Album_, préface de _J. Romains_.

Exemplaires sur Alfa français 7.50 -- Arches 22 -- Exemplaires sur Hollande 33 -- -- Japon 55 --

Histoire des Régiments de Gardes d’honneur (1813-1814).

Par le Docteur LOMIER (Préface d’Édouard DRIAULT).

Un volume de 500 pages, format 15 × 21 25 fr.