Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes

Part 10

Chapter 103,844 wordsPublic domain

Ce qui précède étant admis, examinons le départ du pas au galop par la main et supposons que le cheval ait l'action convenable; s'il possède l'équilibre du premier genre, la main n'aura qu'à donner la position, et le mouvement suivra.

Si l'équilibre n'est pas parfait, des résistances de poids ou de forces se manifesteront. La main les rencontrera après avoir senti, comme toujours, la bouche de l'animal, et elle les fera cesser par des demi-arrêts ou des vibrations, selon le cas.

Dès que le cavalier sentira l'action diminuée, ou si au début elle n'est pas suffisante, ce sera, bien entendu, à ses jambes, employées sans opposition de main, à la rétablir. Alors viendra encore le tour de cette dernière aide pour donner seule la position.

Aussitôt le mouvement obtenu, il faudra dans tous les cas relâcher entièrement les rênes; c'est la seule manière de se rendre un compte exact de l'équilibre du cheval.

Quand le départ au galop ainsi demandé sera facile, on apprendra au cheval à s'enlever à cette allure par les aides inférieures seules.

Ici le rôle des jambes est assez difficile. Elles doivent donner la position sans augmenter l'action d'une façon appréciable. Dans le départ à droite, par exemple, la jambe gauche se glissera un peu en arrière par une pression lente et finement graduée; l'autre agira plus en avant par de petits coups de mollet délicatement répétés à de courts intervalles.

Si, à l'approche des mollets, le cheval part au trot, les jambes se relâcheront, et la main rétablira l'équilibre en luttant contre le poids ou les forces. Puis on recommencera à donner la position par les jambes seules, et on continuera ces exercices jusqu'à ce que les enlevers au galop s'obtiennent facilement. On les alternera alors avec les départs par la main.

On fera ensuite passer plusieurs fois le cheval du pas au trot. La main s'abaissera et les jambes agiront sans opposition par une pression simultanée, habilement graduée, et bien équivalente à droite et à gauche. Si le départ au trot est mauvais, il faudra arrêter, décontracter, et recommencer.

Passons maintenant au changement de pied par la main, et supposons que le cheval ait l'action nécessaire. Les jambes n'auront rien à faire. Elles pourraient en agissant provoquer des contractions, augmenter inutilement l'action déjà suffisante et amener du poids sur le devant. La main serait alors forcée de corriger les fautes des jambes, ce qu'il faut éviter le plus possible.

Si le cheval possède l'équilibre du premier genre, la main inversera la répartition du poids, et le changement de pied sera obtenu.

Si l'équilibre n'est pas parfait, la main rencontrera des résistances de poids ou de forces qu'elle vaincra par les moyens connus, mais en s'efforçant de ne pas prendre sur l'action pour ne pas obliger les jambes à la rétablir.

Enfin, si le cheval au changement de position se précipite en avant, on _décomposera_ le mouvement, c'est-à-dire qu'on arrêtera et qu'on décontractera complétement avant de repartir.

Le calme et l'action rétablis, la main cherchera de nouveau à donner la position.

De même que pour le départ au galop sans jambes, la main abandonnera complétement les rênes aussitôt le mouvement obtenu. On verra ainsi exactement où en est l'équilibre. Il est inutile d'ajouter que, dès que ce dernier sera altéré, la main devra le rétablir.

On apprendra ensuite au cheval à changer de pied sans le secours de la main.

Le mors n'aura plus aucune action sur la bouche, et pour passer du pied gauche au pied droit, par exemple, la jambe gauche se glissera un peu plus en arrière que la droite pendant que celle-ci agira par de petits coups de mollet.

Il est impossible du reste de déterminer d'une manière absolue l'usage exact de l'une ou de l'autre. C'est au tact à suppléer à la théorie pour indiquer instantanément au cavalier comment il devra employer ses jambes suivant les mille cas particuliers qui pourront se présenter.

La difficulté consiste à inverser le poids sans augmenter l'action d'une manière sensible.

Si les premières fois l'allure augmente, les jambes cesseront d'agir, et la main rétablira l'équilibre avant qu'elles recommencent à demander seules le changement de position.

Puis quand le mouvement s'obtiendra facilement de cette façon, on le demandera alternativement par la main et par les jambes..........

* * * * *

Disons, avant de terminer, que les recommandations suivantes nous semblent devoir être faites dans l'emploi des «nouveaux moyens:»

1º Recherche et conservation constantes de la _légèreté_ complète, le cheval toujours maintenu absolument _droit_ tant que le mouvement ne s'y oppose pas.

2º _Dès le début_ du dressage, «mettre le cheval à l'éperon» et ne quitter cette leçon que lorsque l'animal l'a parfaitement comprise.

3º _Dès_ que l'encolure et la tête _se soutiennent_ bien, chercher le _ramener complet_ à toutes les allures.

4º Arriver à produire _facilement_ par l'emploi _alterné_ des aides inférieures et des aides supérieures, tous les degrés de _rassembler_, de concentration, dont on peut avoir besoin par le genre de service auquel est destiné le cheval en dressage.

BARON FAVEROT DE KERBRECH.

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Les quatre autres mémoires traitaient le même sujet. Ne pouvant les rapporter tous et afin d'éviter les redites, je me borne à citer ici textuellement la partie didactique de celui de M. d'Estienne, qui, tout en exposant les nouveaux moyens, les a présentés sous des formes quelquefois un peu différentes qui contribuent encore à en faire comprendre la justesse.

TRAVAIL AU GALOP SUR LA LIGNE DROITE D'APRÈS LES NOUVEAUX MOYENS.

«Les premières résistances du cheval vaincues, on l'embarque sur le pied droit, par exemple, avec la rêne ou la jambe droites: on emploie ce moyen le plus promptement possible.

Dès que les départs s'obtiennent de la sorte avec facilité, on se sert alternativement de la bride et du filet. Ces changements de rênes se font d'abord rapidement, ayant soin toutefois de reprendre les rênes sans à-coup, sans surprise pour le cheval. S'il vient à se contracter; s'il allonge son allure, il faut l'arrêter, le décontracter, et repartir. Quand on fait passer le cheval au pas, on cherche sa légèreté, soit par la flexion directe, soit par des demi-flexions à droite et à gauche.

On arrive ainsi à changer de rênes lentement, sans que le cheval ralentisse son allure, sans qu'il l'allonge.

On l'exerce également peu à peu à s'enlever, en diminuant l'effet des jambes, et en multipliant les changements de rênes.

Quand le cheval part facilement à la même main, sur les deux pieds, ce qui revient à dire qu'il déplace facilement le poids de droite à gauche, et de gauche à droite, on arrive tout naturellement aux changements de pied. Cependant il faut les commencer avec la rêne ou la jambe opposées. Ainsi, un cheval galopant sur le pied droit, pour changer de pied, il faut se servir de la rêne ou de la jambe droites, ayant bien soin d'arriver le plus vite possible au changement de pied avec la rêne ou la jambe gauches.

En résumé:

1º Départ avec rêne ou jambe opposées;

2º Départ avec rêne ou jambe directes;

3º Changement de pied avec rêne ou jambe opposées;

4º Changement de pied avec rêne ou jambe directes.

Ici s'arrête la première partie du dressage qui donne déjà l'équilibre du deuxième genre.

Quand le cheval est arrivé à ce degré d'instruction, on l'exerce à s'enlever au galop avec les mains, sans aucun emploi de jambes. A cet effet on lui marque autant de demi-arrêts qu'il est nécessaire. S'il se ralentit, ce qui indique que la main a pris sur le mouvement, il faut cesser l'effet des mains, porter le cheval en avant avec les jambes, et le remettre dans son aplomb au pas, avant de chercher à l'enlever de nouveau. On arrive ainsi très-rapidement à galoper sur le pied droit avec la rêne droite, sur le pied gauche avec la rêne gauche. Alterner les rênes très-fréquemment.

On passe ensuite aux changements de pied avec la main seulement. Avant de marquer le demi-arrêt au moyen duquel on l'obtient, il faut sentir la bouche. Si ce demi-arrêt ne suffit pas, il faut en marquer deux, trois, dix, coup sur coup, jusqu'à ce que le changement de pied ait eu lieu et rendre dès qu'il est exécuté. On comprend combien cette manière de faire est admirable pour arriver à une exécution parfaite. En effet, une fois l'impulsion donnée, quel peut être le rôle des jambes? Elles ne servent qu'à traverser le cheval, à porter davantage le poids en avant, surcroît de poids que la main doit détruire. Au contraire, en se servant de la main seule, on change la position, et le changement de pied se fait tout naturellement. S'il y a ralentissement dans le mouvement, se servir des jambes ou de l'éperon pour l'accélérer; puis revenir au demi-arrêt sans jambes pour le changement de pied. Il faut dans ce mouvement, comme dans le précédent, alterner l'emploi des rênes.

On exerce ensuite le cheval à partir au galop avec les jambes seulement: la main tient les rênes par leur extrémité. Le cheval bourre-t-il sur la main, prend-il le trot? le poids est en avant; il faut alors marquer un demi-arrêt, et recommencer le départ, après avoir décontracté le cheval.

Arrivé à ce degré d'instruction, on alterne les départs au galop avec les mains et avec les jambes. On multiplie les descentes de mains.

On fait de même après chaque changement de pied, ayant soin de reprendre les rênes immédiatement pour faire un nouveau changement de pied, et ainsi de suite.

Enfin, on passe aux changements de pied avec les jambes seules: on tient les rênes demi-flottantes.

Dans tous ces mouvements, les rênes sont d'autant plus flottantes que l'éducation du cheval est plus avancée; et l'on arrive ainsi à les exécuter, les rênes sur l'encolure, sans que le cheval augmente en rien son allure.

Donc, en résumé:

1º Départ au galop avec la main seule;

2º Changement de pied avec la main seule;

3º Départ au galop avec les jambes seules;

4º Départ au galop avec la main et les jambes alternativement: descentes de main;

5º Changement de pied, suivi d'une descente de main;

6º Changement de pied, avec les jambes seules.

C'est seulement alors, quand tous ces mouvements s'exécutent facilement, sans augmentation ni ralentissement d'allure, que l'on a un cheval dans un équilibre de premier genre.

Comment assez admirer ici toute la beauté de ces nouveaux principes, qui, joignant à leur simplicité la puissance de leur action, rendent le cheval souple, élégant, et assurent sa durée.»

D'ESTIENNE.

Paris, le 20 mars 1864.

PROGRESSION DU DRESSAGE.

_Travail avec la cravache._

A PIED.

Faire venir le cheval à l'homme.

Faire reculer le cheval, l'encolure élevée, le cavalier tenant dans chaque main une rêne du filet, les bras élevés de toute leur extension. (Voir la planche nº 16.) Le cavalier commencera à combattre les résistances du poids et de la force, par les demi-temps d'arrêt successifs et les vibrations répétées. Cette position élevée de l'encolure, obtenue par une force de bas en haut, prévient l'acculement en reportant en arrière le poids dans la limite du mouvement rétrograde.

On ne fera reculer le cheval qu'un pas, en le conservant aussi droit que possible d'épaules et de hanches. On comprend que la moindre déviation de la croupe serait un obstacle à cette juste translation du poids: aussi doit-on avoir le plus grand soin de ne recommencer un deuxième pas en arrière qu'après avoir replacé le cheval parfaitement droit, afin d'éviter les résistances qui l'empêchent de comprendre les intentions du cavalier. Ce travail du reculer fait pas à pas, chaque pas suivi d'un moment d'arrêt qui permet la cessation de toute contraction musculaire autre que celle qui sert à la station, sera alterné avec celui de deux pistes à droite et à gauche, avec les pirouettes renversées et ordinaires, en ayant soin de ne demander qu'un pas au cheval et de l'arrêter dès qu'il a achevé ce pas. L'essentiel, c'est que les parties qui doivent être _momentanément immobilisées, ne se mobilisent pas_ (pirouettes), et que la translation du poids ait lieu selon les lois de l'équilibre et l'harmonie du mouvement. (Reculer et travail sur les hanches.)

On passera ensuite aux flexions, avec le filet d'abord et la bride ensuite, en insistant sur la flexion directe et demi-latérale de la mâchoire. Le cavalier se place, en face du cheval et lui élève la tête avec les deux rênes du filet séparées et tenues à douze centimètres des anneaux, pour faire céder (point essentiel) la mâchoire avant la tête. Cette même flexion se fera ensuite avec le mors, le cavalier tenant dans chaque main une branche du mors pour lever la tête du cheval et obtenir le même effet.

Le cheval qui a cédé à l'action plus directe du filet, pourra, les premières fois, résister à l'action du mors à cause de l'obstacle apporté par la gourmette; on reviendra au filet, pour reprendre de nouveau le mors, et dès que le cheval y répondra comme au filet, ce sera la preuve évidente qu'il a bien compris les intentions de son maître.

_Remarque._ La flexion directe et semi-latérale de la mâchoire, avec le soutien de l'encolure et l'élévation de la tête, a détruit les résistances que la mâchoire pourrait présenter dans n'importe quelle position. La flexion latérale de l'encolure détruit les résistances provenant de la contraction des muscles de l'encolure. Ce travail préparatoire durera quatre jours, pour rendre le cheval familier à l'homme, sage au montoir, et lui faire apprécier la domination de l'homme.

Les chevaux de troupe peuvent être exercés à ce travail à pied, pendant huit ou dix jours, au commencement de chaque leçon. Ce travail rend l'obéissance du cheval plus facile et établit des rapports d'intimité entre lui et son cavalier. L'instructeur, enchanté des progrès de sa monture, devient plus indulgent et traite son cheval avec plus de douceur.

A CHEVAL.

EN PLACE.

Avec les rênes du filet séparées, élever l'encolure et ne rendre qu'après cession de la mâchoire. Éviter l'acculement; s'il y a résistance, agir par demi-temps d'arrêts successifs et vibrations répétées. _Règles générales._ Dès les premières leçons, le cavalier se servira de ces nouveaux effets de main pour détruire toutes les résistances du poids ou de la force, toutes les fois qu'elles se présenteront.

Répéter les flexions latérales et semi-latérales de l'encolure, comme à pied. Dès que le cavalier a obtenu un commencement de soutien de l'encolure et de mobilité de la mâchoire, il mettra son cheval au pas et le travaillera à main droite et à main gauche (s'il est dans un manége) sur les lignes droites et circulaires, en recherchant la légèreté et en employant les nouveaux effets de main pour détruire toute résistance du poids ou de la force: éviter l'emploi simultané des jambes et de la main.

Il procédera à cheval comme il a agi à pied, c'est-à-dire, qu'il marchera un pas ou deux, et qu'il arrêtera en ne rendant de la main qu'après avoir obtenu la mobilité de la mâchoire: _descente de main, et repos pour le cheval_. Il reprendra les rênes, demandera de nouveau la légèreté et portera le cheval un pas ou deux en avant, pour l'arrêter et suivre la même gradation. Il alternera ce travail au pas, ainsi gradué, avec le reculer, les pirouettes, le travail sur les hanches. L'importance de décomposer chaque mouvement est tellement grande et produit des résultats tellement extraordinaires, que je ne crains pas de me répéter, et d'engager tous les cavaliers intelligents à suivre exactement cette gradation: 1º rechercher si le cheval est léger ou présente une résistance à la main; 2º la détruire de suite par les demi-temps d'arrêt et les vibrations, selon la nature des résistances, obtenir la mobilité de la mâchoire, et porter le cheval un pas ou deux en avant, en combattant de suite toute résistance par les nouveaux moyens; arrêter le cheval et ne lui rendre de la main que lorsqu'il est léger, le garder calme, immobile en place, pendant une demi-minute, et le reporter de nouveau au pas, après s'être assuré de la mobilité de la mâchoire.

De même pour le reculer, les pirouettes renversées et ordinaires, et le travail de deux pistes, ne demander qu'un pas, arrêter, redonner la position ou la légèreté, et laisser le cheval calme en repos quelques instants, pour continuer en suivant toujours la même gradation. Ces moments de repos, répétés avec cette scrupuleuse attention, produisent des résultats qui surprendront le cavalier. La contraction musculaire cesse d'être en jeu, le cheval éprouve du bien-être, réfléchit, et reprend son travail sans fatigue. De plus, par le calme de ce travail ainsi gradué, le cavalier grave dans l'intelligence du cheval l'idée de la supériorité morale de l'homme et assure ainsi sa domination sur sa monture, tout en lui rendant l'obéissance plus facile. Pour arrêter son cheval le cavalier se servira d'abord des effets d'ensemble (opposition graduée de jambes et de main); mais bientôt la main suffira pour arrêter le cheval droit d'épaules et de hanches.

Puisque l'action combinée des jambes et de la main _immobilise_ le cheval, on comprend par cela même que lorsqu'il s'agit de _mouvement_, on ne doit pas employer les mêmes moyens.

Le cavalier mettra ensuite son cheval au trot, et l'arrêtera après quelques foulées, en suivant la même gradation qu'au pas; c'est-à-dire qu'il lui donnera la _position_ ou la légèreté (mobilité de la mâchoire) avant de partir au trot; pendant ces quelques foulées, il combattra les moindres résistances en se servant des nouveaux effets de main, et en arrêtant son cheval, il lui demandera de nouveau la mobilité de la mâchoire, en le maintenant quelques instants calme et immobile. Il continuera pendant quelques minutes le travail au trot, sur les lignes droites et circulaires, en suivant la même gradation qu'au pas, c'est-à-dire, en faisant toujours succéder le repos au travail, dans une mesure plus ou moins égale.

Le cavalier essayera ensuite en place quelques apparences de mobilité des extrémités, pour préparer les premiers temps du rassembler, et il terminera la leçon par quelques départs au galop, sur les deux pieds, en _suivant toujours la même gradation_ qu'au pas et au trot.

Le cavalier aura soin d'employer le maniement des rênes, tel que je l'ai indiqué au chapitre des nouveaux effets de main, c'est-à-dire, d'alterner le jeu des rênes du filet et des rênes de bride, pour habituer le cheval à conserver DE LUI-MÊME son équilibre et sa bonne position.

Ici se place une observation très-importante.

En se servant, au galop, de la rêne _directe_, rêne droite, si le cheval galope sur le pied droit, et rêne gauche, si le cheval galope sur le pied gauche, pour détruire les résistances, par demi-arrêts ou vibrations, le cavalier obtient de suite une grande légèreté, conserve son cheval droit, et rend les départs et par conséquent les changements de pied d'une très-grande facilité.

Tout ce travail doit se faire sans aucune fatigue pour le cheval, et dès le début les efforts du cavalier doivent tendre à obtenir l'équilibre parfait ou la légèreté constante: aussi devra-t-il demander au cheval la mobilité moelleuse de la mâchoire avant de le mettre en mouvement: il est sûr alors que la machine est prête à fonctionner. On comprend les progrès extrêmement rapides que cette gradation amènera dans l'éducation du cheval.

Le professeur initie dès les premiers pas son élève à toutes les difficultés de la route qu'il doit parcourir, en lui donnant les moyens de les vaincre, et en corrigeant immédiatement les moindres fautes que le cheval peut commettre par ignorance. Aussi, deux mois de cette éducation raisonnée ne se seront pas écoulés que le cavalier intelligent jouira d'un résultat qu'il n'aurait jamais pu obtenir, s'il n'avait pas donné à son cheval l'équilibre du premier genre ou cette légèreté parfaite et constante qui permet à l'animal d'exécuter avec la plus grande facilité tous les mouvements demandés, sans l'ombre d'une résistance, parce qu'il apprécie immédiatement les moindres effets de la main ou des jambes du cavalier. Le maître commande, et le serviteur obéit.

Quand un cheval, par l'application de tous les principes enseignés dans cette dernière édition, a été amené à l'équilibre du premier genre, toutes les résistances ayant disparu, les moyens doux doivent seuls être employés. La main agira par une force lente, délicate et finement graduée.

J'ai dit ce que je crois être la vérité équestre. Je pense être utile aux cavaliers intelligents et sérieux, en leur recommandant de suivre la progression que je viens d'indiquer. Je me permets de leur donner un conseil d'ami, et j'ose dire, d'un vieil ami, en leur disant: rejetez mes principes, s'ils ne vous conviennent pas; mais si vous y reconnaissez la vérité en équitation, acceptez-les en entier, ne les mutilez pas, et rappelez-vous que l'auteur qui a étudié pendant quarante ans, connaît assez l'oeuvre de toute sa vie pour apprécier l'importance de toutes ses parties.

* * * * *

L'armée, comme je l'ai dit souvent, a toujours eu et aura toujours mes sympathies. Le rêve de toute ma vie a été de rendre ses cavaliers d'abord, ses écuyers ensuite, les meilleurs de l'Europe. Je ne crois pas que Dieu me permette d'en voir la réalisation; mais j'ai confiance. Je sais que la vérité fait son chemin lentement et qu'elle finit toujours par percer.

Pourquoi ne le dirais-je pas? C'est la consolation de mes vieux jours de voir bien des hauts personnages, des généraux éclairés rendre justice à mes principes. Chaque fois que le nom d'une célébrité équestre de l'armée arrive à mes oreilles, je consulte mes souvenirs, et c'est bien souvent, j'allais dire presque toujours, celui d'un de mes élèves ou du moins d'un partisan de ma méthode. Ce sont eux que je vois diriger l'enseignement de l'équitation dans les écoles du Gouvernement. Au moment où j'écris, j'apprends avec plaisir que le commandement du manége de Saumur vient d'être donné à M. le chef d'escadrons L'hotte[13], qui m'a fait, pendant douze ans, l'honneur de me demander mes conseils et dont la réputation comme écuyer ne peut craindre, avec raison, le rapprochement d'aucune autre.

[13] Aujourd'hui colonel du 18e dragons.

CONCLUSION

Le goût de l'équitation se perd, tout le monde le reconnaît, et chacun donne son opinion. Les uns attribuent la décadence de l'art à l'engouement de la jeunesse pour les courses; ils voient dans le turf une succursale de la Bourse, et regrettent que le Gouvernement favorise cet entraînement, au lieu de laisser à l'industrie privée le soin de payer ses passe-temps. Ils disent que les parieurs sur les chevaux de courses n'ont pas le droit de réclamer des primes gouvernementales, plus que les parieurs sur le trois-six, le colza ou la betterave. Les autres pensent que l'enseignement routinier des manéges a fait son temps, et qu'à notre époque de vapeur, d'électricité, où tout se perfectionne, l'équitation doit suivre aussi la loi du progrès. Je partage cette manière de voir, et j'apporte comme témoignage les travaux de toute ma vie.

Qu'il me soit permis de rappeler les innovations que j'ai introduites dans la science et l'art de l'équitation:

Les exercices de kinésie pour donner en quelques semaines une tenue ferme, gracieuse, solide, à quiconque n'aurait jamais enfourché un cheval.

Les moyens d'assouplir la mâchoire, l'encolure, les reins, la croupe de tous les chevaux;

De les rendre tous légers à la main, aux trois allures.

De leur donner à tous un pas régulier;

Un trot uni, étendu ou cadencé;

Un reculer aussi facile que la marche en avant;

Un galop facile.

Changement de pied du tact au tact, aux deux temps, à chaque temps.

Le rassembler dans tous ses degrés.

Les trois genres de piaffer.

Le temps d'arrêt au galop, par l'éperon.

Faire venir le cheval à l'homme et le rendre sage au montoir.

La translation du poids par les forces instinctives.