Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 6)

Chapter 36

Chapter 363,765 wordsPublic domain

«Je me suis félicité à mon tour de la bonne intelligence des trois cours, et j'ai témoigné mon désir que M. de Catacazy se conformât pleinement aux excellentes instructions qu'il recevait. Insistez sur ce point auprès de M. de Nesselrode. A Athènes plus que partout ailleurs, les relations personnelles des agents, leur manie de patronage, leur facilité à se laisser entraîner dans les passions et les querelles des coteries locales, ont bien souvent altéré la politique de leurs gouvernements et aggravé le mal qu'ils étaient chargés de combattre. Il ne conviendrait, je pense, à la Russie pas plus qu'à nous que la Grèce fût bouleversée et devînt le théâtre de désordres très-embarrassants d'abord et bientôt très-graves. Pour que l'action commune de nos représentants soit efficace, il est indispensable que leurs procédés de tous les moments, leurs conversations familières avec la clientèle grecque qui les entoure, soient en harmonie avec leur attitude et leurs paroles officielles. Quand trois grands cabinets se disent sérieusement qu'ils veulent la même chose, je ne comprendrais pas qu'ils ne vinssent pas à bout de l'accomplir, et qu'ils se laissassent détourner de leur but ou embarrasser dans leur route par des habitudes ou des manies d'agents secondaires. C'est pourtant là notre écueil à Athènes. Je le signale aussi à Londres, et je prie qu'on adresse à sir Edmond Lyons les mêmes recommandations.

«Après ces deux dépêches, M. de Kisseleff m'a donné à lire une longue lettre particulière de M. de Nesselrode en réponse à notre conversation du 5 avril. J'ai tort de dire en réponse, car cette lettre ne répond point directement à ce que j'avais dit à M. de Kisseleff sur l'attitude et les procédés de l'empereur envers le roi et la France depuis 1830. M. de Nesselrode y commence par m'engager à ne plus revenir sur ce qui a eu lieu entre nos deux gouvernements avant la formation du cabinet actuel. C'est du passé, dit-il, et M. Guizot n'y est pour rien. M. de Nesselrode ne demande pas mieux, lui, que de n'en plus parler et de partir d'aujourd'hui comme d'une époque nouvelle. Il expose ensuite, avec détail et habilement, deux idées: 1º par quels motifs le cabinet russe ne nous a pas fait de plus fréquentes et plus intimes communications sur les affaires européennes; 2º quels changements sont survenus, depuis 1840, dans les relations des grandes puissances, notamment de la France et de l'Angleterre, et pourquoi nous faisons bien de suivre aujourd'hui la bonne politique, c'est-à-dire de ne chercher à brouiller la Russie avec personne, attendu que nous ne retrouverions pas, avec l'Angleterre, l'alliance intime que des circonstances particulières, entre autres la présence d'un cabinet whig, avaient amenée de 1830 à 1840, mais qui ne saurait se renouer aujourd'hui.

«M. de Nesselrode met beaucoup de soin à développer ceci: évidemment l'idée du rétablissement de l'intimité entre la France et l'Angleterre le préoccupe, et il désirerait nous en démontrer et s'en démontrer à lui-même l'impossibilité. Je n'ai fait aucune observation à ce sujet.

«Du reste, M. de Kisseleff, qui m'avait à peine interrompu deux ou trois fois par quelques paroles, m'a promis de transmettre, avec une scrupuleuse exactitude, à M. de Nesselrode ce que je venais de lui dire. Je ne saurais trop me louer du langage du vice-chancelier de l'empereur à mon égard: j'y ai trouvé ce qui m'honore, ce qui me touche le plus, une estime sérieuse, gravement et simplement exprimée. Je désire que vous témoigniez à M. de Nesselrode combien j'y suis sensible.»

Pendant que cette correspondance entre Paris et Saint-Pétersbourg suivait son cours, le baron Edmond de Bussierre, alors ministre du roi à Dresde, écrivit à M. Guizot, le 14 juin 1843.

30º _M. le baron de Bussierre à M. Guizot._

«M. le comte de Pahlen est à Dresde depuis trois jours. Il a mis un empressement obligeant à venir me chercher dès son arrivée. Il a dîné hier chez moi avec M. de Zeschau et tous mes collègues. Il part demain pour Carlsbad. Nous n'avons pas échangé un seul mot sur ses projets ultérieurs. Je sais toutefois que l'espoir de rencontrer M. de Barante en Bohême le préoccupe assez vivement; plusieurs personnes, évidemment chargées par lui de me pressentir sur la probabilité de cette rencontre, m'ont fort inutilement assailli de questions; on ne les a pas épargnées davantage à M. Ernest de Barante. Il est certain, d'après tout ce qui nous revient de Pétersbourg, qu'on y sent le besoin d'un retour à de meilleurs rapports, et que la situation actuelle pèse à l'empereur lui-même; il n'en est pas encore au point de venir sincèrement à nous, mais il ne veut pas qu'on croie en Europe que la porte lui soit définitivement fermée: cette impossibilité trop éclatante d'un accord avec la France affaiblit les ressorts et fausse les combinaisons de sa politique; il s'en trouve amoindri sur tous les points, et particulièrement dans ses relations avec la Prusse.

«Ce sera, sans aucun doute, un motif de plus aux yeux de Votre Excellence pour ne rien faire qu'à de très-bonnes conditions. Un rapprochement auquel le gouvernement du roi semblerait se prêter avec trop de facilité produirait un effet fâcheux en Allemagne. On y sait à merveille combien la Russie désire ce rapprochement; on trouve donc tout naturel qu'elle en fasse les frais.»

«31º _Le baron d'André à M. Guizot._

«Monsieur,

«Dès que le courrier Alliot m'eut remis vos dépêches, je demandai à voir M. de Nesselrode. Je lui parlai du nouvel entretien que vous aviez eu avec M. de Kisseleff, et après avoir échangé quelques paroles, je laissai au vice-chancelier votre lettre particulière du 20 mai, afin qu'il pût la lire à loisir et la montrer à l'empereur. En la prenant, M. de Nesselrode me dit qu'il craignait que nous n'allassions un peu vite. Je répondis au vice-chancelier qu'il valait mieux s'expliquer et prévoir les conséquences de toute démarche avant de l'entreprendre, qu'il serait fâcheux, par exemple, de voir les ambassadeurs retourner à leur poste sans savoir préalablement sur quoi compter.

«--Mais remarquez, me dit M. de Nesselrode, qu'il n'a jamais été question du retour des ambassadeurs dans mes lettres, et que c'est M. Guizot qui, le premier, en a parlé à M. de Kisseleff.

«--Je sais très-bien, monsieur le comte, que chacun de nous a la prétention de ne point faire des avances; mais si M. Guizot a parlé des ambassadeurs à M. de Kisseleff, c'est parce qu'il a voulu répondre à ce que Sa Majesté m'a fait l'honneur de me dire au cercle de la cour lorsqu'elle m'a demandé quand reviendrait M. de Barante.»

«En quittant M. de Nesselrode, il m'a promis de me faire savoir quand il pourrait me rendre ma lettre. Douze jours se sont écoulés depuis. Pendant ce temps, j'ai cherché à connaître quelle avait été d'abord l'impression produite sur l'empereur par les dépêches venues de Paris. Ce que j'en ai appris m'a fait voir aussitôt qu'elles avaient modifié les dispositions de Sa Majesté. Vous voyez que les choses sont complétement changées.

«Maintenant, m'a-t-on dit, c'est une question qu'il faut laisser en repos, sauf à la reprendre plus tard. Les affaires générales doivent amener la solution des affaires personnelles. Si les ambassadeurs avaient repris leur poste, il est probable que l'empereur, abandonnant peu à peu ses préjugés, serait arrivé à une appréciation plus juste des convenances et de ses véritables intérêts.

«Mes informations et cette opinion n'avaient point cependant un caractère assez positif pour les communiquer à Votre Excellence avant d'avoir obtenu le second rendez-vous que m'avait annoncé M. de Nesselrode. Je savais qu'il avait vu l'empereur, qu'il devait le revoir encore, et j'attendais. Hier enfin, j'ai été prié de passer chez lui. Il m'a d'abord donné à lire une dépêche sur les affaires de Grèce dont vous aurez connaissance. Je lui ai demandé ensuite s'il n'avait rien de plus à m'apprendre. «Non, voilà tout.--Cependant?...--Je n'ai rien à vous dire.»

«Après un moment de silence, M. de Nesselrode m'a pourtant raconté qu'il allait écrire à M. de Kisseleff une lettre qui serait communiquée à Votre Excellence, et qui répondrait à votre lettre particulière du 20 mai. «Entre nous, a continué le vice-chancelier, rappelant ce qu'il m'avait dit dans mon premier entretien, je crois que votre gouvernement a été un peu trop vite. Pour le moment, il n'y a point à s'occuper de quelques-unes des questions qui ont été agitées dans les lettres particulières que vous m'avez données à lire. L'empereur a trouvé qu'on lui imposait des conditions, et cela a détruit le bon effet du premier compte rendu. Au reste, a-t-il ajouté, si les choses sont gâtées, elles sont loin de l'être à tout jamais, et à la première occasion on pourra les reprendre.»

«J'ai répondu à M. de Nesselrode que je regrettais beaucoup que l'empereur eût donné une aussi fausse interprétation aux intentions du gouvernement du roi en admettant qu'on voulait lui imposer des conditions, que j'affirmais que vous n'aviez eu d'autre pensée que celle de vous expliquer franchement et dignement, afin de ne point exposer à des mécomptes, faute de s'être mal compris, les souverains de deux grands États.

«M. de Nesselrode, qui ne peut assurément partager l'opinion de l'empereur, et qui connaît, tout comme nous, la vraie cause de cette si grande susceptibilité, a préféré ne rien dire de plus, et terminer ainsi notre entretien.

«Quelques confidences récentes me feraient supposer que l'empereur laissera croire à son entourage qu'on a voulu lui mettre le marché à la main, et que, s'il n'y a pas rapprochement entre les deux pays, c'est plutôt au gouvernement du roi qu'il faut en attribuer la cause. Je ne comprends pas comment de bonne foi on pourrait maintenir une pareille assertion qui ne saurait avoir été mise en avant, si elle l'a été réellement, que pour masquer un amour-propre excessif contre lequel, depuis douze ans, tout raisonnement vient se briser.»

32º _M. Guizot à M. le baron d'André._

8 juillet 1843.

«Monsieur le baron,

«Aussitôt après l'arrivée de M. de Breteuil, vous irez trouver M. le comte de Nesselrode et vous lui donnerez à lire la dépêche ci-jointe. Pour peu qu'il vous témoigne le désir de la faire connaître à l'empereur, vous prendrez sur vous de la lui laisser. Je désire qu'elle soit mise textuellement sous les yeux de l'empereur.

«Je n'ai rien à y ajouter pour vous-même. Si M. de Nesselrode engage avec vous quelque conversation, la dépêche vous indique clairement dans quel esprit et sur quel ton parfaitement simple, tranquille et froid, vous y devez entrer. Laissez sentir que, bien que la modération générale de notre conduite n'en doive être nullement altérée, il y a là cependant une question et un fait dont l'importance politique est grande et inévitable.»

«_M. Guizot à M. le baron d'André._

Paris, 8 juillet 1843.

«Monsieur le baron,

«M. de Kisseleff est venu le 27 juin me donner communication d'une dépêche de M. le comte de Nesselrode, en date du 14 du même mois, qui répond à mes entretiens des 5 avril et 14 mai avec M. le chargé d'affaires de Russie, entretiens que je vous ai fait connaître par mes lettres particulières des 25 avril et 20 mai.

«M. le comte de Nesselrode parait penser que j'ai pris l'initiative de ces entretiens et des explications auxquelles ils m'ont conduit, notamment en ce qui concerne le retour des ambassadeurs à Paris et à Saint-Pétersbourg. Je me suis arrêté en lisant ce passage de sa dépêche, et j'ai rappelé à M. de Kisseleff que la première origine de nos entretiens avait été la phrase par laquelle, dans sa dépêche du 21 mars, M. le comte de Nesselrode, en le chargeant de me féliciter du résultat de la discussion sur les fonds secrets, me supposait envers la Russie des dispositions peu favorables. Je ne pouvais évidemment passer sous silence cette supposition, et ne pas m'expliquer sur mes dispositions ainsi méconnues ou mal comprises. Si M. le comte de Nesselrode n'avait fait que m'adresser les félicitations par lesquelles se terminait sa dépêche, je n'aurais songé à rien de plus qu'à l'en remercier; mais, en m'attribuant envers la Russie des dispositions peu favorables, il m'imposait l'absolue nécessité de désavouer cette supposition, et de ne laisser lieu, sur mes sentiments et sur leurs motifs, à aucun doute, à aucune méprise. Ainsi ont été amenés mon premier entretien avec M. de Kisseleff et les explications que j'y ai données.

«Quant au retour des ambassadeurs, l'empereur vous ayant demandé le 3 mai au cercle de la cour: «Quand reverrons-nous M. de Barante?» je pouvais encore moins me dispenser de répondre, dans mon second entretien, à une question si positive, et je n'y pouvais répondre sans exprimer avec une complète franchise la pensée du gouvernement du roi à cet égard et ses motifs.

«Je n'ai rappelé ces détails à M. de Kisseleff, et je n'y reviens avec vous aujourd'hui que parce que M. de Nesselrode dit à deux ou trois reprises, dans sa dépêche, que j'ai pris l'initiative des explications, que je les ai données spontanément. J'aurais pu les donner spontanément, car elles n'avaient d'autre but que de mettre les relations des deux cours sur un pied de parfaite vérité et de dignité mutuelle; mais il est de fait que j'ai été amené à les donner, et par l'obligeant reproche que me faisait M. de Nesselrode dans sa dépêche du 21 mars, et par la bienveillante question que l'empereur vous a adressée le 3 mai. Je n'aurais pu, sans manquer à mon devoir et à la convenance, passer sous silence de telles paroles.

«M. le comte de Nesselrode pense qu'après être entrés dans les explications que je rappelle, nous avons été trop pressés d'en atteindre le but et trop péremptoires dans notre langage. Si les ambassadeurs étaient revenus à leur poste, l'amélioration des relations entre les deux cours aurait pu arriver successivement et sans bruit. Nous avons voulu une certitude trop positive et trop soudaine.

«Ici encore j'ai interrompu ma lecture: «Je ne saurais, ai-je dit à M. de Kisseleff, accepter ce reproche; à mon avis, ce que j'ai fait aurait dû être fait, ce que j'ai dit aurait dû être dit il y a douze ans. Dans les questions où la dignité est intéressée, on ne saurait s'expliquer trop franchement, ni trop tôt; elles ne doivent jamais être livrées à des chances douteuses, ni laissées à la merci de personne. Sans le rétablissement de bonnes et régulières relations entre les deux souverains et les deux cours, le retour des ambassadeurs eût manqué de vérité et de convenance. Le roi a mieux aimé s'en tenir aux chargés d'affaires.»

«L'empereur, poursuit M. le comte de Nesselrode dans sa dépêche, ne peut accepter des conditions ainsi péremptoirement indiquées. Puisque, dans l'état actuel des relations, le roi préfère des chargés d'affaires, l'empereur s'en remet à lui de ce qui convient à cet égard.

«Nous n'avons jamais songé, ai-je dit, à imposer des conditions. Quand on ne demande que ce qui vous est dû, ce ne sont pas des conditions qu'on impose, c'est son droit qu'on réclame. Nous avons dit simplement, franchement, et dans un esprit sincère, ce que nous regardons comme imposé, point à l'empereur, mais à nous-mêmes, par notre propre dignité.»

«La dépêche se termine par la déclaration que les dispositions du cabinet de Saint-Pétersbourg, quant aux relations et aux affaires des deux pays, demeureront également bienveillantes. J'ai tenu à M. de Kisseleff le même langage. Le gouvernement du roi a déjà prouvé qu'il savait tenir sa politique en dehors, je pourrais dire au-dessus de toute impression purement personnelle. Il continuera d'agir, en toute circonstance, avec la même modération et la même impartialité. Il ne voit, en général, dans les intérêts respectifs de la France et de la Russie, que des motifs de bonne intelligence entre les deux pays, et si, depuis douze ans, leurs rapports n'ont pas toujours présenté ce caractère, c'est que les relations des deux souverains et des deux cours n'étaient pas en complète harmonie avec ce fait essentiel. La régularité de ces relations, et M. le comte de Nesselrode peut se rappeler que nous l'avons souvent fait pressentir, est donc elle-même une question grave et qui importe à la politique des deux États. Le gouvernement du roi a accepté l'occasion, qui lui a été offerte, de s'en expliquer avec une sérieuse franchise, et dans l'intérêt de l'ordre monarchique européen, comme pour sa propre dignité, il maintiendra ce qu'il regarde comme le droit et la haute convenance des trônes.»

FIN DES PIÈCES HISTORIQUES DU TOME SIXIÈME.

TABLE DES MATIÈRES

DU TOME SIXIÈME.

CHAPITRE XXXIV.

LES OBSÈQUES DE NAPOLÉON.--LES FORTIFICATIONS DE PARIS.

Ma situation et ma disposition personnelles dans le cabinet du 29 octobre 1840.--Des amis politiques.--Des divers principes et mobiles de la politique extérieure.--Quelle politique extérieure est en harmonie avec l'état actuel et les tendances réelles de la civilisation.--Caractère de l'isolement de la France après le traité du 15 juillet 1840.--Débats de l'Adresse dans les deux Chambres à l'ouverture de la session de 1840-1841.--Arrivée à Cherbourg du prince de Joinville ramenant de Sainte-Hélène, sur la frégate _la Belle-Poule_, les restes de l'empereur Napoléon.--Voyage du cercueil du Havre à Paris.--État des esprits sur la route.--Cérémonie des obsèques aux Invalides.--Conduite du gouvernement de Juillet envers la mémoire de l'empereur Napoléon.--Fortifications de Paris.--Vauban et Napoléon.--Études préparatoires.--Divers systèmes de fortifications.--Comment fut prise la résolution définitive.--Présentation, discussion et adoption du projet de loi.--Opinion de l'Europe sur cette mesure.

CHAPITRE XXXV.

AFFAIRES D'ORIENT.--CONVENTION DU 13 JUILLET 1841.

Situation de la France après le traité du 15 juillet 1840.--Caractère de son isolement et de ses armements.--Dispositions des cabinets européens.--Dépêche de lord Palmerston du 2 novembre 1840.--Son effet en France.--Prise de Saint-Jean d'Acre par les Anglais.--Méhémet-Ali est menacé en Égypte.--Mission du baron Mounier à Londres.--Paroles du prince de Metternich.--Le commodore Napier arrive devant Alexandrie, décide Méhémet-Ali à traiter, et conclut avec lui une convention qui lui promet l'hérédité de l'Égypte.--Colère du sultan et de lord Ponsonby en apprenant cette nouvelle.--La convention Napier est désavouée à Constantinople, quoique approuvée à Londres.--Conférence des plénipotentiaires européens à Constantinople avec Reschid-Pacha.--Hatti-shériff du 13 février 1841, qui n'accorde à Méhémet-Ali qu'une hérédité incomplète et précaire de l'Égypte.--Entretien de lord Palmerston avec Chékib-Effendi.--Notre attitude expectante et nos précautions.--Projet d'un protocole et d'une convention nouvelle pour faire rentrer la France dans le concert européen.--Conditions que nous y attachons.--J'autorise le baron de Bourqueney à parafer, mais non à signer définitivement les deux actes projetés.--Travail du prince de Metternich à Constantinople.--Changement du ministère turc.--Nouvelles hésitations de la Porte.--Elle cède enfin et accorde l'hérédité de l'Égypte à Méhémet-Ali, par un nouveau firman du 25 mai 1841.--Nouveau délai à Londres pour la signature du protocole et de la convention.--La chute du ministère whig est imminente.--Méhémet-Ali accepte le firman du 25 mai 1841.--J'autorise le baron de Bourqueney à signer la convention; elle est signée le 13 juillet 1841.--Résumé de la négociation et de ses résultats.

CHAPITRE XXXVI.

LE DROIT DE VISITE.

Lord Palmerston me demande de signer le nouveau traité préparé en 1840 pour la répression de la traite des nègres.--Mon refus et ses causes.--Avénement du cabinet de sir Robert Peel et lord Aberdeen.--Je consens alors (le 20 décembre 1841) à signer le nouveau traité.--Premier débat dans la chambre des députés à ce sujet.--Amendement de M. Jacques Lefebvre dans l'adresse.--Vraie cause de l'état des esprits.--J'ajourne la ratification du nouveau traité.--Attitude du cabinet anglais.--Les ratifications sont échangées à Londres entre les autres puissances et le protocole reste ouvert pour la France.--Nouveaux débats dans les deux chambres contre le droit de visite et les conventions de 1831 et 1833.--Nous refusons définitivement la ratification du traité du 20 décembre 1841.--Modération et bon vouloir de lord Aberdeen.--Le protocole du 19 février 1842 est clos et le traité du 20 décembre 1841 est annulé pour la France.--A l'ouverture de la session 1843-1844, un paragraphe inséré dans l'adresse de la chambre des députés exprime le voeu de l'abolition du droit de visite.--Pourquoi je n'entre pas aussitôt en négociation avec le gouvernement anglais à ce sujet.--Visite de la reine Victoria au château d'Eu.--Son effet en France et en Europe.--Je prépare la négociation pour l'abolition du droit de visite.--Dispositions de lord Aberdeen et de sir Robert Peel.--Nouveaux débats à ce sujet dans les chambres à l'ouverture de la session de 1844.--Visite de l'empereur Nicolas an Angleterre.--Visite du roi Louis-Philippe à Windsor.--Je l'y accompagne.--- Négociation entamée pour l'abolition du droit de visite.--Comment ce droit peut-il être remplacé pour la répression de la traite?--Le duc de Broglie et le docteur Lushington sont nommés pour examiner cette question.--Leur réunion à Londres.--Nouveau système proposé.--Il est adopté et remplace le droit de visite en vertu d'un traité conclu le 25 mai 1845.--Présentation, adoption et promulgation d'une loi pour l'exécution de ce traité.

CHAPITRE XXXVII.

AFFAIRES DIVERSES A L'EXTÉRIEUR.

(1840-1842)

État de la Syrie après l'expulsion de Méhémet-Ali.--Guerre entre les Druses et les Maronites.--Impuissance et connivence des autorités turques.--Mes démarches en faveur des Maronites chrétiens.--Dispositions du prince de Metternich;--de lord Aberdeen.--Le baron de Bourqueney et sir Stratford Canning à Constantinople.--Résistance obstinée de la Porte à nos demandes pour les chrétiens.--Sarim-Effendi.--Plan du prince de Metternich pour le gouvernement du Liban.--Nous l'adoptons, faute de mieux.--La Porte finit par céder.--Mon opinion sur les Turcs et leur avenir.--État de la Grèce en 1841.--Mission de M. Piscatory en Grèce; son but.--Ce que j'en fais dire à lord Aberdeen.--Il donne à sir Edmond Lyons des instructions analogues.--Notre inquiétude et notre attitude envers le bey de Tunis.--Méfiances du Cabinet anglais à ce sujet.--Mes instructions au prince de Joinville.--Mission de M. Plichon.--Affaires de l'Algérie.--Situation des consuls étrangers en Algérie.--Vues sur l'avenir de la France en Afrique.--Comptoirs établis sur la côte occidentale d'Afrique.--La côte orientale d'Afrique et Madagascar.--Prise de possession des îles Mayotte et Nossi-bé.--Traité avec l'Iman de Mascate.--Question de l'union douanière entre la France et la Belgique.--Négociations à ce sujet.--Mon opinion sur cette question.--Traités de commerce du 16 juillet 1843 et du 13 décembre 1845 avec la Belgique.--Affaires d'Espagne.--Rivalité et méfiance obstinée de l'Angleterre envers la France en Espagne.--La reine Christine à Paris.--Régence d'Espartero--Insurrection et défaite des _christinos_.--Notre politique générale en Espagne.--M. de Salvandy est nommé ambassadeur en Espagne.--Accueil qu'il reçoit en route.--Question de la présentation de ses lettres de créance.--Espartero ne veut pas qu'il les remette à la reine Isabelle.--Attitude de M. Aston, ministre d'Angleterre à Madrid.--M. de Salvandy revient en France.--Instructions de lord Aberdeen à M. Aston.--Incident entre la France et la Russie.--Le comte de Pahlen quitte Paris en congé.--Par quel motif.--Mes instructions à M. Casimir Périer, chargé d'affaires de France en Russie.--Colère de l'empereur Nicolas.--Vaines tentatives de rapprochement.--Persévérance du roi Louis-Philippe.--Les ambassadeurs de France et de Russie ne retournent pas à leurs postes et sont remplacés par des chargés d'affaires.

CHAPITRE XXXVIII.

AFFAIRES DIVERSES A L'INTÉRIEUR.