Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (5/6)
Part 30
[871] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 février 1672), t. II, p. 394.--_Ibid._ (6 avril 1672), t. II, p. 451, édit. G.
[872] DE COULANGES, _Mémoires_ (1820, édit. in-12).--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mai 1691), t. X, p. 378, 379, édit. G.
Quand madame de Sévigné rentra dans Paris, le roi, qui était resté à Versailles depuis la fin de juillet de l'année précédente, allait en partant emmener avec lui un grand nombre de ses amis. Néanmoins, à son arrivée dans la capitale, elle trouva encore le chevalier de Grignan (le chevalier de la Gloire), qui commandait le régiment de Grignan, et s'était si fort distingué à Altenheim. «C'est un aimable garçon, dit-elle; il cause fort bien avec moi jusqu'à onze heures. J'ai obtenu de sa modestie de me parler de sa campagne; nous avons repleuré M. de Turenne[873].» Elle apprend que le comte de Lorges, qui le 1er août précédent repoussa l'ennemi au delà du Rhin, avait été nommé maréchal de France; et elle dit, avec un petit sentiment d'envie pour son fils et son cousin Bussy: «Le maréchal de Lorges n'est-il point trop heureux? Les dignités, les grands biens et une très-jolie femme!... La fortune est jolie, mais je ne puis lui pardonner les rudesses qu'elle a pour nous[874].»
[873] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1676), t. IV, p. 382.--_Ibid._ (1er novembre 1671), t. II, p. 2-8.--_Ibid._ (7 août 1675), t. III, p. 500, édit. G.
[874] Conférez 3e part. de ces _Mémoires_, p. 291, chap. I, 1re part.; p. 249, chap. IX.
Elle apprit en même temps et manda à sa fille dans la même lettre, la première de Paris depuis son arrivée, une anecdote qui présageait un changement de fortune dans la famille de Grignan. Le duc de Vendôme, nommé, encore enfant, gouverneur de Provence, et dont le comte de Grignan tenait la place comme lieutenant général[875], avait fait sa première campagne en Hollande en 1672, âgé seulement de seize ans: il en avait vingt-deux en 1676, et devait partir en même temps que le roi pour la campagne de Flandre; mais, aimant le plaisir et se trouvant gêné à la cour, il manifesta le désir d'aller occuper son gouvernement.
[875] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1676), t. IV, p. 382, édit. G.
«M. de Vendôme dit au roi, il y a huit jours: Sire, j'espère qu'après cette campagne Votre Majesté me permettra d'aller dans le gouvernement qu'elle m'a fait l'honneur de me donner.--Monsieur, lui dit le roi, quand vous saurez bien gouverner vos affaires, je vous donnerai le soin des miennes[876].»
[876] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1676), t. IV, p. 388, édit. G.
Heureusement pour M. de Grignan et madame de Sévigné que le duc de Vendôme, au lieu d'être simplement un aimable débauché, prit goût au métier de la guerre, devint un grand général, et abandonna longtemps au comte de Grignan le soin de gouverner la Provence[877]. Turenne mort, Condé accablé par l'âge et les infirmités, Louis XIV fatigué, Vendôme s'annonçait dès lors comme devant être le héros de cette jeune noblesse brillante, frondeuse et dissolue qui, par sa bravoure et ses talents militaires, soutint le trône et l'État. Mais, mécontente, elle sépara sa gloire de celle de son roi, elle déserta sa cour, elle discrédita sa personne et son gouvernement, et commença le déclin de la monarchie fondée par Henri IV, Richelieu et Louis XIV. La France et son roi avaient dès cette époque, dans le stathouder de Hollande, un ennemi puissant par son génie politique: il était de la race des Cromwell, des Ximenès, des Richelieu, des Mazarin; redoutable par son caractère énergique, patient et persévérant comme celui du peuple dont il réglait les destinées. Après chaque défaite des alliés, après chaque victoire des armées françaises, Guillaume redoublait d'efforts pour empêcher Louis XIV de conclure une paix glorieuse. Comme Pitt quand il parlait de Bonaparte, Guillaume disait aux souverains et aux peuples: «La guerre, la guerre! toujours la guerre! c'est le seul moyen de salut.» Ce n'était pas seulement par ses armes que le prince d'Orange s'opposait aux progrès de la puissance de Louis le Grand; c'était par des écrits qui formaient un piquant contraste avec les louanges qu'on lui donnait. L'industrieuse habileté des imprimeurs de Hollande avait su exploiter à leur profit les productions littéraires de la France: les éditions des livres français sorties de leurs presses, souvent plus belles, moins coûteuses et non mutilées par la censure, étaient partout préférées aux éditions originales; par là elles contribuaient à accroître l'influence de la littérature, des modes, des usages de la France. Mais Guillaume sut diriger contre Louis XIV cette universalité de la langue française, conquête des beaux génies protégés par ce monarque et gloire éternelle de son règne. Guillaume savait que la presse, comme la lance d'Achille, guérit les blessures qu'elle a faites; à la fois arme et bouclier propre également à protéger contre les coups d'un ennemi ou à le frapper à mort. Par les soins de ce chef de la coalition et par ses encouragements, l'Europe fut inondée d'écrits contre la France et contre son roi. Un grand nombre n'étaient que des libelles infâmes, calomnieux et orduriers contre Louis XIV et les hauts personnages de sa cour; mais plusieurs aussi étaient très-habilement rédigés, et empruntaient le langage ferme et éloquent de l'histoire pour retracer les torts de la France et de son monarque et les rendre odieux aux souverains et aux peuples de l'Europe. Dans ce nombre est un très-court écrit que Guillaume, en cette même année 1676, répandit avec profusion dans les Pays-Bas, où quelques provinces qui avaient appartenu autrefois à l'Espagne inclinaient à se détacher de la Hollande et à se donner à la puissance prépondérante, comme seule capable de les protéger contre les maux de la guerre. Ce court écrit était intitulé _Mauvaise foy ou violences de la France_.
[877] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 juillet 1677), t. V, p. 291.--_Ibid._ (18 août 1680), t. VII, p. 164, 165, édit G.
L'auteur de cet écrit (anonyme inconnu) commence par rappeler les envahissements de Henri IV, de Richelieu, de Louis XIV, et la politique tour à tour insidieuse et menaçante de la France, toujours la même sous trois règnes différents, toujours tendant au même but, l'extension de sa domination sur toute l'Europe. Il retrace en termes énergiques l'incendie du Palatinat et toutes les cruautés commises par les Français dans les guerres qu'ils ont suscitées. Il inspire ainsi au bas peuple, qui souffre le plus de la suite de ces désastres, la crainte de la faim et de la mort. Aux nobles flamands il prédit les affronts et les humiliations qui les attendent, en renouvelant le souvenir des indignes traitements qu'ont éprouvés le prince de Ligne, les comtes de Solre et toute la noblesse flamande; aux bourgeois des villes il leur retrace tout ce qu'amèneront de désastreux pour leur bonheur domestique les mœurs corrompues, les modes, le luxe, les usages et les habitudes licencieuses des Français, leur soumission aveugle à un despote, la servilité dont ils se glorifient, leur haine et leur mépris pour les républicains. Il n'oublie pas de leur tracer le tableau des avanies, des humiliations, des affronts que seront forcés d'endurer leurs respectables magistrats. Enfin il met toutes les classes en garde contre les déceptions du vainqueur, qui promet de respecter leurs franchises et qui les violera toutes; et il les exhorte à n'espérer d'autres remèdes à tant de maux que dans leur courage et dans une opiniâtre résistance.
«Mais, quand même, dit-il, notre lâcheté serait si grande, la foi si légère et l'honneur si faible que de céder à la force ou aux charmes de la France, nos chaînes n'en seraient pas plus douces, la liberté plus réelle.
«Si la Guyenne, le Languedoc, la Bourgogne, la Bretagne, le Roussillon et les autres provinces ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles étaient sous leurs princes légitimes, doit-on s'attendre à un repos qu'elles ne goûtent pas sous la pesanteur des tailles, des gabelles et de la violence des édits qui les accablent? Et les nôtres n'étant ni héréditaires ni dévolues par un droit fixe à la couronne, mais trahies ou volontairement esclaves, seront-elles traitées moins inhumainement et avec plus de modération?
«Est-ce que l'on dormira ou que l'on fera un voyage en repos? Les modes de France et ses libertés odieuses ne nous seront-elles pas aussi offensantes? Leurs visites à sept heures le matin, à minuit et aux ruelles d'un lit et d'une misérable chambre que l'on se réserve, ne nous feront-elles pas souvenir de notre tranquillité passée, par la tyrannie présente? Le faible sexe sera exposé à ces outrages; le nôtre aura les siens, et n'en sera plus exempt.
«Outre la honte de voir ces choses, on nous défendra jusqu'au murmure et le moindre soupir.
«On voudra encore les sommes entières que l'on demande; et si quelqu'un du magistrat en murmure ou en dit son sentiment avec la liberté passée, on lui donnera cent coups, ou un pied en l'endroit même que l'on fit à un bourgmestre en Hollande, en lui disant piquamment: _Allez, monsieur le souverain_!
«La cour de France tient que rien ne lui est défendu pour troubler ses voisins et y semer la division; qu'il y a une secrète joie à y faire le crime; que la pitié est une vertu lâche, et qu'elle renverse les couronnes; que la crainte en est l'appui, l'impiété la base; que les armes inspirent le respect; que les troupes sont d'admirables avocats, et qu'elles plaident bien une cause; que le droit canon l'emporte sur les autres droits; que la justice est un fantôme, la raison une chimère, le mariage une bagatelle, la foi des traités une illusion, ses paix une amorce, ses congrès pleins de mystères, ses conférences insidieuses, et ses serments un piége agréable, le jouet des enfants, l'appât d'un dupe et le charme d'un innocent[878].»
[878] _Mauvaise foy ou violences de la France_, avec une exhortation sincère au peuple des Pays-Bas sur leur constance; Villefranche, Jean Petit, 1677, in-18 (29 pages), pages 35, 37, 39, 41, 46, 47.
Ces violentes diatribes ne produisirent leur effet que plus tard. Au temps où nous sommes parvenu, il restait devant le grand roi vingt années encore de prospérité, de grandeur et de gloire. Nous n'aurons donc point à nous occuper, dans la suite de ces Mémoires (si nous leur donnons une suite), des désastres et des malheurs qui assombrirent le dernier période de ce long règne. Le commencement de ce période coïncide, plus ou moins exactement, avec l'époque de la mort de Racine, de la Fontaine, de madame de Sévigné et aussi avec la naissance de Voltaire, auquel Ninon tendit la main pour l'introduire (l'écolier merveilleux!) dans ce nouveau siècle, dont elle ne vit pas finir le premier lustre[879].
[879] Conférez la 1re partie de ces _Mémoires sur Sévigné_, 2e édit., p. 236, 249.--_Hist. de la vie et des ouvrages (de) la Fontaine_, 3e édit., p. 440.
NOTES
ET
ÉCLAIRCISSEMENTS.
NOTES
ET
ÉCLAIRCISSEMENTS.
CHAPITRE PREMIER.
Page 5, ligne 20: Et composait pour elle des madrigaux.
Tous paraissent avoir été des impromptus. Gayot de Pitaval, dans sa _Bibliothèque des gens du monde_, 1726, in-12, t. I, p. 87, a cité de Montreuil un impromptu qui vaut mieux qu'aucun de ceux que renferme son recueil. Il est remarquable qu'aucune des femmes auxquelles s'adressent les madrigaux de Montreuil n'a été nommée par lui, si ce n'est _madame de Sévigny_. Son nom se trouve deux fois dans ce recueil: la première, en tête du madrigal sur le jeu de colin-maillard, que j'ai cité; la seconde, dans une chanson qu'il composa pour elle et qui se termine ainsi:
Sévigny, vos yeux pleins d'attraits Éblouissent les nôtres; Et quand l'amour n'a plus de traits Il emprunte les vôtres.
(_Œuvres de M. de Montreuil_, p. 339, édit. 1671; p. 500 de l'édit. de 1666.) Un portrait bien gravé de M. de Montreuil accompagne cette première édition, la plus belle. Voyez, pour d'autres éclaircissements sur Matthieu de Montreuil, la note de la page 398, 2e partie de ces _Mémoires_, 2e édit.
Page 6, ligne 19: Il vint _incognito_ à Paris.
Le curieux récit du voyage clandestin que, d'après les instigations de MADAME, l'évêque de Valence fit à Paris, où il fut arrêté comme faux-monnayeur, se trouve dans les Mémoires de Choisy; mais ce qu'on y lit sur le voyage de ce prélat en Hollande, pour la suppression du libelle des _Amours de_ MADAME, n'est pas exact, ainsi que le passage suivant des _Mémoires_ inédits de Daniel de Cosnac, que Barbier a transcrit dans son _Dictionnaire des anonymes et des pseudonymes_, 1823, in-8º, p. 61 (art. 7294, _Histoire amoureuse des Gaules_):
«L'assemblée du clergé finie, je pris la résolution d'aller dans mon diocèse. Avant mon départ, j'appris par madame de Chaumont qu'un manuscrit portant pour titre: _Amours de_ MADAME et _du comte de Guiche_, courait par Paris, et s'imprimait en Hollande. MADAME appréhendait que ce livre, plein de faussetés et de médisances grossières, ne vînt à la connaissance de MONSIEUR par quelque maladroit ou malintentionné, qui peut-être envenimerait la chose. Elle m'en écrivit pour lui en porter la nouvelle; elle en écrivit à madame de Chaumont, qui était à Saint-Cloud, et moi à Paris. J'allai à Fontainebleau, d'abord près MADAME, pour m'instruire plus amplement. Elle me dit que Boisfranc (trésorier du prince) avait déjà dit la chose à MONSIEUR sans sa participation; mais ce qui la touchait davantage, c'était l'impression du manuscrit. J'envoyai exprès en Hollande un homme intelligent, ce fut M. Patin (Charles Patin, le fils de celui dont on a des lettres), pour s'informer de tous les libraires entre les mains de qui ce libelle était. Il s'acquitta si bien de sa commission, qu'il fit faire par les états généraux défense de l'imprimer, retira les dix-huit cents exemplaires déjà tirés, et me les apporta à Paris; et il les remit, par ordre de MONSIEUR, entre les mains de Merille. Cette affaire me coûta beaucoup de peine et d'argent; mais, bien loin d'y avoir regret, je m'en tins trop payé par le gré que MADAME m'en témoigna.»
Je crois que la première édition du libelle dont parle Cosnac, ou de celui qu'on a substitué à l'ouvrage original, s'il a été anéanti, est dans le recueil intitulé _Histoires galantes_; Cologne, chez Jean le Blanc (sans date, p. 424 à 464). Ce morceau est intitulé _Histoire galante de M... et du comte de G..._ On trouve la même histoire dans quelques exemplaires de l'_Histoire amoureuse des Gaules_; Liége, édit. Elzevir, 250 pages. L'ouvrage, dans cette édition, est intitulé tout crument _Histoire galante de M. le comte de Guiche et de_ MADAME (58 pages). Une autre édition de ce libelle est dans le recueil intitulé _les Dames illustres de notre siècle_; Cologne, chez Jean le Blanc, in-12, 1682, p. 135-176. Ce morceau a pour titre _la Princesse, ou les amours de_ MADAME. On le trouve encore, avec le même titre, dans le recueil intitulé _Histoire amoureuse des Gaules, de M. de Bussy_, 1754, 5 vol. in-12, p. 130-186. Tout ces petits faits, curieux à connaître, seront probablement éclaircis par la publication des Mémoires de Daniel de Cosnac, que la Société de l'Histoire de France a livrés à l'impression, et qui s'exécutent d'après deux manuscrits émanés de la plume de l'évêque de Valence, mais différents en bien des points, parce qu'ils ont été écrits à deux époques distinctes de la vie de l'auteur.--Le premier volume des Mémoires de Cosnac est déjà imprimé, et le second est annoncé comme très-avancé, dans les derniers bulletins de la Société de l'Histoire de France.
Pages 7 et 8, lignes dernière et première: Deux petits poëmes de Marigny, l'un intitulé _l'Enterrement_, l'autre _le Pain bénit_.
Ce dernier poëme est une satire contre les marguilliers de la paroisse de Saint-Paul, sur laquelle demeurait madame de Sévigné. Il a été imprimé avec ce titre: _le Pain bénit_, par l'abbé de Marigny, in-12 (23 pages); une autre édition a été donnée par Mercier de Compiègne, intitulée _le Pain béni_ (_sic_), _avec autres pièces fugitives_, par Marigny; nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée d'une notice sur la vie et les ouvrages de l'auteur; Paris, Mercier, 1795, in-18 (82 pages). La notice est inepte; mais ce petit volume est curieux par la satire contre Marigny, pages 35 et 42, qui est du temps.
Page 8, avant-dernière ligne: Il y a eu ici de plus honnêtes gens que moi.
Ne donnez pas à ces mots le sens qu'ils ont aujourd'hui. Dans la langue du siècle de Louis XIV, cela veut dire: Il y a eu de plus hauts personnages que moi, des gens plus considérables.
Page 9, ligne 14: Ce fut le 15 août 1664 que madame de Sévigné alla à Tancourt.
Les souvenirs de ce voyage que fit madame de Sévigné éclairent beaucoup l'histoire de Bussy et de son libelle. C'est dans cette année 1664 que Bussy se montra le plus occupé de ses intrigues amoureuses et qu'il composa le plus de vers galants. C'est alors qu'il lut, dans les sociétés où se trouvaient M. et madame de Montausier, ses _Maximes d'amour, questions, sentiments et préceptes_, transcrits en entier dans ses _Mémoires_ (t. II, p. 22 à 281); c'est alors qu'il se montre si satisfait de sa fortune et de madame de Monglat, sa maîtresse (p. 285), et qu'il se plaint d'avoir dans M. de Monglat un mari trop commode. Il rime à ce sujet une imitation de l'élégie 19, liv. II, des _Amours d'Ovide_, et dit (p. 286):
Si tu n'es pas jaloux pour ton propre intérêt, Sois-le du moins, s'il te plaît, Pour augmenter dans mon âme L'amour que j'ai pour ta femme. Je tiens qu'il faut être brutal Pour pouvoir aimer sans rival. A nous autres amants il faut de l'espérance. Mais sans la crainte on n'a pas de plaisir; On languit dans trop d'assurance, Et les difficultés irritent les désirs.
A la fin d'août 1664, madame de Sévigné nous fait voir Bussy dans sa terre de Forléans, lui rendant de fréquentes visites, et évidemment tâchant de la séduire et de réveiller les langueurs que lui faisait éprouver son amour satisfait. Lui-même parle d'un voyage (p. 292) qu'il fit en Bourgogne, pour se consoler d'une affaire qu'on lui avait faite auprès du roi. Cette affaire était son _Histoire amoureuse des Gaules_, dont le secret commençait à percer, mais qui ne contenait encore ni le morceau sur madame de Sévigné ni celui sur madame de Monglat, dont il se croyait alors exclusivement aimé. De Forléans, il se rendit à son château de Bussy, où une lettre, en date du 10 octobre 1664, au duc de Saint-Aignan, nous le montre installé. (_Mémoires_, t. II, p. 293.) C'est alors qu'il apprit que madame de Monglat lui était infidèle, et que, dépité de cette trahison et d'avoir échoué près de sa cousine, il se retourna vers madame de la Baume. Pour lui rendre plus agréable la lecture du manuscrit qu'il lui prêtait et lui prouver qu'il lui sacrifiait madame de Monglat, il ajouta le portrait de Bélise (de madame de Monglat). Madame de la Baume le trahit; et, sur une copie qu'elle laissa ou qu'elle fit faire, le libelle fut imprimé en Hollande. Dès lors se forma l'orage qui devait pour toujours mettre obstacle à l'ambition de Bussy. Ce ne fut cependant qu'après le mois de mars 1665 qu'il éclata. Bussy fut alors reçu de l'Académie française, et y prononça son discours d'admission. Par un billet qu'il adressa au duc de Saint-Aignan le 12 avril 1662, on voit que déjà le scandaleux libelle était connu de plusieurs personnes.--Le roi fit arrêter Bussy le vendredi 17 avril; et on le conduisit aussitôt à la Bastille, afin de le dérober aux recherches du prince de Condé, qui voulait se porter contre lui aux dernières violences.
Page 9, ligne 17: Bussy, qui était alors à sa terre de Forléans, vint la voir.--Page 10, ligne 5: Bourbilly.--Page 11, ligne 5: Époisses.
FORLÉANS était une seigneurie indépendante; c'était une annexe de la paroisse de Montberteau, du diocèse de Langres, du doyenné de Moutier-Saint-Jean, du bailliage et recette de Semur-en-Auxois. Ses dépendances étaient Forléans, Plumeron et Villers-Fremoy, et encore la justice à Changy (GARNAU, _Description du gouvernement de Bourgogne_, 2e édit., p. 486, 487) Du temps d'Expilly, en 1764, on ne comptait à Forléans que vingt-huit feux, à peu près cent vingt habitants; en 1837, il y avait deux cent dix-huit habitants.
BOURBILLY, village de la paroisse de Vic-de-Chassenay, du bailliage de Semur-en-Auxois (GARNAU, _Description_, etc., p. 374). En 1762, d'Expilly, dans son _Dictionnaire_, tome I, page 729, donnait vingt-deux feux (cent vingt habitants) à Bourbilly.
ÉPOISSES, bourg de l'Auxois, était église collégiale et paroisse du diocèse de Langres, du doyenné de Moutier-Saint-Jean, marquisat du bailliage de Semur. Ses dépendances étaient Époisses, Coromble, Torcy-lez-Époisses, Vic-de-Chassonay, Toutry (paroisse), Époissette, Menetoy, Menetreux, Pijailly et Pontigny; et, dans le bailliage d'Avallon, Atic-sous-Montréal, Saint-Magnence et presque tout Cussy-les-Forges, communauté de la recette de Semur. La vallée d'Époisses produit du froment, et passe pour une des plus fertiles de la province (GARNAU, _Description de la Bourgogne_, page 478, 2e édition). D'Expilly (_Dictionnaire des Gaules et de la France_, tome II, page 753) dit que, de son temps (en 1762), Époisses comptait quatre-vingt-quinze feux, ce qui suppose quatre cent soixante-quinze habitants. Le _Dictionnaire de la poste aux lettres_ (in-folio, tome II, page 264) porte ce nombre à mille six, en 1837.
Page 11, avant-dernière ligne: Par son premier mariage avec Françoise de la Grange.
D'Expilly, dans son _Dictionnaire des Gaules et de la France_, tome I, page 753, a donné la généalogie de Françoise de la Grange, marquise d'Époisses. Elle fut mariée à Guillaume de Pechpeirou de Comenge, comte de Guitaut, qu'elle fit son héritier, et qui devint ainsi marquis d'Époisses. Elle mourut sans postérité le 31 mars 1661. Le comte de Guitaud se remaria en 1669 à Élisabeth-Antoinette de Verthamont, d'où descendent en ligne directe les Guitaud que nous avons vus de nos jours possesseurs d'Époisses. C'est de cette dernière marquise d'Époisses que parle madame de Sévigné.
Page 13, ligne 3: En faisant de grands embellissements à son magnifique château d'Époisses.
Ce château subsiste toujours en entier et dans toute sa splendeur, avec ses belles fortifications, ses vieux tilleuls, ses beaux ombrages, ses archives, ses portraits, ses nobles souvenirs; il a été la propriété des comtes de Montbard et des princes de Montagu, première race des ducs de Bourgogne. Un descendant direct du comte de Guitaud le possède, bonheur rare dans les temps où nous vivons. C'est à la plume du comte Athanase de Guitaud qu'est due la notice qui accompagne la planche gravée de la vue d'Époisses qui se trouve dans le _Voyage pittoresque de Bourgogne_, publié à Dijon en 1823 (t. I, feuille 9, no 3). Les fortifications de ce château avaient été construites par le prince de Condé (le grand Condé). Ce prince en avait eu la jouissance en vertu d'un fidéicommis du comte de Guitaud d'Époisses. Condé avait fait de ce château une petite place forte, et n'avait consenti à le rendre qu'après le remboursement de toutes les dépenses que les fortifications avaient coûtées. (Voyez la _Lettre de_ BUSSY _au comte de Coligny_, en date du 18 mai 1667, dans les _Mémoires du comte_ DE COLIGNY-SALIGNY, 1841, in-8º, p. 127.)
Page 14, ligne 26: Dur et égoïste dans son intérieur.