Mémoires touchant la vie et les ecrits de Marie de Rabutin-Chantal, (4/6)

Part 30

Chapter 303,878 wordsPublic domain

[788] PAULIN PARIS, cité par M. BAZIN dans la _Revue des Deux Mondes_, 15 juillet 1847;--les _Commencements de la vie de Molière_, p. 6 du tirage à part.--Le recueil indiqué par M. Paulin Paris est l'_Eslite des bons vers choisis dans les ouvrages des plus excellents poëtes de ce temps_; Paris, chez Cardin-Besongne, 1653, 2e partie, _Recueil de diverses poésies_, p. 15.

De ces trois personnes qui sont ici nommées comme chefs d'une quatrième troupe, deux étaient connues comme auteurs: c'étaient Madeleine Béjart et Charles Beys; ils faisaient des pièces de théâtre; Molière se contentait d'en jouer[789].

[789] Voyez le _Catalogue_ des pièces de Charles Beys, dans le Catalogue de la bibliothèque de M. de Soleinne, par le bibliophile Jacob, p. 243, no 119, à savoir: _le Jaloux sans sujet_, tragi-comédie, 5 actes; _l'Hospital des fous_, 5 actes; _Aline, ou les Frères rivaux_, 5 actes. Toutes ces pièces ont été imprimées en 1637; _les Illustres fous_, en 1653. Aucun historien ou éditeur de Molière n'a connu la liaison de Beys avec Molière.

Ceci, et ce que dit Tallemant, que la Béjart avait joué à Paris avec une troupe qui n'y fut que quelque temps, se trouve confirmé par ce paragraphe important de la _Préface_ de la Grange et Vinot:

«Il tâcha, dans les premières années, de s'établir à Paris avec plusieurs enfants de famille qui, par son exemple, s'engagèrent comme lui dans la partie de la comédie, sous le titre de _l'Illustre théâtre_; mais ce dessein ayant manqué de succès (ce qui arrive à beaucoup de nouveautés), il fut obligé de courir les provinces du royaume, où il commença de s'acquérir une fort grande réputation[790].»

[790] Les _OEuvres de_ M. DE MOLIÈRE, 1682, in-12, p. 3 de la préface.

La première mention de _l'Illustre théâtre_ serait bien plus ancienne, s'il est vrai qu'une pièce de Magnon, imprimée en 1645, porte, sur le titre, qu'elle y a été représentée[791].

[791] _Catalogue_ de la bibliothèque de M. de Soleinne, 1843, in-8º, p. 271, no 121.--_Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, par_ TASCHEREAU; 3e édition, p. 8. Dans ces deux ouvrages, le titre de la pièce de Magnon est ainsi: _Artaxerce_, tragédie (5 a. v.), par Magnon, représentée sur _l'Illustre théâtre_; Paris, Cardin-Besongne, 1645. C'est l'éditeur des OEuvres de Molière de 1734 qui, le premier a dit que cette pièce de Magnon avait été représentée sur _l'Illustre théâtre_ mais il ne dit pas qu'il tire ce fait du titre; ce qu'il dit à cet égard a été accepté par les frères Parfaict (_Histoire du Théâtre françois_, t. VI, p. 376); et il n'y a pas d'autre objection à ce fait. Cependant ce qui m'oblige à ne l'admettre qu'avec précaution, c'est que Beauchamps seul a donné le titre entier de cette tragédie; que ce titre ne porte pas qu'elle a été représentée sur _l'Illustre théâtre_, et que Beauchamps ne le dit pas. (_Recherches sur les théâtres de France_, 1735, in-8º, p. 217.)

Voilà tout ce qu'on sait de certain pour les premières années de la vie de Molière. Résumons. En 1632 il avait perdu sa mère; et lorsque la Béjart l'emmena en province, majeur, maître de ses actions et de sa part de bien maternel, il n'est plus Poquelin, il est Molière; il n'appartient plus à sa famille, et sa famille ne lui appartient plus; il appartient tout entier à sa troupe: sa troupe, c'est sa famille; sa troupe, c'est l'instrument de sa gloire; en elle est la source de ses jouissances, les objets de ses plus chères affections: c'est par elle enfin qu'il satisfait sa triple passion de comédien, de poëte et d'amant; car il fut tout cela toute sa vie. Si vous voulez la connaître, cette vie; si vous voulez savoir quels sont les labeurs, les succès, les jouissances, les tristesses qu'elle a accumulés dans le court espace de quinze ans, lisez cette _Préface_, dont je ne vous ai rapporté que ce qui concerne Poquelin, et non Molière; relisez ses œuvres; relisez les _OEuvres de madame de Sévigné_ et les _OEuvres de Boileau_, annotées par Brossette de Saint-Marc; surtout n'oubliez pas que Molière n'est plus Poquelin, et que tout ce qui se trouve rapporté dans les biographies sur ses relations avec son père et avec sa famille est faux et controuvé. Son père et sa famille, dès qu'il eut pris le nom de Molière, dès qu'il fut comédien, n'eurent plus rien de commun avec lui; et cela dura jusqu'à sa mort, et après sa mort.

Mais le mot de Belloc, et le voyage de Narbonne, et cette assistance que Molière prêtait à son père dans ses fonctions de valet de chambre du roi; mais cette cession que Poquelin le père fit à son fils de sa charge de valet de chambre, qu'il ne pouvait plus exercer à cause de son grand âge, et tant d'autres faits si singuliers, si amusants, qui nous montrent Molière s'élevant des occupations manuelles de simple ouvrier jusque sur les hauteurs où son génie l'a placé; qu'en faites-vous?--Tout cela est faux, controuvé; ce sont des contes populaires inventés pour l'amusement des oisifs et dont tous ceux qui étaient bien instruits de la vie de Molière, la Grange et Vinot, de Visé, Tallemant, n'ont pas dit un mot. Ce qu'ils ont dit prouve que tout cela ne pouvait être vrai. Tout cela a été dit seulement par les collecteurs d'_ana_, par les Grimarest, les de Bret et autres, et répété ensuite par tous les biographes, qui n'ont voulu rien laisser échapper de ce qui avait été imprimé avant eux.

En voulez-vous la preuve? c'est que ce père de notre grand comique, ce Jean Poquelin, mort le 27 février 1669, se trouve porté sur tous les _états de la France_ comme exerçant la charge de tapissier valet de chambre du roi, depuis celui qui a été rédigé par de la Marinière, d'après les _Mémoires de M. de Saintot, maître des cérémonies_, le 16 août 1657 (p. 84, lig. 11), jusqu'à celui de M. N. de Besongne, _dressé suivant les états portés à la cour des aides_, qui parut au commencement de l'année 1669, c'est-à-dire un mois avant la mort de Jean Poquelin, père de Molière (p. 86). Jean Poquelin est inscrit dans le livre de Besongne non-seulement comme possesseur du titre et de la charge, mais comme étant encore en exercice pour le quartier de janvier en avril 1669, concurremment avec Nauroy, son collègue: ils servaient à deux par quartier.

Jean Poquelin, comme «sa défunte honorable femme, Marie Cressé (mère de Molière),» fut enterré avec pompe, ainsi que le constate son acte de décès inscrit dans les registres de la paroisse Saint-Eustache[792]:

«Convoi de 42, service complet.--Assistance de M. le curé, quatre prêtres-porteurs, pour défunt Jean Poquelin, tapissier du roy, bourgeois de Paris, demeurant sous les piliers des Halles, devant la fontaine.»

[792] _Dissertation sur Molière_, par BEFFARA, p. 25 et 26.--TASCHEREAU, _Hist. de la vie et des ouvrages de Molière_, p. 203 à 211.

Ceux qui voudraient faire une objection contre la preuve ici donnée de l'époque où Molière a pu commencer à exercer la charge de valet de chambre du roi et du peu de temps qu'il a exercé cette charge diront qu'il est prouvé que le titre lui en a été donné dans l'acte de baptême de Madeleine Grésinde, dont il fut le parrain le 29 novembre 1661[793]. Mais ces critiques oublient avec quelle facilité on prenait alors d'avance les titres dont on devait hériter. Depuis les ordonnances de Charles IX et de ses successeurs[794], ceux qui se trouvaient attachés à la maison du roi étaient, comme les nobles, exempts de certaines charges, et avaient de certains priviléges dont ne jouissait pas la bourgeoisie. Il en était de même de ceux qui possédaient le premier degré de noblesse et avaient le titre d'écuyer. Ce titre est donné à Molière par sa femme, dans un acte de baptême où elle figure comme marraine (23 juin 1663); et cependant Molière n'avait assurément aucun droit de le prendre. Pour s'être laissé ainsi titrer indûment dans des actes authentiques, la Fontaine fut condamné à 4,000 francs d'amende. Comme lui, Boileau prit aussi ce titre, et fut également poursuivi par le fisc; mais il gagna son procès, et prouva qu'il possédait ce premier degré de noblesse. L'acte du 29 novembre 1661 ne prouve donc rien contre ce que nous avons avancé.

[793] BAZIN, _les Dernières années de la vie de Molière_, extrait de la _Revue des Deux Mondes_, 15 Janvier 1848, p. 7 et 9.

[794] Elles sont rapportées à la fin de l'_État général des officiers, domestiques et commensaux de la maison du Roy_; mis en ordre par M. de la Marinière, 1660, in-8º.

Jean Poquelin avait eu dix enfants de deux mariages différents: de ces neuf frères et sœurs de Molière, plusieurs, au moment de son décès, étaient mariés, et ils eurent tous un grand nombre d'enfants: son second frère en eut seize; Robert Poquelin, son proche parent, en eut vingt; et, de cette nombreuse famille, pas un seul ne parut lorsqu'il fallut réclamer pour Molière une sépulture décente et les prières de l'Église, ni pour protéger son domicile contre les égarements fanatiques d'une populace hostile[795]. C'est que tous voulaient être bien avec leurs curés, et enterrés honorablement. Aucun Poquelin ne signa ni n'appuya la requête que la veuve de Molière adressa au roi; et dans cette requête on ne parle ni de son père ni de sa parenté avec les Poquelin. Personne, dans les Poquelin ni dans leurs descendants, ne voulut alors, ni après, être beau-frère, belle-sœur, nièce ou neveu, parent ou allié des Béjart, ni même de M. de Molière. On n'a pas trouvé un seul acte, une seule lettre, un seul écrit qui établissent quelque rapport entre Jean Poquelin et Jean-Baptiste Poquelin dès que celui-ci eut pris le nom de Molière; et aucun de ceux qui ont parlé de lui, et dont le témoignage doit compter, ne constate qu'il y eut de leur temps aucune liaison entre le père et le fils, ou entre ce fils et ses frères, ses sœurs et ses parents. Pas un seul Poquelin ne contribua à grossir le cortége nombreux qui, à la lueur des flambeaux, conduisit à leur dernier asile les restes de l'immortel auteur du _Misanthrope_. Molière ne paraît avoir eu d'autre part à l'héritage paternel que la survivance de la charge de tapissier valet de chambre du roi, que son père ne pouvait lui ôter et que notre poëte, aux termes où il en était avec Louis XIV, se serait bien gardé de dédaigner. Il exerça donc cette charge; la Grange et Vinot n'ont pas manqué de constater ce fait, page 2 de la _Préface_.

[795] TASCHEREAU, _Hist. de la vie et des ouvrages de Molière_, 3e édit., p. 181 et 260, 208 et 211.--BEFFARA, _Dissertation sur Molière_, p. 25 et 26.

«Son nom fut Jean-Baptiste Poquelin; il était Parisien, fils d'un valet de chambre tapissier du roi, et avait été reçu dès son bas âge en survivance de cette charge, qu'il a depuis exercée dans son quartier jusqu'à sa mort.»

Il ne l'exerça pas longtemps. Entré en fonctions après la mort de son père, en février 1669, avec Nauroy, son collègue pour le premier quartier, il dut n'exercer que pendant un mois. Dans les trois années qui suivirent, il exerça chaque année pendant six semaines seulement, car ils étaient huit tapissiers valets de chambre, servant à deux par quartier. Ainsi, Molière n'a pu exercer que par intervalle (en tout dix mois) sa charge de valet de chambre du roi, en supposant qu'il n'en fût jamais dispensé. Ce service, dans ce qui avait rapport à aider à faire le lit du roi, était pour la forme[796]: c'était plutôt un privilége qu'un emploi, car il y avait, outre les huit tapissiers valets de chambre, huit valets de chambre et barbiers, qui étaient appointés au double des tapissiers[797]. Mais Louis XIV avait accordé à Molière une pension de mille francs en 1663, c'est-à-dire six ans avant que son père, en mourant, lui eût transmis la survivance de la charge de valet de chambre, ce qui a fait croire à tort que ce fut en 1663 que Molière eut cette charge.

[796] Voyez sur ce sujet l'_État de la France en 1749_, t. I, p. 255.

[797] L'_État de la France_, etc.; dédié au roy, par M. N. Besongne, C. et A. du roy, B. en théologie et clerc de chapelle et d'oratoire de Sa Majesté; 1669, p. a5.

Aucun Poquelin ne prétendit à la survivance de Molière comme tapissier valet de chambre du roi; Jean Poquelin, et après lui Jean-Baptiste Poquelin, son fils, furent successivement inscrits en tête de la liste des tapissiers valets de chambre dans leur quartier; mais, après eux, c'est le sieur Nauroy qu'on trouve inscrit le premier[798].

[798] Voyez, l'_État de la France en 1677_, t. I, p. 100.

J'ajouterai à cette longue note sur Molière une dernière observation qui concerne ses éditeurs. J'ai dit ailleurs que lorsqu'un auteur avait lui-même donné une édition de ses _OEuvres_, il était du devoir des éditeurs de conserver l'ordre que l'auteur a établi, parce que cet ordre fait partie de ses pensées, et repose toujours sur une idée principale. La Grange et Vinot ont manqué à cette règle dans leur édition de 1682, et ils ont été à tort imités par tous les éditeurs subséquents. Molière a donné, en 1666, une édition de ses _OEuvres_; il en avait commencé une autre lorsqu'il mourut en 1673, puisque le privilége est daté du 16 mars 1671, et la continuation du 20 avril 1673[799]. Dans ces deux éditions (1666 et 1673), Molière s'est écarté, pour une seule pièce, de l'ordre qu'il a suivi pour toutes les autres, qui est de les ranger selon les dates de leur représentation. D'après cet ordre, la comédie des _Précieuses_ doit être placée après _l'Étourdi_ et _le Dépit amoureux_, comme elle se trouve en effet dans l'édition de 1682. Mais Molière, dans les deux éditions qu'il a données, a placé cette pièce la première; et cette dérogation à l'ordre chronologique qu'il avait adopté est assez significative pour qu'elle fût respectée par ses éditeurs. Il est évident qu'il a voulu montrer que de cette pièce des _Précieuses_ dataient pour lui les faveurs du public et cette espèce d'alliance qui s'était contractée entre lui et tous ceux qui fréquentaient son spectacle. Ce n'est pas tout: en 1663 il avait été gratifié d'une pension du roi, et il saisit l'occasion de la représentation des _Plaisirs de l'Ile enchantée_, le 16 mai 1664, pour lui adresser un remercîment en vers. Cette pièce, qui n'a rien de fade comme toutes celles de cette nature, mais qui est, au contraire, à elle seule une excellente scène de comédie, est, dans l'édition de 1682, placée à sa date et avant la pièce des _Plaisirs de l'Ile enchantée_ (t. II, p. 289 à 292 de l'édit.), tandis que, dans les deux éditions données par Molière (1666 et 1673), elle commence le premier volume, et se trouve avant la Préface. Évidemment Molière avait eu l'intention de convertir ce remercîment en une réjouissante et joviale dédicace de toutes ses _OEuvres_, une dédicace à Louis XIV. En replaçant cette pièce à sa date, les éditeurs lui ont ôté la plus grande partie de sa valeur, et ont ainsi frustré les intentions de l'auteur.

[799] Les volumes premiers de cette édition portant tantôt la date de 1673, tantôt celle de 1674; et les derniers celles de 1675 et 1676.

Page 295, ligne 7: Les attaques contre Molière et la comédie, que Nicole, Bourdaloue et Bossuet, etc.

Les reproches de Bossuet contre la comédie et Molière sont sévères, mais d'une vérité incontestable:

«... On répond que, pour prévenir le péché, le théâtre purifie l'amour... Ce n'est, après tout, qu'une innocente inclination pour la beauté, qui se termine au nœud conjugal. Du moins donc, selon ces principes, il faudra bannir du milieu des chrétiens les prostitutions dont les comédies italiennes ont été remplies, même de nos jours, et que l'on voit encore toutes crues dans les pièces de Molière; on réprouvera les discours où ce rigoureux censeur des grands canons, ce grave réformateur des mines et des expressions de nos précieuses étale cependant au plus grand jour les avantages d'une infâme tolérance dans les maris, et sollicite les femmes à de honteuses vengeances contre leurs jaloux. Il a fait voir à notre siècle le fruit qu'on peut espérer de la morale du théâtre, qui n'attaque que le ridicule du monde, en lui laissant cependant toute sa corruption.»

CHAPITRE IX.

Page 300, ligne 19: Le temps de ses métamorphoses en jeune et jolie fille était passé.

Dans l'_Histoire de la comtesse des Barres_, Choisy nous apprend que ce fut madame de la Fayette qui lui donna l'idée de se déguiser en femme (p. 12-14).

«Je n'étais donc contraint par personne, et je m'abandonnai à mon penchant. Il arriva même que madame de la Fayette, que je voyais fort souvent, me voyant toujours fort ajusté avec des pendants d'oreille et des mouches, me dit, en bonne amie, que ce n'était point la mode pour les hommes, et que je ferais bien mieux de m'habiller tout à fait en femme. Sur une si grande autorité, je me fis couper les cheveux, pour être mieux coiffé. J'en avais prodigieusement; il en fallait beaucoup en ce temps-là, quand on ne voulait rien emprunter. On portait sur le front de petites boucles, de grosses aux deux côtés du visage, et tout autour de la tête un gros bourrelet de cheveux cordonné avec des rubans ou des perles, qui en avait. J'avais assez d'habits de femme: je pris le plus beau, et j'allai rendre visite à madame de la Fayette avec mes pendants d'oreille, ma croix de diamants et mes bagues, et dix ou douze mouches. Elle s'écria en me voyant: «Ah! la belle femme! Vous avez donc suivi mon avis? et vous avez bien fait. Demandez plutôt à M. de la Rochefoucauld.» Il était alors dans sa chambre. Ils me tournèrent et retournèrent, et furent contents. Les femmes aiment qu'on suive leur avis; et madame de la Fayette se crut engagée à faire approuver dans le monde ce qu'elle m'avait conseillé peut-être un peu légèrement. Cela me donna courage, et je continuai, pendant deux mois, à m'habiller tous les jours en femme. J'allai partout faire des visites, à l'église, au sermon, à l'Opéra, à la Comédie, et il me semblait qu'on s'y était accoutumé. Je me faisais nommer, par mes laquais, _madame de Sanzy_. Je me fis peindre par Ferdinand, fameux peintre italien, qui fit de moi un portrait qu'on allait voir. Enfin, je contentai pleinement mon goût. J'allais à la cour d'un grand prince.... Il eût bien souhaité s'habiller aussi en femme.» Ce grand prince était le duc d'Orléans, le frère de Louis XIV, alors fort jeune.

Page 312, ligne dernière: L'avis de l'abbé de Coulanges, et la note 6.

Outre la date, qui est différente dans le manuscrit de l'Institut et dans les imprimés, et la généalogie des Rabutin, qui ne se trouve pas dans ces imprimés, je remarque aussi une différence dans la rédaction entre ce manuscrit et les imprimés, pour les premières phrases de cette lettre. Ce texte, dans le manuscrit, est plus semblable à l'édition de 1735, et doit, je crois, être préféré à celui des éditions modernes, comme étant conforme à ce qu'avait écrit Bussy.

Page 325, ligne 15: Ma grand'mère.

Comme Jean de la Croix, Françoise Fremyot de Chantal fut seulement béatifiée du vivant de madame de Sévigné, et ne fut canonisée que longtemps après la mort de sa petite-fille.

Page 328, ligne 23: Sa jeunesse, les plus belles années de sa vie.

J'ai essayé, dans les chapitres III à XVI de la première partie de cet ouvrage, de retracer ces temps de la brillante jeunesse de madame de Sévigné. Malgré la disette de renseignements historiques pour ce qui la concerne, on a pu voir, par les extraits de la _Gazette de Loret_, du _Dictionnaire des Précieuses_, des _Miscellanea_ de Ménage (1652, p. 105), que sa réputation de femme d'esprit, belle, aimable, gracieuse était grande et bien établie, non-seulement dans la société, mais dans le public, puisqu'elle était l'objet des éloges donnés par les écrivains de ce temps dans des ouvrages imprimés et alors fort répandus. Il en est un de ce genre que je n'ai pas cité, parce qu'alors je ne le connaissais pas. C'est celui d'un sieur DE SAINT-GABRIEL, conseiller du roi et ci-devant avocat à la cour des aides de Normandie, qui, dans un livre bizarre destiné, comme le _Dictionnaire des Précieuses_, à célébrer toutes les beautés de l'époque (LE MÉRITE DES DAMES; Paris, 1660, in-12), surpasse tous les autres auteurs par l'excès de son admiration pour madame de Sévigné. Voici la transcription du court article qu'il lui a consacré:

Page 310 de la 3e édition, article 85: «MADAME DE SÉVIGNY LA SUBLIME, UNE ANGE EN TERRE, LA GLOIRE DU MONDE.»

D'après une note manuscrite mise à un exemplaire de ce livre de Saint-Gabriel, la seconde édition porterait la date de 1657. Je n'ai aucun renseignement sur la date de la première; lors de la seconde, madame de Sévigné avait vingt-huit à vingt-neuf ans.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES SOMMAIRE DES CHAPITRES DE CE VOLUME.

CHAPITRE PREMIER.--1671.

Pages

Voyage de madame de Sévigné à sa terre des Rochers.--Son séjour.--Ses occupations dans ce lieu.--Visites qu'elle y reçoit.--Détails sur Pomenars, Tonquedec, Montigny, etc. 1

CHAPITRE II.--1671.

Détails sur madame de Grignan et la famille de Grignan pendant le séjour de madame de Sévigné aux Rochers.--La Bohémienne. 43

CHAPITRE III.--1671-1672.

Madame de Sévigné retourne à Paris.--Louis XIV se prépare à la guerre.--Publications littéraires.--_Les Femmes savantes_ de Molière.--Détails sur madame Scarron et madame de Montespan. 66

CHAPITRE IV.--1671-1672.

Inclinations du marquis de Sévigné.--Ses intrigues amoureuses avec la Champmeslé, avec Ninon.--La guerre contre la Hollande est déclarée.--Sévigné part pour l'armée. 97

CHAPITRE V.--1672.

Des commencements et de la fin de la guerre de Louis XIV contre la Hollande.--Préparatifs de Louvois.--Passage du Rhin.--Mort du comte de Saint-Paul.--De la société que fréquentait alors madame de Sévigné.--Détails sur la Vallière et Montespan.--Nécessité de faire connaître les dangers qui assiégeaient alors les femmes jeunes et belles de la cour. 120

CHAPITRE VI.--1672.

Histoire de la marquise de Courcelles (1651-1685). 146

CHAPITRE VII.--1672.

Madame de Sévigné part pour aller en Provence.--Détails sur son voyage.--Sur Jeannin de Castille,--sur Bussy,--sur la famille de Dugué-Bagnols. 188

CHAPITRE VIII.--1672.

Séjour de madame de Sévigné à Lyon.--Lettres que lui adresse madame de Coulanges.--Détails qu'elle donne sur les intrigues amoureuses de Villeroi.--Quelle était la personne qu'elle désigne sous le nom d'_Alcine_.--Détails sur Vardes, Barillon, etc. 202

CHAPITRE IX.--1673.

Madame de Sévigné en Provence.--Histoire des états de Provence.--Assemblée des communautés.--Rivalité de M. de Grignan et de l'archevêque de Marseille.--Madame de Sévigné va à Lambesc et à Marseille. 226

CHAPITRE X.--1673.

Continuation du séjour de madame de Sévigné en Provence.--Nouvelles qu'elle reçoit de Paris et de l'armée.--Prise de Charleroi.--L'abbé de Choisy en Bourgogne.--Prise de Maëstricht.--Détails sur les cours de Louis XIV et de Charles II.--Sur le marquis d'Ambres et le titre de _monseigneur_.--Sur madame de la Fayette et la Rochefoucauld.--Sur Corneille et Racine.--Mort de Molière. 264

CHAPITRE XI.--1673.

Séjour de madame de Sévigné au château de Grignan.--Liaison de l'abbé de Choisy et de Bussy avec madame Bossuet.--Détails sur le comte de Limoges.--Des études sur la philosophie de Descartes et sur le traité de Louis de la Forge.--De l'influence de ces études sur Corbinelli, sur madame de Sévigné, sur madame de Grignan. 296

FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES.

TABLE SOMMAIRE

DES