Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (6/9)
Part 9
«ALEXANDRE.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
26 janvier 1814.
«J'exécute le mouvement prescrit par Sa Majesté, et je serai établi ce soir à Heils-Luthier.
«Je laisse cependant trois cents hommes d'infanterie et quatre pièces de canon au pont de Vitry-le-Brûlé, jusqu'à ce qu'ils aient été relevés, ce point me paraissant ne pas devoir rester dégarni; ce qui réduira les troupes d'infanterie à mes ordres de trois mille sept cent hommes jusqu'à l'arrivée du général Ricard.»
LE MARECHAL MARMONT AU MAIRE DE BAR-LE-DUC
Saint-Dizier, le 27 janvier 1814.
«Sa Majesté a rejoint l'armée hier, à la tête de puissants renforts. Elle est entrée sur-le-champ en opération et a chassé ce matin l'ennemi de Saint-Dizier. De prompts succès couronneront sans doute ses entreprises.
«Sa Majesté me charge, monsieur le maire, de vous dire qu'elle ordonne la mise en activité immédiate de la garde nationale de Bar, et qu'elle rend la ville responsable de l'entrée de l'ennemi, lorsqu'il ne se présentera pas en forces, avec de l'infanterie et du canon.
«J'envoie mon aide de camp pour vous faire cette notification et vous faire connaître les ordres de l'Empereur.
«Sa Majesté désire aussi que vous fassiez les plus grands efforts pour envoyer sur-le-champ à Saint-Dizier de nombreux convois de vivres pour l'armée.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
DISPOSITIONS GÉNÉRALES POUR LE 28 JANVIER 1814.
Ordre pour le duc de Raguse.
«Le général Lefebvre-Desnouettes partira sur-le-champ, prendra la tête de la marche, se dirigera sur Éclaron, de là sur Montier-en-Der: il aura avec lui ses douze pièces d'artillerie à cheval.
«Le prince de la Moskowa, avec la division Meunier et la division Decous, suivra: chaque brigade aura son artillerie.
«Le duc de Reggio suivra avec ses deux divisions. Le parc de la garde et celui de l'armée suivront le duc de Reggio, qui les fera escorter.
«_Le duc de Raguse formera l'arrière-garde et suivra le parc: il laissera une arrière-garde dans Saint-Dizier toute la journée d'aujourd'hui et pendant toute la nuit. Cette arrière-garde n'évacuera Saint-Dizier que par ordre._
«Le général Ricard, qui est à Bassué, près Vitry, entrera dans Vitry et se portera sur Margerie, route de Vitry à Brienne-le-Château pour se lier avec nous.
«Le général Duhesme restera en position toute la journée où il se trouve, et, à la nuit, il filera sur Vassy. Le duc de Bellune se portera entre Montier-en-Der et Boullencourt, de sa position de Vassy.
«La ville de Vitry continuera d'être tenue en force par la garnison. Il ne sera plus rien expédié de Vitry sur Saint-Dizier.
«Le général Gérard, qui est à Soudé-Sainte-Croix, viendra sur Saint-Ouen, route de Vitry-le-Français à Nogent-sur-Aube.
«Le prince vice-connétable, major général.
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Mézières, le 29 janvier 1814.
«Monsieur le duc de Raguse, nous avons eu une affaire aujourd'hui; l'ennemi a montré de l'artillerie; il est probable que nous nous battrons encore demain. En conséquence, monsieur le maréchal, il est nécessaire que vous partiez demain, 30, avant le jour, avec votre corps, pour vous rendre en diligence sur Brienne, dont nous nous sommes emparés ce soir.
«Le prince vice-connétable, major général,
«_Signé_: ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT
Mézières, le 30 janvier 1814, deux heures du matin.
«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur trouve qu'il serait avantageux de couvrir Saint-Dizier; mais Sa Majesté vous laisse le maître de faire ce que vous voudrez.
«Quant à votre corps, ce que vous avez à faire, c'est de vous rendre le plus tôt possible à Brienne.
«Le prince vice-connétable, major-général,
«ALEXANDRE.»
«_P. S._ Le général Bruler a reçu l'ordre de prendre position entre Sommevoire et Doulevent; si vous avez de ses nouvelles, faites lui dire qu'il doit se diriger sur Brienne.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT
«Brienne, le 31 janvier 1814, neuf heures du soir.
«Monsieur le duc de Raguse, je donne l'ordre au maréchal duc de Bellune d'avoir demain, à la pointe du jour, son corps d'armée et sa cavalerie sous les armes, avec leur artillerie attelée, et de chercher à communiquer avec vous sur Soulaine. Faites en sorte, de votre côté, de communiquer avec lui. Ce maréchal est au Petit-Mesnil.
«Les autres corps d'armée seront pareillement sous les armes; on attendra dans cette position des nouvelles de l'ennemi, et tout se tiendra prêt à partir dans la direction qui sera donnée.
«On profitera de cela pour passer la revue des armes et prendre note des places vacantes.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
Brienne, le 31 janvier 1814, onze heures et demie du soir.
«Monsieur le duc de Raguse, l'aide de camp de l'un des généraux de brigade de la division Lagrange arrive à Brienne et annonce à l'Empereur que votre corps est en marche de Soulaine pour Brienne, et qu'il a laissé la division Lagrange à moitié chemin de Soulaine ici. S'il est vrai que vous ayez quitté la position de Soulaine, l'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous vous établissiez entre Brienne et Soulaine, et que vous vous mettiez en communication avec M. le maréchal duc de Bellune, qui est au Petit-Mesnil sur la route de Brienne à Bar-sur-Aube.
L'Empereur désire, monsieur le duc, avoir de suite les renseignements sur l'engagement qui paraît avoir eu lieu ce soir, au dire de cet aide de camp, entre vos troupes et l'ennemi à Soulaine. Il désire aussi connaître quelles troupes vous avez eu à combattre.
«Je vous prie, monsieur le duc, aussitôt que vous serez établi, de m'envoyer un officier pour faire connaître votre position.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Brienne, le 1er février 1814, neuf heures du matin.
«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai mis sous les yeux de l'Empereur votre lettre du 1er février à une heure du matin, datée de Morvilliers: vous ne faites pas connaître le nombre de pièces de canon, le nombre d'hommes d'infanterie et de cavalerie que vous avez perdus. Y a-t-il des aigles avec l'infanterie? Votre arrière-garde, composée de cinq cents hommes de cavalerie et de trois cents d'infanterie, est assez forte pour une arrière-garde destinée à marcher à une demi-lieue de vous, et l'Empereur trouve qu'elle était évidemment insuffisante lorsqu'au lieu d'arrière-garde vous en avez fait un détachement, et vous en avez fait un détachement quand vous lui avez fait prendre une autre direction, lorsque vous vous saviez environné d'ennemis; que pouvaient faire alors trois cents hommes d'infanterie[8]?
[Note 8: La division Ricaud m'ayant été enlevée, et se trouvant placée alors à Dienville-sur-l'Aube, mes troupes de toutes armes ne s'élevaient pas à plus de trois mille hommes: je demande comment j'aurais pu organiser une arrière-garde plus forte.]
«L'Empereur désire toutefois, monsieur le duc, avoir un état exact des pertes en matériel et chevaux.
«On nous a dit aussi qu'un de vos parcs avait été pris par l'ennemi. Sa Majesté pense que cela n'aurait pas eu lieu si vous aviez suivi l'ordre donné. Je vous avais fait connaître que la route de Montier-en-Der était très-mauvaise et presque impraticable, et que le parti le plus sage était de suivre la chaussée. Vous seriez arrivé de bonne heure et sans accident[9].
[Note 9: Il n'y avait qu'une difficulté, c'est que la grande route était occupée par deux corps ennemis, celui de Wittgenstein, à Doulevent, et celui de Wrede devant Soulaine. (_Notes du duc de Raguse._)]
«L'intention de l'Empereur est que vous portiez votre quartier général à Chaumesnil, et que vous gardiez les bois de Morvilliers; le grand chemin de Brienne à Soulaine; que vous vous liiez par votre droite au duc de Bellune qui occupe la Rothière et le Petit-Mesnil; que votre cavalerie soit en force au village de la Chaise ou dans toute autre position de cette route, de manière à bien éclaircir ce que fait l'ennemi à Soulaine. L'ennemi paraît être en position à Frannes et à Selames. Faites aussi aller des patrouilles de cavalerie jusqu'à Maizières pour en imposer aux Cosaques qui voudraient battre les bois. Placez vos équipages et vos embarras derrière Chaumesnil, route de Brienne. Concertez-vous avec le due de Bellune pour vous secourir mutuellement au premier coup de canon de l'ennemi; reconnaissez bien ensemble une position appuyant la droite à l'Aube, à cheval sur la route de Bar et sur celle de Soulaine. S'il est dans ce moment difficile de remuer la terre, il doit être facile de couper des arbres pour améliorer cette position qui serait couverte par trois cents pièces de canon et toute la réserve qui est à Brienne, dans le cas où l'ennemi marcherait sur nous pour nous attaquer.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Morvilliers, le 1er février 1814.
«Monseigneur, je reçois la lettre que vous m'avez écrite à neuf heures du matin. Je vais me rendre à Chaumesnil et prendre la position qui m'est indiquée.
«Les reproches que contient votre lettre sont injustes, et je ne puis me dispenser d'y répondre. J'ai dû prendre la route que j'ai suivie, sous peine d'être détruit ou de mettre bas les armes. Il eût été absurde de faire une marche de flanc de cinq lieues dans un défilé des hauteurs duquel l'ennemi était maître, lorsque la route était bordée à ma droite par une rivière qui n'est guéable que dans peu d'endroits, et que j'avais l'ennemi en tête, en queue et sur mon flanc.
«Je ne pouvais point arriver de bonne heure, puisque j'avais dix lieues à faire, et que j'ai été obligé d'attendre en position toute la journée sur les hauteurs de Vassy et en bataillant. Les troupes que j'avais à Saint-Dizier auraient été infailliblement prises si j'avais laissé l'ennemi s'emparer de Vassy avant leur arrivée. Je n'ai point fait un détour, puisque mon arrière-garde avait ordre de me suivre sur Anglure, qui n'est qu'à une lieue et demie de Montier-en-Der, et que sa communication avec moi était protégée par le ruisseau de Saint-Cloud, dont les bords sont marécageux. Si cette arrière-garde s'est retirée directement sur Brienne, c'est que, quelques Cosaques s'étant montrés entre elle et moi, elle a pris cette direction de son choix. Je n'ai point, laissé, comme l'Empereur le suppose, deux cents hommes d'infanterie en arrière, mais plus de sept cents, et six cents chevaux. Or, lorsqu'à une heure et demie de moi, dans un pays dont les communications sont difficiles, ayant les flancs bien couverts, ayant donné ordre de rompre le pont de l'Éronne, je laisse le cinquième de mon infanterie et le grand tiers de ma cavalerie; que je donne pour instruction au général qui commande de tenir aussi longtemps que possible sans se compromettre, et de se retirer lorsque des forces supérieures se présentent, quel que soit l'événement, je n'ai rien à me reprocher, et les reproches sont aussi injustes que décourageants.
«Je n'ai point perdu de canon, parce que, cette arrière-garde étant destinée à se retirer légèrement devant l'ennemi, je ne lui en ai pas laissé.--Il a été pris quatorze ou quinze caissons, dont cinq vides, et trois forges qui avaient été dételées pour renforcer les autres attelages, et qui auraient été enlevés si l'arrière-garde avait pu tenir deux heures de plus, parce que les chevaux qui allaient les chercher étaient à une demi-lieue de Montier-en-Der lorsque l'ennemi y est entré.
«J'ignore la perte en hommes, parce que je n'ai reçu sur cette affaire aucun rapport officiel, que ce qui m'est parvenu de Brienne; mais j'ai appris indirectement que le colonel Hubert, qui a commandé après la prise du général Vaumerle, avait couché cette nuit à Maizières. Il est évident qu'il y est arrivé avec une portion de son monde, et que ceux qui sont arrivés à Brienne sont des fuyards. Le 2e régiment de marine, qui formait l'infanterie de l'arrière-garde, avait son aigle avec lui.
«Tel est l'état de choses, monseigneur. Je désirerais savoir ce qu'il était possible de faire de mieux, avec une poignée de monde embarrassé par un matériel considérable, dans un pays difficile, à treize lieues de l'armée, ayant de tous les côtés à la fois des forces triples des miennes.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Brienne, le 1er février 1814, cinq heures et demie du matin.
«Monsieur le duc de Raguse, je reçois votre lettre de Morvilliers à une heure du matin. Il faut vous mettre en communication avec le duc de Bellune qui est au Petit-Mesnil, et vous lier bien avec lui. Éclairez bien la route de Soulaine.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Brienne, le 1er février 1814, onze heures et demie du soir.
«Monsieur le maréchal duc de Raguse, je vous envoie les dispositions générales arrêtées par l'Empereur, lisez-les avec attention et exécutez-les en ce qui vous concerne.
«Le prince vice-connétable, major général.
«ALEXANDRE.»
DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
«Brienne-le-Château, le 1er février 1814, onze heures et demie du soir.
«La retraite de l'Empereur étant sur Lesmont, le général Sorbier s'occupera, avec les moyens qui lui restent, d'organiser une batterie de six pièces d'artillerie à cheval.
«Les ducs de Bellune et de Raguse doivent avoir des batteries d'artillerie à cheval pour la retraite.
«Le général Dulouloy prendra le commandement de ces batteries à cheval.
«Les trois divisions d'infanterie de la jeune garde ont chacune une batterie, ce qui fait vingt-quatre pièces;
«Les batteries à cheval de la ligne et de la garde font vingt-quatre pièces;
«Total, quarante-huit pièces,
«Demain, 2 février, à quatre heures du matin, on aura pris la position suivante:
«Le général Nansouty, avec trois mille chevaux, sera en position sur la gauche un peu en arrière de Brienne-la-Vieille, avec douze pièces d'artillerie à cheval;
«Le général Gérard, avec deux pièces, sera en position en avant de Brienne-la-Vieille; il sera sur trois lignes: l'une à la tête du village, l'autre à la queue, la troisième dans le bois à la hauteur de Brienne;
«Le général Ricard passera à deux heures du matin le pont de Brienne-la-Vieille, avec la cavalerie de la garde, et s'arrêtera; à trois heures, il coupera le pont de Brienne, après quoi il marchera sur Piney, suivant la route de Lesmont par la rive gauche;
«Le général Grouchy, avec la cavalerie du cinquième corps, sera sur la gauche de la garde;
«Le général Curial, avec sa division, sera en position devant Brienne, occupant la ville en colonne de marche;
«La division Meunier sera rangée en deux colonnes sur l'extrême gauche, l'une à peu près au chemin de Maizières, l'autre plus en arrière;
«La division Rothembourg, à trois heures du matin, traversera Brienne, et ira prendre position sur les hauteurs à mi-chemin de Lesmont. Elle aura sa batterie et occupera le bois et la hauteur du Moulin-à-Vent;
«On placera les batteries de douze près de Lesmont, afin que, si l'Empereur était trop pressé, il pût faire usage de toute son artillerie, et coucher au besoin sur la rive droite, au Moulin-à-Vent.
«Le duc de Bellune partira à deux heures du matin, traversera Brienne, et prendra position au Moulin-à-Vent.
«Le duc de Raguse, avec six pièces d'artillerie et un demi approvisionnement, partira à trois heures du matin, prendra position sur les hauteurs de Perthes, s'assurera du pont de Rosnay, où il y a un bataillon de garde, et prendra position sur les hauteurs de Rosnay, se retirant, s'il y est forcé, par le pont d'Arcis-sur-Aube.
«Le général Defrance, avec les gardes d'honneur, se mettra en marche à une heure après minuit, passera le pont de Lesmont, jettera des partis sur la route de Piney et sur la rive gauche de l'Aube en remontant; s'il a besoin d'artillerie, le général Ruty lui en donnera.
«Demain au jour, le général Ruty aura soin de choisir des emplacements pour y placer de l'artillerie, à droite et à gauche, sur la rive gauche de l'Aube.
«Les troupes, à mesure de leur passage, se rangeront en bataille: le duc de Bellune à droite, la garde à gauche; dans cette situation, on pourra passer la nuit de demain.
«Le général Corbineau se rendra de suite de Maizières à Rosnay, à l'intersection des routes de Rosnay à Lesmont, et fera brûler le pont de Rosnay lorsqu'il en recevra l'ordre; ou, s'il est pressé par l'ennemi, il prendra sous ses ordres le bataillon qui est à Rosnay et les pièces. Il prendra ainsi position, ayant la gauche à la Voire et la droite au pont de Lesmont, en flanquant l'arrière-garde, pour arriver avec elle à Lesmont.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Troyes, le 3 février 1814, onze heures et demie du soir.
«L'Empereur a appris avec plaisir, par votre aide de camp, les succès que vous avez obtenus sur l'ennemi. Je ne reçois votre lettre datée d'une heure après midi qu'à dix heures du soir; c'est bien long: je ne sais d'où vient ce retard de l'estafette. Je donne l'ordre au général Sorbier de faire partir sur-le-champ votre parc pour Arcis. Envoyez en avant pour accélérer son arrivée. Vous savez que le général Ricard est à Aubeterre.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Troyes, le 3 février 1814, quatre heures du matin.
«L'Empereur ordonne qu'avec votre corps _vous vous portiez en toute diligence sur Nogent-sur-Seine_, afin de garder le pont de cette ville, qui pourrait être menacé par la colonne qui a passé devant Arcis depuis hier. _Vous prendrez aussi le commandement d'une division de l'armée d'Espagne qui doit arriver, demain, 6, à Provins._ Il est nécessaire que vous preniez une position sur la rive droite de la Seine qui commande ce débouché important.
«L'Empereur se porte en toute diligence à Nogent-sur-Seine; il sera ce soir à la hauteur de Méry.
«Il sera nécessaire, monsieur le maréchal, _que vous fassiez garder le pont de Méry_, jusqu'à ce que la troupe que vous en chargerez puisse être relevée par les premières troupes de l'armée qui viendront de Troyes, afin qu'aucun parti ne passe la Seine et n'inquiète la marche.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON
Fontaine-Denis, le 7 février 1814.
«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire à trois heures après midi. Quelque diligence que nous ayons faite, je n'ai pu arriver ici qu'à plus de huit heures du soir, c'est-à-dire à trois lieues de Sézanne.
«La masse de mes troupes est encore à deux lieues en arrière. J'ai envoyé une forte reconnaissance sur Barbonne pour avoir des renseignements. Elle n'est pas encore rentrée. A son retour, j'aurai l'honneur de vous faire mon rapport, qu'un de mes aides de camp, qui a un cheval à Villemeux, vous portera en toute diligence. Les habitants des villages que j'ai parcourus assurent qu'il a passé hier beaucoup de troupes, infanterie et cavalerie, à Sézanne, se portant dans la direction de la Ferté. Ce qu'il y a de certain, c'est que, de midi à quatre heures, on a entendu une forte canonnade de ce côté. Les rapports sont unanimes à cet égard. Les troupes qui sont en arrière partiront deux heures avant le jour pour me rejoindre, et je partirai à la pointe du jour pour Sézanne.
«Le chemin, jusqu'à une grande lieue et demie en avant de Villemeux, est une chaussée. Ensuite il est fort mauvais, cependant praticable, surtout le jour, car les plus grandes difficultés que nous ayons éprouvées ont été de le reconnaître à cause de l'obscurité. On marche toujours dans des bruyères, et on peut changer de direction à chaque instant. Après Barbonne, on trouve la chaussée.
«Nous avons trouvé à Villemeux des postes de Cosaques qui se sont repliés devant nous.»
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON.
«Fontaine-Denis, le 7 février 1811.
«Sire, je reçois à l'instant des rapports positifs et circonstanciés de Barbonne, où nos soldats sont entrés après avoir chassé des lanciers ennemis. L'avant-garde a été jusqu'à une demi-lieue. On n'a trouvé que de la cavalerie, qui s'est repliée. Les habitants assurent, et un, entre autres, parti à six heures du soir de Sézanne, qu'il n'y a dans cette ville que sept à huit cents lanciers prussiens et point d'infanterie, quoiqu'il y ait eu hier assez de troupes qui se soient postées en avant dans la direction de la Ferté; mais toutes étaient de la cavalerie, à ce qu'on assure. L'opinion des habitants de Barbonne est que la canonnade qu'on a entendue est à peu près dans la direction d'Épernay. Le bruit du canon a diminué, ce qui annonce qu'il s'est éloigné d'une manière sensible.
«Tels sont, Sire, les rapports que j'ai reçus et d'après lesquels il semblerait que les forces de l'ennemi ne sont pas encore au delà de Sézanne. Au surplus, j'y serai demain matin de bonne heure, et j'aurai l'honneur de vous écrire une demi-heure après mon arrivée. De Sézanne il y a différentes directions qui rendent ce point extrêmement important. Arrivé là, je serai en mesure d'exécuter tous les ordres que Votre Majesté voudra me donner. J'enverrai de fortes reconnaissances sur Montmirail, Épernay et la Ferté.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Nogent-sur-Seine, le 7 février 1814.
«L'Empereur ordonne qu'avec votre corps _vous vous mettiez en mouvement pour vous rendre à Sézanne_.
«ALEXANDRE.»
MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON.
«Sézanne, le 8 février 1814.
«Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que nous avons trouvé ici environ huit cents Cosaques ou Prussiens.
«Nous avons fait quelques prisonniers, qui nous ont donné les renseignements consignés dans la note ci-jointe. Deux escadrons se sont retirés sur la route de Montmirail, et un détachement par la route d'Épernay. D'après l'ensemble de tous les renseignements, il serait constant que toute l'armée de Silésie a marché sur Épernay. Quatre à cinq cents chevaux de cavalerie légère suivent la cavalerie ennemie, qui s'est retirée par la Ferté-Gaucher.
«Nous communiquerons, s'il est possible, avec le duc de Valmy et le duc de Tarente. J'envoie la plus grande partie de ma cavalerie, soutenue par de l'infanterie et du canon, sur Champaubert, afin d'occuper la communication de Montmirail, ou au moins avoir des nouvelles de ce qui s'y passe. Je fais éclairer aussi la route de Châlons. Il est arrivé ici, samedi au matin, cinq à six cents chevaux ennemis. Cette cavalerie a poussé dans la direction de la Ferté-Gaucher, et a été remplacée par sept à huit cents autres chevaux, dont une portion a suivi les premiers. Enfin quatre à cinq cents chevaux sont arrivés hier pour renforcer ce qui était resté ici, et la totalité des huit cents chevaux qui étaient ce matin à Sézanne, a pris la direction que j'ai indiquée.
«D'après cela, il me semble que l'ennemi opère d'une manière tout à fait sérieuse dans le bassin de la Marne, et qu'en me portant immédiatement sur Champaubert, et y étant soutenu, je pourrais lui faire beaucoup de mal. J'espère pouvoir, dans quatre heures d'ici, envoyer un nouveau rapport à Votre Majesté.»
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON.
«Sézanne, le 8 février 1814.