Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (3/6)
Part 36
Page 141, ligne 17: Que vous connaissez il y a longtemps.
Sur ces mots, M. Monmerqué, t. I, p. 154, de son édition des _Lettres_ de Sévigné, a mis cette note: «Mademoiselle de Sévigné avait vingt et un ans, le comte de Grignan trente-neuf.» Je crois qu'il y a erreur dans ce dernier chiffre soit de la part de l'imprimeur, soit de celle de l'auteur.--Saint-Simon, dans ses _Mémoires_ (chap. V, t. XII, p. 59), dit, sous l'année 1715: «Le comte de Grignan, seul lieutenant général en Provence et chevalier de l'Ordre, gendre de madame de Sévigné, qui en parle tant dans ses _Lettres_, mourut à quatre-vingt-trois ans, dans une hôtellerie, allant de Lambesc à Marseille.» Donc le comte de Grignan était né en 1632, et au commencement de l'année 1669 il ne pouvait avoir que trente-sept ans accomplis ou trente-six ans et quelques mois; ce qui fait soupçonner que, dans la note de M. Monmerqué, le 9 est un 6 retourné. Madame de Grignan avait, lors de son mariage, vingt-trois ans et non vingt-deux ans; il n'y avait donc que douze ans de différence entre elle et son mari.
CHAPITRE IX.
Page 149, ligne 18: A Bouchet, le savant généalogiste.
Jean Bouchet, dont parle madame de Sévigné, a été un des plus savants généalogistes. Il fut chevalier de l'Ordre du roi, maître d'hôtel ordinaire, et mourut, en 1684, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. On a de lui six à sept ouvrages in-folio, sur l'histoire et les généalogies, pleins de recherches et de pièces justificatives curieuses.
Page 159, ligne 18: Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un _jobelin_.
Cette épithète de _jobelin_, appliquée à un jeune homme novice auprès des femmes, était alors souvent employée à cause du fameux sonnet de Job; elle prouve que, dès l'époque où écrivait madame de Sévigné, cette patience auprès des femmes, ce respect qu'on leur portait, qui avait fait le succès du sonnet de Job, était tourné en ridicule, et que les _uraniens_ avaient triomphé des _jobelins_. Ce qui dut y contribuer, c'est la paraphrase un peu longue, mais spirituelle, du poëte Sarrazin, contre le sonnet de Benserade. On sait que ce célèbre sonnet se terminait ainsi:
Il eut des peines incroyables; Il s'en plaignit, il en parla: J'en connais de plus misérables.
La paraphrase de Sarrazin finit ainsi:
Mais, à propos, hier, au Parnasse, De sonnets Phébus se mêla; Et l'on dit que, de bonne grâce Il s'en plaignit, il en parla: J'aime les vers _uraniens_, Dit-il; mais je me donne au diable Si, pour les vers des _jobelins_, J'en connais de plus misérables.
(Conférez SALLENGRE, _Mémoires de littérature_, 1715, in-12, t. I, p. 127 à 134.)
Le mot _jobelin_ n'a jamais été admis dans le _Dictionnaire_ de l'Académie française; du moins il ne se trouve ni dans la première ni dans la dernière édition; il ne se trouve pas non plus dans le dictionnaire de Trévoux. Cependant Richelet l'avait inséré dans le sien, publié en 1680, et l'avait ainsi défini: «JOBELIN, s. m., manière de c***. C'est un _jobelin_.» Boiste, de nos jours, l'a aussi inséré dans son lexique, avec la signification que lui donne madame de Sévigné, un _niais_, un _sot_; il le donne comme synonyme d'homme patient comme Job, et il cite Rabelais. Alors l'emploi de ce mot serait, dans notre langue, plus ancien que le sonnet de Job; et cela est certain, car je trouve _jobelin_ dans le _Dictionnaire anglais_ de Randle Cotgrave (1632) avec la signification que lui donne madame de Sévigné: JOBELIN _a sot_, _gull_, _doult_, _asse_, _cokes_. Ainsi l'Académie a eu tort de ne pas admettre ce mot, qui n'a jamais cessé d'être en usage dans le langage familier.
CHAPITRE X.
Page 166, lignes 1 et 2: De la Rivière, son second mari, dont elle ne porta jamais le nom.
Elle prit celui de comtesse d'Aletz, et c'est de ce nom qu'elle a signé la fastueuse épitaphe qu'elle composa pour son père et qu'elle fit graver sur sa tombe dans l'église de Notre-Dame d'Autun. Cette épitaphe fait tous les frais de la notice que d'Olivet a insérée, sur Bussy, dans l'_Histoire de l'Académie française_, t. II, p. 251, édition in-4º.
Louise-Françoise de Bussy, marquise de Coligny, veuve de Gilbert de Langheac, avait trente-huit ans lorsqu'elle épousa de la Rivière; elle s'était mariée à M. de Coligny, à Chaseu, le 5 novembre 1675; le marquis de Coligny mourut en 1676, à Condé, dans l'armée de M. de Schomberg. Madame de Coligny en eut un enfant et tout son bien. (Voyez _Lettres choisies de M._ DE LA RIVIÈRE, t. I, p. 25 et 26, et sur la Rivière, avant le mariage, BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 233 et 234; et t. V, p. 165.)
CHAPITRE XII.
Page 199, ligne 27, note 1: DARU, _Histoire de Venise_.
M. Daru ne paraît point avoir connu les Mémoires du duc de Navailles; s'il les avait consultés, il n'aurait pas fait de cette partie de la guerre de Candie, à laquelle les Français prirent part, un récit si peu exact; il ne se serait pas contenté des seules assertions des auteurs vénitiens. Sans doute on ne saurait excuser l'historien qui, même dans un but patriotique, permet à sa plume d'altérer la vérité: c'est pour lui un devoir de n'épargner aucun soin pour la connaître, et d'avoir le courage de la dire même lorsqu'elle lui répugne; mais ce devoir est encore plus impérieux quand l'honneur national se trouve, comme dans cette circonstance, inculpé par des témoins suspects et intéressés à rejeter sur nos compatriotes leurs fautes et leurs malheurs.
Page 203, lignes 15 et 17: Il semble qu'on ne peut guère douter du fait, puisqu'il est attesté par une lettre de Boileau.
Je ne parle pas du témoignage de Louis Racine, parce que dans les _Mémoires sur la vie de Jean Racine_ (Lausanne, 1747, p. 80) il s'appuie sur la lettre de Boileau, ce qui prouve qu'il ne savait pas la chose par son père ni même par tradition de famille; et Louis Racine n'a publié ses _Mémoires_ que soixante-dix-sept ans après la première représentation de _Britannicus_.
Page 206, note 3, ligne dernière: GEOFFROY, _OEuvres de Racine_, t. III, p. 11.
Les doutes de l'éditeur ne sont pas fondés; Henriette mourut avant l'impression de la pièce de Racine.
Page 207, lignes 19 et 21: L'abbé de Villars, le spirituel auteur des _Lettres du comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes et les salamandres_.
Pope a mis à profit ces lettres dans son poëme badin et médiocre, selon nous, de la _Boucle de cheveux enlevée_ (The _rape of the lock_).
Page 209, ligne 23: _Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle_.
Dans l'édition de 1692, donnée par Thomas Corneille, il y a:
Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle.
Si l'autre variante est autorisée par quelque édition antérieure, il faut la préférer; sinon, il faut rétablir celle de l'édition de Thomas Corneille, qui est la bonne.
Page 213, ligne 1: Un gentilhomme nommé Mathonnet.
Voici le passage de la lettre de Louvois: «Il est à propos que vous continuiez à garder soigneusement le sieur Mathonnet pour le faire parler, Sa Majesté sachant très-bien que, pendant qu'il a été à Paris, il allait souvent à Chaillot voir mademoiselle d'Argencourt; et il faut qu'il soit de cette cabale-là.»
Page 218, ligne 6: La Feuillade,..... laid de visage, ayant un teint bilieux et bourgeonné.
La mère du duc de la Feuillade fut cette demoiselle de Roannès à laquelle Pascal inspira de tels sentiments de dévotion qu'elle ainsi que son frère le duc de Roannès ne voulaient pas se marier, et firent vœu de chasteté; ce qui mit dans une telle fureur le père de ces deux personnes que le concierge de l'hôtel de Roannès monta à l'appartement de Pascal, logé dans cet hôtel, pour le tuer. M. de la Feuillade, cadet de l'archevêque d'Embrun, épousa mademoiselle de Roannès, à laquelle son frère qui voulut rester célibataire, transmit tous ses biens et son titre. Elle eut de ce mariage trois enfants avant de mettre au monde le duc de la Feuillade, qui fut maréchal. Le premier de ces enfants mourut en naissant, le second fut un fils contrefait et le troisième une fille naine, qui mourut à dix-neuf ans. Conférez un morceau curieux sur la biographie de mademoiselle de Roannès, par M. Victor Cousin, _Bibliothèque de l'École des chartes_, t. V, p. 1 à 7.
Page 221, ligne 12: S'abandonnant sans scrupule à des plaisirs réprouvés.
Nous avons déjà signalé les dangers de ces travestissements d'hommes en femmes, que la trop indulgente Anne d'Autriche permettait dans les ballets durant l'enfance et l'adolescence même du roi. L'exemple de l'abbé de Choisy, dans sa jeunesse, en fut une preuve bien étrange. Il a lui-même pris plaisir à écrire toutes les aventures amoureuses que ces travestissements lui ont procurées, et elles passent en libertinage licencieux les fictions du détestable roman de Louvet, auquel il a servi de modèle (Voyez l'_Histoire de la comtesse Desbarres_; Anvers, 1735, in-12, in-18, p. 138.--_Vie de l'abbé de Choisy_, 1742. in-8º, p. 22-26.--MONMERQUÉ, _Notice sur l'abbé_ _de Choisy et sur ses Mémoires_, t. LXIII de la collection des _Mém. sur l'hist. de Fr._, p. 123 à 146.)
Page 224, ligne 19: Mais lui n'eut aucun doute.
Sismondi est, de tous les historiens, celui qui a le mieux raconté cette mort; il hésite dans son opinion, et ne semble pas bien persuadé que le duc d'Orléans ne fut pas coupable; puis il incline ensuite pour le _cholera-morbus_. Les caractères de l'agonie de la princesse et de ses derniers moments, si bien décrits dans la relation de Feuillet, n'ont point le caractère de cette maladie; et le procès-verbal d'autopsie, quoique concluant qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement, constate, suivant nous, le poison par la description de l'état des viscères. Ce procès-verbal a été publié par Bourdelot, et se trouve dans les _Pièces intéressantes_, de Poncet de la Grave, que j'ai citées. Les médecins anglais envoyèrent en Angleterre une relation toute contraire à celle des médecins français. Henriette elle-même, aussitôt qu'elle eut avalé le verre d'eau de chicorée et éprouvé des douleurs, déclara qu'elle était empoisonnée. Enfin, le rapport fait à Louis XIV par Vallot, son médecin, daté de Versailles le 1er juillet 1670, dont M. Gault de Saint-Germain a publié la conclusion, implique que l'opinion de ce médecin était pour l'empoisonnement. La lettre de Bossuet aura été fabriquée dans le temps, comme les avis des médecins, pour donner le change à l'opinion. Philibert de la Mare, qui demeurait en province, a pu croire à son authenticité, mais à la cour personne n'aurait pu s'y tromper; c'est probablement ce qui aura été cause qu'on n'a pas osé lui donner une grande publicité.
CHAPITRE XIII.
Page 227, ligne 31, note 3: SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671).
Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Monmerqué. Dans le recueil des _Lettres de_ BUSSY, comme dans celui des _Lettres de madame de_ SÉVIGNÉ _au comte de Bussy_, 1775, p. 21, no 12, on en avait donné les premières lignes, où il n'est pas dit un mot de la princesse de Condé. Ce récit, fait par MADEMOISELLE (_Mémoires_, t. XIII, p. 297), s'accorde plus complétement avec celui de Guy-Patin qu'avec celui de madame de Sévigné; MADEMOISELLE dit: «Un joueur qui avait été son valet de pied, à qui elle avait accoutumé de faire quelques largesses, entra dans sa chambre pour lui demander de l'argent; sa demande fut accompagnée de manières qui firent croire qu'il avait envie d'en prendre ou de s'en faire donner. L'abbé Lainé, sur l'avis qu'on avait donné que le valet de pied s'était sauvé dans le Luxembourg, me vint demander la permission de le laisser prendre; il ne s'y trouva point, et il fut pris hors la ville.»
Page 229, lignes 5 et 6: Des gens que le prince avait chargés de garder.
MADEMOISELLE accuse le duc d'Enghien, qu'elle n'aimait pas, d'avoir conseillé à Condé ce traitement envers sa mère: «Il était bien aise, disait-on, d'avoir trouvé un prétexte de la mettre dans un lieu où elle ferait moins de dépense que dans le monde.» D'après ce que mande madame de Montmorency à Bussy, ceci paraît être calomnieux. Le duc d'Enghien était un caractère dur, il est vrai; mais les autres mémoires du temps ne permettent pas de croire qu'il fût à ce point méchant, ingrat, fils dénaturé. Lord Mahon, dans sa _Vie du grand Condé_, a pris fait et cause avec chaleur pour la princesse, et il transcrit à ce sujet l'extrait d'une correspondance secrète tirée de la secrétairerie d'État de la cour de Londres, qui prouve seulement que le correspondant avait été mal informé, ou plutôt qu'il donnait le récit de cette affaire comme on désirait que la cour de Londres en fût instruite et conformément au bruit que l'on fit courir dans Paris. Cependant l'extrait de cette correspondance est curieux, et nous apprend que la princesse fit tous ses efforts pour sauver Duval, dont Condé voulait la mort. Il est facile d'atténuer les torts de la princesse par ceux que son époux eut envers elle, mais il n'est pas possible d'en douter. Le silence des contemporains après son malheur, et leur insensible indifférence, en dit encore plus que leurs témoignages accusateurs. Conférez lord MAHON'S, _Life of great Condé_, 1845, in-12, part. II, p. 269 à 275.--Voici le passage de Coligny, p. 26, sur la conduite de la princesse en 1650: «Le marquis de Cessac, dont j'ai dit un mot, s'attacha à madame la princesse, ou plutôt la princesse à lui; car il faut que ces dames-là fassent plus de la moitié du chemin si elles veulent avoir des galants, qu'autrement le respect ferait taire. Comme elle n'était pas pourvue d'un grand esprit, ce défaut et la passion lui firent faire tant de minauderies indiscrètes que tout le monde connut aisément ses affaires.»
Ce témoignage est celui du plus virulent ennemi de Condé et de son plus grand détracteur.
Page 234, ligne 9, et page 235, ligne 7: La maréchale de la Ferté.
Quand il est fait mention, dans les mémoires et les libelles du temps, de madame de la Ferté ou de la duchesse de la Ferté, il faut se garder de confondre la belle-mère et la belle-fille, toutes deux pouvant être désignées de la même manière. La maréchale était Madeleine d'Angennes de la Loupe; la belle-fille était Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique de la Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté, fille de la maréchale de la Mothe-Houdancourt, ancienne gouvernante des enfants de France et sœur cadette des duchesses d'Aumont et de Ventadour. La maréchale de la Ferté était la sœur de Catherine-Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonne, dont les mœurs furent encore plus déréglées que celles de la duchesse.
CHAPITRE XIV.
Page 246, ligne 9: La faiblesse de la santé de la princesse de Condé.
Guy-Patin dit que dans cette prévision la reine mère écrivit à Gaston pour mettre obstacle à ce mariage.
Page 282, ligne 3: Il finit par subir une rigoureuse détention.
La chronologie des faits relatifs à la biographie de Lauzun n'est pas facile à déterminer. Saint-Simon place en 1669 l'affaire relative à l'espionnage de madame de Montespan par le moyen d'une femme de chambre séduite par Lauzun, et celle de la place de grand maître de l'artillerie sollicitée par lui, et le beau trait du roi jetant sa canne par la fenêtre dans la crainte de se laisser aller à en frapper un gentilhomme. Mais alors tout cela paraît antérieur au mariage, ce qui n'est pas probable. Saint-Simon a écrit plus de quarante ans après ces faits, et s'est évidemment trompé sur les dates. Je pense, avec M. Petitot (t. XL, p. 356), que ce fut la conduite insolente de Lauzun avec madame de Montespan qui détermina le roi à le faire arrêter.
Page 283, lignes 1 et 2: Il obtint par ses services de nouveaux grades et de nouveaux honneurs.
Des lettres de duc furent données à Lauzun en 1692. Lauzun mourut en 1723 et survécut huit ans à Louis XIV.
CHAPITRE XV.
Page 296, ligne 22: Mademoiselle Dugué-Bagnols.
Le chevalier Perrin nous apprend, dans son édition des _Lettres de madame de Sévigné_, que mademoiselle Dugué-Bagnols fut mariée depuis à M. Dugué-Bagnols, son cousin.
Page 297, ligne 19: C'était la première femme de Claude de Saint-Simon; elle succomba le 2 décembre 1670.
Diane-Henriette de Budos, duchesse de Saint-Simon, mourut, selon l'assertion de M. Monmerqué (_Lettres de Sévigné_, t. I, p. 208), à quarante ans; et comme Saint-Simon dit que son père l'épousa en 1644, il en résulterait qu'elle n'aurait eu que quatorze ans lorsqu'elle s'est mariée. Comme l'âge nubile était alors fixé par les lois à douze ans, cela n'est pas impossible, mais cela est peu probable.
C'est en 1743 que Saint-Simon a écrit le volume de ses _Mémoires_ qui concerne les années 1722 et 1723. J'avais dit cela dans une note qui est à la page 453 de mon deuxième volume, 1re édition; mais je suis obligé de le répéter, parce qu'il y a deux fautes d'impression dans les chiffres de cette note. J'ajouterai ici que Saint-Simon, pour ce qui concerne les dates et les généalogies, s'est beaucoup servi des Mémoires manuscrits de Dangeau, c'est-à-dire de ses portefeuilles.
Page 298, ligne 12: Et, par la grande mortalité qu'éprouva la population.
D'après un recueil statistique de Paris, déposé à la Bibliothèque du Roi, le nombre des naissances dans cette capitale fut de 16,810, celui des décès de 21,460; le nombre des décès surpassa donc les naissances de 4,651.
CHAPITRE XVI.
Page 303, ligne 29: Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent tous les deux absents.
Dans une semblable circonstance, en 1673, Brulart, premier président du parlement de Bourgogne, écrivit à Louvois qu'en l'absence du gouverneur et de son lieutenant général le gouvernement de la province lui appartenait de droit. Voyez la lettre de BRULART à Louvois, dans l'ouvrage intitulé _Une province sous Louis XIV_, par M. Thomas, 1844, in-8º, p. 431.
Page 312, lignes 3 et 4: Elle écrivait à madame de Sévigné.
Il est probable que madame de Sévigné avait conçu cette aversion pour les filles de Sainte-Marie d'Aix par les lettres de sa filleule; elle la manifeste en toute occasion, et elle appelle ces religieuses des baragouines. Elle montre, au contraire, une prédilection particulière pour les filles de cet ordre, fondé par son aïeule, qui étaient dans d'autres couvents. Il est évident aussi, d'après le passage suivant de la lettre de madame de Sévigné, du 24 juillet 1680, que, pour avantager les autres enfants de madame de Grignan, on voulait que Marie-Blanche fît des vœux; sa vocation paraît au moins douteuse. «Votre petite d'Aix me fait pitié, d'être destinée à demeurer dans ce couvent _perdu_ pour vous; en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer, de peur qu'elle ne se dissipe. Cette enfant est d'un esprit chagrin et jaloux, tout propre à se dévorer. Pour moi, je tâterais si la Providence ne voudrait pas bien qu'elle fût à Aubenas; elle serait moins _égarée_.» La sœur de M. de Grignan était abbesse du couvent d'Aubenas, et madame de Sévigné espérait que sa petite-fille pourrait un jour lui succéder. Nous reviendrons, dans la suite de ces _Mémoires_, sur ce passage de la lettre de madame de Sévigné et sur les mots _perdu_ et _égarée_, que Grouvelle, M. Monmerqué et Gault de Saint-Germain ont expliqués diversement.
CHAPITRE XVII.
Page 325, ligne 12: Une très-belle femme, madame de Valence, qui s'était faite religieuse.
J'ai cité ici l'édition de la Haye, t. I, p. 20, parce que c'est la seule qui dans cet endroit nous semble donner le vrai texte de madame de Sévigné. Ce texte est ainsi:
«Vous me dites des merveilles du tombeau de Montmorency et de la beauté de madame de Valence.»
Les premiers éditeurs des _Lettres de madame de Sévigné_, ne trouvant aucune mention de cette madame de Valence dans toute la correspondance de madame de Sévigné, ont substitué aux mots qui la concernent «et de la beauté de mesdemoiselles de Valançai» (lettre du 18 février 1671, t. I, p. 332, édit. G.), parce qu'en effet madame de Sévigné, en passant aussi à Moulins cinq ans après madame de Grignan, lui avait écrit de cette ville que les petites-filles de madame de Valançai, que madame de Grignan y avait vues, sont _belles et aimables_ (lettre du 17 mai 1676, t. IV, p. 440, édit. G.). Mais elles étaient, lorsque madame de Grignan les vit, trop jeunes et trop petites pour qu'il fût question de leur beauté; et la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, publiée pour la première fois dans l'édition de M. Gault de Saint-Germain (lettre 1693, t. X, p. 445, édit. G.), qui nous apprend que madame de Valence a été au couvent de la Visitation, explique celle qu'elle avait écrite précédemment, et ne laisse aucun doute sur l'exactitude de l'édition de la Haye. La preuve que les éditeurs ont altéré le texte de cette lettre en voulant la corriger se tire encore du passage qui suit immédiatement, où madame de Sévigné dit à sa fille (t. I, p. 20): «Personne n'écrit mieux que vous; ne quittez jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela _surpasse_ un style parfait.» Tous les éditeurs subséquents ont substitué (t. I, p. 332): «Vous écrivez entièrement bien, personne n'écrit mieux; ne quittez jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela _compose_ un style parfait.» Indépendamment du pléonasme dans les deux premiers membres de phrase, qui n'était pas dans madame de Sévigné, en mettant le mot _compose_ à la place du mot _surpasse_ on a fait disparaître une expression énergique et piquante pour y substituer une expression impropre et plate; et de plus, en croyant rendre la pensée plus logique, on l'a dénaturée, et on lui a ôté tout ce qu'elle a d'original et de profond. L'intention de madame de Sévigné est de faire distinguer ici l'écrivain du grammairien, le talent d'écrire d'avec l'art d'écrire. Le naturel dans le style, c'est la grâce:
Et la grâce, plus belle encor que la beauté,
dit la Fontaine quand il veut donner une idée des séduisants attraits de Vénus. C'est la même pensée que celle de madame de Sévigné, exprimée d'une manière analogue. Je dois dire que le savant et exact éditeur des _Lettres de madame de Sévigné_ n'a pu ni rectifier ce texte ni éviter cette méprise, puisqu'il n'avait pu se procurer l'édition de la Haye, 1726, lorsqu'il fit la sienne; et que la publication de la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, qui fait mention de madame de Valence, est bien postérieure à celle de son édition. Voyez _Lettres_ DE SÉVIGNÉ, édit. de Monmerqué, in-8º, t. I, p. 48.
Page 329, lignes 4-7: Une relation admirable, selon elle, adressée à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires de M. de Grignan.
Voici le texte de l'édition de la Haye:
«M. de Coulanges vient de m'apporter une relation admirable de tout votre voyage, que lui fait très-agréablement M. Ripert; voilà justement ce que nous souhaitons (p. 38).» ... «M. le marquis de Saint-Andiol m'est venu voir; je lui ai montré la relation de Ripert, dont il a été ravi pour l'honneur de la Provence... J'attends celle de Corbinelli (p. 39).»
On peut voir aux endroits cités de l'_Histoire de Sévigné_, par M. Aubenas, et surtout dans la note, p. 588, qui termine l'ouvrage de cet auteur, quelles sont les prétentions de la famille de Ripert. Du temps de madame de Sévigné, il y avait au moins quatre frères de ce nom; car, dans la lettre du 6 septembre 1676, t. V, p. 113, de l'édition de G. de S.-G., madame de Sévigné dit: «Mon fils me mande que les frères Ripert ont fait des prodiges de valeur à la défense de Maestricht; j'en fais mes compliments au doyen et à Ripert.» Ce doyen était le Ripert du chapitre de Grignan, et le dernier mentionné celui qui était attaché à M. de Grignan comme homme d'affaires.