Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6)

Part 40

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Guéret, dans sa _Carte de la Cour_, qui parut en 1663, fait ainsi le portrait de Clarice: «L'ingénieuse Clarice paraît aussi beaucoup dans ces lieux; et si je n'ose dire hardiment qu'elle en est l'âme (comme plusieurs personnes disent à sa gloire), du moins j'avancerai avec assurance qu'elle en est un des plus beaux ornements. L'on croit que ses conquêtes s'étendent bien au delà de cette cour.» Et en marge il est écrit: _La Vallière_.

Page 319, ligne 16: Plus adroitement que toutes ses femmes; et note 547.

Les médecins prescrivirent le quinquina; ce qui prouve que ce médicament était connu alors.

CHAPITRE XXII.

Page 322, lignes 9 et 10: Donnèrent encore plus d'activité aux fêtes.

La foire de Saint-Laurent cette année fut très-brillante (25 août); Loret, liv. XIV, p. 136. Il y eut le mariage de mademoiselle de Valois et celui de M. le Duc, fils du prince de Condé (Montpensier, t. XLIII, p. 54, 68). On donna un carrousel pour l'arrivée du légat (Loret, liv. XV, p. 123). Il y eut une jolie fête à Vincennes, où le roi figura. On y joua à l'escarpolette (Loret, liv. XIV, p. 189, 191). Il y eut aussi des fêtes en Bretagne pour la tenue des états (Loret, liv. XIV, p. 152).

Page 327, lignes 15 et 18: Mademoiselle de Mortemart.... s'était mariée à Montespan.

Nous apprenons par Loret que l'hôtel où se firent les noces de mademoiselle de Mortemart se nommait l'hôtel d'Antin. Le fils que madame de Montespan eut de son mari, et dont nous avons les Mémoires, imprimés par la Société des Bibliophiles, portait le titre de duc d'Antin.

Page 327, note 549: LORET.

Loret nous apprend qu'il y a une relation de ce ballet des _Arts_ imprimée chez Ballard, et que la _Gazette_ en rapporte «maintes choses»: c'était la _Gazette de France_ de Renaudot, la seule qui existât alors. Ce ballet fut joué aussi au Palais-Royal, chez MONSIEUR, à la fin de février (Loret, liv. XIV, p. 35, en date du 1er mars).

Page 329, ligne 9: Pour _mademoiselle_ DE SÉVIGNY.

Loret écrit souvent Cevigny, mais quelquefois mieux Sevigny; dans Benserade et dans Bussy, c'est toujours Sevigny. Le goût que l'on avait pour la langue italienne faisait affecter les terminaisons italiennes.

Page 330, ligne 19: Le jeu qu'on appelait _la ramasse_.

Loret parle ainsi du jeu nommé _la ramasse_:

Mercredi le roi notre sire, A qui de longs jours je désire, Dans Versailles traita la cour, Et quoique ce fût un beau jour, On n'y fit point, dit-on, de chasse; Mais le plaisir de _la ramasse_, Plus rapide que hasardeux, Les divertit une heure ou deux.

Au mot _ramasse_, par un renvoi, Loret a mis en marge: _Machine de nouvelle invention_.

Page 330, avant-dernière et dernière lignes: Toutes les fêtes de l'hiver furent surpassées par celles que Louis XIV donna au printemps.

La description de ces fêtes se trouve dans toutes les éditions de notre grand comique. Benserade fait commencer ces fêtes le 10 mai; la lettre de Marigny, mélangée de prose et de vers, où elles sont décrites, est datée du 14 mai 1664.

CHAPITRE XXIII.

Page 334, ligne 9: Il n'a plus la faculté de brûler.

Arde per voi d'Amore. Fuor del mio, vaga FILLI, Ogni più nobil core Non accusi però vostra bellezza Questo cor di rozzezza! Che con mille beltà vaghe, leggiadre Di mille e mille flamme al mondo note, L'arse, et l'incenerì della madre; E cosa incenerita arder non puote.

CHAPITRE XXIV.

Page 342, lignes 11 et 12: On lui permet d'acheter la charge de mestre de camp de la cavalerie légère.

Bussy, dans son _Discours à ses Enfants_, et la maréchale de Clérambault, au mari duquel Bussy acheta cette charge de mestre de cavalerie, disent qu'elle coûta 90,000 écus; et Bussy, dans ses _Mémoires_, dit 252,000 livres. C'était environ cinq cent mille francs de notre monnaie actuelle.

Page 350, lignes 4 et 5: Quelque épigramme comme celle que Loménie de Brienne lui attribue.

Voici cette épigramme, dont la pointe est fondée sur le surnom de Louis Dieudonné, conféré à Louis XIV lors de sa naissance:

Ce roi si grand, si fortuné, Plus sage que César, plus vaillant qu'Alexandre, On dit que Dieu nous l'a donné: Hélas! s'il voulait le reprendre!

Page 353, ligne 7: Elle dit un jour à son cercle; et note 2.

Cette anecdote a été racontée par Roquette, évêque d'Autun, à Boubier lui-même.

Page 355, lignes 9 et 10: Les inscriptions et les emblèmes qui se voyaient au château de Bussy.

On sait que Bussy avait réuni dans cette galerie les portraits de toutes les femmes qu'il avait aimées. Il les avait accompagnés d'inscriptions et d'emblèmes. Sous le portrait de la marquise de Monglat on lisait: «Isabelle-Cécile Hurault de Cheverny, marquise de Monglat, qui par son inconstance a remis en honneur la matrone d'Éphèse et les femmes d'Astolfe et de Joconde.» Bussy avait fait peindre cette marquise dans le bassin d'une balance. Elle était emportée par le bassin vide, et sur le plateau où elle se trouvait on lisait: _Levior aura_, «plus légère que l'air». Dans un autre endroit de sa galerie il l'avait encore fait peindre avec les emblèmes et sous les attributs de la Fortune, et on lisait: _Leves ambo, ambo ingratæ_, «toutes deux légères, toutes deux ingrates».

CHAPITRE XXV.

Page 363, lignes 8 et 9: Cette réconciliation fut sincère de part et d'autre.

«Vous savez encore, dit-elle, notre voyage de Bourgogne, et avec quelle franchise je vous redonnai toute la part que vous aviez jamais eue dans mon amitié.»

Page 364, ligne 6: Ce dernier en eut ensuite ramassé et rejoint les morceaux.

Ce récit de Bussy-Rabutin est invraisemblable, et ne le justifie pas.

Page 367, ligne 14: A sa terre des Rochers, qu'elle s'occupait à agrandir et à embellir.

Elle acheta de nouvelles terres, fit un labyrinthe (à cette époque, à l'imitation de Versailles, on en faisait partout), et elle augmenta son parc.

SUR DIFFÉRENTS PORTRAITS QU'ON A GRAVÉS DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

J'ai dit à la page 380 de ce volume, dans la note sur la page 14, lignes 10 et 15 de la première partie de ces _Mémoires_, que le portrait de madame de Sévigné inséré dans les éditions de 1818 et de 1820 était un des moins ressemblants de tous ceux qui ont été gravés. J'ai acquis depuis la certitude que ce portrait est celui d'une autre femme, qui n'avait avec la célèbre madame de Sévigné aucune ressemblance. L'erreur est ancienne: Odieuvre, dans sa collection de portraits, a donné comme portrait de madame de Sévigné la figure d'une femme peinte par Ferdinand et gravée par Schmidt; le cadre de cette peinture avait les armes de Grignan et de Sévigné, et c'est ce qui a produit l'erreur. C'est ce portrait (dont Petitot a fait une miniature) qui, gravé par Masquelier, a été inséré dans les éditions des _Lettres de Sévigné_, de 1818 et de 1820. Le graveur Saint-Aubin, en le transformant pour le mettre de profil, a encore plus fait ressortir les dissemblances entre cette figure et celle de madame de Sévigné, surtout relativement à la longueur du nez. Néanmoins ce portrait a été reproduit un grand nombre de fois par la gravure, comme étant celui de madame de Sévigné.

Sur environ quarante portraits gravés de madame de Sévigné, que nous avons eu occasion d'examiner, il y en a un qui est bien certainement authentique: c'est celui qui a été réduit et gravé par Édelinck, d'après une peinture au pastel de Nanteuil, exécutée d'après nature. Ce portrait, dans la gravure, a environ deux pouces et demi de hauteur; la tête, un pouce de hauteur. Il a depuis été gravé plus en grand par Delegorgue, d'après le pastel original de Nanteuil, tiré du cabinet de M. Traullé. Dans cette gravure ce portrait a trois pouces et demi de haut; mais les traits sont moins bien modelés que dans celui d'Édelinck, et l'on s'aperçoit qu'il a été fait sur un original en partie effacé par le temps. C'est ce portrait qui a été réduit, et plus ou moins altéré, dans les diverses gravures qu'on a insérées dans les nombreuses éditions de madame de Sévigné, dans les notices que l'on a écrites sur cette femme célèbre, et dans les diverses collections de personnages célèbres. Il a été habilement lithographié pour la collection de madame Delpech.

Il y a une lithographie exécutée à Rennes, qui est un portrait de femme âgée, nullement ressemblant à madame de Sévigné. Pourtant au bas de cette lithographie on lit: _Marie-Rabutin Chantal, marquise de Sévigné, née en 1549, morte en 1610, dessinée et lithographiée d'après le portrait original de Mignard, qui existe au château des Rochers près Vitré_. Serait-ce le portrait de l'aïeule du marquis de Sévigné, retrouvé à Vitré, qui aurait donné lieu à cet exemple curieux d'ignorance dans le pays même où madame de Sévigné habita si longtemps, et où son souvenir vit encore?

* * * * *

Je n'ajouterai que peu de lignes à la note précédente, réimprimée d'après la première édition de ce volume. Je donnerai seulement le résultat des recherches que j'ai faites depuis sur les portraits de madame de Sévigné, me réservant de justifier plus tard mes assertions par une dissertation spéciale sur ces portraits et sur ceux de plusieurs femmes célèbres du temps de Louis XIV. Ce sujet a de l'intérêt, non-seulement pour l'histoire de madame de Sévigné, mais pour celle des mœurs et des habitudes du siècle où elle a vécu.

Nous avons trois portraits authentiques de madame de Sévigné: celui qui a été gravé par Édelinck, et ensuite par Delegorgue, lithographié par Delpech, est le plus certain et le principal. Ce portrait est du temps de la régence d'Anne d'Autriche, et madame de Sévigné avait alors trente et un ans. Le portrait gravé et enluminé ou peint à l'aquarelle, gravé par Gatine et dessiné par Lanté, sous la direction de M. Lamésangère, d'après un original peint par Mignard, et une mignature sur vélin, est en pied; il a été fait à la même époque que le précédent; il est le même pour la tête: c'est le portrait de madame de Sévigné qui nous donne l'idée la plus fidèle de son port et de sa physionomie. Je ne parle pas des tableaux originaux d'après lesquels ces deux portraits ont été gravés; je ne les ai pas vus. C'est sur le tableau de ce portrait gravé en pied, dans lequel madame de Sévigné tient une lettre, d'une main et une plume de l'autre, que Ménage a écrit un sonnet en italien inséré dans la troisième édition de ses poésies, en 1658, page 16.

Le portrait qui est dans l'édition des _Lettres de Sévigné_ de 1734 diffère des deux précédents; il appartient à un âge différent, lorsque madame de Sévigné avait environ quarante à quarante-cinq ans; il provient d'un tableau qu'avait Bussy-Rabutin, et que son fils l'évêque de Luçon a communiqué au chevalier Perrin, ami de madame de Simiane et éditeur des _Lettres de Madame de Sévigné_.

Le prétendu portrait de madame de Sévigné qui est dans la galerie de Versailles, et qui a été gravé, est la copie d'un tableau de la galerie du château d'Eu. Ce portrait est celui de la belle-fille de madame de Sévigné: c'est celui de Jeanne-Marguerite de Brehant de Mauron, marquise de Sévigné, et non pas celui de Marie de Rabutin-Chantal. Le portrait gravé par Masquelier, d'après une mignature de Petitot, et inséré dans l'édition des lettres de madame de Sévigné par M. Monmerqué, est aussi le portrait de sa belle-fille, et non le sien. Quant aux portraits gravés de madame de Grignan, il n'y a lieu à aucune rectification; ils sont tous dérivés de copies plus ou moins bien faites primitivement, d'après un seul et même original peint par Mignard.

FIN.

TABLE SOMMAIRE

DES CHAPITRES DE CE VOLUME.

CHAPITRE PREMIER.--1654-1655.

Pages

De Mazarin et de Retz.--Lettres de Retz à madame de Sévigné.--Lettres de madame de Sévigné à Ménage.--Détails sur Girault. 1

CHAPITRE II.--1655-1656.

Succès de Turenne.--Carrousel.--Mariage de mademoiselle de La Vergne avec le comte de La Fayette.--Madame de Sévigné va à Saint-Fargeau. 18

CHAPITRE III.--1655.

De la marquise de Gouville et de Bussy.--Conduite de Bussy à l'égard de madame de Sévigné. 30

CHAPITRE IV.--1655.

Active correspondance entre Bussy et madame de Sévigné. 37

CHAPITRE V.--1655.

De la marquise de Gouville; aventure de Bartet et du duc de Candale. 48

CHAPITRE VI.--1656.

De madame de Sévigné, et de Marie de Hautefort, maréchale de Schomberg. 59

CHAPITRE VII.--1656.

De madame de Sévigné, et du roi.--Correspondance de Bussy et de madame de Sévigné.--Détails sur la reine Christine.--Sur les _précieuses_ de cette époque.--Publication des _Provinciales_. 68

CHAPITRE VIII.--1657-1658.

Madame de Sévigné fait l'éducation de ses enfants.--Leurs caractères.--Liaison de madame de Sévigné avec l'abbé Arnauld.--De Bossuet. 90

CHAPITRE IX.--1657-1658.

De Louis XIV, de sa cour, de la comtesse de Choisy, d'Olympe Mancini, et de mademoiselle de La Mothe d'Argencourt. 104

CHAPITRE X.--1658.

Des partis qui se forment à la cour.--Conduite de Mazarin.--Madrigal de La Fontaine pour madame de Sévigné.--Madame de Sévigné reste à sa terre des Rochers avec ses trois oncles. 117

CHAPITRE XI.--1657-1658.

Correspondance de Bussy avec madame de Sévigné.--Rupture. --Intrigues de Bussy.--Publication de l'_Histoire amoureuse des Gaules_.--Conduite de madame de Sévigné à son égard. 130

CHAPITRE XII.--1658-1659.

Conduite de madame de Sévigné dans le monde.--De Louis XIV, et de Marie de Mancini. 145

CHAPITRE XIII.--1658-1659.

Roman de _Clélie_.--Portrait de madame de Sévigné.--Ses liaisons avec la famille de Lavardin, avec Costar.--Vers que Ménage compose pour madame de Sévigné. 162

CHAPITRE XIV.--1659-1660.

Heureux dénoûments de toutes les guerres et de toutes les intrigues de la Fronde.--Mariage du roi.--Mort de Gaston.--Les théâtres.--Vogue des _Précieuses ridicules_. 176

CHAPITRE XV.--1661.

Mort de Mazarin.--La cour à Fontainebleau.--Intrigue amoureuse du roi avec La Vallière.--Madame de Sévigné passe l'été à sa terre des Rochers, et fait un voyage au mont Saint-Michel. 188

CHAPITRE XVI.--1661.

Situation des affaires.--Madame de Sévigné est liée avec les deux fils d'Arnauld de Pomponne.--Ses espérances pour Fouquet.--Fouquet est arrêté. 199

CHAPITRE XVII.--1661.

Fouquet, surintendant des finances.--Ses malversations, et sa conduite envers Louis XIV. 209

CHAPITRE XVIII.--1661-1664.

Du procès de Fouquet. 247

CHAPITRE XIX.--1661-1664.

Des lettres de madame de Sévigné trouvées dans la cassette de Fouquet, et de celles qu'elle écrivit pendant la durée du procès de Fouquet.--Captivité et mort de Fouquet. 260

CHAPITRE XX.--1662-1663

Louis XIV et son gouvernement.--Prédications de Bossuet.--Représentation de _Sertorius_.--De Boileau, de Racine, de La Fontaine, et de Molière.--Ballets.--Intrigue du roi avec mademoiselle de La Mothe-Houdancourt.--Révolutions de cour.--Correspondance de madame de Sévigné avec madame de La Fayette.--Portraits de madame de Sévigné et de Corbinelli, par Somaize. 282

CHAPITRE XXI.--1663-1666.

De l'amour de madame de Sévigné pour ses enfants.--De Louis XIV, de Boileau, de Molière, de Lulli, de La Fontaine, et de Racine.--Fêtes.--Anne d'Autriche tombe malade.--Tendres soins de Louis XIV pour sa mère.--Vision de madame de Motteville. 307

CHAPITRE XXII.--1663-1664.

Fêtes données à la cour, dans lesquelles figure mademoiselle de Sévigné.--Madame de Sévigné se rend à sa terre de Bourbilly, et voit Bussy. 321

CHAPITRE XXIII.--1665.

Nouveaux ballets, où figure mademoiselle de Sévigné.--Vers que Benserade a composés à sa louange.--Fêtes et plaisirs auxquels madame de Sévigné prend part. Sa liaison avec madame Duplessis-Guénégaud.--Conduite de Bussy avec madame de Sévigné. 332

CHAPITRE XXIV.--1658-1665.

Des intrigues de Bussy avec madame de Monglat et la marquise de La Baume.--Publication des _Amours des Gaules_.--Bussy est mis à la Bastille.--Il obtient sa liberté, est exilé dans ses terres, et se réconcilie avec madame de Sévigné. 341

CHAPITRE XXV.--1658-1668.

Longue discussion entre madame de Sévigné et Bussy au sujet de la conduite qu'ils ont tenue l'un envers l'autre.--Renouvellement de leur correspondance et de leur intimité. 356

Conclusion. 375

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

Première partie. 379

Seconde partie. 463

Table sommaire des chapitres. 515