Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (5/6)
Part 32
Page 111, ligne 8: Cette femme lui déplaisait souverainement, parce qu'elle plaisait trop à sa maîtresse. (Sur la lettre de madame de Coulanges à madame de Sévigné, du 20 mars 1673.)
Il y a dans l'édition des _Lettres_ de madame de Sévigné, de M. de Monmerqué, une note du savant éditeur (t. II, p. 75, édition 1820) à laquelle M. Rœderer, dans son _Histoire de la société polie_, aurait dû bien faire attention. C'est au sujet de ce passage remarquable: «Nous avons enfin retrouvé madame Scarron, c'est-à-dire que nous savons où elle est; car pour avoir commerce avec elle, cela n'est pas aisé. Il y a, chez une de ses amies, un certain homme qui la trouve si aimable et de si bonne compagnie qu'il souffre impatiemment de son absence.» On a interprété ces derniers mots en supposant que ce certain homme était Louis XIV; mais après avoir fait observer que la faveur dont a joui madame de Maintenon auprès de Louis XIV n'a pu commencer qu'en 1675, ou au plus tôt en 1674, puisqu'il est bien constaté qu'avant cette époque le roi prit presque en aversion la veuve Scarron, M. de Monmerqué présume très-judicieusement que cet homme si épris était Barillon. Et c'était sans doute un ancien ami, puisque madame de Coulanges ajoute immédiatement: «Elle est cependant plus occupée de ses anciens amis qu'elle ne l'a jamais été: elle leur donne, avec le peu de temps qu'elle a, un plaisir qui fait regretter qu'elle n'en ait pas davantage.» Deux lignes plus loin, madame de Coulanges mentionne le roi, pour dire «qu'ayant vu l'état des pensions il trouva deux mille francs pour madame Scarron, et mit _deux mille écus_.» C'était la juste récompense de ses soins.
Page 111, note: _Souvenirs de madame_ DE CAYLUS.
J'ai donné au long le titre de cette édition des _Souvenirs de Caylus_, parce qu'elle a été inconnue à tous les éditeurs de ce livre curieux, et que c'est la seule où Voltaire se trouve nommé comme éditeur. Elle est sans la préface de Jean-Robert (Voltaire); mais la défense du siècle de Louis XIV suit immédiatement, et commence à la page 162, au verso de celle qui termine les _Souvenirs_. Cette édition diffère des autres. Celle de M. Monmerqué finit ainsi: _Puisqu'il était avec elle._
FIN DES SOUVENIRS DE MADAME DE CAYLUS.
Notre édition, p. 161, se termine par des notes, comme un ouvrage non entier, avec ces mots de plus: «C'était bien plutôt une galanterie innocente qu'une passion.»
CHAPITRE VI.
Page 117, ligne 17: Je revins hier du Menil.
Il s'agit ici du Mesnil-Saint-Denis, à cinq kilomètres ou une lieue et quart de la Grange de Port-Royal. «Cette terre, dit l'abbé Lebeuf (t. VIII, p. 463 de l'_Histoire du diocèse de Paris_), ayant été aliénée par l'abbaye de Saint-Denis, était possédée à la fin du seizième siècle par MM. Habert de Montmor, qui en ont joui jusque dans le siècle présent.... On avait commencé, sur la fin du dernier siècle, à appeler ce lieu-là Mesnil-Saint-Denis-Habert. J'ai vu des Provisions de la cure du 19 décembre 1691, où cette dénomination est rejetée.»
C'est donc chez Henri-Louis Habert de Montmor, conseiller du roi, maître des requêtes de l'hôtel, qu'alla madame de Sévigné. Montmor fut de l'Académie française; il mourut à Paris le 21 janvier 1679. C'est de son fils, et non de son mari, qu'il est fait mention dans la lettre de décembre 1694[880], datée de Grignan. Ce M. de Montmor était alors à Grignan, et ce fut lui qui ménagea le mariage de Grignan avec mademoiselle de Saint-Amand.
[880] T. II, p. 10.
C'était sans doute avec madame de Montmor plutôt qu'avec son mari que madame de Sévigné était liée. Sa correspondance ne fait mention que d'elle. MADEMOISELLE nous apprend que madame de Montmor était belle-sœur de madame de Frontenac. Cette dernière vivait alors[881] fort retirée, quoique possédant une grande maison; et elle prêta ses chevaux à MADEMOISELLE pour s'échapper de Paris. (_Mémoires de Montpensier_, vol. XLIII, p. 342 et 343.)
[881] En 1652.
Habert de Montmor fut reçu à l'Académie française en janvier 1635, ou un peu avant[882]. Il était cousin de Cerisy, un des premiers académiciens. Savant et humaniste, Montmor cultivait les sciences exactes et la poésie. Il recueillit chez lui Gassendi, qui mourut dans son hôtel[883]. Il rassembla ses ouvrages, et les fit imprimer en six volumes in-folio. La préface latine qu'on y lit et trois ou quatre petites pièces de vers français consignées dans les recueils du temps, voilà tout ce qu'on a de lui. Il avait composé un poëme latin, avec le même titre que celui de Lucrèce; et il y avait développé toute la physique moderne. Huet, dans ses _Mémoires_[884], nous apprend que Montmor, en apparence sectateur de la doctrine épicurienne de Gassendi, préférait en secret la philosophie de Descartes. Il y avait chez lui, un certain jour de la semaine, une réunion de savants physiciens et de littérateurs, formant entre eux une petite académie dont Sorbier a donné les statuts dans une de ses lettres. Ménage nous apprend qu'il était dans une de ces assemblées avec Chapelain et l'abbé de Marolles lorsque Molière y lut les trois premiers actes du _Tartufe_[885]. Il dit aussi qu'à la suite d'un revers de fortune Habert de Montmor s'abandonna tellement au chagrin et à la douleur qu'il devint invisible durant les douze dernières années de sa vie[886]. Ceci explique le silence qui se fit sur lui à l'époque où madame de Sévigné allait au Mesnil. Malgré les pertes qu'il avait éprouvées, Montmor devait encore être riche, puisque cette belle propriété lui restait. Son père, Jean-Habert de Montmor, sieur du Mesnil, avait acheté en novembre 1627 l'hôtel de Sully (situé dans la rue Saint-Antoine, près de la rue Royale). Cet hôtel avait été construit par le partisan Galet, devenu célèbre par les vers de Regnier et de Boileau, à cause de sa passion pour le jeu. Sa fortune se trouvant ébréchée, son hôtel fut vendu d'abord à Montmor, ensuite au duc de Sully. Tallemant raconte que Galet ayant confié cent mille livres à Montmor, celui-ci nia les avoir reçues. Mais c'est là une historiette invraisemblable et dont probablement Galet est l'inventeur[887].--La _Biographie universelle_ ne fait mention de Montmor nulle part: c'est ce qui nous a engagé à étendre cet article.
[882] PELLISSON, _Histoire de l'Académie française_, 1729, in-4º, p. 176 et 276.
[883] _Ménagiana_, t. I, p. 2.
[884] HUETII,_Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, p. 186.
[885] _Ménagiana_, t. I, p. 144.
[886] _Ménagiana_, t. II, p. 8.
[887] Les _Historiettes_ de TALLEMANT DES RÉAUX, t. X, p. 70, édit. in-12; t. V, p. 374-376, Juillet.--_Recherches sur Paris, quartier Saint-Antoine_, p. 35.
Page 119, ligne 2 de la note: _Mémoires du comte_ DE GUICHE; Utrecht, 1744.
Ces Mémoires, qui ont été publiés par Prosper Marchand, commencent à l'année 1665, se terminent en 1667, et sont suivis d'une relation du siége de Wesel. Ils auraient dû être réimprimés dans la grande collection des _Mémoires relatifs à l'histoire de France_. On n'y voit nulle trace de cet esprit guindé que madame de Sévigné blâme dans le comte de Guiche: ils sont écrits d'un style fort naturel.--L'article du comte de Guiche, dans le _Dictionnaire_ de Prosper Marchand, est excellent et très-complet. Il a été abrégé dans la _Biographie universelle_.
Page 124, lignes 22 à 24: Malgré la réunion des talents qui contribuaient à sa réussite, il (_l'Opéra_) causa, dans la nouveauté, plus d'admiration que de plaisir.
Il est à remarquer que dès l'origine la France, dans l'opéra, surpassa l'Italie pour la danse et les ballets, la composition et l'intérêt des poëmes, mais qu'elle fut, malgré tous les efforts et les grandes dépenses faites par son gouvernement, inférieure à l'Italie sous le rapport du chant, de la musique, des décorations et des machines. Je crois qu'il en est encore ainsi. L'épître de la Fontaine à M. de Nyert est une satire spirituelle contre l'Opéra; elle aurait été plus mordante si le bonhomme n'eût pas eu crainte de déplaire au monarque. Nous avons rapporté le jugement de l'abbé Raguenet sur l'Opéra dans notre édition de la Fontaine, t. VI, p. 112. Quarante ans plus tard, Thomas Gray, qui avait vu l'Italie, était de la même opinion que cet abbé. (_Lettre_ à M. West; Paris, 12 avril 1739.)--On sait ce que Rousseau a écrit sur notre musique. Mais il n'en est plus ainsi depuis que l'Opéra a perdu son privilége exclusif, et que, par l'établissement d'un théâtre, les Italiens ont formé les oreilles françaises à leur mélodie.
Page 134, lignes 8 et 9: La conquête de la Franche-Comté ne fut complétée que le 5 juillet.
Le roi était revenu avant la fin des opérations militaires, et il se hâta de donner des fêtes pour célébrer sa nouvelle conquête.
Ces fêtes employèrent six jours, mais non consécutivement.
Elles commencèrent le samedi 4 juillet (1674)[888]. Ce fut la première année où Versailles parut dans toute sa pompe. Il avait reçu bien des embellissements depuis que la Fontaine en avait célébré l'éclat et les merveilles dans son roman de _Psyché_. Le château avait été terminé[889], ainsi que Trianon.
[888] FÉLIBIEN, _Divertissements donnés par le roi à toute sa cour, au retour de la conquête de Franche-Comté en l'année 1674_, Paris, in-12 (114 pages).
C'est à Trianon que, le second jour de ces fêtes, on représenta l'_Eglogue de Versailles_.
[889] FÉLIBIEN, _Description du château de Versailles_, 1674, in-12 (102 pages). Ce volume est accompagné d'un petit plan du parc et du château de Versailles, qui, par son échelle, offre une comparaison facile avec le joli plan gravé, un siècle après, pour l'almanach de Versailles, in-8º, 1789.
La troisième journée, qui fut la plus brillante de toutes, se passa à la _Ménagerie_. On y représenta le _Malade imaginaire_ de Molière, devant la fameuse grotte des bains de Thétis, nouvellement achevée[890].
[890] FÉLIBIEN, _Description de la grotte de Versailles_, 1674, in-12 (80 pages).
Ce fut dans le petit parc que l'on représenta les _Fêtes de l'Amour et de Bacchus_, premier résultat de l'alliance de Quinault, de Lulli et de Vigaroni pour donner au spectacle de l'Opéra français la forme qu'il a conservée depuis[891]. Dans cette pastorale de Quinault, il y a une imitation charmante du dialogue d'Horace et de Lydie, bien préférable à celles que l'on a faites depuis.
[891] _Vie de Quinault_, dans l'édition de son _Théâtre_, 1715, t. I, p. 34.
Ces fêtes durèrent deux mois. Pour le cinquième jour, qui fut un samedi 18 août, on représenta _Iphigénie_, nouvelle tragédie de Racine. Cette représentation donna lieu, de la part de l'abbé de Villiers, à des remarques critiques sur ce chef-d'œuvre qui ne sont pas toujours sans justesse, et aussi à une satire en vers intitulée _Apollon charlatan_, laquelle, du reste, nous apprend que cette pièce faisait répandre beaucoup de larmes et renchérir les mouchoirs aux dépens des pleureurs[892].
[892] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_, t. XI, p. 339.
Racine fit imprimer _Iphigénie_ avec une courte et savante préface, mais assez aigre envers ses critiques[893]. En même temps Corneille publia sa tragédie de _Suréna_, qui fut le dernier effort de sa muse trafique. Il la fit précéder de ses remercîments au roi, et il parvint à introduire l'éloge de ce monarque dans le sujet même de sa pièce, qui n'y prêtait guère[894]. Les deux derniers actes de cette tragédie nous montrent encore quelques traits de vigueur; mais il se trompait beaucoup, le grand génie, lorsque, dans ses remercîments à Louis XIV, il disait:
. . . . . . . . . . . . Othon et Suréna Ne sont pas des cadets indignes de Cinna.
[893] _Iphigénie_ de M. RACINE: Paris, 1674, in-12 (73 pages).
[894] _Suréna, général des Parthes_, tragédie, Paris, Guillaume de Luynes, 1675, in-12, acte III, scène I, p. 31.
Qu'un monarque est heureux, etc.
CHAPITRE VII.
Page 141, ligne 3: Un enfant qui ne naquit pas viable.
La preuve de cette grossesse de madame de Grignan et le terme de son accouchement, résultent des passages des lettres de Bussy à madame de Sévigné, cités en note. Mais, avant de rapporter ces passages, il faut rectifier les dates des deux lettres de madame de Sévigné au comte de Guitaud, mal données dans les éditions. Ces lettres furent d'abord publiées par le libraire Klostermann, dans son édition des lettres inédites, en 1814, in-8º, sans aucune date ni de jours ni d'années. Il paraît cependant, d'après la préface des éditeurs, que les autographes portaient l'indication du jour de la semaine (p. IX); mais, dans l'embarras où ils ont été de déterminer la date de l'année, ils ont supprimé celle du jour de la semaine, et bien à tort. Ces deux lettres, comme toutes celles du même recueil qui sont adressées au comte de Guitaud, proviennent des archives du château d'Époisses et de la famille de Guillaume de Pechpeirou-Comenge, comte de Guitaud, marquis d'Époisses, dont nous avons parlé au chapitre VI. L'éditeur nous apprend que le comte de Guitaud naquit le 5 octobre 1626, la même année que madame de Sévigné, et mourut en 1685, à Paris. Ces lettres inédites de madame de Sévigné ont été redonnées en 1819, et le nouvel éditeur a cru pouvoir y mettre des dates, qui ne sont, dit-il, qu'approximatives. M. Gault de Saint-Germain, dans son édition de madame de Sévigné, les a classées avec les dates fausses de cet éditeur. Les dates des 18 juin et 10 juillet 1675 ressortent de ce que dit madame de Sévigné sur les adieux de sa fille et du cardinal de Retz et sur les événements militaires (t. III, p. 347, édit. G.). Elles sont précises pour les mois et l'année, et déduites approximativement pour les jours.
Dans la lettre du 16 août 1674, t. III, p. 351, édit. G., Bussy dit à madame de Grignan: «Comment vous portez-vous en votre grossesse, madame, et du mal de madame votre mère?» Puis, un an après, lorsque la comtesse accoucha aux îles Sainte-Marguerite, madame de Sévigné écrit au comte de Guitaud (t. III, p. 348): «Madame de Guitaud est une raisonnable femme d'être accouchée comme on a accoutumé et de ne pas aller chercher midi à quatorze heures, comme madame de Grignan, pour faire un accouchement hors de toutes les règles! Voilà les îles en honneur pour les femmes _grosses de neuf mois_; si ma fille l'est, je lui conseille d'y aller. Je ne sais point de ses nouvelles sur ce sujet; mais, comme vous dites, ce n'est pas à dire que cela ne soit pas vrai; je vous assure que j'en serais fort affligée.» D'autres passages, qu'il serait trop long de citer, corroborent ces preuves de la grossesse de madame de Grignan et de son accouchement. Le général de G..., qui, dans l'avertissement de l'édition des lettres inédites de madame de Sévigné, a classé ces lettres et mis les dates, est, je crois, le général de Grimoard, un des éditeurs des _Œuvres de Louis XIV_.
Page 150, ligne 16: Sa sœur, Marie-Thérèse de Bussy-Rabutin, etc.
Il y avait encore deux autres demoiselles de Rabutin, parentes de Bussy: c'étaient les sœurs de ce page de la princesse de Condé, lequel épousa la duchesse de Holstein. Elles allèrent trouver leur frère en Allemagne, et écrivirent à Bussy le 25 décembre 1686 et le 28 octobre 1687. (Voyez BUSSY, _Lettres_, t. VI, p. 201 et 264.)
Page 151, lignes dernières, et 152, ligne 1: Le jeune frère de madame de Montataire et du marquis de Bussy (Michel-Celse-Roger de Rabutin)..., qui n'était âgé que de six à sept ans.
On lit dans les _Pièces fugitives_ de Flachat de Saint-Sauveur, 1704, in-12, t. I, p. 123:
«M. le comte de Bussy-Rabutin a laissé une belle famille, comme vous savez. M. l'abbé de Bussy est grand vicaire d'Arles, et fait beaucoup d'honneur à l'état qu'il a embrassé.»
A la page 121, il est dit «qu'on travaille au Louvre à une édition plus correcte des _Mémoires de Bussy_.»
Malheureusement cette édition n'a point paru. Une nouvelle édition des _Mémoires de Bussy_, dont la plus grande partie n'existe encore qu'en manuscrit, serait un service rendu à l'histoire; mais il faudrait y joindre sa vaste correspondance, puisqu'il ne semble avoir composé ses Mémoires que pour y intercaler les lettres qu'il écrivait et qu'il recevait.
Page 154, ligne 4: Bussy avait eu trois filles de sa cousine Gabrielle de Toulongeon.
Bussy dit, t. I, p. 125 de ses _Mémoires_ pour l'année 1646: «Je ne fus pas longtemps sans perdre ma femme, dont je fus extrêmement affligé. Elle m'aimait fort, elle avait bien de la vertu et assez de beauté et d'esprit. Elle me laissa trois filles, Diane, Charlotte et Louise-Françoise. L'aînée n'avait pas deux ans lorsque sa mère mourut.»
J'ai prouvé ci-dessus que Gabrielle de Toulongeon était morte le 26 décembre 1646. Bussy s'était marié le 28 avril 1643; ainsi Diane n'a pu naître qu'en février 1644. L'époque de la mort de Charlotte est ignorée; mais il en résulte que, comme elle est née avant Louise-Françoise, cette dernière n'a pu naître avant la fin de septembre ou le commencement d'octobre 1645, ni plus tard que le 26 décembre 1646. Elle avait donc environ vingt-huit ans et demi lorsqu'elle se maria.
Page 154, ligne 18: Elle était cette pieuse religieuse de Sainte-Marie de la Visitation.
Mademoiselle Dupré, cette savante et spirituelle correspondante de Bussy, lui écrit de Paris, le 1er juin 1670:
«Je ne comprends pas, monsieur, que vous m'ayez si peu parlé de madame votre fille aînée, religieuse aux Dames Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine. Mon bon génie m'a inspiré de l'aller voir. Je ne crois pas qu'il y ait personne plus accomplie en vertu, en esprit et même en agrément de sa personne, s'il lui plaisait d'en avoir.»
Page 155, ligne 5: Celle qui, par les charmes de sa conversation et de son style épistolaire.
Dans sa lettre à l'abbé Papillon, en date du 7 août 1735, de la Rivière (_Lettres choisies_, Paris, 1735, in-12, t. II, p. 207) dit: «Madame de la Rivière (Louise-Françoise de Coligny) n'a composé que la Vie de saint François de Sales et l'épitaphe de son père, à laquelle le P. Boubours n'a eu nulle part.»
«... Je ne sais pas ce qu'on pense à Dijon des lettres de feu ma femme. Elles firent un tel bruit à la cour que le roi me les demanda. Je lui en donnai une vingtaine; il les lut chez madame de Montespan, et me dit en me les rendant: «La Rivière, votre femme a plus d'esprit que son père.» Madame de Thianges, qui avait assisté à cette lecture, m'apprit que le lendemain le roi s'en était diverti et que je lui avais donné une bonne soirée.» (P. 208.)
Le 18 août de la même année (t. II, p. 215), de la Rivière ajoute les détails suivants sur les lettres de sa femme: «Je me suis reproché d'avoir gardé longtemps une cassette pleine de lettres de feu ma femme; enfin, je les ai brûlées. Elles n'étaient qu'un composé de sentiments vifs, propres à inspirer des passions et à les allumer. Si on les avait imprimées, le public aurait couru après; mais c'eût été un dangereux présent que j'aurais fait à la postérité.»
Pages 156, lig. dernière, et 157, lig. 1: Assez de la couleur de celui de Saucourt (chose considérable en un futur).
Le meilleur commentaire de ces mots de Bussy se trouve dans les vers de Benserade, du _Ballet royal des amours de Guise_, où l'entrée du marquis de Saucourt, qui devait représenter un démon, est ainsi annoncée:
Non, ce n'est point ici le démon de Brutus Ni de Socrate: Par d'autres qualités et par d'autres vertus Sa gloire éclate.
Sous la forme d'un homme il prouve ce qu'il est: Doux, sociable; Sous la forme d'un homme aussi l'on reconnaît Que c'est le diable.
Le bruit de ses exploits confond les plus hardis Et les plus mâles; Les mères sont au guet, les amants interdits, Les maris pâles.
Contre ce fier démon voyez-vous aujourd'hui Femme qui tienne? Et toutes cependant sont contentes de lui, Jusqu'à la sienne.
BENSERADE, _Œuvres_ (1697), t. II, p. 307.
Page 157, lignes 3 et 8; Les terres de Cressia, de Coligny... Il jouit de la terre de Dalet et de celle de Malintras.
Dalet et Malintras sont en Auvergne, dans le département du Puy-de-Dôme. Dalet est dans l'arrondissement de Clermont, canton de Pont-sur-Allier, à huit kilomètres de Billom et onze de Clermont: il y a environ quatorze cent cinquante habitants. Autrefois ce lieu était dans l'élection de Clermont, intendance de Riom, et l'on y comptait cent soixante dix-huit feux. Malintras est dans cette petite vallée qu'on nomme la Limagne, à plus de deux lieues des montagnes. On y voit une roche qui distille la poix minérale et qui est à quelque distance, au nord, de Pont-Château. Malintras comptait soixante-six feux. Cressia est dans l'arrondissement de Lons-le-Saulnier, canton d'Orgelet. Coligny est un bourg du département de l'Ain, à vingt-deux kilomètres, au nord, de Bourg; sa population est de seize à dix-sept cents individus. Ce lieu est sur les confins de l'ancienne Franche-Comté, à sept lieues sud-ouest d'Orgelet, dans un pays que l'on nomme _Revermont_, et que la maison de Châtillon prétendait avoir possédé autrefois en souveraineté. Il y avait dans ce bourg quarante-six feux. (Voyez d'Expilly, _Dictionnaire géogr. et polit. des Gaules et de la France_, t. II, p. 389.)
Page 157, ligne 19: Ainsi Bussy avait tout arrangé et tout prévu pour le bonheur de sa fille chérie.
On lit dans la _Suite des Mémoires du comte de Bussy-Rabutin_, in-8º, ms. de l'Institut, p. 129 verso, un billet de madame de Scudéry en date du 17 juillet 1675, auquel Bussy fait une réponse qui commence ainsi:
«A Chaseu, ce 30 juillet 1675.
«Le mariage de ma fille n'est pas encore fait, madame; il ne se fera qu'au mois de novembre prochain. Si dans ces marchés il n'y avait point d'intérêts mêlés, ils iraient beaucoup plus vite. Mais puisque nous sommes sur cette matière, je vous veux dire les réflexions que je viens de faire.»
Ces réflexions sont celles d'un libertin impie, et elles ne peuvent être transcrites.
CHAPITRE VIII.
Page 169, lignes 8 et 9: «Vous ne sentez pas, dit-elle, l'agrément de vos lettres; il n'y a rien qui n'ait un tour surprenant.
Voici le jugement de la Rivière sur les lettres de madame de Grignan:
«Madame de Grignan avait beaucoup d'esprit, mais il paraît qu'elle en était bien aise. Son style est rêvé, peigné, limé, périodique et ne tient rien du style épistolaire, qui ne demande, je crois, qu'une noble simplicité.» _Lettres choisies de M. de la Rivière_, t. II, p. 217 et 218.
Dans la note, il est dit que les lettres de madame de Grignan n'étaient point perdues, comme le prétend le chevalier Perrin, et que M. de Bouhier les vit autographes entre les mains de madame de Simiane, à Aix en Provence, en 1733. Ainsi c'est madame de Simiane qui les a détruites. Mais madame de Grignan n'écrivit pas qu'à sa mère, et ceux qui recevaient des lettres de cette reine de Provence devaient les conserver.
Rivière, en écrivant à l'abbé Pavillon le 28 août 1737, dit: «Tant mieux pour le public si on n'imprime pas les lettres de madame de Grignan. C'était un esprit guindé, périodique, plus propre à l'éloquence du barreau et de la chaire qu'aux agréments de la société. Je l'ai connue: elle ne se permettait aucune négligence dans le style, ce qu'elle portait jusqu'à l'affectation; d'ailleurs, d'une très-aimable figure. Mais il y avait une mer de séparation entre la mère et la fille dans ce qui regardait la gentillesse de l'esprit.»
CHAPITRE IX.
Page 174, ligne 8: Le comte de Schomberg avait défait les Espagnols; et note 2: _Relation de ce qui s'est passé en Catalogne_.