Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6)
Part 32
Cet écrit, peu connu, qui parut presque aussitôt après la sortie des princes, dévoile toutes les intrigues de la cour aussi complétement que l'ont fait les Mémoires que l'on a publiés depuis. On y trouve, page 45, la phrase latine que le coadjuteur improvisa dans une séance du parlement, comme étant une citation de Cicéron.
Page 221, ligne dernière: Sévigné, de race frondeuse.
Loret écrit Cevigny, et ailleurs Sevigny; c'est de cette dernière manière qu'on écrivait alors habituellement ce nom.
Page 221, lignes 20 et 21: Sa protectrice mademoiselle de Longueville.
Elle était fille du duc de Longueville et de Louise de Bourbon-Soissons, sa première femme. Formée à l'hôtel de Rambouillet, elle partagea sa vie entre la culture des lettres et l'administration de ses grands biens. Elle occupait à Paris, de moitié avec la princesse de Carignan, sa tante, ce magnifique hôtel de Soissons qui a été abattu, et que la halle aux blés a remplacé. Loret, liv. I, p. 9, nous apprend que la duchesse de Nemours était blonde. Le château de Trie, près de Coulommiers, lui appartenait. Elle mourut en 1707, à quatre-vingt-six ans. Saint-Simon raconte différemment des autres auteurs l'anecdote piquante du confesseur.
CHAPITRE XVI.
Page 225, note 3: COSTAR, _Lettres_.
Le premier recueil des Lettres de Costar, publié par Costar lui-même, est dédié à Fouquet. Dans sa préface, il parle «des faveurs continuelles dont il a eu la bonté de le prévenir.» Le vrai nom de Costar était Coustart. Voyez à ce sujet le _Ménagiana_ et la lettre que Costar adressa à son cousin de Coustart, part. II, p. 773, lettre 23; et la _Vie de Costar_, t. VI, p. 233 des _Historiettes_ de Tallemant des Réaux, édit. in-8º.
Page 225, ligne 18: Leur château de Champiré près Segré; et p. 226, ligne 1: Renaud de Sévigné.
Costar écrit Sévigny, comme tous ceux de son temps. Il reproche galamment à mademoiselle de Lavergue d'avoir la bouche trop petite.--Aucun livre n'est inutile: après avoir cherché Champiré dans le dictionnaire de la poste aux lettres et dans tous les dictionnaires de géographie de la France les plus amples, j'ai trouvé dans le _Journal de la Mode_, ou _Revue du Monde élégant_, quatrième année, douzième livraison, à la p. 32, dans la liste des souscripteurs pour ces deux filles héroïques, Marie Bossy et Charlotte Moreau, «le comte de Narcé, au château de Champiré, près Segré.» Nul doute que ce château ne soit celui qui a appartenu à Renaud de Sévigné.
Page 226, ligne 14: Qu'à la sérieuse et savante comtesse de La Fayette.
Auger et M. de Saint-Surin font naître madame de La Fayette en 1632; mais Grouvelle, dans son édition des _Lettres de madame de Sévigné_, l'auteur de la notice sur madame de La Fayette dans la _Galerie Française_, et celui de la Collection des meilleurs romans (Dauthereau, 1827, in-18), la font naître en 1633.
Page 228, ligne 26: Une satire intitulée _la Mazarinade_.
Le passage de Guy-Joly prouve que _la Mazarinade_ fut écrite en 1649.
Page 229, ligne dernière: Mais à la mode du Marais.
Cette sœur de Scarron, qui fut maîtresse du marquis de Tresme, était fort belle. Scarron avait une autre sœur. Une des deux aimait le vin.
Page 230, ligne 3: Qui mourut dans le cours de l'année 1650.
Denon, conteur aimable, espiègle et spirituel, a fait à M. de Saint-Aulaire un récit sur Marion de Lorme, que l'historien de la Fronde a pris au sérieux, et qu'il a de bonne foi inséré dans son histoire, t. I, p. 58, et t. III, p. 51, parmi les pièces justificatives. Je parle de la première édition de cet ouvrage. On en a fait depuis une seconde: j'ignore si cette anecdote y a été reproduite.
Page 230, ligne 5: Afin de ne voir son mari ni dans ce monde ni dans l'autre.
Tallemant attribue ce mot à la comtesse de la Suze, et le _Ménagiana_ à mademoiselle de Montausier.
Page 231, ligne 8: Un sujet bachique.
Le sujet de l'autre tableau était le ravissement de saint Paul.
CHAPITRE XVII.
Page 236, ligne 17: Anne de Lenclos a vécu près de quatre-vingt-dix ans.
Voltaire, qui était fils du notaire de mademoiselle de Lenclos, nous a conservé sur elle quelques anecdotes précieuses, mais plutôt d'après les souvenirs de l'abbé de Châteauneuf que d'après les siens propre; il a écrit avec légèreté, et n'a pas pris la peine, dans ce qu'il a dit de cette femme célèbre, de se mettre d'accord avec lui-même. Il ne lui fut présenté que peu de temps avant qu'elle mourût. Elle avait alors quatre-vingt-neuf ans, et lui onze et demi, et non treize, comme il le dit. Il donne, dans ses _Mélanges_, t. XLIII, édit. Renouard, p. 470, soixante-dix ans à Ninon lors de son aventure avec Châteauneuf; et dans le _Dictionnaire philosophique_, t. XXXV, p. 224, il ne lui en donne plus que soixante à cette même époque; il dit aussi, p. 125, qu'il a vu Ninon décrépite à l'âge de quatre-vingts ans; et il oublie que lorsque Ninon avait quatre-vingts ans, lui, Voltaire, n'avait que deux ans. A quatre-vingt-neuf ans elle sut apprécier dans le jeune Arouet le génie précoce d'un enfant de onze ans, puisqu'elle lui légua une assez forte somme pour acheter des livres. Bret a recueilli, sans choix et sans critique, tous les contes qu'il a trouvés épars dans les recueils d'ana. Douxmesnil a écrit avec plus de discernement, d'après les récits et les souvenirs de Fontenelle et de la comtesse de Sandwich, de l'abbé Fraguier et de l'abbé Gedoyn, qui tous cependant n'avaient connu Ninon que dans sa vieillesse. Tous ces ouvrages doivent être employés avec précaution. On trouve de meilleurs et de plus sûrs matériaux dans les Mémoires du temps écrits par les contemporains de Ninon, surtout dans les Mémoires de Tallemant des Réaux, qui étaient manuscrits lorsque nous en avons fait usage; ainsi que dans les œuvres de Saint-Évremond, dans les lettres de madame de Sévigné, de madame de Maintenon, et dans les Mémoires de Saint-Simon.
Page 239, ligne 1: Et qui n'engage à aucune reconnaissance.
Il est probable que l'abbé de Châteauneuf, qui tenait la doctrine de Ninon de sa propre bouche, l'a rendue dans les mêmes mots. Aussi nous n'y avons rien changé.
Page 239, ligne 2: Abandonnée à elle-même dès l'âge de quinze ans.
Elle perdit sa mère à quatorze ans, en 1630, et son père à quinze, en 1631.
Page 240, ligne 10.
Dans la pièce gracieuse, mais beaucoup trop longue, de la Mesnardière, que nous citons; intitulée: _Galanterie à mademoiselle de Lenclos_, le poëte lui dit:
Prenez soin de corriger Votre enfant Amour, qui m'outrage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pardonnez-moi si je le chasse: Mais que voulez-vous que j'en fasse? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mais, pour dormir en patience Et conserver quelque embonpoint, Ninon, que ne ferait-on point? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . J'observe . . . . . . . . . . . . . . Qu'il m'aime fort auprès de vous; Et pour moi, j'y voudrais bien être. Mais aussi je voudrais connaître Que sa maman n'aimât que moi; Et je doute fort que le roi Puisse avoir ce crédit en France.
Page 241, ligne 6: Un attrait inexprimable.
Au-devant des Mémoires de Bret sur Ninon est une réduction de son portrait peint par Ferdinand, et qui peut nous donner quelque idée de ses traits; mais son portrait de profil, que M. Renouard a inséré dans son édition de Voltaire, est tout à fait faux et imaginaire.
Page 244, ligne 5: Le gentil et spirituel Charleval.
Charleval mourut en 1693.
Page 244, ligne 10: Le marquis de Soyecourt, si fameux dans les annales de la galanterie.
C'est de Soyecourt (on prononçait Saucourt) que Benserade a dit, au sujet d'un ballet où il représentait un diable:
Contre ce fier démon voyez-vous aujourd'hui Femme qui tienne? Et toutes cependant sont contentes de lui, Jusqu'à la sienne.
Page 248, ligne 14: D'une manière peu honorable.
Tallemant dit que Lenclos se conduisit indignement dans le duel avec Chaban, et que son action pouvait passer pour un assassinat. Chaban avait un pied dans la portière de sa voiture lorsque Lenclos le perça de son épée.
Page 248, ligne 15: Lenclos jouait fort bien du luth.
C'est ce qui a fait dire que Ninon était fille d'un joueur de luth; mais Douxmesnil réfute cette erreur, mieux instruit à cet égard que Voltaire, qui la reproduit.
Page 249, lignes 3 et 5: Saint-Étienne fut le premier amant de Ninon.
Chocquart de Saint-Étienne, originaire d'Amiens, servit pendant vingt-cinq campagnes avec une valeur extraordinaire: d'abord comme chevau-léger, puis en qualité de maréchal des logis, d'aide-major, de cornette, de lieutenant et de capitaine dans les régiments de cavalerie de Bussy de Vère, Mérinville-Pardaillan et Plessis-Praslin. Louis XIV lui accorda des lettres de noblesse pour lui et ses descendants, le 19 septembre 1660.
Page 249, lignes dernières: Elle comptait au nombre de ses amis plusieurs créatures du cardinal.
Bois-Robert était très-lié avec Ninon, et on sait quelles étaient les mœurs de cet abbé. Tallemant raconte qu'un jour on faisait la guerre à Bois-Robert sur le vice honteux qu'on lui connaissait; il ne se défendit que faiblement, en disant: On ne doit pas parler de cela en présence de mademoiselle de Lenclos. (Voyez le _Ménagiana_, t. I, p. 45.)
Page 250, ligne 7: Ce fut Marion de Lorme, selon Chavagnac.
Dans les Mémoires de Chavagnac, les personnages ne sont pas nommés, et Marion de Lorme n'est désignée que par des astérisques. La troisième édition de ces Mémoires, 1721, in-12, n'est qu'une réimpression de la première, et a de même les noms en blanc. Dulaure, qui rapporte ce passage dans son Histoire de Paris, a mis les noms en toutes lettres, mais sans en prévenir ses lecteurs. Richelieu naquit le 5 septembre 1585. C'est dans les Mémoires de Chavagnac que Bret semble avoir puisé le fait que Richelieu fit de vaines tentatives auprès de Ninon.
Page 250, ligne 24: Raré, cet aimable garçon.
Saint-Simon fait mention d'une madame de Langle qui était fille de M. de Raré.
Page 251, ligne 8: Une circonstance peu importante.
Tallemant dit que la jeune Ninon, sévèrement surveillée par sa mère, ayant un jour aperçu Raré dans la rue, descendit en toute hâte de chez elle pour lui parler. Un mendiant vint troubler leur conversation. N'ayant point d'argent à lui donner, elle se hâta de lui remettre un mouchoir bordé d'une belle dentelle, en lui disant: «Va-t'en;» et elle se débarrassa ainsi de ce témoin importun.
Page 251, ligne 15: Elle alla se jeter dans un couvent, et annonça l'intention d'y rester.
Scarron confirme ceci, et, dans son épître à Sarrasin, dit:
Puis j'aurais su... Ce que l'on dit du bel et saint exemple Que la Ninon donne à tous les mondains, En se logeant avecques les nonains; Combien de pleurs la pauvre jouvencelle A répandus quand sa mère, sans elle, Cierges brûlant, et portant écussons, Prêtres chantant leurs funèbres chansons, Voulut aller, de linge enveloppée, Servir aux vers d'une franche lippée.
La fin de cette épître prouve qu'elle a été écrite trois jours après la mort de la mère de Ninon:
Fait à Paris, dessous ma cheminée, Par moi Scarron, carcasse décharnée, Trois jours après que les yeux furent clos Pour tout jamais à la mère Lenclos.
Page 252, ligne 11: De Bois-Dauphin (Souvré).
Madeleine de Souvré, femme de Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé, seigneur de Bois-Dauphin, mourut en 1678.
Page 252, ligne 21: Coligny, marquis d'Andelot, depuis duc de Châtillon.
Gaspard, duc de Châtillon, marquis d'Andelot, mourut lieutenant général, le 9 février 1649, à l'attaque de Charenton. Il eut en 1641 le régiment de Piémont. Il paraît, en comparant les _Mémoires_ de Chavagnac avec les autres récits, que Chavagnac a mal compris son frère, ou que ses souvenirs, en écrivant, l'ont trompé. Le frère de Chavagnac était l'ami intime de d'Andelot, et il paraît avoir aimé Marion de Lorme à la même époque où d'Andelot se passionna pour Ninon. C'est dans les _Mémoires_ de Chavagnac qu'on trouve le récit le mieux circonstancié de la mort de Châtillon; Chavagnac se trouvait près de lui au moment fatal.
Page 254, ligne 3: A Châtillon succéda Miossens, depuis maréchal d'Albret.
Miossens ou Miossans est une des douze grandes baronnies du Béarn. Le nom de Miossens était Charles Amanien d'Albret. Il mourut en 1678; en lui s'éteignit la postérité masculine des Miossens.
Page 254, lignes 13 et 15: D'Elbène était connu par l'originalité de son esprit.
Guy d'Elbène fut marié à Charlotte Refuge, qui, dit-on, lui apporta en dot quatre-vingts procès. Elle mourut le 3 septembre 1680. En 1649 d'Elbène fut envoyé à Rome. (Voyez RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 56.) Guy d'Elbène mourut à l'hôpital. (Voyez la lettre de Ninon à Saint-Évremond, dans Douxmesnil, p. 194.) Un Alphonse d'Elbène, peut-être le frère de celui-ci, fut évêque d'Orléans en 1646, et mourut le 2 mai 1665. Il en est parlé dans le Voyage de Chapelle et Bachaumont, 1755, in-12.
Page 255, lignes 26 à 27: Ses liaisons avec le chevalier de Méré datent de cette époque.
George Brossin, chevalier et marquis de Méré, descendait d'une ancienne famille du Poitou. Il était cadet, et avait fait quelques campagnes sur mer. Il se retira dans une terre qu'il avait en Poitou. «La société de madame la marquise de Pont, sa belle-sœur, n'a pas peu contribué à le détacher du monde et de la cour. Il lui laissa tout son bien.»
Page 256, ligne 3: Le cardinal archevêque de Lyon lui rendit de fréquentes visites.
Le caractère sévère de du Plessis de Richelieu, son âge et sa piété bien connue, le mettent à l'abri de tout soupçon dans ses relations avec Ninon; voilà pourquoi j'ai dû interpréter favorablement ce passage assez singulier des _Mémoires_ de Tallemant: «Elle se mit dans un couvent: le cardinal de Lyon devint amoureux de sa belle humeur, et fit quelques folies pour elle». Dans un autre endroit de ses _Mémoires_, Tallemant parle d'un abbé de Richelieu qui entretenait Claudine Colletet. Cet abbé était probablement neveu du cardinal et du ministre. Conférez _OEuvres de La Fontaine_, édit. 1828, t. VI, p. 270.
Page 259, lignes 1 et 2: Cette réponse à la reine, qui, selon Saint-Simon et Chavagnac.....
Douxmesnil (p. 154) a tort de vouloir faire considérer ce fait comme invraisemblable. Il est attesté par les meilleures autorités, par les hommes les mieux instruits sur ce qui concerne Ninon: Chavagnac, Tallemant des Réaux, Saint-Simon et Voltaire. Il se peut que sous Louis XV, en 1751, lorsque Douxmesnil écrivait, on s'inquiétât peu des liaisons amoureuses et de la conduite scandaleuse ou non des femmes nobles ou non nobles; mais il n'en était pas ainsi sous la régence d'Anne d'Autriche, ni même sous le règne de Louis XIV, qui plus tard, et lorsqu'il avait tant de motifs pour être indulgent sur cet article, obligea cependant mademoiselle de La Force à mettre un terme à son genre de vie peu réglé et à se retirer dans un couvent. Conférez l'_Histoire de la Vie et des Ouvrages de La Fontaine_, troisième édition, page 513.
Page 259, ligne 3: Qu'elle laissa Ninon en repos.
Chavagnac dit que la reine, en apprenant cette réponse, dit en riant: «Fi! la vilaine! qu'elle s'en aille où elle voudra. «Ceci est plus dans le caractère d'Anne d'Autriche que ce que dit Saint-Simon.
Page 259, ligne 20.
Voltaire attribue ce mot à Ninon même; mais le _Ménagiana_ est une autorité antérieure et préférable. Le mot est meilleur dans la bouche d'un autre que dans celle de Ninon.
Pages 260, lignes 2 et 3: Émery vivait depuis longtemps avec la femme de Coulon.
Un de ces couplets, dans mon recueil manuscrit, se termine ainsi:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . Ne t'étonne pas si Coulon Aime bien la fille Ninon, Car il a droit de représailles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Daye d'Andaye.
Dans mon exemplaire il y a cette note marginale. «Ninon est celle qu'on appelle aujourd'hui mademoiselle de Lenclos.» Cette note a été évidemment écrite dans la dernière époque de la vie de Ninon, et prouve ce que nous avons dit sur la manière de la désigner. Il a été fait de ces recueils manuscrits de chansons et de vaudevilles satiriques un grand nombre de copies. Il y en a dans diverses bibliothèques particulières, à la Bibliothèque du Roi, à la Bibliothèque Mazarine, et ailleurs. Il y a dans les _Mémoires_ de Tallemant le récit d'une dispute entre Coulon et sa femme, en présence de madame de Tallemant, au sujet d'Émery, mais qui est trop ignoble pour pouvoir être rapportée.
Page 261, lignes 4 et 5: Il (d'Aubijoux) mourut le 9 novembre 1656.
François-Jacques d'Aubijoux était baron de Castelnau, de Bonnefons, de Sauveterre et de Casaubon. Sa famille descendait d'un frère du cardinal d'Amboise. Les vers du _Voyage de Chapelle et Bachaumont_ dont nous parlons sont ceux qui commencent ainsi:
Sous ce berceau, qu'Amour exprès, etc.
La mort du comte d'Aubijoux, qui arriva en 1656, nous fait penser que ce voyage eut lieu en 1655. L'édition faite sur le meilleur manuscrit est celle de La Haye, 1732, chez Pierre Gosse. Saint-Marc, le seul qui ait exécuté sur cet auteur un travail d'éditeur, en fait l'aveu; mais il dit qu'il a connu trop tard cette édition pour pouvoir en faire usage. Toutes les éditions postérieures à celle de Saint-Marc ne sont que des réimpressions de la sienne. La plus mauvaise et la plus belle est celle de Lille, 1826, in-8º.
Page 263, ligne 11: D'un oculiste nommé Thévenin.
Tallemant nous apprend que madame Thévenin, la femme de l'oculiste, était la tante de M. Paget. (Tallemant, _Historiettes_, t. II, p. 232.)
CHAPITRE XVIII.
Page 265, note 2, et page 269, note 1: BUSSY, _Hist. am. des Gaules_.
J'ai cité quatre éditions primitives de l'ouvrage de Bussy: la première ayant pour titre: _Histoire amoureuse des Gaules_; Liége, sans nom d'imprimeur, sans date, de 208 pages, petit in-12. Le morceau sur madame de Sévigné est pages 170-171. Le titre du livre porte des arabesques en triangle. Le titre de l'autre édition est pareil, porte aussi le nom de Liége, mais a une croix de Saint-André noire et pleine. Cette édition est faite avec des caractères elzéviriens, et sur plus beau papier que la précédente. Elle a deux paginations. Le morceau sur madame de Sévigné commence à la page 23, et se termine à la page 46 de la seconde pagination. Dans ces deux éditions les noms sont déguisés, et il y a une clef à la fin. Le cantique inséré page 236 de l'édition de 1754, qui commence ainsi,
Que Deodatus est heureux, etc.,
ne se trouve dans aucune des deux éditions primitives. Deux autres éditions portent la date de 1666; l'une, intitulée: _Édit. nouvelle_, a une clef; l'autre porte le nom de Bussy, et est, je crois, la première avec les noms réels insérés dans le texte. Une autre édition du même ouvrage, intitulée _Histoire amoureuse de France_, chez Adrian Moetjens, 1710, 2 vol. in-12, minces, a aussi les noms réels. Elle n'a point été connue de l'éditeur de 1754, qui a rétabli ces noms uniquement d'après la clef; mais cette clef ne les donne pas tous, de sorte que l'éditeur a laissé dans certains endroits des noms feints, dont les véritables étaient donnés par l'édition de 1710. Il y a dans cette édition de 1710 un frontispice gravé, qui paraît être de l'invention de Bussy, car il y a au bas: _Bus. inv._--_Rabut. excud._ C'est peut-être la réduction d'un dessin du manuscrit original. Il représente une Renommée, à la trompette de laquelle est attaché un drapeau portant l'_Histoire amoureuse des Gaules_. Cette renommée s'envole au-dessus du globe de la terre, sur lequel on lit ces mots: _la Gaule_; un Amour dirige des flèches sur l'endroit où ce mot est écrit, et un groupe de petits Zéphyrs se précipite sur le même lieu. Dans cette édition de 1710 on trouve le cantique, mais à la fin, et avec d'autres vers de Bussy. Le volume est terminé par la lettre de Bussy au duc de Saint-Aignan, qui est placée en tête dans l'édition de 1754. Le morceau sur madame de Sévigné est aux pages 281-308. Cette édition de 1710 est presque entièrement conforme au manuscrit de l'_Histoire amoureuse de France_ qui est dans la bibliothèque de l'Institut, no 220, in-4º, quoiqu'elle n'ait point été faite sur ce manuscrit, comme le prouvent des variantes importantes. Ce manuscrit commence par la relation des amours de la cour de Savoie, et ne contient ensuite que l'_Histoire amoureuse de France_.
CHAPITRE XIX.
Page 273, ligne 12: Il (Scarron) se décida à s'embarquer.
Une femme, nommée Céleste Palaiseau, devait accompagner Scarron dans ce voyage. C'était une fille bien née, qu'il avait séduite dans sa jeunesse. Elle s'était faite ensuite religieuse. Son couvent ayant été supprimé en raison des dettes qu'il avait contractées, Scarron l'avait reprise avec lui par commisération. (Conférez la note suivante.)
Page 274, ligue 12: Cependant la première embarcation pour la nouvelle colonie eut lieu.
La Martinière, dans la _Vie de Scarron_, t. I, p. 47, et madame Guizot, dans la _Vie des Poëtes Français_, t. I, p. 485, ont confondu les dates relatives à la formation de cette compagnie et au mariage de Scarron. Cette compagnie se forma en l'année 1651, et le mariage de Scarron ne se fit que l'année suivante. Nous mettrons ici les extraits des lettres de Scarron et de Loret relatifs à cette curieuse affaire.
«Je jurerais bien qu'arrivant à l'Amérique, où mon chien de destin me mène....» _Lettre à la comtesse de Fiesque_, dans les _OEuvres de Scarron_, t. I, p. 34.
«Mais mon chien de destin m'emmène dans un mois aux Indes occidentales; ou plutôt j'y suis poussé par une sorte de gens fâcheux qui se sont depuis peu élevés dans Paris, et qui se font appeler _pousseurs de beaux sentiments_. On ne demande plus parmi eux si on est honnête homme; on demande si on pousse de beaux sentiments. Voilà, notre cher ami, le plus spirituel de l'Europe, ce qui me fait fuir en Amérique. Je me suis donc mis pour mille écus dans la nouvelle compagnie des Indes, qui va faire une colonie à trois degrés de la ligne, sur les bords de l'Orillane et de l'Orénoque. Adieu, France; adieu, Paris; adieu, tigresses déguisées en anges; adieu, Ménage, Sarrazin, Marigny: je renonce aux vers burlesques, aux romans comiques et aux comédies, pour aller dans un pays où il n'y aura ni faux béats, ni filoux de dévotion, ni inquisition, ni hiver qui m'assassine, ni fluxion qui m'estropie, ni guerre qui me fasse mourir de faim.» Scarron, _OEuvres_, 1737, t. I, p. 41.
Madame Guizot regrettait de ne pas connaître la date de cette lettre de Scarron; on voit, par la gazette de Loret, liv. II, p. 14, lettre 4, en date du 22 janvier 1652, qu'elle a dû être écrite en décembre 1651:
Une prudente maréchale Dans l'Amérique occidentale Va, dit-on, planter le piquet: Non pas pour jouer au piquet, Ni planter des choux ni des raves, Mais pour, en trafiquant d'esclaves, Gagner bravement tous les ans Des cent cinquante mille francs; Ninon, la belle courtisane, Et le sieur d'Aubigny, dit-on, Parent du défunt roi breton.
Et liv. II, p. 179 (lettre en date du 31 décembre), Loret dit encore:
Monsieur Scarron, dit-on, se pique De transporter dans l'Amérique Son corps maigret, faible et menu, Quand le printemps sera venu; Et que l'aimable sœur Céleste, Qui pour l'esprit en a de reste, Doit être aussi, sans manquement, Comprise en cet embarquement.
Cet embarquement eut lieu un peu au-dessous de Paris, le 13 mai 1652, ainsi que nous l'apprend la gazette de Loret: