Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6)

Part 35

Chapter 353,892 wordsPublic domain

J'avais dit, en juin ou juillet, Que cet esprit rare et follet, Admiré de tout galant homme, Qui le petit Scarron se nomme, Avait choisi par amitié Une jeune et belle moitié. J'ai dit, en une autre semaine, Que vers les champs de la Touraine Icelui s'était transporté Ayant sa femme à son côté, Avec intention formée (Ce disait lors la Renommée) D'attendre, sans y manquer, La saison propre à s'embarquer, Pour voguer en terre lointaine, Que l'on appelle américaine, En laquelle il prétend, dit-on, Devoir rehausser son menton. Or, j'ai maintenant à vous dire Que cet auteur à faire rire, Nonobstant son corps maladif, Est devenu génératif; Car un sien ami tient sans feinte Que sadite épouse est enceinte De trois ou quatre mois et plus. Et puis dites qu'il est perclus!

Madame de Maintenon écrivait, dans une de ses lettres à son frère: «Vous savez que je n'ai jamais été mariée.»

Page 468, lignes 15 et 16: C'est elle-même qui a fait l'aveu de ce dernier motif comme d'une faiblesse...

Dans le passage cité de La Beaumelle, elle dit: «J'en suis punie aujourd'hui par l'excès de faveur; comme si Dieu m'eût dit, dans sa colère: Tu veux de la gloire et des louanges: eh bien! tu en auras jusqu'à en être rassasiée.»

Pages 468 et 469, lignes dernière et première: Les doutes qu'on a élevés sur madame Scarron au sujet du marquis de Villarceaux.

Tallemant des Réaux, après avoir rapporté un voyage que madame Scarron fit au château de Villarceaux avec Ninon, et l'amour que Villarceaux avait pour madame Scarron, et les efforts qu'il fit pour la séduire, termine ainsi: «On croit cependant qu'elle n'a pas franchi le pas.» Scarron à l'endroit cité marque le commencement de sa liaison avec Villarceaux, et ajoute: «Je vous en dirai demain davantage chez mademoiselle de Lenclos, où je me ferai porter à l'heure du dîner.»

Page 469, ligne 21.

La pièce de Scarron intitulée _Étrenne à mademoiselle de Lenclos_ est, suivant moi, du temps de la jeunesse de Scarron et de Ninon. Voici le passage de Saint-Simon sur la liaison de madame de Maintenon avec Ninon: «Elle (Ninon de Lenclos) avait été amie intime de madame de Maintenon tout le temps que celle-ci demeura à Paris. Madame de Maintenon n'aimait pas qu'on lui parlât d'elle, mais elle n'osait la désavouer. Elle lui a écrit de temps en temps jusqu'à sa mort avec amitié. Lenclos (car Ninon avait pris ce nom depuis qu'elle eut quitté le métier de sa jeunesse longtemps poussée) n'y était pas si réservée avec ses amis intimes; et quand il lui est arrivé de s'intéresser fortement pour quelqu'un ou quelque chose, ce qu'elle savait rendre rare et bien ménager, elle en écrivait à madame de Maintenon, qui la servait efficacement et avec promptitude; mais depuis sa grandeur elles ne se sont vues que deux ou trois fois, et bien en secret.»

Page 472, ligne 14: Il propose des plans d'entreprise.

Il s'agissait de créer des offices de _déchargeurs_ pour les marchandises, auxquels une compagnie aurait avancé des fonds pour payer les droits, et faire rendre et décharger les marchandises dans les magasins, aux frais, risques et périls des déchargeurs.

Page 473, ligne 7: Sa femme obtint une pension.

La Beaumelle place en 1653 la pension de seize cents livres que madame de Maintenon obtint par l'entremise de madame Fouquet.

Page 473, lignes 17 et 18: Qui chantaient les louanges de la belle Indienne.

Voici quelques vers de la pièce de La Mesnardière, intitulée _la Belle Indienne_, à la jeune, belle et spirituelle madame Scarron:

_Galanterie._

Quant à moi, je me persuade Que ce rare et plaisant malade, Votre fameux et cher époux, Se passera fort bien de vous. . . . . . . . . . . . . . . . . . Et pour lui faire voir, ma belle, Combien votre approche est mortelle, Je connais des gens à la cour Qui, pour avoir vu certain jour Seulement votre gorge nue, En ont la fièvre continue. Quel devrait être leur tourment, S'ils vous voyaient à tout moment!

Ceci prouve, au reste, qu'alors la mode pour les femmes était de se découvrir le sein lorsqu'elles étaient habillées; mais ce n'est pas sur ce ton que la Mesnardière louait les appas de la marquise de Rambouillet, ou de sa fille, la duchesse de Montausier. Segrais rapporte que Scarron avait un valet fort simple et fort benêt, auquel les jeunes seigneurs qui venaient chez lui s'amusaient à demander si son maître ne ferait pas bien un enfant à sa femme, parce qu'il répondait toujours: «Oui-da, monsieur, s'il plaît à Dieu.»

Page 473, ligne 23: Qu'avant l'invention des sonnettes de renvoi.

Saint-Simon dit aussi de l'abbé de Fleury, dans ses _Mémoires_, qu'il s'était rendu agréable dans plusieurs maisons, et qu'il suppléait aux sonnettes avant leur invention.

Page 474, ligne 16: Nos recherches n'ont pu nous faire découvrir.

J'ai cherché en vain l'époque de l'invention des sonnettes de renvoi dans les ouvrages qui décrivent l'art de la serrurerie, dans le grand Dictionnaire des Inventions. Elle n'est pas ancienne; et en parcourant les gazettes publiques du commencement de la régence, on doit pouvoir la déterminer facilement. Ceci m'a donné occasion de remarquer plusieurs passages de Saint-Simon qui nous indiquent les époques auxquelles il a écrit les différents volumes de ses _Mémoires_. Né en janvier 1675, déjà en 1699, à l'âge de vingt-quatre ans, il les avait commencés, puisque alors il consultait l'abbé de Rancé pour savoir si en sûreté de conscience il pouvait se permettre de les continuer. Ce qui concerne l'année 1714 a été écrit ou retouché postérieurement à l'année 1732 (voy. t. XI, p. 371), puisque Saint-Simon cite dans cet endroit ce que Du Halde lui a dit en 1732. L'année 1715 a été écrite en septembre 1745 (voyez t. XII, p. 248); une autre portion de ces _mémoires_, en 1746, c'est-à-dire plus de trente ans après l'événement. Le discours préliminaire, ou l'introduction, est daté de juillet 1743; c'est dans cette année ou dans l'année précédente qu'a été écrit le XVIIIe volume, qui concerne les années 1719 et 1721.

Page 474, deux dernières lignes: Qu'elle fit pleuvoir sur ses anciennes protectrices.

On trouve dans les lettres de Scarron quelques détails curieux sur les rapports de madame Scarron avec les grandes dames ses protectrices, dont quelques-unes ont été depuis protégées par elle. Scarron, t. I, p. 92, écrit au maréchal d'Albret: «Madame Scarron a été à Saint-Mandé. Elle est fort satisfaite de la civilité de madame la surintendante (madame Fouquet); et je la trouve si férue de ses attraits, que j'ai peur qu'il ne s'y mêle quelque chose d'impur. Mais comme elle ne va que quand ses amis la mènent, faute de carrosse, elle ne peut lui faire sa cour aussi souvent qu'elle le souhaite.»--Il dit encore au maréchal d'Albret: «Votre carrosse rendait ma petite porte vénérable à tous les habitants de la rue Saint-Louis.»--Dans sa lettre au duc d'Elbœuf, il se plaint que madame de Montchevreuil lui a enlevé madame Scarron.

CHAPITRE XXXV.

Page 479, avant-dernière ligne: Dans le grenier d'une maison voisine

Le maître de la maison dans laquelle Marigny s'était retiré ne sut que longtemps après qu'il avait donné refuge à un criminel d'État, et les soins que sa servante lui avait rendus. C'est presque aussitôt après s'être évadé de Paris, et au commencement de l'année 1655, que Marigny écrivit de Bruxelles cette lettre à Gaston, qui depuis a été imprimée, et où il lui parle de toutes les beautés que le prince avait eu occasion de fréquenter autrefois pendant son séjour dans la capitale de la Flandre. Cette lettre nous apprend que la comtesse flamande qui envoya un médaillier à Gaston, dont parle mademoiselle de Montpensier, mais qu'elle ne nomme pas, était la marquise de Lédé.

CHAPITRE XXXVI.

Page 488, ligne 19: Nulle femme n'a jamais su mieux qu'Anne d'Autriche tenir un cercle.

Saint-Simon dit que Louis XIV, élevé dans les cercles brillants de la reine sa mère, aurait voulu les faire revivre, mais qu'il ne put y parvenir. Ces cercles finirent avec elle.

Page 490, ligne 24: Toutes les fois qu'on donnait _le Cid_.

On représenta _le Cid_ aux noces de mademoiselle de Schomberg, et il eut alors un succès extraordinaire.

Page 492, lignes 16 et 17: Dans son château de Saint-Fargeau, qu'elle agrandissait.

Ce fut Le Vau, architecte du roi, qui fit les nouvelles constructions du château de Saint-Fargeau. MADEMOISELLE y dépensa plus de 200,000 fr., valeur de cette époque (400,000 fr.). Elle avait avec elle dans son exil la vieille comtesse de Fiesque, puis sa belle-fille la comtesse de Fiesque la jeune, et madame de Frontenac. Elle eut de fréquentes querelles avec ces deux dernières: elle n'en était guère aimée, et leur rendait le change. La vieille madame de Fiesque voulut introduire dans le château mademoiselle d'Outrelaise, qu'à cette occasion Loret nomme la _divine_. Nous reviendrons sur cette expression, et sur mademoiselle d'Outrelaise, lorsque madame de Sévigné, qui fait mention d'elle, nous en fournira l'occasion.

Page 492, ligne 19: Sa naine.

Loret, dans sa gazette, annonce sa mort et fait son épitaphe. Il dit qu'en la mettant dans une petite balance, avec sa robe, sa chemise et sa coiffure, elle ne pesait pas plus qu'un louis d'or. Si le fait était rigoureusement vrai, il resterait à déterminer quel était le poids d'un louis d'or en 1653.

Page 492, ligne 20: Entretenait une troupe de comédiens.

Nous avons dit qu'on ne donnait pas une grande fête, pas un grand repas, sans le secours des comédiens. Ainsi lorsque le président Tubœuf régala toute la cour dans son château de Ruel, qui avait appartenu au cardinal de Richelieu, il fit représenter, avec des décorations de Beaubrun, la pastorale d'_Amarillis_, qui avait eu tant de succès l'année précédente. Beaubrun était un fameux peintre de portraits, qui mourut en 1692, à quatre-vingt-huit ans. Loret a décrit le repas donné au mois d'août à MONSIEUR par Mazarin, et où se trouvèrent le roi, les deux reines, c'est-à-dire la reine mère et la reine d'Angleterre, avec les princes ses fils, le prince et la princesse de Galles, le duc d'York et le duc de Glocester, qui venait d'arriver; et dans cette description le gazetier n'oublie pas de nous dire

Qu'après les friands aliments Vinrent les divertissements, Savoir, d'excellentes musiques Et de beaux spectacles comiques.

Loret nous apprend que le service fut fait en argent ou porcelaine. La porcelaine était donc alors en usage. Voyez Loret, liv. IV, p. 97, et liv. V, p. 24.

Loret, en décrivant le repas donné par le duc d'Arpajon, dit:

Tout y fut assez jovial, Car la comédie et le bal Qui suivirent cette abondance Divertirent fort l'assistance.

Et aussi, lors du festin pour les noces du marquis de Bade:

Enfin, après ce grand repas Si semé de plats et d'appas, On ouït quelque mélodie, Et sur le soir la comédie.

Voyez Loret, liv. V, p. 19, lettre en date du 7 janvier 1654, et p. 24, lettre en date du 21 février 1654. Je pourrais multiplier ces exemples.

Page 493, ligne 25: Et celui du Petit-Bourbon.

Loret nous apprend ce fait dans sa gazette du 30 août 1653:

Une troupe de gens comiques Venus des climats italiques, Dimanche dernier, tout de bon, Firent dans le Petit-Bourbon L'ouverture de leur théâtre.

Page 494, ligne 19: Ayant pour titre _la Nuit_.

La description de ce ballet de _la Nuit_ fut imprimée chez Ballard; mais il en existe une copie manuscrite in-folio à la bibliothèque de l'institut, avec les dessins de tous les personnages revêtus de leurs costumes, peints à l'aquarelle. Ces costumes étaient riches en couleurs, chargés d'or et d'argent, de galons, et de paillettes brillantes, bizarres et fantastiques.

Je remarque que, dans la prolixe description qu'il a donnée de ce ballet, Loret parle de Villequier (probablement le duc de Villequier) qui distribuait des billets, et faisait placer tout le monde. La rue qui passait devant le théâtre du Petit-Bourbon, et qui était une continuation de la rue actuelle des Poulies, se nomme Villequier sur le plan de Paris de Berey de 1654; et je crois que ce nom a échappé à Jaillot, et à tous les laborieux scrutateurs des origines de Paris.

Page 496, lignes 12 et 13: La suite en fit voir de déplorables conséquences.

Philippe de France ou MONSIEUR, frère de Louis XIV, naquit le 21 septembre 1640; Louis XIV, le 5 septembre 1638. Les preuves abondent sur les goûts dépravés de MONSIEUR, qui inspiraient à son frère une juste aversion. Saint-Simon, à l'endroit cité, dit: «Le goût de MONSIEUR n'était pas celui des femmes, et il ne s'en cachait pas.» A ce ballet de _la Nuit_, le duc de Buckingham, fils de celui qui excita si vivement la jalousie de Louis XIII par ses attentions pour Anne d'Autriche, représenta le démon du feu. (Benserade, t. II, p. 57.)

Je remarque dans les diverses descriptions de ce ballet que certains objets de luxe étaient alors d'une cherté qu'on a peine à concevoir aujourd'hui: ainsi Loret nous apprend qu'une orange de Portugal coûtait cinq livres, c'est-à-dire dix livres de notre monnaie actuelle. (Loret, liv. IV, p. 59.)

Page 497, lignes 11 et 12: Monsieur et madame de Montausier étaient occupés à solliciter.

La marquise était venue à Paris la première, pour solliciter Mazarin. Son mari ne vint l'y rejoindre qu'après la paix de Bordeaux, le 31 juillet.

Page 498, lignes 20 et 21: Ne sont pas toujours exemptes d'obscénités.

Voyez, p. 74 de ce recueil de Sercy, une pièce intitulée _A une demoiselle tourmentée de vents_, dont je ne puis rien citer. Cela se dédiait à un aumônier du roi, et s'imprimait avec privilége du roi. Le privilége est du 19 janvier 1653. Le livre fut achevé d'imprimer le 24 mars de la même année.

Page 498, note 1: _Poésies choisies_, etc.

C'est dans ce recueil de Sercy qu'on trouve aussi pour la première fois imprimés les vers pour la Guirlande de Julie, et les épigrammes, rondeaux et impromptus auxquels la dispute des sonnets de Job et d'Uranie a donné lieu.

CHAPITRE XXXVII.

Page 505, note 1: CORBINELLI, _Histoire de la maison de Gondi_.

L'histoire généalogique de la maison de Gondi a été composée par Corbinelli, en commun avec Ant. Pezay. La duchesse de Lesdiguières en fit les frais. C'est un ouvrage magnifique, pour la beauté des portraits. Des _Anciens Historiens réduits en Maximes_, il n'y a d'imprimé que les extraits de Tacite.

Page 505, ligne 11: Il se logea dans le quartier du Marais du Temple.

Saint-Simon nous apprend qu'au sujet des différents quartiers de Paris, et des statues de nos rois qui s'y trouvaient, on disait: Henri IV avec son peuple sur le Pont-Neuf, Louis XIII avec les gens de qualité à la place Royale, et Louis XIV avec les maltôtiers à la place des Victoires. Sur quoi Saint-Simon ajoute: «Celle de Vendôme, faite longtemps depuis, ne lui a guère donné meilleure compagnie.»

Page 506, ligne 3: Il l'acheta 270,000 livres.

Bussy dit quatre-vingt-dix mille écus. C'était l'écu de 1641, qu'on appelait louis blanc; mais alors le louis d'or ne valait que 12 f., ou plutôt 11 f. 05. Voyez l'_Extrait de tous les Édits et déclarations sur les Monnaies_, 1643, in-4º. Bussy, dans l'histoire qu'il adonnée de cette charge de mestre de camp de la cavalerie légère, remonte jusqu'à sa première formation, due à un seigneur albanais nommé George Castriol, sous Charles VIII. Le prix de ces charges était énorme. Ainsi le marquis de Soyecourt vendit 400,000 liv. (800,000 fr.) la charge de maître de la garderobe au duc de Roquelaure, qui se maria ensuite à la belle du Lude (Loret, _Muse historique_, liv. IV, p. 106 et 107). Beringhen acheta le même prix de Saint-Simon (le père de l'auteur des _Mémoires_), alors en disgrâce, la chaire de premier écuyer, et de plus 20,000 fr. de pension sa vie durant. De tels prix ne pouvaient provenir que des droits et priviléges lucratifs attachés à ces charges. Mais ce qu'on a plus de peine à comprendre, c'est le haut revenu des gouverneurs des petites places de guerre. Celle de Doullens une des moindres, valait à son gouverneur vingt mille écus (120,000 fr. monnaie actuelle).

Page 507, ligne 26: La vicomtesse de Lisle.

Cette madame de Lisle, dont parle Bussy, était probablement belle-fille du comte de Lisle qui en 1654 servait sous Conti, à l'armée de Catalogne. Voyez _Histoire de la Monarchie Françoise sous le règne de Louis le Grand_, 1697, in-12, t. II, p. 66, 4e édit.

Page 513, ligne 1: Madame de Précy s'aperçut qu'elle était jouée.

Dans les éditions de 1710 (p. 337), comme dans l'édition de 1754, le récit de Bussy finit ainsi: «J'en avertis madame de Monglas, ce qui fut cause qu'elles rompirent ensemble, et que dans la suite cette belle eut toutes les raisons du monde de croire que j'avais véritablement de l'amour pour elle.» Dans les deux éditions de Liége sans date, page 69 de l'une, page 207 de l'autre, on lit pour cette fin: «Le grand jour obligea la compagnie à se séparer, et la fin de cette histoire mit fin à l'entretien des quatre illustres pénitents, qui après une si belle préparation s'en retournèrent à Paris faire leurs pasques.» Au lieu de cette fin, qui est une dérision, on lit ce qui suit dans le manuscrit de l'Institut: «Mais madame de Monglas, qui était prévenue de ses artifices, lui battit froid là-dessus; et c'est là où finit cette plaisante affaire, à cause que la fonction de ma charge m'obligea d'aller à l'armée.»

CHAPITRE XXXVIII.

Page 515, ligne 8: Le nombre de mariages.

Les principaux mariages qui eurent lieu pendant cet hiver dans la noblesse furent ceux du marquis de Bade et de la princesse de Savoie, et du comte d'Orval. Le grand maître de l'artillerie donna un dîner au roi; les religieuses même s'en mêlèrent. Il y eut un repas magnifique donné à la reine par l'abbé de Saint-Antoine, qui coûta 3,130 écus, ou environ 18,760 francs de notre monnaie actuelle.

Page 517, note 1: _Description particulière du grand ballet de_ Pélée et Thétis, etc.

Dans cet ouvrage les costumes de chaque rôle sont décrits; on donne les noms de tous les acteurs, au nombre desquels étaient le roi de France, le duc d'York, la princesse d'Angleterre. Les figures de l'exemplaire qui est à la bibliothèque de l'Institut sont sur papier, mais peintes ou enluminées, et collées sur vélin. Le roi (Louis XIV) s'y trouve avec son costume d'Apollon. Ainsi que je l'ai déjà dit, ces costumes n'ont rien d'antique; ils sont bizarres, de mauvais goût, seulement éclatants par la richesse.

Le ballet de _Pelée et Thétis_ fut joué alors, pour la dernière fois, en mai 1654. Cependant ce goût des ballets dura longtemps: dans un beau tableau de Mignard, que nous possédons, madame de Thianges est représentée en Thétis, tenant par la main le duc du Maine, âgé d'environ douze ans, costumé en guerrier, et figurant Achille adolescent. Loret nous apprend que des particuliers, à l'exemple du roi, firent jouer chez eux des ballets en action. Un sieur Maréchal fit représenter chez lui un ballet intitulé _les Plaisirs de la Vie_.

Page 518, ligne 8: Par les révélations de La Porte.

Voltaire a très-bien jugé ce fait, et bien apprécié la conduite de La Porte. La haine contre le cardinal l'aveugla; il crut avoir trouvé occasion de le perdre par la plus absurde des accusations. Mais La Porte était de bonne foi dans cette accusation.

Page 518, ligne 24: Cette gentille Henriette.

Louis XIV, à qui Henriette d'Angleterre plut peut-être trop par la suite, ne l'aimait pas dans sa jeunesse; ou plutôt encore adolescent, et dans la première effervescence des sens, l'instinct de la nature lui faisait préférer les femmes formées à celles qui étaient à peine sorties de l'enfance. En 1645, dans un bal où se trouvait la princesse d'Angleterre, il se disposait à commencer la danse avec Olympe Mancini: l'impétueuse Anne d'Autriche, qui était présente, devint rouge de colère, arracha à son fils la nièce du cardinal, qu'il tenait à la main, et le força d'aller prier la princesse d'Angleterre. Elle lui fit sévèrement sentir qu'étant roi, c'était à lui, plus qu'à tout autre, de donner l'exemple du respect et des honneurs dus au sang royal, et que la jeunesse de la princesse, comme lui issue de Henri IV, et sa parente, ne le dispensait pas de ce devoir. (Voir Motteville, t. XXXIX, p. 367-368.)

Page 519, note 4: MONMERQUE.

Le savant biographe donne sur ce sujet des détails curieux, et auparavant inconnus. Il rapporte une épître de Godeau, évêque de Vence, à Conrart, en date du 22 janvier 1655, qui prouve que la première partie de _Clélie_ a dû paraître en 1654. Cependant l'exemplaire que j'ai vu porte pour cette première partie 1656. Est-ce un titre renouvelé, ou une réimpression?

Page 520, ligne 21: La mort du marquis de La Vieuville.

La Vieuville mourut le 2 janvier 1654.

Page 522, ligne 14: Ses châteaux de Vaux et de Saint-Mandé.

La bibliothèque que Fouquet avait réunie à Saint-Mandé était une des plus belles de l'Europe.

Page 523, ligne 25: De celle qu'il venait d'épouser.

Turenne s'était marié en 1653, à Charlotte de Caumont, fille du maréchal de La Force, riche héritière, qui mourut sans enfants.

CHAPITRE XXXIX.

Page 528, ligne 13: Ce nom de Saint-Nectaire.

Dans la gazette de Loret il est parlé «du bonhomme Senetaire, raffiné courtisan, vieil ami de maint partisan.» Ainsi Bussy, Loret, les Mémoires de madame de Motteville et ceux de Retz nous donnent des exemples de la transformation successive de ce nom de Saint-Nectaire en Senectaire, Senetaire, et Senneterre.

Page 533, lignes 3 et 4: «_Si l'on pouvait avoir de vos poulets, madame, on ne ferait pas tant de cas de vos lettres._»

Le mot _poulet_ signifiant un billet galant n'est pas fort ancien; il ne se trouve ni dans Nicot, ni dans Cotgrave. Il vient évidemment de l'usage d'appeler amoureusement une jeune fille _poulette_. Du temps de Voiture, qui s'est rendu célèbre par l'élégance de ses _poulets_, ce mot était fort en usage. Il l'était encore lorsque Bussy écrivait sa lettre à madame de Sévigné; mais, vingt-cinq ans après, Richelet remarqua dans son Dictionnaire (1699, in-4º, t. II, p. 199) que «le mot _poulet_ en ce sens (de petite lettre d'amour ou galante) n'est pas si en usage qu'il était autrefois.» Cependant l'Académie Française n'a pas cessé dans toutes les éditions de son Dictionnaire, depuis la première jusqu'à la dernière (1694-1835) de mettre le mot _poulet_ avec la signification donnée par Richelet, sans reproduire sa remarque, qui n'a pas cessé d'être vraie.

Page 536, ligne 16: La marquise d'Uxelles lui plaisait plus par son esprit que par sa beauté.

La lettre du 20 juin 1672 nous apprend que la marquise d'Uxelles était devenue fort grasse, et qu'elle avait eu une intrigue avec le fils du duc de Longueville. La lettre du 14 août 1676 prouve son étroite intimité avec un nommé La Garde, dont le mariage la contrarie si fortement.

Page 536, ligne 10: Déjà mariée en secondes noces.

Anne-Élisabeth, comtesse de Lannoi, fut mariée en premières noces à Henri-Roger du Plessis, comte de La Roche-Guyon. Elle fut mariée en secondes noces au duc d'Elbeuf, le 7 mars 1648, et mourut à vingt-huit ans, le 3 octobre 1654.

Page 537, lignes 6 et 7: Ne comptait pas une année de mariage.

Il résulte des deux lettres citées de Loret que le mariage de la duchesse de Roquelaure a eu lieu entre le 20 et le 26 septembre 1653. Dans la première lettre de Loret il est parlé des fiançailles de la duchesse de Roquelaure, et nous y apprenons que le duc de Roquelaure donne à sa fiancée douze bourses parfumées, contenant six mille pièces d'or de onze livres dix sous chacune, faisant 69,000 livres monnaie de cette époque, ou 138,000 fr. valeur actuelle.

Page 538, avant-dernière ligne: La cour entière fut attristée par sa mort.