Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (9/9)

Part 22

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Nous nous rendîmes d'abord à la maison dorée de Néron. Elle était construite sur le mont Esquilin. Ce palais embrassait le mont Palatin, berceau de Rome, le mont Cælius et le mont Esquilin. L'emplacement du Colisée était compris dans ses jardins, et cet espace formait un lac, dont les bords étaient plantés. Le _Laocoon_, chef-d'oeuvre de l'antiquité romaine, a été trouvé dans la maison dorée. Plusieurs salles se suivent; leur élévation est immense, et elles se succèdent sans se communiquer directement. Leur ouverture est toujours tournée vers la cour. En déblayant cette cour, on trouva une cuve immense en granit gris. Elle servait à une fontaine, et aujourd'hui elle est employée au même usage au milieu de la cour du Belvédère, au Vatican. Cette double découverte eut lieu sous Jules II. Dans le même temps et sous le même pape, l'_Apollon_ fut trouvé au port d'Antium, où Néron avait une maison de campagne. On a fait la remarque que ces deux statues célèbres sont restées comme type représentant la nature du génie des deux artistes illustres qui vivaient alors. L'_Apollon_ rappelle la manière idéale, sublime, de Raphaël quand il représente la Divinité, et le _Laocoon_ l'expression passionnée et énergique de Michel-Ange. L'ouverture des chambres et la cour de la maison d'or étaient au nord, dans la direction du mont Esquilin. Des peintures dont les couleurs sont très-vives encore, recouvrent toutes les parois de ces chambres. Les sujets sont pour la plupart fantastiques. Ils ont servi de modèle aux peintures de Raphaël, exécutées dans les loges du Vatican.

Néron, pour construire ce palais, avait exproprié un grand nombre de Romains, et il l'éleva sur les décombres des maisons occupant auparavant cet emplacement. Après la mort de Néron, on abandonna, comme dédommagement, aux citoyens dépossédés des emplacements dans une partie du palais. Ils vinrent y construire de petites habitations; on les voit encore aujourd'hui, et l'on reconnaît de même les vestiges des maisons détruites antérieurement. Trajan, manquant d'espace pour donner aux thermes portant son nom l'étendue qu'il jugea nécessaire, se servit de la maison dorée pour y suppléer. Il fit continuer ses constructions sur cet édifice. La cour fut voûtée; des pieds-droits d'une grande hauteur furent élevés à cet effet pour mettre de plain-pied l'emplacement ainsi créé avec celui sur lequel les thermes étaient déjà bâtis. Ainsi il construisit comme un supplément à la montagne. Les difficultés ne l'arrêtaient pas, quelle que fût leur nature; car il faut se rappeler que, pour mettre de niveau le lieu où il plaça son forum, il fit enlever une partie du mont Quirinal, et d'une hauteur égale à celle de la colonne qui en est la mesure.

De la maison dorée de Néron, nous allâmes visiter le Vivarium, situé sur le mont Cælius. C'était là que les bêtes féroces étaient conservées. Des constructions du style rustique, comme il convenait en raison de leur destination, existent encore et montrent les loges de ces animaux. Un souterrain fut creusé dans le roc pour leur créer de nouvelles demeures et pour ouvrir un chemin jusqu'au Colisée. Nous en visitâmes une partie. Ce fut un beau travail et une louable pensée de police que l'ouverture de ce chemin. Au-dessus étaient logés les gladiateurs. Ceux-ci débouchaient à l'amphithéâtre en suivant une route supérieure, et entraient par la même porte que les bêtes féroces; ils sortaient ensuite par la porte à droite pour revenir combattre. Une source de bonne eau se trouve dans ces souterrains. Au-dessus est construite une tour élevée dans le moyen âge à la manière des Lombards, pour porter les cloches d'un couvent voisin, celui de Saint-Jean et de Saint-Paul, deux martyrs servant dans les gardes prétoriennes du temps de Julien, immolés ensemble. La pierre sur laquelle ils furent décapités est dans l'église. La congrégation qui occupe le monastère n'est pas ancienne: elle date de Clément XIV. Sa règle est très-sévère. On appelle ces religieux les Pères de la Passion.

Nous allâmes de là au Colisée, et nous suivîmes les ruines du palais qu'occupait une grande famille de Rome dans le moyen âge, la famille d'Anitia. Saint Grégoire, dit le Grand, pape sous le nom de Grégoire Ier, était de cette famille. Il a fondé le monastère des Camaldules, situé à peu de distance, et d'où le pape actuel est sorti. Ce nom de Grégoire a été glorieux pour la chaire de Saint-Pierre. Trois papes l'illustrèrent: Saint Grégoire Ier, pape de ce nom, dont les oeuvres se voient encore dans l'église; Grégoire VII, le célèbre Hildebrand, qui mit les souverains à ses pieds: et Grégoire XIII, réformateur du calendrier, et dont le nom est resté au calendrier actuel, en usage dans toute l'Europe, excepté en Russie.

Le Colisée, amphithéâtre consacré aux combats des gladiateurs les uns contre les autres, ou aux combats des gladiateurs contre les bêtes féroces, fut commencé sous Vespasien et fini sous son fils Titus, qui en fit la dédicace. C'est le plus beau monument dont les ruines frappent les yeux à Rome. Sa grande dimension, une belle proportion, en font encore aujourd'hui une chose superbe et extraordinaire. Qu'était-ce quand, couvert de marbre et orné de statues, il était rempli d'un peuple immense? Quatre-vingt mille spectateurs y étaient habituellement rassemblés. Dans les circonstances extraordinaires, le nombre s'élevait à cent dix mille. Toute la partie inférieure était consacrée à l'empereur et à sa cour, au sénat, aux chevaliers et aux citoyens romains. Les gradins supérieurs, construits en bois, à cause de l'élévation et pour diminuer le poids, étaient occupés par les Barbares. Trois rangs de galeries voûtées formaient des abris pour mettre à couvert les spectateurs en cas de pluie. Quatre-vingts escaliers correspondants et autant de portes donnaient des moyens faciles d'entrée et de sortie, et favorisaient la circulation. Ce monument superbe, orné de huit cents statues, consacré aux plaisirs des Romains, fut construit par les Juifs amenés de Jérusalem par Titus après la prise de cette ville. Une toile, quelquefois de couleur pourpre, et d'étoffe précieuse, couvrait ce vaste édifice, et se manoeuvrait suivant les circonstances pour garantir les spectateurs de l'action du soleil. Lors de la dédicace, cent représentations furent données au peuple par l'empereur, et treize mille bêtes féroces y combattirent et y périrent. Dans ces réunions, les empereurs faisaient des dons immenses aux spectateurs. Des billets en exprimant la promesse, ou de petits modèles des choses servant de symbole, étaient jetés au peuple, et, le lendemain, chacun allait réclamer du souverain la chose promise la veille, dont le plus ou moins de valeur était dépendant de son caprice et de sa volonté.

M. Visconti, à l'occasion de ces spectacles, nous expliqua ce qui est relatif aux gladiateurs. Un homme était condamné à mort; quand il était jeune, fort et bien constitué, on lui proposait de se faire gladiateur. Ordinairement, il acceptait. Alors on le nourrissait avec soin; on le plaçait dans un lieu sain; on le soumettait à un régime convenable pour augmenter ses forces, en même temps qu'on le formait aux exercices du combat. Quand il était instruit, il était présenté au peuple au cirque, ayant au cou une plaque en ivoire indiquant la cause de sa condamnation. Quelquefois sa bonne mine intéressait, et alors le peuple le graciait. Le signe convenu en pareil cas, c'était que chacun levait le pouce, le poing étant fermé. Alors il était dispensé de combattre, et on le munissait d'une petite baguette, marque d'une sorte d'autorité dans la police des combats. Quand le peuple n'accordait pas cette grâce, grâce pouvant aussi dépendre d'une vestale, qui se levait, il avait l'obligation de livrer un combat à mort. Une fois vainqueur, sa dette était payée, et le mot _liberatus_, inscrit sur la plaque d'ivoire, était comme l'acquit de sa dette. Alors il ne combattait plus que volontairement et pour de l'argent.

Il y avait des gladiateurs de plusieurs espèces. Les uns, destinés à combattre les bêtes féroces; les autres individuellement d'autres gladiateurs; les plus faibles en masse, c'est-à-dire en certain nombre contre un nombre pareil. On annonçait au peuple pour quel genre de combat ils avaient été destinés. Quand un gladiateur intéressait par son ardeur, son courage et son adresse, et qu'on le voyait en danger de périr dans un combat contre les animaux, le peuple quelquefois réclamait par des cris pour qu'il lui fût envoyé du secours. Quand un gladiateur était vaincu après avoir combattu avec courage, il arrivait aussi au peuple de lui accorder sa grâce. Dans ce cas, il était transporté hors de l'amphithéâtre et soigné dans l'espérance de le guérir. Dans le cas contraire il était mis à mort. Il arrivait aussi que de jeunes débauchés, des gens de mauvaise vie, se livraient à ce métier volontairement et allaient se vendre au laniste, chef des gladiateurs. Alors ils faisaient leur contrat comme ils l'entendaient, et souscrivaient telles conditions qui se trouvaient à leur convenance. On demandait à un jeune gladiateur dans quelle manière de combattre il voulait être instruit, et il choisissait ou la méthode gauloise ou la méthode germaine, chacune de ces nations ayant une école particulière. La première était fondée particulièrement sur l'adresse et l'agilité, et l'autre sur la force. Un gladiateur gracié, ayant rempli sa tâche, ne pouvait jamais recouvrer ses droits civils. Quand des particuliers, des hommes privés, donnaient ces spectacles, c'était ordinairement à prix d'argent qu'ils se pourvoyaient de gladiateurs.

Le Colisée a eu des destinations variées. Dans le moyen âge, il fut occupé par les Frangipani, qui en firent une forteresse et s'y établirent, comme les Colonna dans les thermes de Constantin et les Orsini dans le théâtre de Marcellus. Ces deux dernières familles, n'ayant pas cessé d'habiter Rome, sont restées en possession des monuments publics dont elles s'étaient emparées. Les Frangipani furent obligés par l'empereur Henri III de partager le Colisée avec les Annibaldi; mais ils chassèrent bientôt ces compétiteurs et reçurent l'inféodation du Colisée du pape Honorius II; ce qui fait comprendre cet édifice encore aujourd'hui dans le nombre des palais du pape. Depuis, les Frangipani l'ayant perdu, il a été, sous Sixte-Quint, un hôpital, puis une manufacture de draps. C'était avant Pie VI un lieu destiné à recevoir les immondices. Ce souverain éclairé s'occupa de sa conservation, de son nettoiement, et le livra à l'étude des antiquaires. Pie VII suivit son exemple. Il fit mieux encore en ordonnant l'exécution de grandes constructions dans le but d'en empêcher la destruction. C'était une sorte d'amende honorable faite au nom de ses prédécesseurs, qui l'avaient traité comme une carrière; car il a fourni les matériaux nécessaires pour construire le fort de Civita-Vecchia (ouvrage de l'immortel Michel-Ange), le palais Farnèse, le palais de Venise et d'autres encore. Enfin le pape Nicolas III avait voulu le détruire; mais il était construit si solidement, que les efforts dont on voit les traces furent impuissants. Ceux qui en étaient chargés trouvèrent beaucoup plus facile de se procurer les pierres dont ils avaient besoin à la carrière de Tivoli que dans ce monument dont toutes les parties sont liées avec un soin et une solidité inimaginables. Une belle pensée a occupé un pape, c'est l'érection d'une chapelle dans le Colisée, sous l'invocation des saints martyrs du Colisée, en mémoire et à l'intention des chrétiens morts dans le cirque, victimes du goût des Romains pour les plaisirs féroces. Cette chapelle avait été abandonnée, mais elle a été rétablie par le pape Benoît XIV, qui y a fait ajouter des stations de prières.

DIXIÈME PROMENADE.

Le 27 janvier, nous commençâmes par nous rendre au mont Palatin, à la villa Mils. À la partie méridionale, donnant sur le grand cirque, était le palais d'Auguste. On reconnaît encore une suite de salles formant ses appartements. Ces salles, ordinairement rondes, ont presque toujours trois rentrants, formant trois niches, où étaient placées des statues. Les entrées étaient masquées par des colosses autour desquels on tournait. Ce palais avait son entrée par le côté qui regarde le cirque et l'Aventin. Une suite de gradins en arc de cercle faisait arriver jusqu'à son niveau. De ces marches qui étaient au pied du palais, on pouvait voir dans l'intérieur du cirque, et elles se trouvaient ainsi former un supplément pour recevoir les spectateurs. Ce palais était beau, mais d'une dimension bornée.

Auguste fit construire à côté un temple à la Victoire regardant le Forum, en mémoire de la bataille d'Actium. Ce temple était décoré de six colonnes en marbre. Tibère augmenta l'étendue du palais d'Auguste en bâtissant entre le temple et lui. Une partie fut occupée par Livie, sa mère, et femme d'Auguste. Les ornements intérieurs existant encore sont remarquables par la pureté du goût, l'élégance des dessins, et des dorures légères.

Caligula ajouta encore à l'étendue de ce palais, et fit construire une caserne pour une cohorte prétorienne. Elle est placée plus à gauche, et borde le Palatin de ce côté, en dominant le temple élevé à Romulus, converti en église de Saint-Théodore.

Le mont Palatin et ses environs dans toutes les directions étaient occupés par une multitude d'habitations appartenant à des citoyens romains. Néron, pour agrandir son palais, voulant s'emparer de l'emplacement sur lequel elles étaient bâties, fit mettre le feu à ce quartier de Rome, qui fut réduit en cendre. Alors il exécuta ses vastes projets. D'énormes constructions furent faites au sud-est du mont Palatin, et par leur grande élévation, se trouvèrent arriver à la même hauteur que le sommet du mont, de niveau avec lui, et agrandirent ainsi sa surface. Elles se trouvèrent en liaison avec le palais d'Auguste; puis, traversant la vallée de l'est, elles atteignirent au mont Cælius, et formèrent ce qu'on appela la maison de passage: elle était située là où furent placés plus tard le vivarium et les maisons des gladiateurs. Continuant au nord, les constructions allèrent gagner le mont Esquilin où fut construite la maison dorée. L'emplacement du Colisée fut creusé, et devint un lac autour duquel furent construites des maisons d'esclaves et d'affranchis. Enfin un hippodrome pour l'usage particulier de l'empereur fut établi dans le rentrant ou vallon qui se trouve à l'est du mont Palatin, et dont l'ouverture donnait sur le grand cirque.

Nous finîmes ainsi le tour du mont Palatin, en reconnaissant les constructions des différentes époques, les développements successifs de ce palais, le plus vaste qui fut jamais. Les idées avaient tant de grandeur, et les dimensions étaient si colossales, que, l'empereur Nerva ayant limité l'emplacement du palais impérial au seul emplacement du mont Palatin, on considéra cette disposition comme la marque d'une grande modération. C'est du mot Palatin, où était situé le palais des Césars, qu'est dérivé le mot palais, consacré pour exprimer les grandes habitations.

Du mont Palatin nous fûmes voir le théâtre de Marcellus. Ce théâtre, bâti par Auguste, est consacré au nom de son neveu Marcellus, destiné à lui succéder à l'empire. Il fut occupé dans le moyen âge par les Ursins, dont il est devenu la propriété et l'habitation. Auguste fit bâtir près de ce théâtre un vaste portique, pour mettre à couvert de la pluie les spectateurs quand elle arrivait d'une manière imprévue. Ce portique reçut le nom d'Octavie, sa soeur, mère de Marcellus. C'était un long parallélogramme avec un double rang de colonnes. Celles qui existent encore aujourd'hui formaient une des entrées principales. Elles représentent deux façades semblables, une extérieure et l'autre intérieure. Ce portique renfermait deux temples, l'un à Jupiter et l'autre à Junon.

Nous terminâmes notre journée en allant voir le Panthéon. Ce monument, bâti par Agrippa, gendre d'Auguste, était destiné à faire partie des thermes qu'il voulait faire construire. Les moeurs publiques réprouvaient alors une pareille magnificence à l'usage des hommes, et il le convertit en un temple à tous les dieux. Il y avait douze autels dédiés aux douze dieux principaux. Au-dessus, la voûte était soutenue par des cariatides-colonnes qui furent enlevées par l'ordre de Septime-Sévère, et transportées à son palais, l'une d'elles ayant été frappée par la foudre. Toutes les rosaces de la coupole étaient en bronze, ainsi que la partie supérieure et extérieure de la coupole et du fronton. Tout le pourtour de la rotonde était recouvert à l'extérieur en marbre. Ce monument, dans son état de dégradation actuel, est encore un des plus beaux monuments de l'antiquité, donnant la plus juste idée du bon goût et de la grandeur qui régnaient à Rome du temps d'Auguste. C'est le pape Urbain VIII, Barberini, qui a dépouillé le Panthéon de ses bronzes, et les a employés à faire construire le baldaquin de Saint-Pierre et à fondre des canons. Une inscription consacre avec éloge cette action de barbare sur le lieu même où elle fut commise.

ONZIÈME ET DERNIÈRE PROMENADE.

Il nous restait à voir le Forum et ses environs, le Forum de Marc-Aurèle et le tombeau d'Auguste. Nous visitâmes ces lieux.

Le Forum républicain était le lieu où le peuple s'assemblait pour s'occuper des affaires publiques. Il était situé entre le mont Capitolin et le mont Palatin, et à leurs pieds. L'espace qu'il occupait, assez peu considérable, était encore encombré d'édifices. Auguste les rebâtit, et les fit plus grands, afin d'enlever plus d'espace au peuple. Pour déterminer les limites du Forum, il faut parler des différents monuments qui l'entouraient.

Au pied du Capitole était le temple de la Concorde. C'est là que les sénateurs s'assemblaient extraordinairement quand il y avait entre eux de puissants motifs de dissentiment. C'est là que Cicéron prononça ses _Catilinaires_. Se rassembler dans un pareil lieu était un moyen tacite de rappeler aux patriciens que leur puissance et leur force consistaient dans leur union. En avant était l'arc de triomphe élevé à Septime-Sévère; il est encore intact aujourd'hui. Immédiatement après commençait la place. À côté du temple de la Concorde se trouvait le temple élevé à Jupiter tonnant, action de grâce d'Auguste envers la divinité pour avoir échappé à la foudre, qui tua un homme placé près de lui sans le blesser, en Espagne, lors de la guerre des Cantabres. Il en reste trois colonnes. En tournant, on voit les restes du temple élevé à la fortune de Rome et reconstruit, après un incendie, par l'empereur Maxence. Il en existe huit colonnes. En s'approchant du mont Palatin, on retrouve l'emplacement du bâtiment destiné aux comices, ensuite le temple de Vesta, aujourd'hui église de Sainte-Marie-Libératrice; plus près du mont Palatin, le temple de Romulus, aujourd'hui église de Saint-Théodore; enfin la Curie, ou le lieu où se rassemblait le sénat. Il était soutenu par des colonnes et ouvert. À l'extrémité du Forum était le temple de Castor et Pollux, rebâti par Auguste. Il en reste trois colonnes. Du côté opposé se trouvaient la prison Mamertine et les Gémonies, le lieu où les archives du sénat étaient conservées, le temple de Saturne, le temple de Janus, la basilique Émilienne, enfin le temple d'Antonin et de Faustine, qui déjà se trouvait en dehors du Forum. Au milieu de la place était placée la tribune aux harangues, ornée de trophées rostraux, en honneur des victoires maritimes remportées par les Romains sur les Antiates.

La prison Mamertine fut construite par Ancus Martius, quatrième roi de Rome, et creusée dans le roc. Les coupables y étaient descendus par un trou qui existe encore. Une seconde prison, en dessous de celle-ci, fut creusée sous le règne de Servius Tullius, sixième roi de Rome, et particulièrement destinée aux exécutions. On laissait cependant ordinairement aux condamnés le choix de leur mort. Leur corps était ensuite exposé sur l'escalier extérieur conduisant à la prison et appelé les Gémonies. Ce nom vient des gémissements de ceux qui le montaient pour entrer dans une prison où probablement ils devaient trouver la mort. Quand les criminels avaient été l'objet de la haine du peuple, leurs corps étaient abandonnés à sa fureur, et, après avoir été mis en lambeaux, ils étaient précipités dans le Tibre. Dans le cas contraire, ils recevaient la sépulture par les soins de leur famille. Saint Pierre fut détenu dans cette prison et s'en échappa.

Au-dessus de la prison Mamertine, on a bâti une église sous l'invocation de saint Joseph. Elle appartient à la corporation des menuisiers.

Le lieu où étaient placées les archives du Sénat est immédiatement après; il est devenu une église sous le nom de Sainte-Martine. Vient ensuite le temple de Saturne, où était déposé le trésor de la république, qui se composait de la dîme levée sur les dépouilles des peuples vaincus et réduite en lingots d'or. Jules César s'en empara frauduleusement pendant la guerre civile, et fit substituer des morceaux de bois dorés aux lingots qu'il avait fait enlever. Le temple de Saturne est devenu l'église de Saint-Adrien.

À côté était le temple de Janus, toujours ouvert pendant la guerre et fermé seulement deux fois: la première sous Numa, et la seconde sous Auguste. Il n'en reste pas vestige. La basilique Émilienne, construite par Paul-Émile, monument remarquable et par les colonnes en marbre violet de Phrygie qui la décoraient et parce que ce fut la première fois que des matériaux de cette richesse furent employés dans la construction des monuments de Rome, était placée à côté du temple de Janus. Il y avait des portes de bronze qui ont été transportées à Saint-Jean-de-Latran. Cet édifice est aujourd'hui un magasin de blé. Le temple d'Antonin et Faustine, dont il reste encore de beaux vestiges, vient ensuite. Sur ses débris est bâtie l'église de Saint-Laurent-in-Miranda.

En continuant, on trouve le temple de Romulus et Rémus, aujourd'hui église de Saint-Côme-et-Saint-Damien; c'était une rotonde. L'extérieur, décoré par un portique, existe encore en partie; il s'y trouve aussi de belles portes de bronze. Caracalla fit réparer ce temple. Le pavé représentait le plan de Rome arrivée à son plus grand développement. Dans le moyen âge, on y ajouta des constructions nouvelles. On fit une nef qui donna à cet édifice l'étendue nécessaire pour devenir une église. Des mosaïques du douzième siècle décorent le cul-de-lampe. À peu de distance de là sont deux colonnes unies par un fronton, qui appartenaient à la basilique Opimia.

En continuant notre marche, nous arrivâmes devant d'immenses ruines, en face du mont Palatin, qui servaient d'abord d'entrée au palais de Néron. Plus tard, cette partie du palais ayant été détachée, des constructions nouvelles en retournèrent la façade, et ce bâtiment devint le temple de la Paix. Son élévation, sa hardiesse, ses dimensions, en font quelque chose de remarquable.

Nous arrivâmes enfin à un lieu où Adrien avait fait construire sur ses propres plans un double temple, dont l'un était adossé à l'autre, élevés, l'un à Rome, l'autre à Vénus. La critique de leur plan coûta, dit-on, la vie à Apollodore, architecte célèbre de Trajan; et l'amour-propre d'Adrien, blessé comme architecte, éveilla la cruauté de l'empereur. Au-dessous de ces temples, auprès du Colisée, était un immense colosse de Néron et une fontaine; puis, sur la voie Appia, un arc de triomphe existant encore, d'abord élevé à Trajan, et ensuite dédié à Constantin, dont il porte le nom aujourd'hui.

En arrière, et à moitié chemin du Forum, est l'arc de triomphe de Titus. En retournant jusqu'au Forum, on trouve la colonne bâtie d'où l'on comptait les distances sur les diverses voies romaines, et aussi une colonne isolée, élevée à l'empereur Phocas par un gouverneur de Rome. Elle est d'un bon style et vient d'un ancien monument.