Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6)
Part 33
Hier samedi, chose certaine, Sur le beau fleuve de la Seine, S'embarquèrent dessous Paris, Tant veufs que garçons, que maris, Non point pour aller en Afrique Mais en un coin de l'Amérique, Des hommes jusques à sept cents, Sans y comprendre les absents; De plus, sept douzaines de filles, Pour établir là des familles, Et multiplier audit lieu, Selon l'ordonnance de Dieu.
LORET, III, 57e lettre, du 10 mai 1652, p. 68.
Un abbé de Mariveau, qui était le chef principal de l'entreprise, se noya dans la Seine, près du Cours, en voulant sauter dans le bateau. (Cf. Raynal, _Hist. des Établissements européens dans les deux Mondes_, édit 1820, in-8º, t. VII, p. 44, et Ternaux-Compans, _Notice hist. sur la Guyane française_, 1843, in-8º, p. 50 à 59.)
Page 276, ligne 6: Ménage, qui n'aimait pas le marquis.
Tallemant rapporte que Ménage disait sans cesse à madame de Sévigné que son plus grand malheur était d'avoir épousé le marquis de Sévigné, et qu'il n'était personne qui, les connaissant tous deux, ne dit aussitôt: «Quel homme pour une telle femme!»
CHAPITRE XX.
Page 279, ligne 21: Un des fils Galland, avocat célèbre.
Il paraît que l'avocat Gondran est le même qui fut greffier du grand conseil, et dont Loret, dans l'endroit cité, fait un grand éloge comme royaliste, et comme homme charitable. Galland son père était peut-être celui auquel on doit un _Traité sur le Franc-Alleu_, cité par de Marca dans son _Histoire de Béarn_, p. 850, à l'_errata_.
Page 280, ligne 6: Avec La Roche-Giffard, gentil-homme breton.
Ce La Roche-Giffard prit le parti de la Fronde, et fut tué à l'attaque de la porte Saint-Antoine.
Page 281, ligne 5: Le jeune abbé d'Aumale.
L'abbé d'Aumale fut sacré archevêque de Reims sous le nom de Henri IV, en 1651. Il épousa Marie d'Orléans, fille unique du duc de Longueville, en 1657, et mourut le 5 janvier 1659.
CHAPITRE XXI.
Page 286, ligne dernière, et 287, ligne première: Il (le marquis de Sévigné) ne fut.
Conrart dit de Sévigné: «Quoiqu'il eût quelque esprit et qu'il fût bien fait de sa personne, on ne s'accommodait point de lui, et il passait presque partout pour un fâcheux.» Ceci a été écrit avant la comédie de Molière, et démontre que cette expression était en usage avant notre grand comique.
Page 289, ligne 24: Portaient ainsi un remède à la sédition.
Le prévôt des marchands et toute la cour, intimidés de la hardiesse et de l'insolence des séditieux, voulaient qu'Anne d'Autriche allât loger avec le roi à l'hôtel de ville; mais elle eut plus de courage et de tête que tout ce qui l'entourait, et comprit toute l'importance d'une telle démarche.
Page 292, ligne 11: Ce parti, proposé par de vils et ambitieux courtisans.
M. de Saint-Aulaire ne parle qu'obscurément de ce projet, et semble l'attribuer à la reine. Anne d'Autriche gardait bien ses secrets; on voit que même avec le maréchal Duplessis, qui lui était tout dévoué, elle dissimulait, et qu'elle ne laissa pas percer vis-à-vis de lui le projet qu'elle avait de faire arrêter M. le Prince: alors elle voulut envoyer Duplessis en province. (Voyez Duplessis, _Mémoires_, t. LVII, p. 363-368.)
Page 292, ligne 21: Les députés de la noblesse et des provinces.
Les députés de la noblesse s'étaient d'abord réunis chez le duc de Nemours; depuis, ils tinrent leurs assemblées aux Cordeliers.
Page 294, ligne 11: Que des personnes qui détestaient ce ministre.
Villeroy, Roquelaure, Joyeuse, qui occupaient les premières charges de la cour, étaient du parti de _Monsieur_, ou du duc d'Orléans. «Je n'ai, disait Anne d'Autriche dans un moment de découragement, que des traîtres et des poltrons à l'entour de moi.»
Page 294, ligne 15: Secondée par la duchesse de Navailles.
C'est à Mazarin que Navailles devait son titre de duc.
Page 299, ligne 12: Les théâtres, aussi encombrés de spectateurs.
La foule se portait surtout au théâtre de la rue Guénégaud, où les allusions à ce qui se passait en Angleterre, et l'impopularité du grand Condé, firent accueillir froidement la pièce nouvelle du grand Corneille, _Don Sanche d'Aragon_, tandis que son frère (qui se faisait appeler Corneille Delisle) s'attirait des applaudissements pour sa comédie intitulée _l'Amour à la Mode_; il y donnait dans Oronte le type de tous les petits maîtres qui ont été depuis mis au théâtre. _Don Sanche_ fut imprimé en 1650, mais ne fut joué qu'en 1651; le prince de Condé a donc pu y assister. Ceci rectifie ce qu'a dit M. Taschereau, _Vie de Corneille_, 1829, in-8º, p. 159.
Pages 299, deux dernières lignes: Dont elle gratifiait deux fois la semaine toute la haute société.
Le mariage du duc de Mercœur avec une fille de Mancini, nièce du cardinal, fut une occasion de fêtes; il en était de même pour le mariage projeté de mademoiselle de Chevreuse et du prince de Conti. Les occasions qu'on cherchait à faire naître pour déterminer _Mademoiselle_ et sa sœur la duchesse d'Alençon, ainsi que mademoiselle de Longueville et d'autres riches partis, étaient aussi des motifs puissants pour toutes ces réjouissances. Les ambassadeurs étrangers, qui étaient invités à toutes ces réunions, voulurent faire honneur à leur nation, et rendirent des fêtes non moins splendides. L'ambassadeur de Venise en donna une magnifique, dans les premiers jours de novembre 1651. Elle commença par une collation, puis après il y eut comédie, ensuite bal, puis le dîner, après feu d'artifice, et enfin concert. Ces fêtes duraient presque toujours toute la journée. Dans les fêtes que donnait MADEMOISELLE, elle faisait venir aussi des acteurs; après la comédie, on dansait, on jouait au colin-maillard. Toute la famille royale d'Angleterre se trouvait à ces réunions, et ce fut alors que le duc d'York fut sur le point d'épouser mademoiselle de Longueville. (Montpensier, _Mémoires_, t. XLI, p. 156.)
CHAPITRE XXII.
Page 307, ligne 21: Du grand prieur de Malte.
Le grand prieur de Malte, Hugues Rabutin, mourut en 1656; il était né en 1588.
Page 308, ligne 15: A la place, celle de mon veuvage.
J'ai suppléé dans ce passage ces mots: _et le commencement d'une existence_, qui ne se trouvent point dans le texte; ce texte est incomplet sans cela. Si le texte original est conforme à l'impression, c'est madame de Sévigné elle-même qui aura fait cette omission, ce qui arrive fréquemment lorsqu'on écrit rapidement une lettre, et sans la relire. Cela est évident; le _qui_ et tout ce qu'il régit ne peuvent se rapporter à l'année de son veuvage, mais à sa vie entière; le sens et les adjectifs féminins le font assez connaître. Ce passage et une grande portion de cette lettre ont été donnés au public pour la première fois dans l'édition de M. Monmerqué; mais aucun éditeur n'a remarqué que la phrase était incomplète.
Page 315, ligne 17: Le seul parmi les parlements du royaume qui se fût déclaré pour lui.
Le parlement de Bordeaux ne se sépara des autres parlements qu'en haine du duc d'Épernon, que la reine s'obstina à vouloir maintenir comme gouverneur de Guyenne.
Page 317, ligne 12: A l'exclusion de Mazarin, qu'ils détestaient.
La Rochefoucauld, la duchesse de Nemours et plusieurs autres crurent que Châteauneuf était parvenu à gagner les bonnes grâces de la reine, et que Mazarin n'était plus désiré que par les partisans qu'il avait à la cour, qui s'agitaient pour le faire revenir, en haine des ministres et de Châteauneuf; mais une élude approfondie de tous les documents de cette époque démontre qu'il n'en était pas ainsi, et que tous ceux qui l'ont cru ont été trompés par la profonde dissimulation d'Anne d'Autriche. Conférez surtout les _Mémoires_ de Duplessis-Praslin, t. LVII, p. 336.
Page 318, ligne 17: Par un arrêt il confirma celui de Mazarin.
Les précédents arrêts de la même cour, des 7 et 8 février, 11 mars, 2 et 8 août, rendus pour le même objet et dans la même année, se trouvent, avec l'arrêt cité, dans un recueil que nous possédons. L'arrêt cité fut rendu le 29 décembre; il est signé Du Tillet. Il fut publié à son de trompe, dans tous les carrefours de Paris, le vendredi 30 décembre 1651, ville et faubourgs, par Canto, juré-crieur ordinaire du roi, accompagné de trois trompettes de S. M.
Pages 318 et 319, lignes dernière et première: Qu'on s'interdisait même contre les pirates.
Heureusement que cette atrocité n'eut d'autre suite que celle d'occasionner les plaisanteries de Marigny, qui dressa un état de répartition des 150,000 livres accordées pour la tête de Mazarin, et mettait tant pour le nez, tant pour les oreilles, tant pour la langue de M. le cardinal, tant pour les membres, etc.
CHAPITRE XXIII.
Page 323, ligne 23: La cour même et la plus grande partie des royalistes.
Loret emploie dans cet endroit le mot _royaliste_, que nous avons conservé.
Page 327, note 1re: Chavagnac.
Ces _Mémoires_ de Chavagnac sont fort curieux, et ils auraient dû, ainsi que ceux de Bussy et de Navailles, être insérés par Petitot dans sa collection, plutôt que les Mémoires anonymes relatifs au dix-septième siècle, qui sont supposés; compilation médiocre, qui n'apprend rien qu'on ne trouve ailleurs.
Page 327, ligne 14: A lever un régiment pour ce prince.
Il y avait encore à cette époque un reste de ligue parmi les seigneurs huguenots, puisqu'ils faisaient une pension de huit mille livres au père du comte de Chavagnac. (Chavagnac, _Mémoires_, t. I, p. 141.)
Pages 328, lignes 13 et 14: C'est pourquoi il s'attachait à se rendre maître de l'esprit du duc d'Orléans.
Il est difficile de deviner ce qui a pu porter Lemontey à faire du cardinal de Retz un factieux dans la première partie de sa vie, un héros dans la seconde, si ce n'est la manie d'établir des contrastes piquants, et d'entasser des phrases ingénieuses aux dépens de la vérité. Cependant la lecture seule des _Mémoires_ du cardinal de Retz, faite avec discernement, suffit pour démentir l'idée que Lemontey veut en donner. Cet auteur ne paraît avoir étudié l'histoire de la Fronde que dans les _Mémoires_ de Retz; et il était difficile de choisir un guide plus infidèle et plus partial.
Page 329, lignes 23 et 24: Et voulait brûler la maison où elles s'étaient réfugiées.
Cette maison appartenait à un nommé Vaurouy.
Page 331, ligne 6: Cependant Innocent.
C'est par une distraction bien singulière qu'Anquetil a écrit (dans l'_Intrigue du Cabinet_, t. IV, p. 145) _Léon X_, au lieu d'_Innocent X_. Cette faute n'est point corrigée dans l'_errata_.
Page 333, ligne 8: La duchesse d'Aiguillon et Fabert.
Fabert était tout dévoué à Mazarin, qui lui avait confié l'importante place de Sedan, et lui avait donné ses nièces à garder.
Page 334, ligne 7: Une autorité au moins nominale.
Condé adjoignit à son frère, pour commander sous son nom, le comte de Marsin, un des généraux les plus expérimentés.
Page 334, lignes 9 et 10: A des libelles outrageants pour tous deux.
Conrart, à l'endroit cité, a le passage suivant: «On assure qu'ils (Jarzé et Sarrazin) ajoutaient qu'étant survenu quelque chose de pressé, où il fallait avoir les ordres du prince de Conti, on les avait été chercher dans la chambre de madame de Longueville, où on les trouva tous deux au même lit. Ces placards se sont vus imprimés.»
Page 334, ligne dernière: Négligeait par trop le soin de sa personne.
Cette malpropreté était de famille; car le grand Condé, selon _Mademoiselle_, était remarquable sous ce rapport. (Montpensier, _Mém._, t. XLI, p. 314; t. XLII, p. 220.)
Page 336, ligne 8: A la muse spirituelle de Benserade.
Cette chanson de Benserade commençait ainsi:
Châtillon, gardez vos appas Pour une autre conquête: Si vous êtes prête, Le roi ne l'est pas.
Bussy, dans son _Histoire amoureuse des Gaules_, rapporte le premier vers de cette chanson, et nomme l'auteur, Prospère. Ce qui prouve encore que les éditeurs de l'édition de 1754 ont mis les noms d'après la clef de la première édition, c'est que cette clef ne contenait pas l'explication du nom de Prospère, et qu'ils ont laissé ce nom sans explication. Loménie de Brienne nomme Benserade au lieu de Prospère, et dans l'édition de l'_Histoire amoureuse de France_ de 1710 le nom de Benserade est substitué à celui de Prospère. Les éditions récentes de l'_Histoire amoureuse des Gaules_, sous format in-8º, ne sont que des réimpressions de l'édition de 1754, avec de nouvelles fautes d'impression.
Page 336, ligne 20: Cambiac se retira lorsqu'il sut que Condé était son rival.
Lenet dit: «La princesse (de Condé la mère) tint un conseil composé de Roquette, de la duchesse (de Châtillon), de madame de Bourgneuf, de Cambiac, et de moi.» Ce passage prouve que Cambiac était du conseil intime de la princesse douairière, et confirme tout ce que Bussy en dit, page 181. On doit remarquer que MADEMOISELLE et Lenet confirment ce que Bussy dit sur Cambiac; ce qui vient à l'appui de l'assertion de Bussy dans sa lettre au comte du Saint-Aignan, où il affirme que dans l'_Histoire amoureuse des Gaules_ il n'a fourni que la broderie, mais que pour les faits, il n'a écrit que ce qui était connu à la cour. Il y a ici de notables différences entre les diverses éditons de ce livre. Celle de 1710, intitulée _Histoire amoureuse de France_, donne sans déguisement le nom de Cambiac.
Page 338, ligne 15: Publiaient l'un contre l'autre des libelles anonymes.
Gondi répondit à tous les écrits de Chavigny par un petit écrit intitulé _les Contre-temps du sieur de Chavigny_; pamphlet plein de sel et de gaieté, qui fit, dit-on, pleurer de rage celui contre lequel il était dirigé.
Page 339, lignes 12 et 13: En empêchant les troupes du roi de pénétrer dans Orléans.
On fit alors une estampe satirique qui représentait MADEMOISELLE en amazone, armée d'un grand balai, et balayant, comme une ordure, Mazarin hors des portes d'Orléans.
Page 341, ligne 19 et 20: Qu'il protégeait contre tous les maux de la guerre-civile.
Brienne dit: «On eût bien pu trouver des endroits convenables, en Normandie, au séjour de la cour; mais on craignait de donner de la jalousie et du soupçon à M. de Longueville, qui faisait en sorte que le roi y jouissait d'une partie de ses revenus, qui empêchait qu'on s'y soulevât, et qu'on y causât le moindre préjudice au service de S. M.; mais il donnait assez à entendre qu'il ne fallait pas en demander davantage de lui.»
Page 342, lignes 4 et 5: Et une hideuse famine.
Balzac écrivait à Conrart, le 20 novembre 1651: «Quand la paix se ferait demain, cette courte guerre y laissera une longue mémoire des maux qu'elle a faits. Si on réforme et si on règle ainsi les États, bien heureux sont les États qu'on laisse dans le désordre et la corruption.»
CHAPITRE XXIV.
Page 346, ligne 5: Une actrice.
Cette actrice se nommait Baron.
Page 347, ligne 4: La duchesse d'Orléans.
La duchesse d'Orléans mit aussi à profit la fureur du jeu, et joua ses meubles contre des sommes qui surpassaient leur valeur, mais dont la destination était marquée d'avance. Cet exemple fut imité.
Page 348, ligne 15: Leurs ouvrages et leurs exemples avaient donné un caractère plus grave à ces réunions d'hommes de lettres.
Un maître des requêtes, membre de l'Académie Française, Habert de Montmor, était à cette époque le Mécène des gens de lettres. Il cultivait également les sciences et la littérature, et faisait facilement des vers latins. Il avait table ouverte pour les savants et les beaux esprits. Il en logeait plusieurs dans son hôtel. Gassendi, l'homme le plus universel de son temps, ce digne rival de Galilée et de Kepler, ce précurseur de Newton et de Leibnitz, logea chez lui, et y mourut. Les réunions dont il était l'oracle et le patriarche ne discontinuèrent pas même pendant les crises orageuses de l'année suivante. On y lisait fréquemment des lettres de la reine Christine, alors en correspondance avec Gassendi et avec plusieurs autres savants de Paris, qu'elle cherchait à attirer en Suède, donnant ainsi l'exemple rare, parmi les souverains, de sa prédilection pour un genre de gloire préférable à celui des conquêtes.
Page 355, ligne 7: Saint-Évremond.
Saint-Évremond a fait le portrait de la comtesse d'Olonne dans le temps où il en était lui-même amoureux. Sa mère se nommait Marie de Raynier. La comtesse d'Olonne mourut le 13 juin 1714.
Page 359, avant-dernière ligne: Fit échouer les projets du cardinal.
La sœur cadette de la comtesse d'Olonne épousa le maréchal de la Ferté. Les deux sœurs se ressemblaient par les mœurs, et demeurèrent ensemble vers la fin de leur vie. Elles étaient d'une branche cadette de la maison d'Angennes. Elles moururent toutes deux en 1714. Saint-Simon rapporte sur elles une anecdote curieuse à l'endroit cité.
CHAPITRE XXV.
Page 362, ligne 6: Quand on veut jaser et qu'on n'ose.
Loret donne une épithète à chacune de ses lettres, pour en caractériser par un seul mot le contenu, et il a surnommé _tremblante_ celle du 18 août. A la page 40 du livre III, il nous apprend que sur le Pont-Neuf les crieurs faisaient retentir la place des nouvelles victoires remportées contre les mazarinistes, tandis que chez le maréchal de L'Hospital on faisait ceux-ci victorieux.
Page 362, lignes 17 et 18: On s'empressait aux sermons du père Le Boux.... du père George.....
Le père Berthod indique encore un autre prédicateur qui, comme le père George, prêchait contre Mazarin; mais il n'en donne pas le nom. Nous apprenons par Loret que c'était à l'église de Saint-Severin que prêchait le père Le Boux; le père George prêchait aux Jacobins de la rue Saint-Honoré.
Page 365, ligne 23: Le déguisement qu'il avait emprunté.
On commanda à Condé de brider un cheval, et il ne sut comment s'y prendre. Une autre fois, on lui donna la queue de la poêle à tenir pour faire cuire une omelette, et, en voulant la retourner, il la jeta dans le feu. M. de Saint-Aulaire, dans son _Histoire de la Fronde_, t. III, p. 120, se trompe lorsqu'en parlant de cette marche il dit de Condé, «qu'il s'acquittait mieux qu'aucun de ses compagnons des différents rôles que lui imposait la nécessité». Il est à présumer qu'il n'a lu ni la relation de Chavagnac ni celle de Gourville, qui sont les deux véritables autorités pour ce point d'histoire. Nemours, qui avait fait une traversée semblable avec Chavagnac, pour aller en Flandre chercher les troupes espagnoles, s'était montré encore plus inexpérimenté. Malgré son courage, il ne pouvait supporter la fatigue et les privations; et il subissait tous les inconvénients d'une éducation molle et efféminée.
Page 365, ligne 23: Contre un gentil-homme royaliste.
La Rochefoucauld nomme ce gentil-homme La Bassinière; Chavagnac le nomme Bassiniac. Chavagnac raconte, à la page 151, un singulier acte de brutalité de Condé envers Guitaut.
Page 367, lignes 13 et 14: Le Languedoc ne lui eût point été contraire.
Du Languedoc il faut excepter la ville de Toulouse, que le parlement eût maintenue dans le parti du roi.
Page 367, ligne 23: Condé se rendit à Paris.
Loret nous apprend que ce fut un jeudi que Condé entra dans Paris. Le bas peuple cria _vive Condé!_ et des femmes du peuple allèrent à sa rencontre avec des lauriers.
CHAPITRE XXVI.
Page 373, ligne 3: Il chemina lentement.
Le roi alla loger au Louvre, qui était alors entouré de fossés, et non aux Tuileries.
Page 373, note 2: _Loménie de Brienne_.
On dira peut-être, au sujet de cette citation de Loménie de Brienne, qu'elle prouve peu, parce que dans ce passage c'est le fils du maréchal de Villeroi qui dément les bruits injurieux répandus sur son père relativement à l'éducation de Louis XIV, dont le maréchal était gouverneur; mais ce témoignage vaut bien celui des ennemis de Mazarin, qui avaient plus d'intérêt à noircir ce ministre, que Villeroi fils à le disculper longtemps après sa mort.
Page 377, ligne 12: La dispersion du papier par ceux de la paille.
L'affaire du papier, quoique réprimée, produisit cependant son effet; elle amena la concession des passe-ports qu'on avait refusés aux bourgeois députés par le roi, et la démission de Broussel de sa place de prévôt des marchands.
Page 377, ligne 16: Les partisans du roi dans Paris.
Sève, annonçant au roi qu'il était suivi par un grand nombre de ses concitoyens, dit: «Sire, laissez-vous vaincre à leurs prières, rendez-vous à leurs larmes, etc.»
Page 378, note 2: Berthod.
La publication récente des Mémoires du P. Berthod a jeté un jour tout nouveau sur cette partie importante de l'histoire de la Fronde. Quand les masses sont préparées à une révolution, l'influence individuelle a une grande puissance; quand, au contraire, elles sont opposées à tout changement, cette influence est nulle.
Page 380, ligne 19: Jaloux de la faveur dont il jouissait.
Loret lui-même, quoique bon royaliste, n'aimait pas Mazarin, et dit qu'il est haï des provinces.
Page 382, ligne 12: Mazarin reparut.
Tandis que Condé pillait les convois de grains qui entraient dans la capitale, Mazarin les faisait protéger par les troupes royales. Quand il fallut conférer pour l'entrée du roi, ce ne fut pas aux chefs des partis, ou au prévôt des marchands, ou au gouverneur, que l'on voulut avoir affaire, mais avec les six corps des marchands et avec les trois cents bourgeois qui commandaient la garde urbaine. Voilà de l'habileté. MADEMOISELLE s'enfuit, masquée et déguisée, et sous un faux nom, dans le carrosse de madame de Montmort. Gaston, en partant, ne voulut point la voir; il lui reprochait de l'avoir poussé contre la cour. Les caractères faibles se font justice: ils sentent qu'ils ne peuvent rien par eux-mêmes, et attribuent toujours aux autres les fautes qu'ils commettent. Tous les membres du parlement, quelles que fussent leurs opinions, quelle qu'eût été leur conduite, furent convoqués au Louvre, à la réserve d'un très-petit nombre des plus factieux; savoir, Broussel, Vial, de Thou, Portail, Bertaut, Croissy, Fouquet, Machault-Fleury. Vincennes et la Bastille furent rendus par Louvière et madame de Chavigny, sur un simple ordre du roi. Gaston et le parti des princes voulurent faire croire à la cour que Paris était encore trop près de la révolte; ils demandaient du temps pour disposer la population à recevoir le roi; mais on était trop bien instruit de l'état des choses pour se laisser tromper, et la cour continua sa marche. La même situation se retrouva pour Louis XVIII. Fouché persuada au conseil du roi que les jacobins étaient encore redoutables dans Paris, et il arrêta le monarque à Saint-Ouen; par là on crut cet homme nécessaire ainsi que les siens, et il souilla la royauté de son ministère. On apprit ainsi aux peuples que le sceptre résidait entre les mains de la peur. Tous les malheurs qui suivirent viennent de cette première faute. Lorsque Louis XVIII crut devoir s'arrêter à Saint-Ouen, les jacobins avaient encore moins d'influence dans Paris que les frondeurs lors du retour de Louis XIV. On ne sut pas séparer le parti conventionnel ou jacobin du parti militaire ou bonapartiste; ces deux partis étaient bien distincts, et opposés. Ils se réunirent quand ils se virent enveloppés par la royauté dans une même défiance. Alors le roi et la monarchie restèrent dépouillés de leurs plus fermes appuis, et eurent pour ennemis les bonapartistes, qui alors, ayant répudié leur chef, avaient intérêt à tout conserver, à tout affermir, et au besoin à tout reconquérir.
Page 383, lignes 4, 5 et 6: Cette marche habile lui acquit l'estime de tous les cabinets étrangers.
De même que Richelieu, Mazarin ne sépara jamais ses intérêts de ceux du royaume, ni le royaume de la personne du roi. Lorsque Condé voulait dominer le roi, Mazarin conseillait à la reine de s'unir au coadjuteur, qui pourtant était son plus grand ennemi; et plus tard il préférait mettre le roi sous le joug de Condé, et par conséquent sous celui de ses sujets révoltés, plutôt que sous la domination des Espagnols.
Page 386, ligne 21: Au lieu d'armer et de se fortifier.