Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes
Part 9
Légèreté invariable dans toutes les positions et dans tous les mouvements.
TROIS NOUVEAUX EFFETS DE MAINS:
1º Pour obtenir la juste répartition du poids.
2º Pour rétablir l'harmonie des forces.
3º Pour donner les positions utiles aux changements de direction par la rêne opposée.
4º Départ au galop et changements de pieds (mains sans jambes, jambes sans mains).
De la force et du mouvement décomposés.
Progression du dressage.
NOUVEAUX MOYENS ÉQUESTRES
ÉQUILIBRE DU PREMIER GENRE.
L'ancienne équitation travaillait le mouvement par le mouvement, en donnant aux forces instinctives du cheval une direction plus ou moins juste; mais jamais elle ne parvenait à rendre léger un cheval d'une mauvaise conformation, parce qu'elle ne connaissait pas les moyens de changer son équilibre naturel.
J'avais compris que l'éducation du cheval était dans son équilibre, et toutes mes études ont eu pour but de trouver les moyens d'améliorer le mauvais équilibre naturel du cheval, convaincu que le cheval équilibré était presque dressé; cependant je n'étais arrivé qu'à obtenir l'équilibre du deuxième genre.
Par équilibre du premier genre, j'entends la légèreté parfaite et constante du cheval, dans toutes les positions, dans tous les mouvements, à toutes les allures; c'est cet équilibre dont je vais m'occuper.
Qu'il me soit permis de répondre d'abord à une objection que plus d'un lecteur pourra me faire.
Mais les vingt-six chevaux que vous avez montés en public, et dont le travail a été salué par les applaudissements de la foule, Capitaine, Partisan, Neptune et les autres, n'étaient donc pas dressés? Qu'entendez-vous alors par un cheval dressé? Je réponds: Oui, ils étaient dressés, puisque leur travail avait dépassé tout ce qui s'était fait jusqu'alors, et cependant leur équilibre n'était que du deuxième genre.
Avec cet équilibre, je modifiais les mauvaises conditions de leur construction plus ou moins défectueuse; j'obtenais, par moments, une légèreté très-grande, mais qui diminuait par suite d'un nouveau mouvement, d'un changement de direction.
Je détruisais promptement, il est vrai, cette résistance momentanée, et j'acquérais de suite une grande légèreté, en redonnant au cheval la position juste; mais il n'y avait pas moins eu perte de la légèreté, ce qui pouvait rendre par moments le mouvement moins gracieux et le travail moins exact; de plus, malgré les progrès continus de mes chevaux, je reconnaissais chaque jour un nouveau _desideratum_, tandis qu'aujourd'hui, une fois leur éducation terminée, je n'ai plus rien à désirer. Ce que j'obtiens maintenant sur les chevaux que je monte, en leur donnant cet équilibre parfait, me permet de dire que si je pouvais montrer de nouveau au public mes anciens chevaux, tous les amateurs reconnaîtraient la vérité de ce que j'avance.
Il faut donc arriver à ce degré de perfection de l'équilibre chez tous les chevaux, malgré leurs défauts de conformation, pour qu'ils conservent une légèreté parfaite, constante, dans tous les mouvements, changements de direction, et à toutes les allures. Tel est le résultat que j'ai obtenu et que je me hâte de faire connaître aux cavaliers intelligents de tous les pays. Les progrès rapides qu'ils verront faire à leurs élèves en suivant la progression, et en employant les nouveaux moyens que je vais indiquer, les jouissances ineffables qu'ils éprouveront à monter des chevaux constamment légers, voilà la récompense que j'ambitionne pour prix de mes recherches incessantes, consacrées au bonheur du cavalier et au bien-être du cheval!
J'ignore si c'est de l'orgueil: mais lorsque je sens mon cheval se plier à toutes mes volontés, et répondant _sans résistance aucune_ à ma pensée, exécuter avec grâce et _une légèreté parfaite_ tous les mouvements que je lui demande, je suis si heureux, que loin de me sentir atteint par les clameurs des envieux et l'ingratitude des plagiaires, je n'ai qu'un désir, celui de leur faire partager mon bonheur.
MAIN SANS JAMBES.--JAMBES SANS MAIN.
Je vais démontrer que l'emploi simultané des jambes et de la main ne permettra jamais de donner au cheval l'équilibre du premier genre, ou la légèreté constante. Puisque les résistances de la mâchoire proviennent toujours d'une mauvaise répartition du poids, comment le cavalier qui emploiera en même temps la force impulsive et modératrice, jambes et main, pourra-t-il sentir que ses jambes ne se sont pas opposées à la juste translation du poids opérée par la main, et réciproquement que celle-ci n'a pas détruit la justesse de l'impulsion communiquée par les jambes? En effet, ou la main a été juste, ou elle a produit trop ou trop peu d'effet. Dans le premier et le troisième cas, le concours des jambes a été plus ou moins nuisible. Dans le second cas seulement, les jambes auront corrigé la faute de la main, et leur aide aura été opportune.
Il en est de même pour les jambes dans le premier et le troisième cas mentionnés ci-dessus: l'opposition de la main sera nuisible, et ce n'est que dans le second cas seulement qu'elle sera utile en corrigeant la faute des jambes.
Que de malentendus entre le cheval et son cavalier; quel retard dans l'éducation de l'animal doit amener cette contradiction perpétuelle des jambes et de la main du cavalier qui est toujours disposé à attribuer au cheval les fautes que lui fait commettre l'emploi simultané de ses jambes et de sa main! En s'en servant séparément, il peut discerner de suite si la faute provient de son cheval ou de lui, et il sera forcé de reconnaître que neuf fois sur dix, c'est lui seul qui l'a commise.
Il est vrai qu'à la longue, après maintes erreurs corrigées par son tact, le cavalier pourra donner à son cheval l'équilibre du second genre, mais jamais celui du premier genre, cet équilibre parfait qui permet au cheval de conserver la mobilité moelleuse de la mâchoire dans tous les mouvements, à toutes les allures.
En n'employant qu'une force à la fois, soit celle des jambes pour impulsionner, soit celle de la main pour opérer les translations de poids utiles à tel ou tel mouvement, à telle ou telle allure, le cavalier peut apprécier à l'instant le degré de justesse avec lequel il a agi.
S'il commet une erreur, il peut la corriger de suite; il en connaît la cause, et le pauvre cheval n'étant plus ballotté par ces deux volontés opposées des jambes et de la main, s'identifie tellement avec la pensée de son maître, que bientôt ces deux intelligences n'en forment plus qu'une, le cheval conservant son équilibre parfait sans le secours des jambes et de la main du cavalier.
L'équilibre du second genre est suffisant pour les chevaux de l'armée, cependant MM. les capitaines instructeurs pourront employer plus ou moins ces nouveaux moyens pour accélérer l'instruction des hommes et l'éducation des chevaux.
TROIS NOUVEAUX EFFETS DE MAIN.
1º Pour combattre les résistances provenant du poids;
2º Pour combattre les résistances produites par la force;
3º Pour donner la position utile au changement de direction par la rêne opposée.
J'ai dit que l'emploi simultané des jambes et de la main ne pouvait donner que l'équilibre du deuxième genre, et jamais celui du premier genre, c'est-à-dire cette harmonie constante du poids et de la force qui se font opposition sans se contredire ni se heurter, cette légèreté parfaite chez le cheval; j'ajoute que l'application seule de ces nouveaux effets nous permettra d'atteindre ce but.
Si les jambes du cavalier impulsionnent le cheval, les fonctions de la main sont multiples. C'est elle qui place, dirige, en régularisant les translations du poids, c'est la main qui sonde les causes des résistances, pour discerner si elles proviennent du poids ou de la force.
Je vais indiquer trois nouveaux effets raisonnés de la main. Les deux premiers concourent à détruire les résistances qui constatent la perte de l'équilibre, et en signalent la cause; le troisième sert à faciliter les changements de direction, etc. Ces résistances peuvent provenir de la mauvaise répartition du poids ou du défaut d'harmonie de la force. L'effet de la main sera différent selon qu'elle devra combattre la résistance du poids ou de la force. Pour reconnaître la cause de cette résistance, le cavalier rapprochera graduellement et lentement la main. La résistance est-elle inerte, elle procède du poids mal réparti; dans ce cas, la main agira par un demi-arrêt[12], prompt et proportionné à l'intensité de la résistance. Si ce demi-arrêt ne suffit pas, il sera suivi d'un deuxième, d'un troisième, jusqu'à ce que cette résistance inerte ait disparu. Ces demi-arrêts, pratiqués avec une force de bas en haut, détruisent les résistances du poids sans acculer le cheval; si la résistance provient de la force, la main agira par _vibrations_ réitérées, jusqu'à ce que la légèreté ait reparu. Ces vibrations annuleront les résistances locales sans détruire l'ensemble des forces; et si, à la suite de ces vibrations, la résistance persistait, ce qui indiquerait que le poids n'est pas encore justement réparti, il faudrait revenir aux demi-arrêts. Ces mêmes effets de main se répéteront avec plus d'importance encore dans les changements de direction.
[12] Le mot demi-arrêt, dont je me sers pour exprimer l'action vive et énergique de la main qui a pour but de reporter en arrière le poids dont le devant est trop chargé, ne rend qu'imparfaitement l'idée qu'il doit représenter. Ce terme indique un ralentissement. Je l'ai conservé pour ne pas changer une expression consacrée par l'usage. Je l'emploie pour désigner uniquement un déplacement de poids, avec la condition expresse de ne prendre en rien sur l'action propre au mouvement. Si le demi-arrêt se donne de pied ferme, il ne doit, dans aucun cas, amener le reculer.
Le cavalier se servira d'abord des rênes du filet séparées, et, plus tard, des rênes de bride également séparées. Mais dès que le cheval tournera facilement à droite et à gauche par l'effet de la rêne _directe_, le cavalier emploiera le nouvel effet (troisième effet de main). Je suppose d'abord que le cheval est parfaitement droit d'épaules et de hanches, _condition_ indispensable: le cavalier veut tourner à droite, par exemple; il rapprochera lentement la main pour reconnaître si son cheval est léger, ou s'il résiste. S'il est léger, le cavalier portera à droite la main tenant les rênes du filet, qui seront remplacées plus tard par les rênes de bride, pour agir seulement par la _rêne gauche_, _rêne opposée_. Pour tourner à gauche, il portera la main à gauche, pour agir seulement par la _rêne droite_, _rêne opposée_. C'est la légèreté seule du cheval, harmonie du poids et de la force, qui lui permet d'apprécier l'effet de la rêne opposée, d'y céder et de tourner en inclinant légèrement la tête de ce côté. Si le cavalier sent une résistance, celle du poids, par exemple, il la détruira par un, deux ou trois demi-arrêts successifs. Cette résistance est-elle due au défaut d'harmonie des forces, il agira par vibrations. Ces demi-arrêts et ces vibrations seront pratiqués avec la _rêne directe_, _rêne droite_, s'il veut tourner à droite, et _rêne gauche_, s'il veut tourner à gauche; et dès qu'il sentira son cheval léger, il tournera à droite par l'effet de la _rêne opposée_, _rêne gauche_, et _vice versâ_. Comme on le voit, je me sers de la _rêne directe_, non pour tourner, mais seulement pour combattre les résistances, et c'est avec la _rêne opposée_ que j'apprends au cheval à tourner. Le cavalier demandera seulement un huitième de conversion, s'arrêtera, combattra avec ces nouveaux effets de main (_rêne directe_) les résistances qui se seraient manifestées, et continuera avec la _rêne opposée_. Bientôt le cheval pourra tourner, sans sortir de son équilibre, c'est-à-dire, la tête portée du côté où il marche, la partie opposée de l'encolure demeurant convexe, et la mobilité moelleuse de la mâchoire lui permettant de céder avec la plus grande facilité à l'effet de la rêne opposée. On comprend le plaisir que le cavalier éprouve à suivre cette gradation, qui lui donne comme récompense l'équilibre parfait, en ne lui laissant plus rien à désirer. Il jouera avec les rênes flottantes qu'il fera onduler de gauche à droite ou de droite à gauche, et son cheval tournera dans toutes les directions, en conservant cette harmonie constante du poids et de la force, ce qui constitue l'équilibre du premier genre. Le cavalier doit comprendre maintenant l'importance de ces nouveaux moyens équestres, puisqu'il peut immédiatement apprécier la cause des résistances du cheval, et y remédier de suite. Il ne peut plus s'illusionner et imputer à l'animal les fautes qui lui sont personnelles. Nulle erreur n'est possible.
Que l'on compare un pareil cheval, gracieux, léger, prompt dans ses mouvements, avec ces pauvres chevaux que l'on fait tourner avec la rêne opposée, il est vrai, mais l'encolure roide, la tête mal placée, la mâchoire serré, etc., résultat infaillible de leur mauvais équilibre. Si cet inconvénient était le seul, on pourrait me dire: «Qu'importe la position des chevaux de la cavalerie, pourvu qu'ils tournent au commandement»? Je réponds: Prenez garde! ne voyez-vous pas que si ces chevaux étaient moins braqués, que si leur équilibre était moins mauvais, ils tourneraient plus facilement, c'est-à-dire _plus promptement_? Ce que je dis des changements de direction s'applique mieux encore au travail individuel, aux voltes, demi-tours, en un mot, à tout ce qui concerne l'équitation militaire.
Ces inconvénients sont si bien appréciés que beaucoup de cavaliers emploient la rêne directe pour tourner. Mais ils n'ont pas détruit les résistances qui proviennent du poids ou de la force; ils ont seulement donné une indication, et la résistance se continue.
Avec l'équilibre du premier genre, tous les chevaux tourneront facilement par l'effet de la rêne opposée, en conservant une bonne position de tête et une légèreté constante.
Avant de terminer cet article, je vais parler d'un certain maniement de rênes qui produit d'heureux et prompts résultats, inspire de la confiance au cheval, et confirme l'équilibre, la légèreté, l'harmonie, la régularité du mouvement.
Le cavalier retirera la gourmette, et fera produire à la bride, par une force de bas en haut, le même effet que le filet, sur la commissure des lèvres, avec un contact moindre sur les barres. (La gourmette sera replacée lorsque le cheval répondra facilement à l'effet de la bride.)
Puis, au pas, au trot, au galop, sans se presser, il déposera les rênes qu'il tenait, et saisira de la main les autres rênes. Les premières fois, le cheval accélérera peut-être l'allure, et le cavalier devra reprendre vivement les premières rênes, pour rappeler à l'ordre le cheval disposé à s'émanciper; mais bientôt le cheval s'habituera à cet abandon momentané, y puisera de la confiance, du bien-être, et conservera la régularité de l'allure et la légèreté, pendant que le cavalier, en jouant ainsi avec les rênes du filet et les rênes de la bride, acquiert du tact, de la délicatesse, et arrive à conduire son cheval avec un fil!
DE LA FORCE ET DU MOUVEMENT DÉCOMPOSÉS.
L'équilibre ou la légèreté étant le résultat de la juste répartition du poids et de la force, si celle-ci n'est pas maintenue dans la limite de l'effort à produire, l'équilibre ne sera que momentané, et dès les premiers pas que fait le cheval, la légèreté disparaît et la résistance se produit. Si le cavalier continue à marcher, il lui faut combattre les résistances qui résultent de cette mauvaise position et qui sont accrues par le mouvement. Chaque pas de plus que fait le cheval dans cette fausse position vient augmenter le désaccord qui s'oppose aux justes translation du poids, et le mouvement demeure irrégulier. Le cavalier voit fuir devant lui cette légèreté qu'il poursuit, et s'il finit par l'obtenir ce sera après un long et difficile travail; le plus souvent, il ne l'aura qu'en partie, et il s'habituera à cette résistance qui sera le grand obstacle à la perfection de l'éducation du cheval, telle que je la comprends. Pour moi le cheval dressé, _c'est le cheval équilibré_, celui qui présente cette harmonie du poids et de la force qui permet au cavalier de disposer de la force utile à tel ou tel mouvement, tout en conservant la légèreté parfaite du cheval. C'est cette harmonie que donne en peu de temps _le mouvement décomposé_.
Après avoir fait quelques pas à l'allure à laquelle il se trouve, si le cavalier rencontre une résistance, il s'arrête, donne aux fibres musculaires le temps de se relâcher et rétablit l'équilibre. Il restera en place plusieurs minutes, s'il le faut, jusqu'à ce que le cheval soit DÉCONTRACTÉ, c'est-à-dire, que le mouvement précédent NE RÉSONNE PLUS. Les fibres reçoivent de nouveaux courants électriques, et la nouvelle contraction pourra être plus harmonieuse, plus convenable. Ce nouveau principe, _le mouvement décomposé_, doit être appliqué à chaque partie de l'éducation du cheval, jusqu'à ce qu'il conserve sa légèreté constante et la régularité du mouvement, résultat infaillible de son parfait équilibre.
Que le mouvement soit lent ou accéléré, peu importe. Je demande seulement qu'il soit _régulier_, c'est-à-dire que le cheval ne diminue pas ou n'augmente pas son allure par des fluctuations incessantes, et qu'il parcoure des espaces égaux dans des temps égaux, en conservant cette régularité de l'allure qui est un signe certain de la justesse de l'équilibre.
Quoique certaines personnes, peu versées dans l'étude de mes principes, blâment la position élevée que je fais prendre à l'encolure et à la tête du cheval, je dis qu'il est indispensable de leur donner toute l'élévation dont elles sont susceptibles, en agissant avec les poignets de bas en haut. Il ne faut pas s'effrayer de la position horizontale que prend forcément la tête. C'est alors qu'il faut _décontracter_ la mâchoire, dont la moelleuse mobilité permet au cheval de se ramener de lui-même. Ce moyen, indirect en apparence, est le seul qui donne la grâce et une légèreté constante à tous les mouvements du cheval.
QUELQUES MOTS SUR LE PRINCIPE:
«MAIN SANS JAMBES, JAMBES SANS MAIN»
POUR LE
DÉPART AU GALOP ET LES CHANGEMENTS DE PIED.
Ce nouvel axiome était tellement en opposition avec ce que j'avais professé et pratiqué moi-même toute ma vie, que malgré les résultats merveilleux que j'en obtenais, je voulus avoir une preuve éclatante de sa justesse.
Avant donc de livrer cette édition à la publicité, je réunis cinq cavaliers habiles, sur la loyauté et la discrétion desquels je pouvais compter, et je leur fis expérimenter mes nouveaux moyens.
Le succès couronna mon attente. Je pus me convaincre que ma grande habitude de me servir de mes aides ne me faisait point croire cette dernière découverte plus féconde qu'elle ne l'était réellement. Chacun de ces messieurs me remit alors un mémoire sur l'application qu'ils en faisaient sous mes yeux, et je demandai à M. le baron Faverot de Kerbrec la permission de reproduire son travail, qui peut servir de complément et de développement à mes innovations.
Le voici:
«Il ne faut pas confondre dans l'oeuvre équestre de M. Baucher les PRINCIPES, qui sont à jamais invariables, avec les MOYENS, qui sont perfectibles et par conséquent pouvaient varier.
«Au nombre des PRINCIPES qui forment la base immuable de la «méthode», on doit citer en première ligne l'obligation constante de rechercher ou de conserver chez le cheval monté l'ÉQUILIBRE, c'est-à-dire cet état physique provenant du dressage et dans lequel l'animal peut obéir instantanément à la volonté du cavalier, quelle qu'elle soit.
«L'_équilibre_ que M. Baucher a appelé _du premier genre_ existe quand les translations du poids sont également faciles dans tous les sens. On peut comparer cet état de l'animal à l'équilibre _indifférent_ dans les corps inanimés. De même qu'une sphère posée sur un plan horizontal obéit à la plus petite impulsion, de même, dans le cheval monté qui possède l'équilibre du premier genre, le poids cède à la plus légère pression, de quelque côté qu'elle lui soit communiquée, et l'obéissance absolue aux aides en est la conséquence.
«Quant aux MOYENS enseignés par le maître, ils peuvent être divisés en deux groupes constituant chacun une «manière» distincte. Dans la première, M. Baucher agit sur les forces du cheval, c'est-à-dire sur les ressorts animés qui portent et font mouvoir la masse, le poids de la machine. Il arrive à faciliter le déplacement de ce poids, à _équilibrer_, en diminuant l'étendue de la base de sustentation, en rapprochant plus ou moins, selon le besoin, les extrémités inférieures du cheval.
On comprend qu'il faut alors souvent avoir recours à des moyens puissants pour forcer l'animal, surtout dans les commencements du dressage, à conserver cette disposition artificielle de ses membres. De là la nécessité de l'emploi fréquent de l'éperon.
Dans cette première manière, M. Baucher ayant constamment en vue d'agir sur les forces de l'animal, de s'en rendre le maître absolu, cherche dès le début à fixer à ces forces des barrières qui les enferment de tous les côtés et qu'elles ne puissent jamais franchir.
Une fois cette domination obtenue, le dressage est presque terminé. Il ne s'agit plus que de donner à ces mêmes forces la direction qu'il plaît au cavalier de leur imprimer à l'intérieur de cette sorte de _lacet de fer_ formé par le mors et les éperons. Enfin, il suffit de resserrer ce lacet pour réduire l'animal à l'immobilité, puisqu'on ne permet alors la détente d'aucun des ressorts de la machine.
Plus tard, s'inspirant du cheval en liberté, qui, pour se mouvoir, commence par élever la tête et l'encolure afin d'alléger son avant-main, M. Baucher en est venu à sa seconde «manière».
Dans cette deuxième manière, pour arriver à la légèreté absolue,--qui indique l'équilibre du premier genre,--il s'attaque directement au poids du cheval et en reporte une partie de devant en arrière. C'est la main qui est chargée de ce soin. A elle donc de rendre le cheval «léger», équilibré. Aux jambes de donner l'impulsion nécessaire. Dès lors l'animal n'est plus exposé à hésiter entre deux actions contraires. L'effet qui pousse et celui qui retient sont toujours distincts, et il n'y a plus de confusion possible entre les aides.
La légèreté complète est obtenue quand l'action du mors ne rencontre jamais ni la résistance du poids, ni celle des forces.
Dans l'application de «ses nouveaux moyens», comme dans le dressage par les anciens, M. Baucher habitue par une progression savante le cheval à supporter sans désordre le contact de l'éperon. C'est seulement lorsque l'animal ne s'effraie plus de l'appui de cette aide et que cet effet provoque à volonté une détente en avant calme, mais _certaine_, le cheval restant léger à la main, que le cavalier commence à être maître de sa monture et que les «barrières» dont nous avons parlé peuvent devenir une réalité.
Dès les commencements du dressage, le cheval doit être habitué progressivement à se passer du secours des aides, une fois le mouvement demandé obtenu. Mais il faut que cet abandon n'altère en rien l'équilibre, c'est-à-dire que l'animal doit se soutenir de lui-même, continuer exactement son mouvement avec la même vitesse et la même cadence, et conserver toujours sa légèreté, ce dont le cavalier s'assure de temps en temps.
Essayons maintenant de faire comprendre le parti que peut tirer un cavalier habile des nouveaux moyens «main sans jambes, jambes sans main» pour le départ au galop et le changement de pied, par exemple.
Pour l'exécution de tout mouvement, il faut l'action et la position: l'action est le résultat de la force qui pousse; la position est la répartition normale du poids en raison du mouvement demandé. Si l'action et la position sont justes, le mouvement l'est également.