Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (5/6)

Part 22

Chapter 223,181 wordsPublic domain

L'intimité des deux familles de Rabutin, de Coulanges et des d'Ormesson fut entretenue par Olivier après la mort de son père. «Le jour de Pâques (5 avril 1665), dit celui-ci dans ses Mémoires, nous donnâmes, le soir, à souper, suivant l'usage de mon père, à toute la famille; et s'y trouvèrent MM. de Colanges, Sanzé et d'Harouis, mesdames de Sévigné mère et fille.» Le 12 octobre suivant, nous apprenons de ces mêmes Mémoires que «d'Ormesson se rendit à Livry pour voir madame de Sévigné, qui s'était blessée à l'œil[620].» D'Ormesson a bien soin de noter sur son journal que, le mercredi 3 février 1666, madame de Sévigné lui amena Pellisson et mademoiselle de Scudéry, qui lui témoignèrent toute l'estime et l'amitié possibles sur l'histoire du procès de Fouquet; qu'au mois d'août de la même année madame de Sévigné partit pour la Bretagne; et qu'enfin, le 25 août de l'année suivante (1667), «il alla à Livry voir l'abbé de Colanges et madame de Sévigné, où arrivèrent M. d'Andilly et madame Duplessis-Guénégaud[621].»

[620] D'ORMESSON, _Mémoires_, dans CHERUEL, p. 221.

[621] _Mémoires d_'OLIVIER D'ORMESSON, dans CHERUEL, p. 221.--3e part. de ces _Mémoires_, 2e édit., p. 49, chap. III.

A la fin de cette même année (1667), le nom de madame de Sévigné fut bien souvent répété dans le monde et dans les journaux scientifiques, non pas à cause d'elle ou de sa famille, mais parce qu'un de ses domestiques, nommé Saint-Amand, était devenu fou furieux; on pratiqua sur lui une opération de thérapeutique alors très-vantée: c'était celle de la transfusion du sang. Ce fut M. de Montmort[622], ami de madame de Sévigné comme de d'Ormesson, qui apprit à ce dernier que, «le 2 décembre (1667), Saint-Amand était retombé dans sa folie pour la troisième fois; qu'on avait tiré tout son sang, et introduit dans ses veines le sang d'un veau; qu'il avait dormi la nuit, ce qu'il n'avait pas fait depuis six semaines, et qu'on espérait un bon succès.» Cette opération de la _transfusion du sang_ était nouvelle en France lorsqu'on la pratiqua sur le domestique de madame de Sévigné. Suivant Mackensie, on l'avait essayée en Angleterre dès l'an 1648[623]. Robert Lower s'en prétendit l'inventeur, et en 1665 il en fit l'expérience publique à Oxford[624]. Ce moyen curatif fut fort préconisé en Allemagne, et enfin pratiqué en France, pour la première fois, par Denis et Emmerets, en 1666; mais Lamartinière et Perrault attaquèrent Denis et Emmerets pour ces essais trop hardis de l'art médical; et une sentence du Châtelet, rendue le 17 avril 1668, c'est-à-dire moins de quatre mois après l'expérience tentée sur le domestique de madame de Sévigné, défendit de pratiquer la transfusion du sang tant qu'elle n'aurait pas reçu l'approbation de la faculté de médecine de Paris; et cette approbation ne fut jamais donnée[625]. On vient de la tenter de nouveau, au moment où j'écris ceci, en transfusant du sang humain dans les veines d'une femme expirante, et on lui a rendu la vie et la santé[626].

[622] _De l'administration de Louis XIV_, par CHERUEL; Rouen, 1849, in-8º, p. 222, dans l'appendice.

[623] MACKENSIE, _Histoire de la santé_, cité par Rochoux dans l'article du Dictionnaire de médecine de PANCKOUCKE.

[624] FURETIÈRE, _Le grand Dictionnaire des arts et des sciences de l'Académie française_, Paris, 1696, t. IV, p. 300, au mot _Transfusion_.

[625] ROCHOUX, dans le Dictionnaire de médecine de PANCKOUCKE, article _Transfusion_.

[626] _De la transfusion du sang à propos d'un nouveau cas suivi de guérison, par MM._ DESRAY _et_ DESGRANGES, _dans les comptes rendus hebbomadaires de l'Académie des sciences_, t. XXXIII, p. 657 (séance du 8 décembre 1851).

L'année suivante (1668) devait occuper encore plus de place que toutes celles qui l'avaient précédée dans la mémoire de madame de Sévigné. C'était le temps de la première conquête de la Franche-Comté, le temps où elle parut conduisant sa fille, éclatante de jeunesse et de beauté, aux splendides fêtes de Versailles. Madame de Sévigné se rappelait encore les jours heureux passés à Livry, pendant l'été et l'automne de cette même année, dans la société des Coulanges, de tous ses amis, de d'Ormesson et de ses fils. Ce fut à Livry que la vocation de l'un d'eux se décida pour la vie religieuse, et que mademoiselle de Sévigné et sa mère durent être étonnées de voir ce jeune homme, près d'elles, persister dans le désir de se faire génovéfain[627].

[627] _Journal de_ D'ORMESSON, du dimanche 14 octobre 1668, dans CHERUEL, p. 222.

Il était nécessaire de rappeler tout ce qui, dans les Mémoires de d'Ormesson, nous révélait des faits ignorés jusqu'ici sur madame de Sévigné et les objets des réminiscences dont elle était principalement préoccupée pendant son séjour aux Rochers durant l'année 1675. Le petit nombre de lettres qui nous restent de sa correspondance pendant la première moitié de sa vie, qui seraient les plus intéressantes à bien connaître, laissent dans sa biographie des lacunes qu'il n'est pas possible de combler, et des incertitudes qu'on ne peut faire disparaître entièrement; mais les Mémoires de d'Ormesson, en nous donnant les moyens de retracer les souvenirs dont elle était préoccupée à l'époque où nous sommes parvenus, nous ont permis d'en diminuer le nombre. Après l'avoir accompagnée dans cette course rétrograde, allons la retrouver en Bretagne, où elle jouit de la société de la princesse de Tarente.

CHAPITRE XIII.

1676.

Liaisons de madame de Sévigné avec la princesse de Tarente.--Elles aimaient à s'entretenir ensemble de leurs filles et des souvenirs de leur jeunesse.--Nouvelles du Danemark et de la cour de France, données par cette princesse à madame de Sévigné pendant son séjour aux Rochers.--Griffenfeld devient amoureux de la princesse de la Trémouille, qui le rejette.--Il se fait des ennemis;--conspire;--est condamné à mort;--reçoit sa grâce;--se marie et meurt.--Madame de la Trémouille épouse le comte d'Oldenbourg.--Colère de la princesse de Tarente sur ce mariage.--Madame de Sévigné l'apaise.--Motifs de l'attachement que la princesse avait pour elle.--Liaison de la princesse de Tarente avec MADAME, femme de MONSIEUR, sa nièce.--Caractère de MADAME.--Rang et naissance de la princesse de Tarente et de Henri-Charles de la Trémouille, son mari.--Pourquoi celui-ci était appelé prince de Tarente.--Caractère du prince de Tarente.--Il fuit en Hollande.--Il épouse la fille du landgrave de Hesse-Cassel.--Il s'attache à Condé, et lui reste fidèle.--Rentre en France.--Influence de la maison de la Trémouille en Poitou et en Bretagne.--La baronnie de Vitré la plus ancienne de Bretagne.--Le prince de Tarente préside les états de Bretagne, notamment ceux de 1669.--Mort du prince de Tarente.--Son fils est élevé dans la religion catholique.--La princesse de Tarente devient héritière et maîtresse de tous les biens de sa maison.--Pourquoi elle avait tant d'amitié pour madame de Sévigné.--Elle lui donne un petit chien.--Confidences de la princesse.--Madame de Sévigné se décide à passer l'hiver aux Rochers.--Ses distractions.--Ses lectures.--L'opéra d'_Atys_ est donné.--L'_Art poétique_ de Boileau est publié.--Souvenirs du passé retrouvés dans les papiers de la princesse de Tarente.--Portrait de madame de Sévigné.--Vue rétrospective du temps de sa jeunesse.--Détails sur la duchesse de la Trémouille, belle-mère de la princesse de Tarente.

C'est avec la princesse de Tarente que madame de Sévigné aimait à s'entretenir du beau temps de sa jeunesse. Cette bonne princesse avait des recettes curatives pour tous les souffrants et des consolations pour tous les soupirants, badinant elle-même de son _cœur de cire_[628]. Elle avait pour madame de Sévigné une véritable amitié: elle lui faisait aux Rochers de fréquentes visites, et y passait des journées entières[629].

[628] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 décembre 1678), t. IV, p. 243, édit G.; t. IV, p. 120, édit. M.

[629] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 octobre 1675), t. IV, p. 155, édit. G.; t. IV, p. 44, édit. M.

Le pays, la langue, la religion, la naissance, le rang, le caractère, les habitudes, les manières, les mœurs, tout était différent entre la princesse de Tarente et madame de Sévigné; et cependant une singulière analogie dans leur destinée les rapprochait et établissait entre elles une grande intimité. Toutes deux étaient veuves et à peu près du même âge; toutes deux avaient une fille qu'elles aimaient avec une tendresse excessive et qu'elles préféraient à l'héritier de leur nom; leurs filles se trouvaient séparées d'elles par de grandes distances, de sorte qu'elles seules sympathisaient parfaitement quand elles se confiaient leurs inquiétudes, quand elles s'entretenaient de leurs communes douleurs[630]. Celles qui tourmentaient alors la princesse de Tarente étaient grandes, et les lettres de madame de Sévigné, en nous instruisant de leur cause, nous donnent sur l'histoire de Danemark des documents précieux et certains. Voici ce qu'elle écrit à sa fille sur ce sujet[631]:

«J'ai été voir la bonne princesse; elle me reçut avec transport. Le goût qu'elle a pour vous n'est pas d'une Allemande; elle est touchée de votre personne et de ce qu'elle croit de votre esprit. Elle n'en manque pas, à sa manière; elle aime sa fille et en est occupée; elle me conta ce qu'elle souffre de son absence, et m'en parla comme à la seule personne qui puisse comprendre sa peine.

[630] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 octobre 1675), t. IV, p. 124 et 128, édit. G.; t. IV, p. 14 et 18, édit. M.--(11 décembre 1675), t. IV, p. 243, édit. G.; t. IV, p. 120, édit. M.--(25 février 1685), t. VIII, p. 20, édit. G.; t. VII, p. 244, édit. M.--Conférez _Portrait de la princesse de Tarente_, fait par elle-même à la Haye en 1656, dans Petitot, collection des _Mémoires sur l'histoire de France_, t. XLIII, p. 507-512, à la suite des _Mémoires de_ MONTPENSIER.--Il est parlé de ce portrait dans les _Mémoires de_ MONTPENSIER (année 1677), t. XLII, p. 360.--Le portrait de mademoiselle de la Trémouille est celui de la belle-sœur de la princesse de Tarente, 1657.

[631] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 octobre 1675), t. IV, p. 124 et 125, édit. G.; t. IV, p. 14 et 15, édit. M.

«Voici donc, ma chère enfant, des nouvelles de la cour de Danemark: je n'en sais plus de la cour de France; mais pour celles de Copenhague, elles ne vous manqueront pas. Vous saurez donc que cette princesse de la Trémouille est favorite du roi et de la reine, qui est sa cousine germaine. Il y a un prince, frère du roi, fort joli, fort galant, que nous avons vu en France, qui est passionné de la princesse, et la princesse pourrait peut-être sentir quelques dispositions à ne le haïr pas; mais il se trouve un rival qui s'appelle M. le comte de _Kingstoghmfelt_ (madame de Sévigné s'amusait, ainsi qu'elle le dit elle-même, à défigurer ridiculement tous les noms allemands, pour faire rire sa fille[632]). Vous entendez bien: ce comte est amoureux de la princesse, mais la princesse le hait. Ce n'est pas qu'il ne soit brave, bien fait et qu'il n'ait de l'esprit, de la politesse; mais il n'est pas gentilhomme, et cette seule pensée fait évanouir. Le roi est son confident, et voudrait bien faire ce mariage; la reine soutient sa cousine, et voudrait bien le prince; mais le roi s'y oppose, et le favori fait sentir à son rival tout le poids de sa jalousie et de sa faveur. La princesse pleure, et écrit à sa mère deux lettres de quarante pages: elle a demandé son congé; le roi ni la reine n'y veulent point consentir, chacun pour différents intérêts. On éloigne le prince sous divers prétextes; mais il revient toujours. Présentement ils sont tous à la guerre contre les Suédois, se piquant de faire des actions romanesques pour plaire à la princesse. Le favori lui dit en partant: «Madame, je vois de quelle manière vous me traitez; mais je suis assuré que vous ne sauriez me refuser votre estime.» Voilà le premier tome; je vous en manderai la suite, et je ne veux pas qu'il y ait dorénavant en France une personne mieux instruite que vous des intrigues de Danemark.»

[632] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 et 31 mai et 2 juin 1680), t. VI, p. 459, édit. M.; t. VII, p. 13, édit. G.--_Ibid._, t. VI, p. 299, édit. M.

Et quatre mois après elle ne donne pas encore le second volume du roman; mais elle continue le premier, et ajoute[633]: «Disons deux mots du Danemark. La princesse est au siége de Wismar, avec le roi et la reine; les deux amants font des choses romanesques. Le favori a traité un mariage pour le prince, et a laissé le soin à la renommée d'apprendre cette nouvelle à la jolie princesse: il fut même deux jours sans la voir. Cela n'est pas le procédé d'un sot. Pour moi, je crois qu'il se trouvera à la fin qu'il est le fils de quelque roi des Wisigoths.»

[633] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 décembre 1675), t. IV, p. 268, édit. G.; t. IV, p. 141, édit. M.

Non, ce fut toujours _Schuhmacher_ (Cordonnier), Allemand d'origine, fils d'un marchand de vin à Copenhague, créé comte de Griffenfeld et grand chancelier. La reine elle-même, cédant à son influence, voulut le marier avec la fille du duc de Holstein-Augustenbourg, de la branche cadette de la maison royale, et la princesse s'était déjà mise en route pour Copenhague; mais Griffenfeld mit lui-même obstacle à ce mariage. Ce grand homme d'État, ce Richelieu du Nord, ce législateur du Danemark, qu'il gouverna longtemps admirablement, se laissa détourner des larges voies de sa noble ambition par l'espoir d'épouser cette fille de la princesse de Tarente, la charmante Charlotte-Amélie de la Trémouille. L'esprit, les grâces, la beauté de cette princesse l'avaient séduit. Rebuté par elle, il abusa de son autorité pour écarter le prince son rival, et chercha à se ménager l'appui tout-puissant de Louis XIV; il lia avec ce monarque une correspondance coupable, en reçut de l'argent, négligea les affaires du royaume pour suivre celles qui intéressaient sa funeste passion, fut dénoncé, arrêté, mis en jugement et condamné à perdre ses biens, ses emplois et à avoir la tête tranchée. Le jour fixé pour l'exécution, il monta avec une contenance assurée sur l'échafaud; mais au moment où l'exécuteur levait le glaive, un aide de camp du roi accourt, et crie: «Grâce, de la part de Sa Majesté, pour Schuhmacher!» Et l'aide de camp remet un papier à Schuhmacher, qui le reçut sans émotion. Il apprit, en le lisant, que sa peine était commuée en une prison perpétuelle. Schuhmacher dit froidement: «Cette grâce est plus douloureuse que la mort même.» Il redescendit lentement, et comme à regret, les degrés de l'échafaud. Il fit solliciter le roi de lui permettre de le servir comme soldat: cette faveur lui fut refusée. Détenu étroitement à Copenhague pendant quatre ans, il fut ensuite transféré au château fort de Muncholm, près de Drontheim, en Norwége; il y resta vingt-trois ans, regretté de son souverain, qui désirait et n'osait pas l'employer. En 1698, sa captivité cessa; mais il ne jouit pas longtemps de sa liberté, puisqu'il mourut le 11 mai 1699, âgé de soixante-quatre ans. Il avait été marié à une Catherine Nansen de Copenhague, et en eut une fille[634].

[634] CATTEAU-CALLEVILLE, _Biographie universelle_, t. XVIII, p. 477, article GRIFFENFELD.

Tel est le second tome du _roman vrai_ et trop malheureusement historique que madame de Sévigné avait promis à sa fille, mais qu'elle n'aurait pu lui donner complet; car elle mourut deux ans avant ce _favori tout-puissant_, qu'elle appelle _M. le comte de Kinghstoghmfelt_[635].

[635] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 octobre 1675), t. IV, p. 125, édit. G.

Le troisième et dernier tome doit nécessairement nous apprendre quel fut le sort de celle qui inspira une passion si funeste au principal personnage, et madame de Sévigné, qui nous a donné le premier, nous fournira encore celui-là. Elle nous apprend que, la princesse de la Trémouille n'ayant pu épouser le prince de Danemark, sa mère la princesse de Tarente ne trouvait personne d'assez noble. Elle était parente de la Dauphine et de deux électeurs palatins de Hesse, et elle ne voulait point déroger. Plusieurs partis se présentèrent, et furent refusés; mais sa fille, qui ne pensait pas comme sa mère, fit un choix sans sa participation, qui mit en courroux la princesse de Tarente[636]. C'est dans sa lettre à madame de Grignan du 3 mai 1680, écrite dans l'agitation d'un départ, que madame de Sévigné nous instruit de ce mariage: «Encore, si j'avais à vous apprendre des nouvelles de Danemark, comme je faisais il y a quatre ou cinq ans, ce serait quelque chose; mais je suis dénuée de tout. A propos, la princesse de la Trémouille épouse un comte d'_Ochtensilbourg_[637] (lisez comte d'Oldenbourg), qui est très-riche et le plus honnête homme du monde: vous connaissez ce nom-là. Sa naissance est un peu équivoque: toute l'Allemagne soupire de l'outrage fait à l'écusson de la bonne Tarente; mais le roi lui parla l'autre jour si agréablement sur cette affaire, et son neveu le roi de Danemark et même l'amour lui font de si pressantes sollicitations qu'elle s'est rendue. Elle vint me conter cela l'autre jour. Voilà une belle occasion de lui écrire, et de réparer vos fautes passées. N'êtes-vous pas bien aise de savoir ce détail[638]?»

[636] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 mai 1680), t. VI, p. 511, édit. G.

[637] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai, 2 juin), t. VI, p. 299, édit. M.

[638] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 mai 1680), t. VI, p. 469, édit. G.; t. VI, p. 251, édit. M.--_Ibid._ (11 juin 1680), t. VI, p. 333, édit. M.

Et dans sa lettre du 16 juillet, écrite des Rochers, madame de Sévigné continue de donner à sa fille des nouvelles de ce nouveau mariage: «J'ai vu ma voisine (la princesse de Tarente, qui était à Vitré). Elle me fit beaucoup d'amitié, et me montra d'abord votre lettre... Elle dit qu'elle est venue ici pour faire réponse. Sa fille est transportée de joie; elle est en Allemagne, ravie d'avoir quitté le Danemark, charmée de son mari et de ses richesses. Elle s'est un peu précipitée de se marier avant les signatures de sa famille: la mère en est en colère; mais je me moque d'elle[639].»

[639] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juillet 1680), t. VI, p. 362, édit. M.; t. VII, p. 91 et 92, édit. G.

Quinze jours après cette lettre, elle continue dans une autre[640]:

«La bonne princesse me vient voir sans m'en avertir, pour supprimer la sottise des fricassées: elle me surprit vendredi; nous nous promenâmes fort, et au bout du mail il se trouva une petite collation légère et propre, qui réussit fort bien. Elle me conta les torts de sa fille de n'avoir pas rempli son écusson d'une souveraineté; je me moquai fort d'elle; je la renvoyai en Allemagne pour tenir ce discours; et, dans le bois des Rochers, je lui fis avouer que sa fille avait très-bien fait. Elle est si étonnée de trouver quelqu'un qui ose lui contester quelque chose que cette nouveauté la réjouit. Le roi et la reine de Danemark vont voir ce comte d'Oldenbourg dans sa comté: il défraye toute cette cour, et sa magnificence surpasse toute principauté. Je vois les lettres de cette comtesse, que je trouve toutes pleines de passion pour son mari, de raison, de générosité, de dévotion et de justice.--«Eh! madame, que pouvez-vous leur souhaiter de plus, puisqu'avec cela elle est riche et contente?»--Il semble que j'aie une pension pour soutenir l'intérêt de cette fille.»

[640] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juillet 1680), t. VI, p. 384, édit. M.; t. VII, p. 123, édit. G.