Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6)

Part 30

Chapter 303,778 wordsPublic domain

On n'y voit point le sang des races dévorées, En estrades d'ivoire, en alcôves dorées.

(_Recueil des plus belles Pièces des Poëtes françois_, 1692, in-12, t. III, p. 337.)

Cet exhaussement des lits était fort ancien; et Sauval, t. II, p. 280, remarquant que dès le règne de Charles V les lits étaient placés sur une estrade, ajoute: «Par là il se voit que sous Charles V les alcôves, dont les dames «de notre siècle s'attribuent l'invention, étaient en usage.» Non; car l'estrade seule ne constitue pas l'alcôve. Ainsi ce passage de Sauval, au lieu de contredire l'assertion de Tallemant, la confirme, puisqu'il nous apprend que l'usage des alcôves était récent, et qu'on en attribuait l'invention aux femmes. Scarron, dans ses œuvres, parle plusieurs fois des alcôves: «Il y avait des meubles, des alcôves, des estrades, et une provision de bonne senteur.» (_Le Chastiment de l'Avarice_, dans les _Dernières OEuvres_ de Scarron; 1700, in-12, p. 112.)

Les tapis chinois sont foulés Dans leurs alcôves bien meublés.

(Scarron, _la Baronéide_, dans les _Dernières OEuvres_, 1700, in-12, p. 175.)

L'usage des femmes de réunir le matin la société dans leurs alcôves fit que le mot _ruelle_ s'employa pour celui de _réduit_, puis pour ceux d'_assemblée_, de _cercle_, d'_académie_. Cependant ces mots n'étaient pas tout à fait synonymes.

Boileau a dit:

Ne vous enivrez pas des éloges flatteurs Qu'un amas quelquefois de vains admirateurs Vous donne en ces _réduits_, prompts à crier merveille.

Et ailleurs:

Que de son nom, chanté par la bouche des belles, Benserade en tous lieux amuse les _ruelles_.

Furetière, dans son _Roman bourgeois_, nous fournit les passages suivants, qui prouvent ce que nous avançons: «La qualité la plus nécessaire à un poëte pour se mettre en réputation, c'est de hanter la cour ou d'y avoir été nourri; car un poëte bourgeois, ou vivant bourgeoisement, y est peu considéré. Je voudrais qu'il eût accès dans toutes les _ruelles_, _réduits_ et _académies illustres_.» (T. I, p. 162.) Tout ce passage est contre Benserade; et en général ce roman de Furetière est plein d'allusions à des personnages du temps, mais qui ne sont pas comprises, faute d'un commentaire, dont cet ouvrage ne serait pas indigne. Voici encore les autres passages qui prouvent que Furetière faisait une distinction entre les mots _réduits_ et _ruelles_, liv. I; p. 147: «On permit aussi à Javotte de voir le beau monde, de faire des visites dans les beaux _réduits_, et de se mêler en des compagnies d'_illustres_ et de _précieuses_.» Page 166: «J'avoue bien, Pancrace, que ceux qui sont déjà en réputation, et dont les ouvrages ont été loués dans les _ruelles_ et par la cabale, l'ont pu conserver dans leurs recueils.» Page 171: «Car, comme dans les académies de jeu on pipe souvent avec de faux dés et de fausses cartes; de même, dans les _réduits académiques_, on pipe souvent l'impromptu.» Et, page 150: «Il s'amassait tous les jours bonne compagnie chez Angélique. Quelques fois on y traitait des questions curieuses; d'autres fois on y tenait des conversations galantes, et on tâchait d'imiter tout ce qui se pratique dans les _belles ruelles_ par les précieuses du premier ordre.» Ainsi, le mot _réduit_ s'employait de préférence pour les assemblées qui se tenaient dans d'autres chambres que celles où étaient des alcôves, et chez des hommes; quoique cependant Somaize mette parmi ceux qui tenaient _ruelles_ Ménage et l'abbé Testu.

Somaize désigne comme les principaux introducteurs des ruelles de son temps l'abbé Bellebat et l'abbé du Buisson (voyez page 311). Dans la comédie intitulée _les Véritables Précieuses_, on lit ce dialogue, page 32:

LE BARON.

Avez-vous grande foule d'alcovistes chez vous? Qui préside? Qui est de quartier?

ISABELLE.

Nous en avons plusieurs de la vieille roche.

Dans le _Grand Dictionnaire des Précieuses, ou la clef des ruelles_, 1660 (ouvrage de Somaize différent de celui qui est intitulé aussi _Grand Dictionnaire des Précieuses, historique, critique_, 1661, 2 vol. in-12), p. 79, on lit que ces mots, _qui préside? qui est de quartier chez vous?_ sont synonymes de _Qui est-ce qui vient souvent vous voir?_

Cet usage de recevoir dans les alcôves en produisit un autre, qui subsista longtemps: ce fut celui qu'avaient les jeunes mariées de recevoir, assises sur leur lit, en grande parure, les visites qui leur étaient faites le lendemain de leurs noces.

Saint-Simon (_Mémoires complets et authentiques_, t. I, p. 277), parlant de son mariage, dit:

«Nous couchâmes dans le grand appartement de l'hôtel de Lorges. Le lendemain, M. d'Anneuil, qui logeait vis-à-vis, nous donna un grand dîner, après lequel la mariée reçut sur son lit toute la France à l'hôtel de Lorges, où les devoirs de la vie civile et la curiosité attirèrent la foule....» «Le lendemain elle reçut toute la cour sur son lit, dans l'appartement de la duchesse d'Arpajon, comme plus commode, parce qu'il était de plain pied.» (Page 278.)

En parlant de sa belle-sœur, Saint-Simon dit: «Mademoiselle de Quentin ne tarda pas à avoir son tour. M. de Lausun la vit sur le lit de sa sœur, avec plusieurs autres filles à marier.» Quand de Lausun est marié avec mademoiselle de Quentin, il dit, en parlant du duc de Lausun: «Le lendemain, il fit trophée de ses prouesses. Sa femme vit le monde sur son lit.» (Page 280.) Puis, pour le jour d'après, il ajoute: «Elle vit toute la cour sur son lit, et tout s'y passa comme à mon mariage.»

Le même Saint-Simon (t. II, p. 125 et 126), en parlant du mariage de mademoiselle d'Aubigné, nièce de madame de Maintenon, avec le comte d'Ayen, dit: «La déclaration s'en fit le mardi 11 mars. Le lendemain madame de Maintenon se mit sur son lit, au sortir de table, et les portes furent ouvertes aux compliments de toute la cour.» Ceci se passait avant la messe de mariage; après cette messe, Saint-Simon ajoute encore: «L'après-dînée, madame de Maintenon, sur son lit, et la comtesse d'Ayen sur un autre, dans une autre pièce joignante, reçurent encore toute la cour.»

C'est sur cet usage que La Bruyère s'exprime en ces termes:

«Le bel et judicieux usage que celui qui, préférant une sorte d'effronterie aux bienséances et à la pudeur, expose une femme d'une seule nuit, sur un lit, comme sur un théâtre, pour y faire pendant quelques jours un ridicule personnage, et la livre en cet état à la curiosité de l'un ou de l'autre sexe, qui, connus ou inconnus, accourent de toute une ville à ce spectacle pendant qu'il dure! Que manque-t-il à une telle coutume pour être entièrement bizarre et incompréhensible, que d'être lue dans quelque relation de la Mingrélie?»

(La Bruyère, _Caractères_, ch. VII, _De la Ville_.)

Cet usage continua dans le dix-huitième siècle. Au sujet du mariage du duc de Berri, en 1710, on lit dans Saint-Simon:

«Au sortir de table, le roi alla dans l'aile neuve, à l'appartement des mariés. Toute la cour, hommes et femmes, l'attendait, en haie dans la galerie, et l'y suivit avec tout ce qui avait été du souper. Le cardinal Janson fit la bénédiction du lit. Le coucher ne fut pas long. Le roi donna la chemise à M. le duc de Berri.»

Le même Saint-Simon, en racontant le mariage du fils de Tallard avec une fille du prince de Rohan, qui eut lieu chez la duchesse de Ventadour, en 1713, dit, t. X, p. 455: «Le lendemain la mariée reçut sur le lit la duchesse de Ventadour, les visites de toute la cour, et celles que les duchesses ont accoutumé de recevoir des personnes royales.» Voy. la note, p. 697, de notre édition de La Bruyère.

Page 38, ligne 4: N'y laissait pénétrer qu'un demi-jour azuré.

Dans la pièce de Somaize, Roguespine, un des personnages, dit (_Procès des Précieuses_, p. 47):

Je considérais fort la chambre Dans laquelle à loisir je vis Des précieuses de Paris Une longue et nombreuse bande. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Cette chambre était assez sombre; Le grand jour n'y pouvait entrer, A cause qu'elles font tirer, Pour l'empêcher de trop paraître, Des rideaux devant la fenêtre; Sachant que la grande clarté Efface un peu la beauté. J'y remarque de plus ensuite, Quoique la chambre fût petite, Un paravent qui s'étendait Jusque près de la cheminée.

Page 39, ligne 5: C'était mademoiselle Paulet.

Mademoiselle Paulet était la fille d'un Languedocien, Charles Paulet, secrétaire du roi, qui inventa le fameux impôt de _la paulette_. Si l'on en croit Tallemant des Réaux, mademoiselle Paulet fut galante dans sa jeunesse; mais l'amitié de madame de Clermont d'Entragues, femme d'une grande vertu, la remit en crédit. «Madame de Rambouillet, dit-il, la reçut pour son amie; et la grande vertu de cette dame purifia pour ainsi dire mademoiselle Paulet qui depuis fut chérie et estimée de tout le monde.» (Tallemant, _Historiettes_, p. 200.) Mademoiselle Paulet avait une très-belle voix. Lorsqu'elle vint pour la première fois à Rambouillet, madame de Rambouillet la fit recevoir à l'entrée du bourg par les plus jolies filles du lieu, couronnées de fleurs; une d'entre elles lui présenta les clefs du château, et on tira deux petites pièces d'artillerie. Mademoiselle Paulet mourut en 1651, chez madame de Clermont en Gascogne.

Page 40, ligne 2: Madame Duplessis.

La maison de madame Duplessis-Guénégaud était le rendez-vous de ce qu'il y avait de plus distingué à la cour et à la ville. Ce fut elle qui depuis contribua à former la société de Fouquet, et qui lui indiqua les gens de lettres et les hommes de mérite qu'il devait protéger.

Page 40, ligne 9: de la fameuse guirlande.

Dans le _Hueliana_, page 105, le don de cette guirlande est rapporté à l'année 1633 ou 1634, au lieu de 1640, qui est sa véritable date. Ce beau manuscrit a été vendu 14,510 fr. à la vente de La Vallière.

Page 40, ligne 15: Moitié assis, moitié couchés sur leurs manteaux.

Roguespine, dans la pièce de Somaize, continuant sa description, dit:

Pour ne pas perdre le moment Que j'avais de lorgner ces belles Dedans l'une de leurs ruelles. Seize environ elles étaient; De plus, toutes elles avaient, Au moins il ne s'en fallait guère, Assis sur leurs manteaux par terre, Paraissant fort humiliés, Un homme chacune à leurs pieds; Sans ceux qui, très-fort à leur aise, Étaient assis dans une chaise, Et faisaient peu les courtisans.

Dans _la Comtesse d'Escarbagnas_, un homme ridicule qui cherche à singer les airs du grand monde s'assoit au pied de la comtesse pour écouter la comédie.--Dans le récit d'un bal de province, le comte de Bussy, en parlant du comte de Souvré, dit: «Il était au premier rang de ceux qui étaient assis sur leurs manteaux.»

Page 40, ligne 20.

Somaize parle dans son Dictionnaire de madame du Vigean, sous le nom de Valérie, page 36 de la clef; et t. II, page 195 du Dictionnaire, il lui donne le nom de mademoiselle.--Voiture et l'annotateur des chansons manuscrites lui donnent le titre de madame, et ce dernier nous apprend qu'elle était sœur de la duchesse de Richelieu.

Page 41, ligne 8: Toutes les dames tenaient une petite badine. Roguespine dans Somaize, continuant sa narration, dit:

La plupart encore d'entre elles, Soit des laides, ou soit des belles, Tenaient avec un air badin Chacune une canne à la main, La faisant brandiller sans cesse.

Page 41, lignes 13: Les blancs et gros panaches de leurs petits chapeaux.

Roguespine dit encore:

Ils avaient, selon leurs coutumes, Des chapeaux tout chargés de plumes.

L'auteur du _Récit de la Farce des Précieuses_; Anvers (1660, p. 19), dans le récit du costume de Mascarille, fait mention de son chapeau, si petit «qu'il était aisé de juger que le marquis le portait bien plus souvent dans la main que sur la tête.» Ce récit est de mademoiselle Desjardin; il a été composé après la première représentation des _Précieuses_, et avant que la pièce ne fût imprimée. Il est en forme de lettre adressée à une dame dont le nom, omis comme celui de l'auteur, était madame de Morangis. J'ai puisé ces détails dans les manuscrits de Conrart qui sont à la bibliothèque de l'Arsenal, no 902; on y trouve une copie du _Récit_, t. IX, p. 1017.

Page 41, ligne 20: Chapelain.

Le cardinal de Retz dit que Chapelain avait de l'esprit; et Retz était bon juge en cette matière. (Voyez _Collection des Mémoires_ de Petitot, t. XLIV, p. 158.)

Page 41, ligne 22: L'abbé Bossuet, le petit abbé Godeau.

L'abbé Godeau était parent de Conrart, et ce fut lui qui le produisit à l'hôtel de Rambouillet.--Bossuet, né en 1627, n'avait que dix-sept ans en 1644; mais on sait qu'il fut très-précoce, et l'on connaît le mot de Voiture sur un sermon récité par lui à l'âge de seize ans à l'hôtel de Rambouillet.

Page 42, ligne 18: Voiture demeure dans cette rue.

Voiture mourut rue Saint-Thomas du Louvre, le 27 mai 1648.

Page 44, ligne 18: Afin de ne pas froisser ses canons.

A l'époque du mariage de madame de Sévigné, on portait de grands canons; on les portait moins longs lorsque Molière s'en moquait dans _les Précieuses ridicules_, en 1659; puis huit ans après, lorsque _le Misanthrope_ fut représenté en 1667, les grands canons redevinrent à la mode.

Molière a dit dans _l'École des Maris_, acte I, scène 1:

Et de ces grands canons où, comme en des entraves, On met tous les matins ses deux jambes esclaves, Et par qui nous voyons ces messieurs les galants Marcher écarquillés ainsi que des volants.

La pièce de Molière fut donnée en 1661. L'auteur des _Lois de la Galanterie_, que l'on trouve dans le _Recueil des pièces choisies en prose_, publié en 1658, s'exprime exactement de la même manière: «Si quelques-uns disaient encore autrefois qu'ils se formalisaient de ce rond de botte fait comme le chapiteau d'une torche, dont l'on avait tant de peine à conserver la circonférence, qu'il fallait marcher en écarquillant les jambes, comme si l'on eût quelque mal caché; et si depuis, ayant quitté l'usage des bottes, et porté de simples canons de la grandeur d'un vertugadin, on en a fait de pareilles plaintes, c'était ne pas considérer que ces gens qui observent ces modes vont à pied le moins qu'ils peuvent. D'ailleurs, quoiqu'il n'y ait guère que cela ait été critiqué, la mode est déjà changée. Les genouillières rondes et étalées n'ont été que pour les grosses bottes, les bottes mignonnes ayant été ravalées depuis jusqu'aux éperons, et n'ayant eu qu'un bec rehaussé devant et derrière. Quant aux canons de linge qu'on étalait au-dessus, nous les approuvions bien dans leur simplicité, quand ils étaient fort larges et de toile de batiste bien empesée, quoique l'on ait dit que cela ressemblait à une lanterne de papier, et qu'une lingère du Palais s'en servit un soir, mettant sa chandelle au milieu, pour la garder contre le vent. Afin de les orner davantage, nous voulions dès lors que d'ordinaire il y eût double et triple rang de toile, soit de batiste, soit de Hollande; et d'ailleurs cela était encore mieux s'il s'y pouvait avoir deux ou trois rangs de point de Gênes. Ce qui accompagnait le jabot devait être de même parure (p. 66 et 67).... Depuis que, l'usage des bottes étant aboli, si ce n'est pour aller à la guerre ou se promener aux champs, les grands canons ont été en crédit, soit de toile simple, ou ornés de belles dentelles; à quoi il fallut que les vrais galants se soient accoutumés, parce que c'était un équipage magnifique, et que d'ailleurs cela servait grandement à cacher la défectuosité de quelques jambes cagneuses ou trop menues. Mais s'il arrive que maintenant la mode de ces canons se passe, il faut que chacun porte des bas de soie..... L'on a aussi porté des canons d'étoffe au lieu de ceux de toile.....»

Scarron, continuant le portrait dont nous avons cité le commencement, dit:

Il avait deux canons, ou plutôt deux rotondes, Dont le tour surpassait celui des tables rondes; Il chantait en entrant je ne sais quel vieux air, S'appuyait d'une canne, et marchait du bel air. Après avoir fourni sa vaste révérence, Se balançant le corps avecque violence, Il me dit..... etc.

Dans la description que fait Loret de son noble de province, il dit, livre VII, p. 87, _lettre 22_, du 3 juin:

Il portait en son haut de chausse Des galons jusqu'à seize cent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ce _nobilis_ voyait avec ravissement Ses rubans de couleur exquise, Et ses canons d'étoffe grise, Qui de rondeur, chacun à part, Avaient deux aunes et mi-quart. . . . . . . . . . . . . . . . . . De petits enfants à jaquette Qui jouaient à cligne-musette: Deux d'entre eux s'allèrent cacher (Pour se faire longtemps chercher) Sous les canons du gentil-homme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ils étaient spacieux assez Qu'on ne leur voyait pieds ni tête, etc. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ma muse et moi nous maintenons Que ces démesurés canons Sont une extravagante mode, Laide, embarrassante, incommode: Cependant messieurs les coquets Disent qu'outre leurs doux caquets, Cet attirail est nécessaire Pour ravir, pour charmer, pour plaire; Que l'honneur, l'esprit, la vertu, Sont estimés moins qu'un fétu Dans l'empire des amourettes; Et que pour dompter des coquettes, Des Suzons, Fanchons et Nanons, On ne le peut pas sans canons.

Page 48, ligne 6: LA SÉPARATION.

Ce rondeau ne se trouve pas dans la première édition de Voiture, 1650, in-4º. C'est dans cette première édition qu'est le seul bon portrait de Voiture; il est gravé par Nanteuil, d'après Philippe de Champagne. Il y a eu une seconde édition de la même année, in-4º, corrigée et augmentée. Celle que je cite, in-12, est la meilleure, et le rondeau s'y trouve.

Page 49, ligne 12: Parce qu'il est votre grand madrigalier.

Conrart avait surnommé La Sablière le grand madrigalier français. Voy. Ancillon, _Vie des Personnages célèbres_.

Page 50, ligne 1: De toutes les façons, etc.

Dans les éditions de Montreuil, cette pièce y est intitulée _Pour madame de Sévigny jouant à colin-maillard_ (on écrivait alors Sevigny au lieu de Sévigné; Scarron et Bussy-Rabutin n'écrivent pas autrement). Dans le recueil de Sercy, où cette pièce avait paru d'abord, le nom de madame de Sévigné ne se trouve pas. Les œuvres de Montreuil contiennent en outre deux lettres adressées par lui à madame de Sévigné, pag. 5, 107 de l'édit. 1666, et 4 et 72 de l'édit. de 1671. Il faut que les éditeurs de madame de Sévigné n'aient point connu ces lettres, puisqu'ils ne les ont pas, selon leur plan, réimprimées avec les siennes. La seconde édition du recueil de Montreuil ne paraît être qu'une réimpression de la première: elle est seulement moins belle. La meilleure pièce de Montreuil n'est point dans ce recueil: c'est son épître à Martin Pinchesne, qu'il a imprimée dans les œuvres de ce dernier après la mort de l'auteur. On a souvent confondu Mathieu Montreuil avec Jean Montreuil, son frère aîné, qui fut un des plus jolis hommes de France. (Retz, _Mém._, t. XLV, p. 181 et 191.) Ce dernier fut très-utile à la cause des princes, par son esprit et son adresse; il fut reçu de l'Académie Française, et mourut à trente-sept ans. Petitot, ou l'ancien éditeur des Mémoires de Joly, _Collection des Mémoires_, t. XLVII, p. 107, confond, dans une de ses notes, Mathieu avec Jean. (Voy. Pellisson, _Hist. de l'Académie Française_, 1729, in-4º, p. 261 à 265). Il paraîtrait, d'après un passage des _Mém. de Conrart_, t. XLVIII, p. 57, que Montreuil l'académicien a été secrétaire des commandements de MADAME, femme de Gaston.

Page 51, lignes 9 et 10: Faisons encore jouer madame de Sévigné à colin-maillard.

Le jeu de colin-maillard, qui nous paraît si enfantin, était alors fort à la mode parmi les gens du grand monde. Le comte de Gramont, dans ses Mémoires, parle du goût de mademoiselle Stewart pour ce jeu. La mode le maintint longtemps en vogue. Loret, dans sa _Muse historique_, liv. III, p. 7, lettre 2, du 14 janvier 1652, en parlant des divertissements qui se donnent chez MADEMOISELLE, dit:

Enfin, en ce palais d'honneur On a ce merveilleux bonheur De s'y réjouir d'importance; Et, mieux que pas un lieu en France, Comédie, bal, en tout temps, Y rendent les esprits contents. Au chagrin on y fait la moue, Et tous les soirs presque on y joue A ce jeu plaisant et gaillard Qu'on appelle colin-maillard.

Louis XIV aimait ce divertissement dans sa jeunesse. Un jour qu'il y jouait chez madame de Puisieux, il mit son cordon bleu autour de Puisieux pour mieux se déguiser; et cela plus tard fit nommer Puisieux chevalier des ordres. Saint-Simon, t. IV, p. 288 (chapitre 24).

Page 52, ligne 16: Des fauteuils, des chaises et des placets.

J'ai fait mention des placets, ci-dessus, page 41, ligne 17.

Boileau a dit dans sa satire:

Saint-Amand n'eut du ciel que sa veine en partage: Un lit et deux _placets_ composaient tout son bien.

Dans le Lutrin:

En achevant ces mots, cette amante enflammée Sur un _placet_ voisin tombe demi-pâmée.

Brienne dit, p. 203: «Cependant la reine me fit donner un _placet_.» Et p. 218: «Mon père....., comme il ne pouvait se tenir debout, s'asseyait sur un _placet_ qui était au bout de la table.»

Page 53, lignes 9 et 10: _Théodore vierge et martyre_, tragédie chrétienne.

C'est de cette tragédie que Voltaire a dit qu'il n'y avait rien de si mauvais. Il a épuisé à son égard les expressions les plus dures que le mépris et le dégoût peuvent inspirer. Sa critique est outrée, et on aurait d'après elle une fausse idée de la pièce. On la lit sans ennui; Corneille s'y retrouve assez souvent. Elle eut du succès en province, mais n'en eut aucun à Paris. Elle a été bien appréciée par François de Neufchâteau.

Page 55, ligne 8: Tout le monde dirigea ses regards sur l'ecclésiastique adolescent.

Bossuet fut introduit à l'hôtel de Rambouillet par le marquis de Feuquières, et y prêcha un sermon à l'âge de seize ans. Il vint à Paris en 1642, et ce ne fut que postérieurement qu'il alla résider à Metz, pour y achever ses études ecclésiastiques.

CHAPITRE VI.

Page 59, ligne 6: Un _honnête homme_.

Voici comment s'exprime l'auteur des _Lois de la Galanterie_ à l'endroit cité: «Il faut que chacun sache que le parfait courtisan que le comte Balthazar de Chastillon a voulu décrire en langage italien, et l'honnête homme que le sieur Faret a entrepris de dépeindre en français, ne sont autre chose qu'un vrai galant.» Le mot _gentleman_ en anglais correspond à plusieurs de ces significations vagues, et à nuances diverses, du mot honnête homme dans le siècle de Louis XIV.

Page 60, ligne dernière: Boileau l'a cependant employée depuis.

Boileau a dit dans une de ses épîtres, longtemps après madame de La Fayette:

Les yeux, d'un tel discours faiblement éblouis, Bientôt dans ce tableau reconnaîtraient Louis.

Le poëte Lebrun a fait sur ces vers la remarque suivante: «Des yeux éblouis d'un discours, c'est-il bien français? On n'est point ébloui de ce qu'on ne voit pas. M. Auger s'étonne avec raison d'une telle critique de la part d'un poëte, et répond que chaque jour on emprunte des mots à un ordre de sensations, pour les appliquer à un autre. Mais l'expression de madame de La Fayette, quoique en apparence semblable, est tout autre et bien plus hardie que celle de Boileau; car c'est réellement, et non pas au figuré, qu'elle affirme que madame de Sévigné, par sa conversation, éblouissait les yeux.

Page 63, ligne 19.

Ma plume, pour rimer, rencontrera Ménage.