Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6)

Part 37

Chapter 373,836 wordsPublic domain

Ce livre fut achevé d'imprimer le 3 août 1697. Ainsi sur le titre il faut lire M. DC. XCVIII au lieu de M. DC. XVIII, qui est une faute de l'imprimeur. On a réimprimé à la suite des éditions de _Madame de Sévigné_ cette dissertation, ainsi que celles de Dacier et de Dumarsais, sur le même sujet.

Page 103, ligne 4: Mazarin lui fit une pension de mille livres.

M. Weiss s'est trompé quand il a dit que Richelieu avait accordé une pension de 1,000 francs à Beauchâteau. Cet anachronisme ne peut être qu'une inadvertance du savant auteur. M. Weiss dit que cet enfant célèbre naquit à Beauchâteau, le 8 mai 1645; j'ignore sur quelle autorité Loret (liv. IX, p. 25, lettre en date du 16 février) ne lui donne que onze ans lorsqu'en février 1658 il présenta lui-même son recueil imprimé à l'Académie Française. C'est dans la lettre du 1er novembre 1659 (liv. X, p. 170) que Loret nous apprend qu'il était en Espagne.

CHAPITRE IX.

Page 105, ligne 3: Qui eurent lieu dans l'intervalle de quelques mois.

La mort du duc de Chevreuse et celle du duc de Villars produisirent peu de sensation, parce qu'ils étaient presque octogénaires. On regretta peu la mort du maréchal de La Mothe-Houdancourt, qui s'était montré pendant la Fronde d'une fidélité douteuse. Celle du duc d'Elbœuf ne fut remarquée que par la magnificence de son enterrement. La duchesse de Bouillon était une femme d'un grand mérite, mais dont on n'avait plus rien à espérer ni à craindre. La duchesse de Mercœur se trouvait à l'extrémité dans le moment où le roi dansait un ballet; et le lendemain on vint avertir qu'elle était morte. Elle mourut le 8 février. La duchesse de Montbazon mourut à cinquante ans, encore belle. De tous ces décès, celui qui occasionna le plus de regrets fut celui de Pomponne de Bellièvre, premier président du parlement de Paris; non que sous plusieurs rapports ce fût un magistrat très-recommandable: il était paresseux et voluptueux, adonné aux délices de la table; mais il était en même temps généreux, hospitalier, bienfaisant, et jouissait avec magnificence de sa fortune. Sa probité, son désintéressement, son patriotisme, la fermeté avec laquelle il résistait au premier ministre, et le retard qu'il apportait à l'enregistrement des édits qui créaient de nouveaux impôts, l'avaient rendu cher au peuple et à sa compagnie. Mazarin fut le seul satisfait de sa perte; mais celle de sa nièce la duchesse de Mercœur, enlevée en quelques heures de maladie, lui fut très-sensible.

Page 105, ligne 18: L'arrivée du duc de Mantoue.

On ne fit pas un aussi bon accueil au duc de Mantoue qu'au duc de Modène, parce que, par les séductions de sa femme, le premier s'était laissé entraîner dans le parti de l'Espagne.

Page 106, lignes 19 et 20: Le goût... pour les déguisements de femme.

Dans le ballet nouveau de _l'Amour malade_, le jeune duc d'Amville, déguisé en femme, joua le rôle d'une mariée. L'ancien ballet de _Psyché_ fut de nouveau représenté. (Loret, liv. VIII, p. 9, du 19 février.) MONSIEUR donna un repas magnifique au roi et à la reine et au cardinal, après lequel on joua la fameuse tragédie de Thomas Corneille, intitulée _Timocrate_; une autre fois on fit jouer les vingt-quatre violons. Le duc de Guise, à l'imitation du roi, fit représenter un ballet, où il dansa avec Beauchamps. (Loret, liv. VIII, p. 29.) Mais le même donna une fête plus magnifique et un repas de 200 couverts, lorsque la princesse de Guise fut nommée abbesse de Montmartre. (Loret, 75.) Pendant la campagne de cette année, le maréchal de La Ferté traita dans son camp le roi et toute sa suite, avec la même magnificence, avec la même recherche de mets qu'il aurait pu faire à Paris. Au retour de cette campagne, Louis XIV parut masqué, avec toute sa cour, dans un bal magnifique, qui fut donné par le maréchal de L'Hôpital, gouverneur de Paris. (Loret, liv. IX, p. 21, 9 février 1658.)

Page 110, ligne 6: Après une retraite de huit jours.

Madame de Motteville n'indique pas la durée de la retraite du roi à Vincennes; mais Loret, qui écrivait au moment même des événements, dit qu'elle dura une semaine.

Page 110, note 175: MONTPENSIER.

Il faut dans cet endroit des _Mémoires de_ MONTPENSIER substituer La Mothe d'Argencourt à La Mothe-Houdancourt, qui est une faute de copiste, ou une mauvaise correction d'éditeur. La même faute avait été commise dans les _Mémoires de_ LA FARE, et a été rectifiée par M. de Monmerqué, d'après l'autorité des manuscrits.

Page 112, ligne 3: Mais un jour elle parut.

Puisque Loret nomme encore mademoiselle d'Argencourt au nombre des filles de la reine, dans sa lettre du 26 octobre, la scène de bal dont parle madame de Motteville ne peut être postérieure à ce mois. Le départ subit de la cour en septembre, qui n'était pas ordinaire, annoncé par Loret, tenait peut-être à cette aventure: on comprit qu'il fallait se presser d'aller négocier le mariage du roi.

Page 115, ligne 21: Bontemps... fut chargé de la marier.

Saint-Simon remarque que dans l'acte du mariage de cette fille de Louis XIV il ne fut fait aucune mention de son père ni de sa mère. Il dit aussi que Laqueue, ce gendre de Louis XIV, ne paraissait presque jamais à la cour; quand il y paraissait, c'était, dit-il, comme un simple officier, et le moins recueilli de la foule. Bontemps ne laissait pas de lui donner de temps en temps de l'argent. (_Saint-Simon_, t. IV, p. 182.)

CHAPITRE X.

Page 120, ligne 2: Gaston et MADEMOISELLE.

La lettre de Loret nous apprend que lorsque MADEMOISELLE revint à Paris, en 1658, elle alla loger au Luxembourg.

Page 121, notes 1 et 3: _Vie de la duchesse de Longueville_, édit. 1739.

On sait que l'édition de Paris est intitulée _De la Vie de la duchesse de Longueville_, et qu'on en a ôté tout ce qui pouvait avoir trait au jansénisme.

Page 121, ligne 18: Cependant il s'y résolut.

Le duc de Beaufort ne revint en cour qu'en 1658.

Page 122, lignes 24 et 25: La reine d'Angleterre... eut seule la permission d'y rester.

Encore ne resta-t-elle point à la cour. Elle se rendit cette année aux eaux de Bourbon.

Page 123, ligne 11: Tandis que des plénipotentiaires français.

Ce furent le duc de Gramont et de Lionne que Mazarin envoya comme négociateurs à la diète de Francfort; mais il tenait lui seul tous les fils de ses négociations, où il employait d'autres personnages que ceux qui étaient accrédités. Ainsi un castrat nommé Atto, qu'il avait fait venir d'Italie pour la musique, fut envoyé en Bavière, parce qu'il le savait bien avec l'électrice. A une autre époque il envoya son secrétaire particulier.

Page 123, ligne 12: En Hollande.

Ce fut de Thou qu'on envoya en Hollande, avec laquelle alors on était en paix.

CHAPITRE XI.

Page 131, ligne 25: Puisque j'ose bien juger des ouvrages de Chapelain.

Loret disait alors:

Le ciel, parmi tant de lumières, N'a qu'un soleil qui luise à point; La terre n'a qu'un Chapelain.

Page 136, lignes 23 et 24: Envoya Corbinelli à sa cousine.

On voit par là que Grouvelle se trompe quand il dit que madame de Sévigné ne connut Corbinelli qu'en 1661. Leur liaison était bien antérieure. Voyez la première partie de ces Mémoires, chapitre XXXVII, page 503, et Grouvelle, _notice sur_ CORBINELLI, dans l'édition in-12 des _Lettres de Madame de Sévigné_, t. I, p. CXLVII.

CHAPITRE XII.

Page 146, ligne 15: Par une nouvelle et délicieuse mélodie.

Lambert, Boisset et Molière (c'est le musicien, et non l'auteur) contribuèrent aussi à cette révolution musicale. On commençait à introduire alors dans les orchestres un plus grand nombre d'instruments; aux violons on joignit les flûtes, les clavecins, les guitares, les téorbes, les luths. (Loret, liv. IX, p. 26-28.) Les cantatrices en vogue, mesdemoiselles La Barre, Raymond et Hilaire, ajoutaient, par la beauté et la puissance de leur voix, aux charmes de la nouvelle musique.

Page 146, ligne 18: C'est alors.

Mazarin donna alors un grand repas, qui coûta, dit-on, 300,000 liv.; somme qui ne surprendra pas quand on saura qu'il y eut à la suite de ce repas une loterie. Loret a décrit avec beaucoup de prolixité dans sa gazette le bal donné par MADEMOISELLE à la cour, ainsi que les fêtes données par Fouquet, par Mazarin, par la duchesse de Lesdiguières, par la maréchale de L'Hospital, par madame de La Bazinière.

Page 146, lignes avant-dernière et dernière: Que les promenades au Cours, que la foire Saint-Germain.

La foire Saint-Germain se tenait à la même place où l'on a construit un marché qui porte aussi le nom du saint, et dans deux halles longues de 130 pas, larges de cent, composées d'une charpente fort exhaussée, divisées régulièrement en neuf rues, et partagées en vingt-quatre îles bordées d'un nombre considérable de loges ou de boutiques, enfermées dans un enclos où l'on entrait par sept portes. Cette charpente fut brûlée en 1763. Il n'y avait pas alors à Paris ce luxe de boutiques et de magasins qui depuis le siècle de Louis XIV, et surtout dans ces dernières années, n'a cessé de s'accroître sans fin et sans mesure; de sorte que l'ouverture de la foire Saint-Germain fut pendant longtemps un événement pour les Parisiens. Elle avait lieu le 3 février. Cette foire se prolongeait jusqu'à la semaine sainte, et souvent même au delà.

De même, pour se rendre compte de l'attrait que pouvait avoir alors la promenade du Cours, il faut se représenter l'état de Paris à cette époque. Ses magnifiques boulevards n'existaient pas, ou plutôt Paris avait de véritables boulevards, c'est-à-dire des fortifications flanquées de bastions: toute la ville était entourée de remparts et de fossés profonds qui servaient à sa défense, mais point aux promeneurs. Les rues étaient étroites, resserrées; la place des Victoires, la place Vendôme et la place Louis XV n'existaient pas. Le Luxembourg ou palais d'Orléans, qui plus tard fut renfermé dans l'enceinte de Paris, était hors de ses murs, et ses jardins n'étaient point publics: il en était de même de ceux du palais Cardinal ou Palais-Royal. Les seules promenades publiques qui existassent dans l'intérieur de la ville se réduisaient donc à la place Royale (au Marais), au jardin du Temple, qui n'existe plus aujourd'hui, et aux Tuileries. Mais le jardin des Tuileries, qui fait aujourd'hui l'admiration de l'Europe, n'était pas tel, alors, que Le Nostre et les accroissements successifs de la capitale l'ont fait depuis. Subdivisé en une trentaine de plates-bandes ou de bosquets (dont un formait un labyrinthe)[A], tous égaux, séparés par des allées étroites, il était beaucoup plus resserré qu'aujourd'hui. A l'extrémité du massif d'arbres qui succède au parterre, l'espace découvert où est le grand bassin était l'intérieur d'un bastion dont les terrasses latérales étaient les faces, et dont la pointe se trouvait à l'endroit où est actuellement l'entrée du jardin: là existait avant nos révolutions le petit pont de bois qu'on nommait encore le pont tournant, quoiqu'il ne tournât plus. Au delà, au lieu de cette magnifique place Louis XV, de ces massifs d'arbres, de ces longues allées qu'on nomme les Champs-Élysées, qui font suite au jardin des Tuileries et se prolongent jusqu'à l'Arc de triomphe, on n'apercevait que des terres labourables, nues, sans une seule plantation. Trois routes ou chemins coupaient ces champs, et aboutissaient à deux portes de la ville, l'une à la porte Saint-Honoré, près la place actuelle de la Madeleine; l'autre à la porte de la Conférence, placée à l'extrémité actuelle de la terrasse des Tuileries du côté de la Seine. (Voyez le plan de Paris de Berey, en quatre feuilles). Après avoir gagné par une de ces deux portes, mais ordinairement par la dernière, le chemin qui bordait la rivière, on arrivait, après un court trajet, à la promenade que l'on nommait le _Cours la Reine_, parce qu'elle avait été faite par Marie de Médicis pendant sa régence. Cette promenade se composait de trois allées d'arbres, longues de six cents toises, entourées de fossés, et ayant aux deux extrémités deux grands portails, qui se fermaient par des grilles en fer. L'allée du milieu avait six à sept toises de largeur, et les deux autres la moitié. Un vaste espace rond, de trente-cinq toises de diamètre, coupait ces trois allées par le milieu. C'est dans cette promenade, qui ne fut détruite qu'en 1723, que la cour au temps de madame de Sévigné se rendait dans les beaux jours, en voiture et à cheval; c'était le bois de Boulogne, le Hyde-Park de Londres de cette époque, si toutefois ces deux promenades elles-mêmes, si brillantes au temps de ma jeunesse, ne sont pas passées de mode. Sauval dit qu'au Cours on se rencontrait, on se saluait, on se parlait, et que les hommes y avaient presque toujours le chapeau bas. Il en était ainsi avant nos révolutions, le jeudi, sur les boulevards du nord, où trois files de voitures se promenaient lentement, pour que les dames qui étaient dedans pussent s'entretenir avec les personnes de leur société, qui étaient à pied et à cheval; là on se disait les nouvelles, là on se faisait des invitations. Il n'était d'usage d'aller au bois de Boulogne que le dimanche, et dans l'allée de Longchamps; et là, comme sur les boulevards, les carrosses marchaient lentement ou s'arrêtaient, à cause des nombreuses conversations particulières. Aujourd'hui cette manière serait mortellement ennuyeuse; on a besoin de courir, comme des gens qui s'enfuient et s'évitent.

[A] Conférez Segrais, _Nouvelles françaises, ou les Divertissements de la princesse Aurelie_, t. I, p. 147 à 155, et les plans de Paris de Gomboust, 1652.

Page 148, lignes 21, 24, 25: Anne d'Autriche..... ne chercha point à mettre de digue à ce torrent de dissipation et de licence.

Ce fut surtout au retour du voyage de la cour à Lyon, et dans l'hiver de 1659, que le goût des mascarades se répandit. La reine elle-même avait peine à se défendre du plaisir que causaient alors ces sortes de divertissements. «On se déguise souvent, dit mademoiselle de Montpensier; nous fîmes une mascarade la plus jolie du monde.» Elle rapporte qu'elle et mademoiselle de Villeroi étaient habillées en paysannes de la Bresse. «Mon corps, dit-elle, était lacé de perles et attaché avec des diamants; il y en avait partout.» Le comte de Guiche, le duc de Roquelaure, Puiguilhem (depuis le duc de Lauzun, qui épousa MADEMOISELLE), et le marquis de Villeroi, étaient au nombre des bergers... Le roi et tous ceux qui l'accompagnaient étaient déguisés en vieillards, et toutes les femmes de sa troupe en vieilles. «La reine, ajoute MADEMOISELLE, nous trouva fort à sa fantaisie, ce qui n'est pas peu. Nous allâmes à l'Arsenal, où le maréchal de la Meilleraye donnait une grande assemblée.» Cette même mascarade eut encore lieu un autre jour et de la même manière, parce que la reine, à qui elle avait beaucoup plu, le désira. (Montpensier, _Mém._, t. XLII, p. 408.) MADEMOISELLE nous donne encore des détails curieux sur la mascarade que firent le chevalier de Sillery, la comtesse d'Olonne et le prince de Marsillac, alors son amant. Toute la troupe alla s'habiller chez Gourville. Ces détails confirment tout ce que Bussy a raconté, dans son _Histoire amoureuse des Gaules_, sur ces personnages. Le chevalier de Gramont, qui courtisait à la même époque la comtesse d'Olonne, était outré que le prince de Marsillac eût mieux réussi que lui; et comme ce dernier ne passait pas pour avoir beaucoup d'esprit, Gramont avait coutume de dire que Marsillac, comme un autre Samson, avait vaincu ses rivaux avec une mâchoire d'âne.

Il y eut encore à cette époque une aventure qui fit rire tout Paris, et qui prouve ce que nous avons avancé dans le texte au sujet des mascarades. Un jeune page de MADEMOISELLE, remarquable par la fraîcheur de son teint, la finesse de ses traits et sa figure féminine, prenait plaisir à se promener déguisé en jeune fille, à écouter les discours et les galanteries de ceux qui se méprenaient sur son sexe; mais un jeune et riche bourgeois en devint sérieusement amoureux: le page poussa les choses au point de se laisser emmener chez le bourgeois; et au moment où celui-ci se croyait au comble de ses vœux, le page se débat, s'échappe d'entre ses bras, s'enfuit, fait une chute, et laisse apercevoir sous ses jupes, au bourgeois étonné, ses vêtements de page. Ces scènes indécentes étaient le prélude de celles, bien autrement coupables, de la jeunesse de l'abbé de Choisy. (Conférez Montpensier, _Mém._, t. XLII, p. 330; _ibid._, p. 389; Loret, _Muse historique_, lib. IX, p. 44, 6 juillet; _Vie de l'abbé de Choisy_, l'_Histoire de la comtesse de Barre_, et une note de M. Monmerqué dans son édition des _Lettres de Madame de Sévigné_, qui indique que le manuscrit, beaucoup plus complet, de cette histoire existe à la bibliothèque de l'Arsenal.) En 1658, le premier jour de carême, on vit une troupe de masques déguisés en capucins et en capucines. Les prédicateurs dénoncèrent en chaire cette impiété; la reine se fâcha, et l'on sut que les coupables étaient l'abbé de Villarceaux, Ivry, ce mylord anglais amant de la duchesse de Châtillon, le comte d'Olonne et sa femme, Jeannin, trésorier de l'épargne. (Loret, liv. IX, p. 31, 23 février, et p. 43, 16 mars 1658.)

Page 149, ligne 18: Ses Mémoires nous apprennent.

«Les deux premiers jours, dit MADEMOISELLE (t. XLII, p. 308), après le départ de la cour (en 1658), je m'ennuyai un peu, particulièrement le temps où j'avais accoutumé d'aller au Louvre. J'en fus bientôt désaccoutumée. J'allais tous les jours au Cours, je me promenais deux ou trois fois à cheval. Mademoiselle de Villeroi y vint avec moi, et Bonneuil, qui était retiré à Paris, et madame de Sévigné. Hors elles, tout ce qui était accoutumé de se promener avec moi ne montait pas à cheval.» (Conférez t. I, p. 292 de la collect. de Michaud.)

Ce fut pour désennuyer MADEMOISELLE pendant son exil, que Segrais, qui était son secrétaire, composa cette suite de petits romans intitulée _Nouvelles françaises, ou les Divertissements de la princesse Aurélie_, 1657, in-8º. Dans la première, intitulée _Eugénie_ (t. I, p. 41), un amant se déguise en femme de chambre pour s'introduire près de sa maîtresse. C'est dans les Mémoires de MADEMOISELLE que nous trouvons les détails les plus curieux sur l'influence fâcheuse de ces sortes de déguisements relativement aux mœurs de la cour, et surtout sur celles du jeune duc d'Anjou et de ses indignes favoris, Guiche, Villequier, Manicamp, etc. (Voyez l'_Hist. am. des Gaules_, 1754, t. I, p. 49, 52, 56, 62, 132; Montpensier, t. XLII, p. 408.) Toute la vigilance d'Anne d'Autriche n'y put rien: peut-être eût-il mieux valu qu'elle en eût eu moins, et que ce jeune prince eût pu avoir à se défendre contre une séductrice moins âgée que la princesse Palatine. Un tel début, des appas si flétris, n'étaient pas propres à lui donner du goût pour le commerce des femmes.

Page 150, ligne 9: Plusieurs mariages.

C'est dans cette année que le prince de Marsillac épousa l'héritière de Liancourt (Loret, liv. IX, p. 67, en date du 4 mai), et que la fille de Servien fut mariée au marquis de Rosny (Loret, liv. IX, p. 154, en date du 5 octobre).

Page 155, note 2, _lettre autographe de Mazarin à Colbert_.

Soulavie a imprimé cette lettre dans les _OEuvres de Saint-Simon_, t. I, p. 241, mais mutilée, et avec des fautes d'impression sans nombre: au lieu d'Hervart, ce financier si connu, il écrivit Hervaut; au lieu de madame de Venel (gouvernante des nièces de Mazarin), il met Venès; et ainsi du reste.

Page 157, ligne 25: Il écrivait tous les jours.

La première séparation de Louis XIV et de Marie de Mancini eut lieu le 22 juin 1659. Dans la correspondance qui s'établit ensuite par lettres entre eux, Vivonne fut l'intermédiaire.

CHAPITRE XIII.

Page 164, ligne 3: Sa cour donnait le ton à la capitale et aux provinces.

MADEMOISELLE, dans ses Mémoires, parle de deux jeunes femmes qu'elle vit à Lyon, l'une veuve d'un officier, l'autre femme d'un lieutenant général. Elles étaient accomplies sous le double rapport de l'esprit et de la figure. MADEMOISELLE, pour en faire l'éloge, dit: «Elles sont bien faites et spirituelles, pour femmes de province.» (Montpensier, t. XLII, p. 38.) Ceci rappelle ce vers de Gresset, que j'avais à tort attribué à Regnard dans la première édition de cet ouvrage:

Elle a de fort beaux yeux, pour des yeux de province.

Page 164, ligne 15: Ils furent en cela imités par les auteurs dramatiques.

Les auteurs dramatiques mettaient alors dans la bouche des héros de l'antiquité les discours de galanterie et les raffinements de sentiments à la mode dans les ruelles. Ils travestissaient tous les héros de l'antiquité en seigneurs de la Fronde. Ainsi l'_Amalasonte_ de Quinault, donnée en 1657, est une véritable précieuse; et cette pièce valut à l'auteur une gratification du roi. _Le Mariage de Cambyse_, du même auteur, est une pièce écrite dans ce style. Corneille le jeune, dans sa tragédie de _Bérénice_, se vantait d'avoir imité un roman de Scudéry.

Page 166, ligne 7: La plus galante personne du monde.

Nous voyons ici le mot _galante_ employé dans une signification qui n'a plus cours que pour le genre masculin du même adjectif. C'est dans ce sens qu'on dit un galant homme c'est-à-dire un honnête homme, un homme qui sait vivre, qui a une conduite honorable; mais on ne dit plus une galante femme, bien qu'on dise encore, mais dans un autre sens, une femme galante.

Page 166, ligne 25: Donna à madame de La Fayette l'idée de tracer le portrait de madame de Sévigné.

On a inséré ce portrait dans toutes les éditions de _Madame de Sévigné_, mais aucun éditeur n'a indiqué où il a été imprimé pour la première fois. Je n'ai pu remonter qu'à l'édition des _Lettres de Madame de Sévigné_ de 1734. L'éditeur, le chevalier Perrin, en l'insérant dans sa préface, dit: «J'ai heureusement trouvé le portrait qu'en fit autrefois, sous le nom d'un inconnu, madame de La Fayette...» Ces mots semblent indiquer que ce portrait a été trouvé manuscrit dans les papiers de madame de Simiane, que Perrin a eus à sa disposition pour la publication des lettres de madame de Sévigné, et qu'avant ce portrait n'avait jamais été imprimé.

Page 171, avant-dernière ligne: La troisième édition de ces poésies.

C'est dans cette troisième édition que Ménage fit paraître pour la première fois ses poésies grecques et italiennes; cependant la seconde édition (1656) contenait, p. 117, un sonnet italien à mademoiselle de La Vergne.

Page 172, ligue 4: Un madrigal allégorique.

La fin du madrigal est jolie, mais elle est de Guarini, et non de Ménage; et il est étonnant que celui-ci ait songé à s'approprier des vers si connus. La muse de Ménage, quoique si souvent gratifiée des dons de sa mémoire, n'en est pas devenue plus riche.

Page 172, lignes avant-dernière et dernière: La septième édition, qui ne fut pas la dernière.

C'est la huitième qui est la dernière et la meilleure, et est accompagnée d'excellentes tables. Toutes ces éditions sont rares. Il est probable qu'elles furent tirées à petit nombre. La plus jolie de toutes, celle imprimée par les Elzeviers, est celle que j'ai le plus souvent rencontrée. J'ai donné une liste de toutes ces éditions à la page 452 de la première partie de ces _Mémoires_.

Page 174, ligne 10: M. de Noirmoutier.

Louis de La Trémouille, duc de Noirmoutier, mourut en 1666, le 15 octobre, à l'âge de cinquante-quatre ans.

CHAPITRE XIV.

Page 177, avant-dernière ligne: Un aspect de bonheur.