Mémoires touchant la vie et les ecrits de Marie de Rabutin-Chantal, (4/6)
Part 5
[148] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 octobre 1675), t. IV, p. 48, édit. M.--(18 mars 1689), t. VIII, p. 400, édit. M.--_Gallia christiana_, t. II p. 593.--AUBENAS, _Notice historique sur la maison de Grignan_, p. 572-574.--François-Adhémar fut d'abord évêque de Saint-Paul, Trois-Châteaux, puis coadjuteur de l'archevêque d'Arles, auquel il succéda.
[149] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 128, et la note 5.
[150] _Lettres de la marquise_ DE SÉVIGNÉ, édit. de la Haye, 1726.--(7 juin 1671), t. I, p. 111 (il y a des omissions dans les éditions modernes). Conférez t. II, p. 93, édit. G.; t. II, p. 78, édit. M.; in-8º.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril, 20 et 27 septembre, 6 décembre 1671), t. II, p. 9, 234, 243, 304, édit. G.; t. II, p. 8, 78, 196, 214, 258, édit. M.
[151] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 3 avril, 4 octobre, 23 et 25 déc. 1671), t. 1, p. 56 de l'édit. de la Haye; t. I, p. 437, 408; t. II, p. 220, 249 et 316, édit. G.; t. I, p. 315, 317; t. II, p. 267 et 273, édit. M.--_Ibid._ (27 janvier 1672), t. II, p. 321, édit. G.
[152] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127, note 1.
[153] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars, 11 octobre 1671), t. I, p. 392; t. II, p. 257, édit. G.; t. I, p. 304; t. II, p. 217, édit. M.--_Lettres de madame la marquise_ DE SÉVIGNÉ, édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 116. (Lettre altérée dans les éditions modernes.) Conférez t. II, p. 98, édit. G.; t. II, p. 82 et 83, édit. M.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 12 janvier, 3 et 10 février 1672), t. II, p. 329, 340, 369, 379, édit. G.; t. II, p. 278, 280, 312 et 321, édit. M.
M. de Grignan avait un autre frère dans l'état ecclésiastique, très-différent de _seigneur Corbeau_ par sa figure, car il était d'une beauté remarquable[154]: on l'avait surnommé _le bel abbé_. A l'époque dont nous traitons, âgé seulement de vingt-huit ans, il n'avait pas encore soutenu sa thèse en Sorbonne. Doué de capacité et ambitieux, il fut successivement agent général du clergé, abbé de Saint-Hilaire, nommé évêque d'Évreux, mais non confirmé comme tel[155]. Il fut sacré évêque de Carcassonne dans l'église de Grignan. Son faste et sa prodigalité contrariaient madame de Sévigné, qui aurait voulu qu'une partie de ses riches revenus ecclésiastiques fussent employés à faire du bien à ses frères[156], et particulièrement au moins riche de tous, le chevalier de Grignan, Adhémar.
[154] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127, note 3.
[155] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 janvier 1689), t. VIII, p. 303 (27 août 1689), t. IX, p. 401, édit. M.
[156] Voyez _Lettres inédites et restituées de madame_ DE GRIGNAN (22 décembre 1677). Lettre de madame de Grignan à M. de Grignan, p. 5 d'un tirage à part. (Extrait des archives de l'École des chartes.) Louis, abbé de Grignan, fut nommé à l'évêché d'Évreux en février 1680; mais les bulles ne furent pas confirmées: au mois de mai 1681 il fut nommé évêque de Carcassonne, et sacré le 21 décembre dans l'église de Grignan.--Voyez _Gallia christiana_, t. VI, p. 927.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 374, édit. M.--(21 février 1680), t. VI, p. 169, édit. M.--(21 août 1681), t. VI, p. 425, édit. M.--(1er septembre 1680), t. VI, p. 442, édit. M.--(20 novembre 1682), t. VII, p. 104, édit. M.--(9 janvier 1682), t. VII, p. 116, édit. M.--(9 septembre 1675), t. IV, p. 90, édit. G.; t. III, p. 460, édit. M.--_Ibid._ (22 septembre 1688), t. VIII, p. 366, édit. G.; t. VIII, p. 91, édit. M.--_Ibid._ (24 janvier 1689), t. IX, p. 118, édit. G.; t. VIII, p. 303, édit. M.--(7 février 1682), t. VII, p. 104, édit. M.--(9 janvier 1683), t. VII, p. 116, édit M.
Plein de courage et animé d'une noble ambition, Adhémar[157] parvint, par de beaux faits d'armes, au grade de maréchal de camp, lorsque son frère aîné épousa mademoiselle de Sévigné. Quoique bien jeune encore, il obtint le commandement du régiment qui portait le nom de Grignan[158]; et, à cette occasion, madame de Sévigné prit le soin de lui donner une devise: c'était une fusée poussée à une grande élévation, avec ces mots italiens: _Che peri, purchè s'innalzi_[159], «Qu'elle périsse, pourvu qu'elle s'élève.» Le plus jeune de tous les Grignan, il n'avait point cette morgue de famille qui faisait dire à M. de Guilleragues que tous les Grignan étaient des glorieux. Lorsqu'on lui opposait l'exemple du chevalier Adhémar[160], «Celui-là, disait-il pour ne pas se rétracter, n'est que _glorioset_.» Ce singulier sobriquet de petit Glorieux resta au chevalier Adhémar[161]. De tous ses frères, il était le plus attentif et le plus complaisant pour madame de Grignan; il lui servait de secrétaire lorsque quelque indisposition l'empêchait de tenir la plume[162]. Ce fut là sans doute ce qui valut à madame de Grignan les malins vaudevilles et les épigrammes que l'on composa sur elle[163], moins cependant à propos d'Adhémar qu'au sujet du frère de celui-ci, nommé, à cause de sa taille, le _grand chevalier_. Il se trouvait alors au château de Grignan, et mourut l'année suivante à Paris, de la petite vérole, chez son oncle l'évêque d'Uzès[164]. C'est à ce chevalier de Grignan que madame de Sévigné défendait de monter à cheval en présence de sa fille[165], tant le souvenir de la fausse couche qu'il avait occasionnée par sa chute faisait d'impression sur elle. Tels étaient dans la famille de Grignan les hommes qui se réunissaient au château de Grignan, et en composaient la société. Les filles que le comte de Grignan avait eues de son premier mariage avec Angélique-Claire d'Angennes étaient encore trop jeunes pour y figurer[166]. L'aînée n'avait que dix ans, et la cadette seulement sept ans, lorsque leur père se remaria avec mademoiselle de Sévigné[167]. Le duc de Montausier, leur oncle par alliance, puisqu'il avait épousé Julie d'Angennes, s'opposait à ce qu'elles allassent demeurer chez leur belle-mère, craignant que celle-ci ne se prévalût de l'innocence de leur jeune âge, et ne leur inspirât prématurément de l'inclination pour la vie religieuse: cependant il finit par céder aux instances de madame de Grignan, et s'aperçut bientôt qu'il ne s'était pas trompé dans ses prévisions[168]. Louise-Catherine-Adhémar, l'aînée des deux filles de M. de Grignan et de Claire d'Angennes, excitée par sa belle-mère, ses oncles et toute sa famille, dans son penchant à la dévotion, voulut entrer aux Carmélites; mais la délicatesse de sa santé ne lui permit pas de soutenir les austérités de l'ordre: elle ne put achever son noviciat; elle se retira comme pensionnaire dans un couvent, et y vécut avec autant de régularité et de piété que la religieuse cloîtrée la plus attachée à ses devoirs. Sur le bien de sa mère, il lui revenait quarante mille écus; elle en fit don à son père; et madame de Grignan ne déguise pas qu'elle se servit de l'influence qu'elle avait acquise sur cette jeune fille, pour la déterminer à prendre cette résolution. Bussy profite de cette occasion pour lancer un sarcasme piquant, mais juste[169], contre madame de Grignan; et madame de Sévigné, au contraire, chez qui la tendresse pour sa fille, et sa continuelle préoccupation pour tout ce qui concernait ses intérêts et sa grandeur, étouffaient tout autre sentiment, la félicite d'avoir «fait merveille», et exprime, par les termes les plus énergiques, son admiration pour Catherine-Adhémar, qu'elle appelle une _fille céleste_, par opposition à sa sœur cadette, qui est pour elle la _fille terrestre_[170]. En effet, celle-ci, Françoise-Julie, qu'on nommait ordinairement mademoiselle d'Alérac[171], quoique soumise à la même éducation et aux mêmes influences que sa sœur, eut des goûts très-différents: elle aimait le monde, et elle se plaisait beaucoup dans la société de madame de Sévigné, qui la trouvait aimable[172]. Jolie et faite pour plaire[173], elle fut recherchée en mariage par le chevalier de Polignac et M. de Belesbat. Ces deux mariages se rompirent, non par le fait de madame de Grignan. Pourtant le défaut d'accord entre la belle-mère et la belle-fille fut tel, que celle-ci abandonna brusquement la maison paternelle, et se retira chez son oncle par alliance, le duc de Montausier, et ensuite au couvent des Feuillantines[174]. Elle se maria enfin avec le marquis de Vibraye, sans la participation et aussi sans l'opposition de sa famille[175].
[157] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., chap. VIII, p. 128.
[158] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er novembre 1671), t. II, p. 236, édit. M.
[159] _Ibid._ (11 novembre 1671), t. II, p. 242, édit. M.--(2 décembre 1671), t. II, p. 300, édit. G. Cette devise est celle de Porchère d'Augier, dans la description du carrousel. Voyez TALLEMANT, _Historiettes_, t. III, p. 318.
[160] _Ibid._ (15 novembre 1671.)
[161] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 et 30 août 1671), t. II, p. 201, 211, édit. G.; t. II, p. 168, édit. M.
[162] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 septembre 1671).
[163] Conférez la parodie de la fable de la Cigale et de la Fourmi, dans le _Recueil de pièces curieuses et nouvelles tant en prose qu'en vers_; la Haye, 1695, in-12, t. II, seconde partie, p. 230.--_Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine_, 1re édit., 1820, in 8º, p. 392.--Voyez ci-dessus, 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127.
[164] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22, 27, 29 janvier, 3 et 10 février 1671), t. II, p. 300, 307, 309, 313, 319, édit. M.--(4 novembre 1671), t. II, p. 203, édit. G.
[165] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1671), t. II, p. 196, édit. G. Voyez ci-dessus, 3e partie de ces _Mémoires_, chap. XV, p. 84.
[166] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 136.
[167] DANGEAU, _Journal mss._ en date du 24 janvier 1684, cité dans les _Lettres de_ SÉVIGNÉ, t. VII, p. 398, édit. M.
[168] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 août 1677), t. V, p. 172, et la note 1, édit. M.--(25 janvier 1687), t. VII, p. 411, édit. M.
[169] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 janvier 1687), t. VII, p. 414, édit. M.
[170] _Ibid._ (18 août, 11, 18 et 25 septembre 1680), t. VI, p. 420, 455, 458, 459, 465, 473, édit. M.--_Ibid._ (2 et 16 octobre 1680, 1er octobre et 24 décembre 1684, 8 mai et 25 octobre 1686), t. VII, p. 10, 24, 93, 176, 382, 398 et 400, édit. M.
[171] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 136.
[172] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1684), t. VII, p. 165, édit. M.
[173] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 décembre 1684), t. VII, p. 213, édit. M.
[174] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mars, 20 et 24 septembre, 13 décembre 1684, 15 août 1685, 1er mai 1686), t. VII, p. 141, 165, 168, 176, 212, 335, 382, édit. M.--_Ibid._ (27 septembre 1687, 9 mars et 30 avril 1689), t. VIII, p. 17, 373, et la note.
[175] Elle fut mariée le 7 mai 1689. Conférez le _Journal mss. de Dangeau_ à cette date, cité par M. Monmerqué dans SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 avril 1689), t. VIII, p. 455, édit. M.
Des trois sœurs qu'avait le comte de Grignan, une seule doit nous occuper, puisque celle qui se fit religieuse à Aubenas[176], et celle qui se maria au marquis de Saint-Andiol (en 1661)[177], ne sont mentionnées que deux ou trois fois dans la correspondance de madame de Sévigné. Il n'en est pas de même de Thérèse-Adhémar de Monteil; celle-ci épousa le comte de Rochebonne[178], qui commanda longtemps à Lyon pour le roi. La comtesse de Rochebonne ressemblait beaucoup à son frère, le comte de Grignan: c'est dire assez qu'elle n'était pas belle; aussi est-ce par antiphrase et en plaisantant que madame de Sévigné la qualifie de jolie femme[179]. Sa laideur, et la surdité dont elle était affligée, étaient rachetées par le plus heureux caractère. Elle s'était liée d'amitié avec madame de Grignan, et l'affection que celle-ci avait pour elle s'étendait jusqu'à ses enfants. Elle en avait un grand nombre; presque tous étaient remarquables par leur esprit précoce, leurs jolies figures, la fraîcheur de leur teint et leurs grâces enfantines[180].
[176] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, t. III, p. 136.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 octobre 1673), t. III, p. 106, édit. M.--(15 juin 1680), t. VI, p. 323, édit. M.
[177] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet 1685), t. VIII, p. 73, édit. G.
[178] Il était de plus chanoine, comte et chamarier de l'église Saint-Jean de Lyon. Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., chap. VIII, p. 138, note 4.
[179] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juillet 1672), t. III, p. 41, édit. M.--(19 juillet, 16 et 19 août, 27 septembre, 4 octobre 1671.)
[180] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 octobre 1673, 6 novembre 1675, 28 août 1676, 23 juin 1677, 15 et 20 mai 1689), t. II, p. 190, 196, 242, 249; t. III, p. 107; t. IV, p. 75 et 146; t. V, p. 113; t. VIII, p. 470; t. IX, p. 42, édit. G.
Un des parents du comte de Grignan, que madame de Sévigné aimait le mieux, était le chevalier comte de la Garde, qui avait été gouverneur de la ville de Furnes et lieutenant des gardes du corps de la reine mère[181]. Sa baronnie de la Garde était voisine du comté de Grignan, et il allait fréquemment au château. Lorsqu'il échoua dans le projet de mariage qu'il avait conçu, on était presque certain qu'il resterait célibataire[182]; et comme la forte pension dont il jouissait le rendait riche, on croyait qu'il avantagerait le comte de Grignan. Dans cet espoir, madame de Sévigné avait pour lui de grands égards; il fut la seule personne à laquelle elle permit de faire copier le portrait de sa fille, peint par Mignard[183]: elle avait refusé _rabutinement_, comme elle le dit, cette faveur à ses plus intimes amis, au _bel abbé_, l'évêque de Carcassonne, à l'abbesse de Fontevrault, sœur de madame de Montespan, enfin même à MADEMOISELLE[184]. Le chevalier de la Garde ne put rien faire pour son cousin, le comte de Grignan; la riche pension de 18,000 livres dont il jouissait (36,000 fr.) fut supprimée, et il fut presque entièrement ruiné[185].
[181] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., p. 129, note 3.
[182] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 mai, 24 juin, 8 juillet 1676), t. IV, p. 299, 308, 378, édit. M.--_Ibid._ (4 décembre 1689), t. IX, p. 238, édit. M.
[183] Ce portrait, ou plutôt une copie de ce portrait, est dans le Musée de Versailles; mais celui qui est à côté, entouré de même d'une guirlande de fleurs, n'est pas le portrait de la marquise de Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal), quoique indiqué comme tel dans les catalogues. Voyez la note à la fin de notre 2e partie.
[184] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août, 9 septembre 1675), t. IV, p. 35, 89, édit. G.; t. III, p. 460, édit. M.--_Ibid._ (16 juillet et 15 août 1677), t. V, p. 286, 287, 349, édit. G.--_Ibid._, t. V, p. 133 et 188, édit. M.
[185] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 et 28 décembre 1689), t. IX, p. 267, 274.--(8 janvier 1690), t. IX, p. 297, édit. M.
A toutes ces personnes que le mariage de mademoiselle de Sévigné avec le comte de Grignan avait placées dans des rapports de famille et d'intimité tant avec elle qu'avec madame de Sévigné, il faut joindre la marquise du Puy du Fou, mère de la seconde femme du comte de Grignan[186]. Elle avait peu d'esprit, mais sa bonté la faisait chérir. Comme elle demeurait à Paris, madame de Sévigné la voyait souvent, et même la recherchait, à cause de l'attachement qu'elle avait conservé pour celui qui avait été son gendre, et de l'amitié qu'elle avait pour madame de Grignan. Madame de Sévigné passait des heures entières avec madame du Puy du Fou, et lui confiait sa petite-fille Marie-Blanche, et madame du Puy du Fou en avait soin comme de son propre enfant[187].
[186] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, t. III, p. 128, note 5, et p. 140.
[187] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars, 8 et 13 mai 1671), t. I, p. 373; t. II, p. 63 et 72, édit. G.--_Ibid._ (14 mars 1696), t. XI, p. 284, édit. G.
Les Simiane étaient aussi cousins des Grignan[188]; et, parmi les nouvelles connaissances que son séjour en Provence procura à madame de Grignan, on remarque la marquise de Simiane, dont le fils épousa celle à qui nous devons la publication des _Lettres_. Madame de Sévigné avait eu occasion de rencontrer dans le monde madame de Simiane, et elle félicite sa fille d'avoir en elle une compagnie agréable[189]. Elle fait l'éloge de son amabilité, mais elle ne lui reconnaît pas une excellente tête; elle la blâme de vouloir se séparer de son mari, à cause des fréquentes infidélités qu'il lui faisait, ajoutant assez lestement: «Quelle folie! Je lui aurais conseillé de faire quitte à quitte avec lui[190].»
[188] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., p. 130, note 4, p. 129, note 2.
[189] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 115, édit. G.; t. II, p. 96, édit. M.
[190] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 mai, 12 août 1676), t. IV, p. 430; t. V, p. 70, édit. G.; t. IV, p. 289 et 419, édit. M.--(18 novembre 1695), t. IX, p. 237.
La maison de madame de Grignan se composait d'un nombreux personnel, conforme au rang qu'elle tenait en Provence; et ceux qui en faisaient partie paraissent avoir été bien choisis pour la soulager dans les devoirs qu'elle avait à remplir, et la distraire de ce qu'ils pouvaient avoir de pénible. Deux femmes de chambre étaient attachées à son service; et l'une d'elles, nommée Deville, fille de son maître d'hôtel[191], en savait assez pour l'aider, et, au besoin, pour la suppléer dans ses correspondances. Une demoiselle de Montgobert, pieuse mais enjouée, d'un esprit original, plaisait beaucoup à madame de Sévigné[192]; elle était demoiselle de compagnie; et Ripert[193], l'intendant des Grignan, était un homme d'esprit et d'une société agréable: il avait sa chambre au château de Grignan, à côté de celle des deux pages[194].
[191] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai, 21 juin 1671), t. II, p. 62, édit. G., et p. 15 de la lettre du 21 juin, rétablie, 1826, in-8º.--_Ibid._ (5 juin et 8 juillet 1671), t. II, p. 126, 131, édit. G. L'autre femme de chambre se nommait Cateau. M. de Grignan, en la mariant, en fit une nourrice.
[192] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars, 4 avril 1671), t. I, p. 382; t. II, p. 5, édit. G.--(6 octobre 1675), t. IV, p. 20, édit. M.; t. IV, p. 31, édit. G.--(23 février 1676), t. IV, p. 348, édit. G.--(14 juin 1677), t. V, p. 91, édit. M.--(11 octobre 1679), t. V, p. 459, édit. M.--(14 février 1680), t. VI, p. 160.--(10 juillet 1680), t. VI, p. 370.--(17 juillet 1680), t. VI, p. 376.--(18 août 1680), t. VI, p. 422.--(8 septembre 1680), t. VI, p. 450.--(30 octobre 1680), t. VII, p. 20, 23, 33.
[193] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 326 et 465, et SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671, 26 juillet 1675), t. I, p. 38 et 39 de l'édit. de la Haye, p. 379 et 380, édit. G.
[194] _Inventaire des papiers Simiane_, Mss. de la Bibliothèque royale. _Inventaire des meubles de la maison de Grignan, dressé le 27 novembre 1672._--La chambre de M. d'Uzès était près de celle de mademoiselle de Montgoubert (_sic_).
Madame de Sévigné instruisait avec grand soin madame de Grignan des variations de la mode. Elle savait que sa fille, par sa beauté et par son rang, avait en Provence le privilége d'être le patron sur lequel les femmes se réglaient[195]; et c'est à la cour de Louis XIV qu'alors la mode avait, pour toute l'Europe, établi le siége de son empire. Les lettres de madame de Sévigné fourniraient d'exacts et nombreux détails à celui qui voudrait nous retracer les lois absolues et les bizarres volontés de cette capricieuse reine du monde élégant. C'est surtout lorsqu'elle était à Aix[196], que madame de Grignan avait ses plus fréquentes réunions et étalait le plus de luxe. Madame de Sévigné faisait fréquemment à sa fille des cadeaux de modes nouvelles, et lui envoyait des cravates, des éventails, et autres petits objets; mais madame de Grignan ayant écrit à sa mère qu'elle se proposait de se faire peindre et de lui faire présent de son portrait, madame de Sévigné lui envoya un tour de perles de douze mille écus, acheté à la vente de l'ambassadeur de Venise. Elle lui écrivait en même temps: «On l'a admiré ici: si vous l'approuvez, qu'il ne vous tienne point au cou; il sera suivi de quelques autres[197].»
[195] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1671), p. 10 et 11 de la lettre rétablie, 1826, in-8º.
[196] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mars, 4 avril, 19 et 30 août), t. I, p. 382; t. II, p. 2, 5, 192, 211, édit. G.
[197] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 414, édit. G.; t. II, p. 352, édit. M.
Cependant, même à Aix, madame de Grignan pouvait se soustraire au monde et à la dissipation; et elle n'y manquait pas aux époques où la religion lui en faisait un devoir. Elle se retirait alors dans le couvent des sœurs de Sainte-Marie, où par un privilége spécial, et à cause de son aïeule la bienheureuse Chantal, elle était admise temporairement sur le pied de religieuse, et avait sa cellule particulière[198].
[198] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 6, édit. G.; t. II, p. 5, édit. M.
Le séjour de madame de Grignan chez les sœurs de Sainte-Marie n'était jamais bien long, et n'avait lieu qu'à de grands intervalles. Cette existence calme et reposée pouvait lui plaire pendant quelques jours, par son contraste avec l'agitation de sa vie habituelle; mais elle n'avait pas, comme sa mère, le goût de la retraite et de la campagne, les rêveries d'une âme profondément émue, les palpitations d'un cœur avide de tendresse et d'amour. Ces troubles intérieurs, qui étaient à la fois pour madame de Sévigné une source intarissable de jouissances et de tourments, lui étaient inconnus. Elle savait que sa réputation de beauté, de savoir, de raison, de prudence, s'était accrue à la cour depuis son départ, et par son année de séjour en Provence[199]. Le rang qu'elle tenait dans ce pays flattait son orgueil: là, peut-être, elle se félicitait de n'être pas éclipsée par sa mère comme à Versailles, comme à Paris. C'eût été pour elle déchoir que de cesser d'être la première, que de se retrouver sur un degré d'infériorité ou même d'égalité. M. de Grignan ne pensait pas ainsi: il aurait mieux aimé être auprès du monarque, que d'avoir l'honneur de le représenter dans une province lointaine; les peines et les soins du gouvernement lui étaient à charge. Ayant appris que le maréchal de Bellefonds voulait quitter sa place de premier maître d'hôtel du roi, il était disposé à acquérir cette charge; mais madame de Grignan s'y opposa, et le fit rester en Provence. On peut juger combien cette résolution affligea sa mère, qui n'osa s'en plaindre que bien doucement. «Ma chère enfant, lui dit-elle, cette grande paresse de ne vouloir pas seulement sortir un moment d'où vous êtes, me blesse le cœur. Je trouve les pensées de M. de Grignan bien plus raisonnables. Celle qu'il avait pour la charge du maréchal de Bellefonds, en cas qu'il l'eût quittée, était tout à fait de mon goût; vous aurez vu comme la chose a tourné: mais j'aimerais assez que le désir de vous rapprocher ne vous quittât point quand il arrive des occasions; et M. d'Uzès aurait fort bonne grâce à témoigner au roi qu'il est impossible de le servir si loin de sa personne sans beaucoup de chagrin, surtout quand on a passé la plus grande partie de sa vie auprès de lui[200].»
[199] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1672), t. II, p. 366.
[200] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 janvier 1672), t. II, p. 362. Conférez _id._ (13 janvier 1672), t. II, p. 341, 343, édit. G.; t. II, p. 282, édit. M.
CHAPITRE III.
1671-1672.