Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (9/9)
Part 25
C'est ici, madame, où la partie importante de ma narration paraît commencer seulement, qu'elle est, pour ainsi dire, déjà terminée; car tout le reste de cette conversation roula sur les mêmes termes. J'avais beau me servir des expressions mille fois rebattues de politique, d'utilité, d'intérêt du moment, etc., etc., avec les deux mots bien simples du devoir, de la reconnaissance et de la sainteté du serment prêté, l'avantage restait toujours du côté du prince. Cependant j'essayerai de retracer encore à Votre Altesse Royale textuellement quelques phrases prononcées par le feu prince, son illustre époux. Lorsque je lui parlais du sort de ses enfants, il me dit: «Certainement j'ignore si mon fils est destiné à porter un jour la couronne de fer; mais, en tout cas, il ne doit y arriver que par la bonne voie.» Puis, lorsqu'il apprit par moi que les puissances alliées étaient bien décidées à passer le Rhin avec des forces supérieures, il me répondit: «On ne peut nier que l'astre de l'Empereur commence à pâlir; mais c'est une raison de plus pour ceux qui ont reçu de ses bienfaits de lui rester fidèles.» Et puis il ajouta que même les offres qui venaient de lui être faites ne resteraient pas un secret pour l'Empereur. Enfin, lorsque, comme dernier argument, je commençais, ainsi que mets instructions me le prescrivaient, de lui parler des dispositions assez claires que le roi Joachim avait témoignées de traiter avec les souverains alliés, et lorsque j'ajoutais qu'avant six semaines son flanc droit se trouverait exposé, compromis peut-être, le prince me dit: «J'aime à croire que vous vous trompez; si toutefois il en était ainsi, je serais certainement le dernier pour approuver la conduite du roi de Naples; encore la situation ne serait-elle pas exactement la même: lui est souverain; moi, ici, je ne suis que le lieutenant de l'Empereur.» Enfin notre conversation se termina exactement comme elle avait commencé; la résolution du prince resta inébranlable.
Pour ce cas, j'avais l'ordre de le prier de déchirer en ma présence la lettre du roi de Bavière, ainsi que la note incluse, ce qu'il fit à l'instant même; puis il me dit qu'il allait rentrer à Vérone, et que là il écrirait une lettre à son beau-père pour lui expliquer les motifs de son refus; puis il appela le général Rouyer, l'engagea à me faire dîner avec lui, et remonta à cheval avec toute sa suite.
Vers huit heures du soir, ce même jour, 22 novembre, un officier d'ordonnance m'apporta la lettre en question, et je quittai San-Michèle immédiatement après pour regagner les vedettes autrichiennes. Le lendemain de grand matin, je me présentai chez le général Hiller pour lui dire en peu de mots que ma mission n'avait pas réussi, et vers le coucher du soleil, après avoir repris mon uniforme bavarois, je repartis pour l'Allemagne. Mes instructions portaient de me rendre d'abord à Carlsruhe, où le roi Maximilien-Joseph avait eu l'intention de se rendre; ce fut là que je lui remis la réponse du prince Eugène. Il la lut en disant: _Je le leur avais bien dit_, la recacheta aussitôt, et m'ordonna de repartir immédiatement pour Francfort, afin de la remettre au prince Metternich, et de lui faire de vive voix un rapport sur ma mission.
J'arrivai à Francfort le 30 novembre au matin, et m'acquittai sur-le-champ de ce qui m'était prescrit. M. de Metternich me dit combien il regrettait que la démarche eût échoué, tout en rendant la justice la plus entière au beau caractère du prince: ensuite il ajouta qu'il communiquerait la réponse du prince aux souverains alliés, et qu'il la renverrait plus tard au roi par un courrier de cabinet.
C'est ici, madame, que ma narration est finie. Peut-être Votre Altesse Royale la trouvera-t-elle incomplète, mais j'ose compter sur son indulgence. J'ai dit tout ce que ma mémoire avait gardé, et vingt-trois ans ont passé depuis. Le point essentiel pour l'histoire est toujours de savoir que le prince a non-seulement fait ce que l'honneur exigeait, mais qu'il n'a pas même hésité un seul instant à le faire.
En me mettant aux pieds de Votre Altesse Royale, j'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, madame,
De Votre Altesse Royale, le très-obéissant, très-soumis et très-dévoué serviteur,
Signé: LE PRINCE AUGUSTE DE LA TOUR ET TAXIS, Général major à la suite de l'armée.
Pour l'authenticité de la signature là-dessus.
Le secrétaire général au ministère de la guerre,
(L. S.)
Munich, le 15 novembre 1836.
Signé: GLOCKNER.
Le soussigné, secrétaire intime au ministère des affaires étrangères de Bavière, certifie l'authenticité de la signature ci-contre du secrétaire général au ministère de la guerre.
Munich, le 15 novembre 1836.
(L. S.)
Par autorisation du ministre.
Signé: GESSELS.
Pour copie conforme,
Munich, le 15 novembre 1836.
GESSELS.
Secrétaire intime.
Sceau des affaires étrangères de Bavière.
Nº V.--LETTRE DU PRINCE EUGÈNE À LA PRINCESSE AUGUSTE.
Vérone, le 23 novembre 1813.
Je t'envoie, ma bonne Auguste, une lettre que j'ai reçue du roi par un officier parlementaire. Cet officier n'était autre que le prince Taxis. J'ai causé plus d'une heure avec lui, et je t'assure que je n'ai dit que ce que je devais. En deux mots, il m'a apporté la proposition de la part de tous les alliés, pour me faite quitter la cause de l'Empereur, de me reconnaître comme roi d'Italie.
J'ai répondu tout ce que toi-même, tu aurais répondu, et il est parti ému et admirateur de ma manière de penser; comme il a vu que je ne voulais entendre à rien qu'à un armistice, il m'a assuré que le roi l'obtiendrait d'autant plus, «que les alliés admiraient mon caractère et ma conduite.»
C'est déjà une bien belle récompense que de commander ainsi l'estime à ses ennemis.
Déchire le billet du roi, ne parle de rien de tout cela.
Dans l'armée on ne sait qu'il est venu un parlementaire que comme officier autrichien.
Adieu, etc., etc.
Nº VI.--L'EMPEREUR AU PRINCE EUGÈNE.
Saint-Cloud, le 17 novembre 1813.
Mon fils, le général Danthouard arrive. Vous avez encore une belle armée, et, si vous avez avec cela cent pièces de canon, l'ennemi est incapable de vous forcer, il ne s'agit que de gagner du temps. J'ai ici six cent mille hommes en mouvement; j'en réunirai cent mille en Italie. Je vais prendre des mesures pour porter tous vos cadres au grand complet de neuf cents hommes par bataillon. Faites-moi connaître si tous les régiments de l'armée d'Italie d'ancienne formation auraient de l'étoffe pour établir les sixièmes bataillons.
Votre affectionné père,
NAPOLÉON.
_P. S._ Vous trouverez ci-joint la note du départ des colonnes italiennes.
N° VII.--L'EMPEREUR AU PRINCE EUGÈNE.
Saint-Cloud, le 18 novembre 1813.
Mon fils,
J'ai reçu votre lettre sur la situation des esprits en Italie. J'envoie à Gênes le prince d'Essling avec trois mille hommes tirés de Toulon. Je vous ai envoyé aujourd'hui un ordre pour la formation de plusieurs sixièmes bataillons. Vous y aurez vu que vous pouvez compter sur un renfort de quinze à seize mille hommes, et qu'en outre quarante mille hommes seront réunis avant le 1er janvier à Turin et à Alexandrie. On fera encore de plus grands efforts. Dans ce moment, tout est ici en mouvement. Ne vous laissez point abattre par le mauvais esprit des Italiens. Il ne faut pas compter sur la reconnaissance des peuples. Le sort de l'Italie ne dépend pas des Italiens. J'ai déjà six cent mille hommes en mouvement. Je puis employer là-dessus cent mille hommes pour l'Italie. De votre côté, remuez-vous aussi. Écrivez au prince Borghèse. Il me semble que la grande-duchesse et le général Miollis pourraient envoyer des colonnes dans le Rubicon. J'ai envoyé le duc d'Otrante à Naples pour éclairer le roi et l'engager à se porter sur le Pô. Si ce prince ne trahit pas ce qu'il doit à la France et à moi, sa marche pourra être d'un grand effet.
Votre affectionné père,
NAPOLÉON.
N° VIII.--L'EMPEREUR AU PRINCE EUGÈNE.
Saint-Cloud, le 20 novembre 1813.
Mon fils,
Je viens de dicter au général Danthouard ce qu'il doit faire à Turin, Alexandrie, Plaisance et Mantoue: il vous fera connaître mes intentions.
Il ne faut point quitter l'Adige sans livrer une grande bataille; les grandes batailles se gagnent avec de l'artillerie: ayez beaucoup de pièces de 12. Étant à portée des places fortes, vous pourrez en avoir autant que vous voudrez. Vous n'avez plus rien à craindre d'une diversion sur les derrières, puisque l'artillerie ne passe nulle part. Mettez deux cents hommes et six pièces de canons à Brescia, à la citadelle. Ayez des barques armées, qui vous rendent absolument maître du lac de Peschiera, du lac de Lugano, du lac Majeur et du lac de Côme. Faites construire de bonnes redoutes fraisées et palissadées sur le plateau de Rivoli et qu'elles battent le chemin de Vérone, sur la rive gauche de l'Adige. Faites construire des ouvrages du côté de Montebello (_ce dernier mot est effacé et remplacé de la main de l'Empereur par la_ Couronne).
Si vous êtes à temps, occupez les hauteurs de Caldiero et faites-y faire des redoutes; coupez les digues de l'Alpon et inondez le bas Adige. Enfin, la grande manoeuvre serait d'attaquer l'ennemi en concertant les moyens de passer rapidement, et sans qu'il le sût, par Mestre. Cette manoeuvre concertée en secret, et avec les grands moyens que vous avez, pourrait vous donner des avantages considérables.
Votre affectionné père,
NAPOLÉON.
N° IX.--LETTRE DU GÉNÉRAL DANTHOUARD AU PRINCE EUGÈNE.
Sans date.
Monseigneur,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Impériale une copie des instructions que l'Empereur m'a dictées et que j'ai écrites à la volée. Je pense que Votre Altesse est déjà au courant de tout cela, mais il y a des articles intéressants. J'ai écrit comme l'Empereur parlait. Il y a eu ensuite une conversation d'une heure. Il est déjà passé cinq mille conscrits pour Alexandrie, et il y en a sept mille passés de Piémont en France.
Je n'ose m'exprimer sur ce que je pense des travaux militaires du Mont-Cenis; il faudra une division pour les garder si on les achève; mais je parie qu'il en sera pour ce point comme pour Peschiera.
Votre Altesse Impériale verra que je sais encore loin d'elle pour plusieurs jours. Je ne sais comment le prince Borghèse prendra ma mission; mais, s'il la prend bien, je la ferai bien; s'il la prend mal, je ne pourrai la remplir en entier. L'Empereur m'a dit de lui rendre compte directement et en même temps m'a ajouté:
«Tout ce que vous allez faire étant pour le vice-roi, vous le préviendrez de tout ce qui sera nécessaire.» Je prie Votre Altesse Impériale de m'adresser ses ordres à Turin pour ces premiers jours; il est probable que je n'irai à Plaisance qu'après Casal, et passant par Milan.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monseigneur,
De Votre Altesse, le très-humble et dévoué,
Comte DANTHOUARD.
N° X.--ORDRES ET INSTRUCTIONS DICTÉS PAR L'EMPEREUR, LE 20 NOVEMBRE 1813, À ONZE HEURES DU MATIN.
Danthouard m'écrira du Mont-Cenis où en est la forteresse, si on peut l'armer, si elle est à l'abri d'un coup de main, etc.
Il verra le prince Borghèse qui doit avoir reçu la copie de l'ordre que j'ai signé hier, ayant deux buts, ou qui la lui fera voir.
_Premier but._--1° L'envoi de dix-huit mille hommes de renforts à l'armée d'Italie sur la conscription des cent vingt mille hommes. Ces dix-huit mille hommes sont fournis aux six corps qui forment l'armée d'Italie, à raison de sept cents hommes; total, quatre mille deux cents hommes. Plus, huit cents hommes à prendre au dépôt du 156e pour le 92e; en tout, cinq mille hommes, et en sept mille hommes qui font partie des régiments qui sont à l'armée d'Italie et dépôts au delà des Alpes. Enfin, en six cents hommes du dépôt du 156e régiment pour le 36e léger, six cents hommes pour le 133e, six cents hommes pour le 132e, etc.; total, seize mille hommes.
Au reste, le prince Borghèse lui remettra le décret qui est très-détaillé, afin qu'il en ait pleine connaissance pour l'exécution de ses ordres.
Il reconnaîtra: 1° si les conscrits sont beaux hommes et forts, s'assurera de la quantité, si la désertion a occasionné des pertes et combien, etc.
2° Il s'informera du directeur de l'artillerie s'il a les armes pour ces seize mille hommes.
3° Il s'assurera si l'habillement, grand et petit équipement, sont prêts, ou quand ils le seront, etc.
4° Cet seize mille hommes sont destinés aux premier et deuxième bataillons de l'armée d'Italie; mais j'ai en outre une armée de réserve de trente mille hommes par décret d'hier (19 novembre), et à prendre sur la levée des trois cent mille hommes. Ces trente mille hommes se lèveront en Provence, en Dauphiné, Lyonnais, et seront réunis à Alexandrie à la fin de décembre.
Il faut voir si les armes sont prêtes ainsi que l'habillement, ou bien si les mesures sont prises pour cela, pour ces trente mille hommes. Ces trente mille hommes, formant trois divisions, seront incorporés, pour la première division, dans les quatrième et sixième bataillons de l'armée d'Italie, le quatrième bataillon existant à Alexandrie. Le vice-roi fera former les cadres des sixièmes bataillons et les enverra de suite à Alexandrie.
2° La deuxième division sera formée des bataillons qui ont leur dépôt en Piémont. Plusieurs retournent à la grande armée, en sorte qu'il ne faut compter que sur la moitié; il faut donc former des cadres en remplacement et les diriger sur ces dépôts.
3° La troisième division sera formée de onze à douze cinquièmes bataillons, dans les vingt-septième et vingt-huitième divisions militaires.
La première division recevra 9,000 La deuxième division recevra 7,500 La troisième division recevra 5,500 22,000 hommes.
Indépendamment de ces trois divisions, je forme une réserve en Toscane des troisième, quatrième, cinquième bataillons du 112e régiment, des quatrième, cinquième bataillons du 33e léger, qui reçoivent deux mille cinq cents hommes sur la levée des trois cent mille hommes.
Plus, je forme une réserve à Rome des troisième, quatrième, bataillons du 22e léger, des quatrième, cinquième bataillons du 4e léger, des quatrième, cinquième bataillons du 6e de ligne, qui recevront trois mille hommes sur les trois cent mille hommes, non compris ce qu'ils reçoivent des cent vingt mille hommes; total, vingt-huit mille hommes.
Il reste deux mille hommes pour l'artillerie d'Alexandrie, Turin, pour les sapeurs, les équipages... Je veux une artillerie pour l'armée de réserve.
J'ai envoyé le prince d'Essling à Gênes avec trois mille hommes de gardes nationales, levées depuis un an à Toulon. Il est possible que je lui confie le commandement de l'armée de réserve; mais, s'il est totalement hors d'état de le remplir à cause de sa poitrine, j'y enverrai probablement le général Caffarelli.
Ainsi donc, avant le 1er janvier, le vice-roi recevra seize mille hommes des cent vingt mille hommes pour recruter les trois premiers bataillons des régiments, tout cela de l'ancienne France; il n'y aura ni Piémontais, ni Italiens, ni Belges; plus trente mille hommes de l'armée de réserve; total, quarante-six mille hommes réunis d'ici au mois de février, tous vieux Français et âgés de vingt-trois, vingt quatre, vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf, trente, trente et un, trente-deux ans.
Le principal soin doit être de former les sixièmes bataillons et de tirer des corps pour former les cadres dont nous manquons et qu'on ne peut créer.
Le roi de Naples m'a écrit qu'il marche avec trente mille hommes. S'il exécute le mouvement, l'Italie est sauvée; car les troupes autrichiennes ne valent pas les Napolitains.
Le roi est un homme très-brave, il mérite de la considération, il ne peut diriger des opérations, mais il est brave, il anime, il enlève et mérite des égards. Il ne peut donner de l'ombrage au vice-roi; son rôle est à Naples, il n'en peut sortir.
Danthouard me rendra compte de l'état dans lequel se trouve la citadelle de Turin, son armement, ses magasins de guerre et de bouche, son commandant, les officiers du génie, de l'état-major, etc., etc.
Il me rendra le même compte sur Alexandrie, en joignant le calque des ouvrages; il me fera rapport sur les officiers, l'état-major, etc., etc.
Même rapport sur la citadelle de Plaisance. On me parle de la citadelle de Casal; il s'y rendra, et me rendra compte si cela vaut la peine d'être armé et approvisionné. Si le vice-roi avait enfermé dans les places les fonds de dépôts comme quartiers-maîtres, ouvriers, etc., il faut les retirer, il faut même évacuer tout ce qui, dans ce genre, se trouve à Mantoue; on y a même enfermé le cinquième bataillon en dépôt du 3e léger; j'ai donné des ordres pour que ce dépôt reçoive six cents conscrits à Alexandrie; Danthouard se fera rendre compte où cela en est, et que cela soit dirigé d'Alexandrie; ensuite que le dépôt major, ouvriers, soient à Plaisance pour recevoir ce qui revient de la grande armée et organiser un bataillon. Danthouard trouvera à Alexandrin sept cents hommes pour le 13e de ligne. Le vice-roi a enfermé le dépôt à Palma-Nova; ces sept cents hommes vont se trouver seuls. J'ai ordonné d'en former le sixième bataillon. Il faut que le vice-roi fournisse quelques officiers, et le prince Borghèse formera le cadre. J'ai ordonné qu'un demi-cadre du 13e soit envoyé de Mayence; mais, jusqu'à l'arrivée, il faut pourvoir à la réception, organisation, instruction, et mettre ce bataillon à la citadelle d'Alexandrie. Danthouard trouvera à Plaisance le dépôt du neuvième bataillon des équipages militaires. Il faut diriger tout l'atelier, le matériel, les magasins sur Alexandrie, qui est une place sûre.
Si les approvisionnements des citadelles de Turin et d'Alexandrie n'étaient pas complets, il faudrait en rendre compte au prince Borghèse, pour qu'il y pourvoie de suite.
Danthouard donnera des ordres en forme d'avis pour tout ce qu'il croira nécessaire d'après mes intentions et me rendra compte des ordres qu'il aura donnés.
Il faut que les fortifications soient en état, fermer les gorges en palissades, voir ce qui est nécessaire pour les parapets et banquettes à rétablir, etc., etc. Porter une grande attention sur les inondations. Compte-t-on dans le pays sur l'inondation du Tanaro et la résistance du pont éclusé?
Un régiment croate de treize cents hommes et six cents chevaux est à Lyon. Je donne ordre à Corbineau de faire mettre pied à terre et d'envoyer cette canaille sur la Loire, et de donner trois cents chevaux à chacun des deux régiments, 1er hussards et 31e de chasseurs.
Je vais m'occuper de la cavalerie pour l'armée d'Italie: 1° J'envoie à Milan tout ce qui appartient au 1er de hussards et 31e de chasseurs; 2° je vais y envoyer deux bons régiments de dragons d'Espagne de douze cents chevaux chacun.
J'ai ordonné que toutes les troupes italiennes de la grande armée se rendent à Milan, il y a quatre mille hommes. Même ordre pour les mêmes qui sont en Aragon et en Espagne; il y a six mille hommes, tout cela est en marche. J'ai ordonné à Grouchy de se rendre à l'armée d'Italie. Il est un peu susceptible, mais le vice-roi fera pour le mieux. Le vice-roi peut avoir grande confiance en Zucchi; j'en ai été très-content.
Il ne faut pas donner du crédit à Pino, il faut élever en crédit Palombini et Zucchi et soutenir Fontanelli. L'expérience m'a prouvé que l'ennemi s'occupe particulièrement de gagner les généraux étrangers que nous portons en avant et leur accordent crédit et confiance. Ainsi de Wrede, pour qui j'ai tout fait, a été tourné contre moi, mais il est mort. Les trois généraux que j'indique peuvent être mis en avant en ce moment et annuler Pino.
Il faut que les approvisionnements des places soient pour six mois. Je désire que Danthouard examine Saint-Georges et me dise sur quoi je puis compter.
OPÉRATIONS.
Le vice-roi ne doit pas quitter l'Adige sans une bataille. Il doit avoir de la confiance; il a quarante mille hommes, il peut avoir cent vingt pièces de canon, il est sûr du succès. Quitter l'Adige sans se battre est un déshonneur. Il vaut mieux être battu.
Il faut qu'il y ait beaucoup d'artillerie, il ne doit pas en manquer à Mantoue et Pavie. Il n'y a que les attelages qui pourraient manquer; mais les dépôts sont trop voisins pour que l'on ait besoin de traîner beaucoup de caissons. Ce n'est pas comme l'armée attaquante qui est obligée à avoir avec soi ses deux approvisionnements. Il faut une réserve de dix-huit pièces de douze pour un moment décisif. L'attelage bien nécessaire est celui de la pièce et d'un caisson et demi, il n'est pas nécessaire d'attelages réguliers pour les affûts, les forges, les rechanges, etc., lorsque l'on est aussi prêt de ses places et dépôts.
Lorsqu'il verra venir la bataille, il doit avoir cent cinquante à deux cents pièces. Je n'attache pas d'importance à la perte des canons, si les chances de prises peuvent être compensées par les chances de succès.
Je suppose que la demi-lune de la porte de Vérone à Caldiero est établie et armée; en cas contraire, il faut l'établir sur-le-champ et l'armer avec du huit et du douze en fer on mauvais aloi à tirer des places, puisque l'on n'a pas occupé Caldiero, qui était la véritable position. J'avais dans le temps fait établir cette demi-lune.
L'occupation des hauteurs de Caldiero, couverte d'ouvrages de campagne, ne peut être forcée, l'Alpon en avant. On doit y être sans inquiétude, la Rocca-d'Anfo barre le seul chemin par où l'on puisse venir avec de l'artillerie. Il y faut deux chaloupes armées pour le lac; il faut deux ou trois barques années pour le lac de Come. Il faut tirer des marins de la côte pour ce service, et, s'il n'y en a pas en demander au prince Borghèse, de Gênes, où il se trouve des marins de l'ancienne France. Il faut trois à quatre cents hommes dans la citadelle de Bergame et de Brescia. Quelques poignées d'hommes de gardes nationales pour l'intérieur de la ville et deux mauvaises pièces à la citadelle.
Il faut des bateaux armés pour les lacs de Mantoue, et qu'il y ait un lieutenant de vaisseau de la vieille France pour chef; il faut rester maître de tous les points des lacs.
Il faut se maintenir en communication avec Brondolo par la rive droite de l'Adige. Il faut à Rivoli une bonne redoute palissadée, armée de canons, ce qui rend impraticable la grande route de Vérone.
Il faut occuper le Montebaldo, et un ouvrage à la Corona.
Il faut alors que l'ennemi passe l'Adige, et je ne vois pas de difficultés à couper les digues de l'Alpon et même les digues de l'Adige sous Legnago à Chiavari (en batardeau). Il faut des bateaux armés sur le lac Majeur et sur le lac de Lugano, sans violer les Suisses. Il y a un point au royaume d'Italie. Dans ces situations inforçables, il ne faut pas quitter sans une bataille; une manoeuvre que j'indique, que je ne conseille pas, que je ferais, serait de passer par Brondolo-sur-Mestre, et de forcer sur Trévise ou la Piave avec trente mille hommes; il ne manque pas de moyens de transports à Venise. Je la ferais, mais je ne conseille pas si on ne me comprend pas. On obtiendrait des résultats incalculables. L'ennemi opère par Conegliano et Trévise; on le coupe, on le disperse, on le détruit, et, s'il faut se retirer, on le fait sur Malghera et l'Adige. Mais je ne conseille pas cette manoeuvre hardie; c'est là ma manière, mais il faut comprendre et saisir tous les détails et moyens d'exécution, le but à remplir, les coups à porter, etc., etc....... L'armée serait....... (_Sa Majesté en est restée là court_).
Si le vice-roi perdait la bataille et abandonnait l'Adige, il a la ligne du Mincio qui n'est pas bonne, mais qu'il faut préparer d'avance pour s'en servir pour un premier moment de retraite et voir venir; ensuite l'Adda, le Tessin, etc., etc. Je pense que, forcé sur le Tessin, il doit se jeter sur Alexandrie et la Boquette. Il serait, à Alexandrie, renforcé par l'armée de réserve, sa ligne d'opération serait par Gênes.