Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)
Part 5
«À l'instant où j'ai reçu l'ordre de partir de Hanau pour faire mon mouvement sur Eisenach, n'ayant d'autre cavalerie que celle qui se rassemblait à Hanau, et ignorant le mouvement de la garde, je fis choix de deux détachements formant quatre escadrons complets; le premier de ces détachements, composé des 5e, 8e et 9e de hussards; l'autre, des 7e, 11e, 12e et 16e de chasseurs, ce détachement m'ayant paru susceptible de faire quelque service en l'employant avec ménagement et précaution. Il paraît que l'Empereur a désapprouvé cette mesure et avait ordonné que ces détachements restassent à Hanau, et j'ai reçu du général Millaud la nouvelle qu'il avait donné aux détachements l'ordre de rétrograder, d'après ceux de Sa Majesté. J'ai donc eu lieu d'être étonné de leur arrivée avant-hier; c'est hier seulement que l'ordre de rétrograder leur est parvenu. Comme il y a sept marches d'ici à Hanau, que ce serait une fatigue à pure perte pour les chevaux et un temps perdu pour l'instruction des hommes, j'ai pensé qu'il n'était plus convenable de les faire rétrograder et j'ai fait choix pour eux de bons cantonnements, où on les mettra promptement en état de bien servir. Le chef d'escadron Reisey, qui commande le détachement de hussards, pense qu'en quinze jours il le mettra en état de faire son service devant l'ennemi.
«J'avais donné l'ordre au général Dommanges de venir prendre le commandement de ces deux détachements, par suite de l'ordre de Sa Majesté, dont il a eu connaissance avant son départ de Hanau; il est resté. Si, comme je le suppose, Sa Majesté approuve les dispositions que j'ai prises de ne pas faire rétrograder ces corps depuis ici, il serait utile que le général Dommanges, ou tout autre général de brigade ou colonel, reçût l'ordre de venir afin qu'il y eût un chef pour les surveiller et les commander.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«26 avril 1813.
«Le 1er régiment a plus de cent hommes qui manquent de culottes et de pantalons, et qui, s'ils ne les recevaient pas, seraient hors d'état d'entrer en campagne. Cette position est d'autant plus fâcheuse, que le régiment ne peut attendre ces effets de son dépôt, attendu qu'il n'a point reçu les tricots que le ... avait annoncés. Votre Altesse jugera sans doute convenable de prendre une mesure extraordinaire pour faire avoir au 1er régiment de marine les effets qui lui manquent, et je lui demande avec instance de vouloir le faire promptement.»
LE MARÉCHAL MARMONT AUX MEMBRES DE LA COMMISSION DES SUBSISTANCES DE GOTHA.
«26 avril 1813.
«Messieurs, je vous préviens que, d'après les ordres de Sa Majesté, il est indispensable que vous preniez des mesures pour faire diriger sur Erfurth trois mille quintaux de farine, savoir: cinq cents quintaux par jour; cinq mille quintaux de blé, à raison de cinq cents quintaux par jour; dix mille quintaux de viande sur pied, soit vaches, boeufs ou moutons, à raison de mille quintaux par jour; enfin cent mille boisseaux d'avoine, à raison de dix mille par jour, et ce à compter d'aujourd'hui. Je vous prie de me faire connaître le plus promptement possible les dispositions que vous aurez prises pour remplir les intentions de Sa Majesté, afin que je puisse, s'il le faut, y concourir et les assister de la force nécessaire. Je vous prie de me faire connaître également dans quel rapport sont les ressources que les différentes contrées présentent, afin que je puisse prendre des mesures directement si vos efforts ne remplissaient pas le but que j'en attends.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Erfurth, le 27 avril 1813.
«Mon cousin, je viens de prendre dans les 123e et 134e régiments de ligne des capitaines pour les faire chefs de bataillon dans le 37e léger, des lieutenants pour les faire capitaines, des sous-lieutenants pour les faire lieutenants et des sergents pour les faire sous-lieutenants. Mon décret va vous être envoyé par le major général. Tous ces hommes sont ici dans la citadelle; faites-les réunir sans délai, et qu'ils partent demain à la pointe du jour, pour qu'avant midi ils soient reconnus et placés dans les compagnies. Il n'y a rien de plus urgent que cela, ce régiment ne pouvant pas marcher avec les officiers ineptes qui s'y trouvent. Vous mettrez en pied tous les sous-lieutenants que je vous envoie, et qui ont tous fait la guerre. Vous renverrez au dépôt d'Erfurth, et vous m'en remettrez la note, tous les capitaines qui n'auraient pas fait la guerre. Vous mettrez à la suite les sous-lieutenants et lieutenants qui seraient dans le même cas. Il est absurde d'avoir dans un régiment des capitaines qui n'ont pas fait la guerre. On verra dans la campagne ce qu'on pourra faire de ceux que vous allez renvoyer au dépôt. Mais, en attendant, le commandement sera dans la main des hommes que je vous envoie.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Weissenfels, le 1er mai 1813, deux heures du matin.
«Faites partir, à cinq heures du matin, les cinq bataillons de la division Durutte, qui sont avec le général Bonnet, pour se rendre à Mersebourg joindre leur division sans artillerie. Prévenez le vice-roi, par courrier, de l'heure à laquelle ils arriveront à Mersebourg. Les quatorze bouches à feu de la division Durutte resteront à la réserve de votre corps jusqu'à nouvel ordre. Le vice-roi aura soixante mille hommes ce matin, 1er mai, à mi-chemin de Mersebourg à Leipzig. Approchez vos divisions le plus possible de Weissenfels, afin de pouvoir soutenir le maréchal Ney si cela était nécessaire. Je n'ai pas encore de nouvelles du général Marchand, qui devait passer à Stossen. Je n'en ai pas davantage du général Bertrand. Si vous en avez, donnez-m'en. L'un et l'autre devaient venir par Camburg. J'ai donné l'ordre au maréchal Mortier de se porter par la rive gauche de la Saale, en passant sur le pont que j'ai fait construire près de Naumbourg, avec la division de la garde pour se rendre à Weissenfels. Par ce moyen, Naumbourg sera tout à fait libre. Vous y pourrez placer votre troisième division. Ce mouvement par la rive gauche rendra aussi la rive droite, pour vos divisions, très-libre.
«Si vous n'avez pas de nouvelles des généraux Bertrand et Marchand, envoyez un officier à Camburg pour en avoir.
«NAPOLÉON.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Lutzen, le 1er mai 1813.
«Le quartier général de l'Empereur est ce soir à Lutzen. La journée a été fort belle. La jonction avec l'armée de l'Elbe a eu lieu près Lutzen. L'ennemi, qui a montré une nombreuse cavalerie, a constamment été repoussé par notre infanterie dans des plaines immenses, et a eu beaucoup de monde tué par notre canon. Nous n'avons perdu qu'une centaine d'hommes; mais une perte bien sensible a été faite. Un boulet a coupé le poignet et traversé les reins à M. le maréchal duc d'Istrie, qui est mort à l'instant même sur le champ d'honneur. C'est le premier coup de canon tiré par l'ennemi. L'armée et toute la France partageront les vifs regrets de l'Empereur.
«Le prince de Neufchâtel, major général.
«ALEXANDRE.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Weissenfels, 1er mai 1813, huit heures du matin.
«Mon cousin, venez de votre personne sur la route de Lutzen. Je ne sais pas où a couché la division Bonnet et la division Compans. Mettez-les en marche pour les approcher de Weissenfels.
«NAPOLÉON.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Lutzen, le 2 mai 1813, neuf heures et demie du matin.
«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre de partir de votre position pour vous porter sur Pégau. Je donne l'ordre au général Bertrand que, au lieu de venir ce soir, comme il en a reçu l'ordre hier, jusqu'à Kaia, de s'arrêter à _Tauchau_. Je le préviens qu'il peut même arrêter, s'il en est encore temps, la division italienne à _Gleisberg_, et celle wurtembergeoise à _Stöhsen_. Par ce moyen, son corps couvrira Naumbourg, Weissenfels, et menacera Zeitz, et sera en position pour se porter sur Pégau si l'ennemi menaçait de déboucher. Je lui dis de se tenir en communication avec vous.
«Le prince de la Moskowa est à Kaia, et pousse de fortes reconnaissances sur Zwickau et sur Pégau.
«Le vice-roi porte le général Lauriston sur Leipzig.
«Le onzième corps se porte sur Markranstadt, d'où il enverra des reconnaissances sur Zwickau et sur Leipzig.
«Je préviens aussi le général Bertrand que, si l'ennemi débouchait de Zeitz, il réunirait ses trois divisions et marcherait à lui[2].
[Note 2: À cette lettre était jointe une longue lettre de l'Empereur servant d'instruction: elle a été perdue. LE MARÉCHAL DUC DE RAGUSE.]
«Le prince de Neufchâtel, major général,
«ALEXANDRE.»
ORDRE DU JOUR.
«8 mai 1813.
«Monsieur le maréchal commandant en chef le sixième corps témoigne son mécontentement aux troupes à ses ordres pour les désordres qu'elles commettent journellement. Si la bonne conduite qu'elles ont tenue sur le champ de bataille est faite pour leur mériter la bienveillance de Sa Majesté, la continuation des désordres attirerait sur elles toute sa sévérité. Les généraux, chefs de corps et officiers doivent concourir avec le même zèle au maintien de l'ordre. La recherche des vivres doit être faite d'une manière régulière et par des corvées armées, conduites par des officiers, et tout individu qui sera trouvé isolé, n'eût-il pris que du pain, sera arrêté comme maraudeur et puni comme tel suivant la rigueur des lois. Il doit être fait un appel toutes les trois heures, et tous les hommes qui ne seront pas présents seront arrêtés et mis à la garde du camp. Il est surtout expressément défendu de se servir de ses munitions pour d'autres usages que pour ceux de la guerre, et tout contrevenant à cet ordre qui sera pris sur le fait sera arrêté par la gendarmerie, conduit au quartier général et traduit devant le grand prévôt de l'armée. M. le maréchal est convaincu que, si les officiers y mettent l'activité nécessaire, les désordres si répréhensibles qui ont lieu cesseront sur-le-champ. Leur honneur, comme leur devoir et leur intérêt, le leur commandent également.
«Le présent ordre du jour sera lu, pendant trois jours consécutifs, aux troupes rassemblées.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Près Steinbach, 8 mai 1813.
«Monseigneur, les mouvements continuels de mon corps d'armée m'ayant empêché, jusqu'à ce moment, de vous adresser mon rapport sur les détails de ses opérations relatives à la bataille de Lutzen, je m'empresse de réparer cette omission.
«Après avoir passé la Saale, je reçus l'ordre de prendre position avec mon corps d'armée au défilé de Ripach.
«Le lendemain 2 mai, les projets de l'ennemi étant encore obscurs, l'Empereur me donna l'ordre de me porter sur Pégau, afin de connaître la force de l'ennemi sur ce point et de culbuter tous les corps moins forts que le mien, que je trouverais sur mon passage. Afin de ne pas être trompé par de simples apparences, je me mis immédiatement en mouvement. Deux routes me conduisaient également à Pégau, l'une par la rive gauche du ravin et plus courte, l'autre par la rive droite et plus longue.
«Je choisis la deuxième parce qu'elle me liait plus avec l'armée, et que, dans le pas d'une grande bataille, je ne courrais pas risque d'en être séparé.
«Mes troupes formées en neuf colonnes, sur plusieurs lignes, prêtes à former promptement des carrés et disposées en échelons, je m'ébranlai; après une heure de marche, j'arrivai au village de Starfield. En ce moment le canon se fit entendre au village de Kaia, et, au même instant, l'ennemi se montra sur l'immense plateau qui précède et domine le village de Starfield; les forces qu'il me montra dans ce moment ne me parurent pas assez grandes pour devoir m'arrêter; je me disposai donc à remplir la partie de mes instructions qui me prescrivait de marcher à lui; mais, afin d'être à l'abri de tout événement fâcheux, j'occupai fortement le village de Starfield, qui devait être mon point d'appui. Je portai en avant du village, et un peu à sa gauche, la division Compans, et en échelons sur sa gauche, celle du général Bonnet; et, soutenu d'une nombreuse artillerie, je portai ces troupes en avant.
«La charge que j'avais ordonnée s'exécuta avec promptitude et vigueur; les forces que l'ennemi me montra bientôt me prouvèrent qu'une grande bataille allait être livrée; alors j'arrêtai mon mouvement offensif, qui, en m'éloignant de l'armée et de mes points d'appui, aurait infailliblement causé ma perte; mais je conservai toutefois une attitude offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi, de l'empêcher d'écraser les troupes du troisième corps qui combattaient à Kaia, et de donner le temps aux échelons que Sa Majesté avait formés en arrière de se réunir et de venir nous dégager. Alors l'ennemi réunit de grandes forces contre moi, et surtout une nombreuse artillerie. Plus de cent cinquante pièces de canon furent dirigées contre mon seul corps d'armée; mais les troupes supportèrent leur feu avec un calme et un courage dignes des plus grands éloges. La division Compans, surtout, la plus exposée, mérite des éloges particuliers; les rangs éclaircis à chaque instant se reformaient aux cris de _Vive l'Empereur!_ Immédiatement après ce feu terrible, la cavalerie ennemie s'ébranla et fit une charge vigoureuse également dirigée contre le 1er régiment d'artillerie de marine. Cet excellent régiment, commandé par le brave colonel Esmond, montra en ce moment tout ce qu'une bonne infanterie peut contre la cavalerie, et les efforts de l'ennemi vinrent échouer contre ses baïonnettes; d'autres charges furent également faites, et toutes également sans succès. Cependant le combat durait déjà depuis plusieurs heures; Sa Majesté, qui avait prévu ce qui pouvait arriver et placé l'armée en conséquence, avait eu le temps de la réunir et de marcher. L'ennemi voulut faire un dernier effort sur moi et redoubla son feu dans l'espérance de me forcer à évacuer le village de Starfield, et il pouvait espérer d'obtenir ce résultat si j'eusse continué à garder la position offensive que j'avais prise et à combattre à découvert; je crus devoir ne pas compromettre ce poste important, et à cet effet je reportai mes troupes en arrière, de la distance nécessaire pour en masquer une partie, en étant à portée de soutenir le village de Starfield, et toute la division Compans fut placée dans ce village. Cette disposition fut encore rendue plus nécessaire par un grand mouvement que l'ennemi fit sur ma droite, qui, étant en arrière du ravin, n'avait plus de point d'appui, tandis que la tête de mes forces était au village, et n'ayant rien au delà du ravin. Peu de troupes suffisaient pour arrêter l'ennemi sur ce point. J'y employai une portion de la troisième division, et je gardai le reste de cette division en réserve, afin de pourvoir aux cas imprévus. L'ennemi alors fit une charge directe sur le village; mais elle lui réussit mal. Cependant l'Empereur était arrivé sur Kaia, et, tandis qu'on se battait sur ce point avec acharnement, les efforts de l'ennemi furent ralentis contre moi, quoique j'eusse toujours en présence de grandes forces.
«Cinq heures et demie arrivèrent, et le quatrième corps parut. Aussitôt que je pus être certain de l'avoir bien reconnu, j'eus lieu d'être tranquille sur ma droite, et j'exécutai, sans perdre un seul instant, avant même d'avoir communiqué avec lui, l'ordre anticipé que Sa Majesté m'avait donné de porter une division sur Kaia aussitôt que je serais en liaison avec le général Bertrand. Enfin l'ennemi était battu partout; Sa Majesté était victorieuse; elle ordonne une charge générale. La division Compans débouche de nouveau du village. La division Friederich se porta à sa gauche et à droite de la division Bonnet, et nous marchâmes rapidement à l'ennemi, qui fuyait devant nous, aussi loin que le jour le permit. Nous nous canonnions encore qu'à peine pouvions-nous distinguer, dans l'obscurité, les masses qui se retiraient devant nous. Il fallut enfin s'arrêter par suite de l'obscurité de la nuit. Nous étions en repos depuis quelques instants lorsqu'un corps de cavalerie ennemie se présenta inopinément et sans avoir pu être reconnu, et chargea nos carrés. Il fut reçu la nuit comme il l'avait été le jour, et se replia, mais sans avoir éprouvé une grande perte, attendu que, dans l'obscurité, il eût été dangereux de faire feu sans avoir bien reconnu la division des carrés. Immédiatement après sa retraite, prévoyant qu'il pourrait revenir, je rapprochai tellement mes carrés, qu'ils pouvaient tous se voir, et je les échelonnai de manière que deux côtés pussent toujours tirer, et qu'il y eût des feux dans toutes les divisions. Ce que j'avais prévu arriva. L'ennemi, comptant que, après la fatigue d'une aussi longue journée, les soldats seraient couchés et les armes aux faisceaux, arriva à dix heures avec quatre régiments de cavalerie de choix, dont un régiment de gardes prussiennes. Ces quatre régiments se jetèrent avec une impétuosité extraordinaire au milieu de nous; mais ils trouvèrent chacun à son poste. Tous les ordres donnés furent exécutés ponctuellement, et l'ennemi enveloppa de ses morts nos carrés sans en enfoncer aucun. Trois cents hussards restèrent sur la place, et les rapports des Prussiens annoncent que le régiment des gardes a été détruit entièrement. Ainsi a fini une belle journée. C'est le sixième corps qui, dans cette mémorable bataille, a eu l'honneur de tirer les premiers coups de canon et les derniers coups de fusil. Je ne saurais donner trop d'éloges aux troupes dont Sa Majesté m'a confié le commandement. Les soldats de marine se sont montrés dignes de l'armée dans laquelle Sa Majesté les a attachés. Ces nouveaux soldats marchent d'un pas ferme sur le pas des anciens. Je devrais nommer tous les généraux et tous les officiers supérieurs; mais je dois faire une mention particulière du général Compans et du général Bonnet, des généraux Jamin, Joubert et Richemont. Le général Compans a eu ses habits criblés de mitraille: le général Bonnet, deux chevaux tués sous lui: le général Jamin, quoique blessé, n'a pas quitté le champ de bataille un seul instant. Je dois faire aussi mention du colonel Jardet, mon premier aide de camp, officier d'une grande distinction, qui a été blessé d'une manière extrêmement grave. Je dois citer aussi le général Faucher, commandant l'artillerie, et le colonel de Ponthou, commandant le génie, dont j'ai eu à me louer.
«J'aurai l'honneur d'adresser à Votre Altesse des demandes de récompenses pour les officiers et soldats qui ont si bien mérité de Sa Majesté, et en vous priant de les soumettre à l'Empereur.»
LIVRE DIX-SEPTIÈME
1813
SOMMAIRE.--Hésitations du roi de Saxe.--Passage de l'Elbe à Priesnitz.--Reddition de Torgau.--Combat de Bichofswerda (12 mai).--Combats de Grossenheim, de Koenigswerth et de Weissig.--Positions de l'armée devant Bautzen.--Bataille de Bautzen (20 mai).--Bataille de Wurtzen (21 mai).--Retraite de l'ennemi sur Weissenberg.--Combat de Reichenbach.--Mort du général Bruyère.--Mort de Duroc: son portrait.--Passage de la Niesse par le septième corps.--Surprise et déroute de la division Maison à Haynau.--Combat de Jauer.--Armistice de Pleiswig.--Ligne de démarcation des deux armées.--Retour de l'Empereur à Dresde (10 juin).--Établissement du sixième corps à Buntzlau.--Situation de l'armée française pendant l'armistice.--Haine des Prussiens pour les Français.--Rôle de l'Autriche.--Travaux de défense à Buntzlau.--Arrivée de M. de Metternich à Dresde.--Paroles de l'Empereur.--Ouverture du congrès de Prague.--Dénonciation de l'armistice (10 août).--Manière de voir de l'Empereur.--Ses conseillers.--Composition et force de l'armée française.--Travaux de défense autour de Dresde.--Plan de campagne de Napoléon.--Composition et force des armées ennemies.--Formation de l'armée française.--Arrivée de Napoléon à Görlitz (18 août).--Commencement des hostilités.--Opérations du sixième corps.--Mouvements des armées autour de Dresde.--La grande armée alliée attaque Dresde (26 août).--Bataille de Dresde.--Mort du général Moreau.--Retraite de l'ennemi.--Poursuite de l'armée ennemie.--Combats de Possendorf, de Dippoldiswald et de Falkenheim.--Combat de Zinnwald.--Catastrophe du général Vandamme.
À la fin de mars, à l'approche de l'armée russe, le roi de Saxe, pour ne pas tomber en son pouvoir, avait abandonné sa capitale. Il s'était rendu d'abord à Plauen et de là à Ratisbonne, accompagné d'un corps de quinze cents chevaux.
Nos revers à la fin de la dernière campagne, la destruction de nos forces, la défection de la Prusse et les passions qui se développaient dans une grande partie de l'Allemagne, avaient frappé de terreur les princes de la Confédération. L'Autriche avait, dès ce moment, entrevu l'espoir de retrouver son ancienne prépondérance, soit par des négociations, soit en rentrant plus tard dans la lice. Elle s'occupait, dès lors, à réunir autour d'elle en faisceau tout ce qu'elle pouvait détacher de notre alliance, afin de donner plus de poids à ses paroles.
Le roi de Saxe, un des premiers à qui elle s'était adressée, comprit bientôt que les intérêts bien entendus de l'Allemagne étaient dans un système modérateur, assurant à l'avenir le repos de l'Europe, et dont l'Autriche serait le centre. Il signa d'abord une convention par laquelle le corps polonais acculé à Cracovie, à la frontière autrichienne, aurait la faculté d'entrer en Galicie, en déposant ses armes. Ces armes devaient être transportées sur des chariots et devaient lui être rendues à son arrivée en Saxe. Cette disposition concernait également quelques troupes françaises et un corps de cavalerie saxonne qui se trouvait avec elles. À l'ombre de cette première convention, on commença à négocier un traité de neutralité qui devait séparer la Saxe de l'alliance française et l'unir à la politique autrichienne.
D'un autre côté, l'Autriche avait pris une attitude pacifique en faisant faire un armistice pour le corps auxiliaire que commandait le feld-maréchal, prince de Schwarzenberg. Enfin, le 26 avril, elle avait déclaré à l'ambassadeur de France à Vienne que les stipulations du traité du 4 mars 1812 n'étaient plus applicables aux circonstances présentes.
C'était annoncer l'intention de suivre une politique indépendante. Après tous ces divers actes, le roi de Saxe quitta Ratisbonne et se rendit à Prague. Cette démarche donna l'éveil à Napoléon sur ses intentions. Il soupçonna que les négociations relatives au désarmement du corps polonais pourraient avoir été plus loin, et se crut menacé de voir la Saxe se séparer de ses intérêts. Dès son arrivée à Mayence, il avait envoyé auprès de lui à Ratisbonne le général de Flahaut pour surveiller la conduite du roi et réclamer la cavalerie qu'il avait avec lui. Il n'eut cependant jamais la certitude d'un traité convenu et signé. Il crut seulement que des propositions avaient été faites et reçues avec complaisance; mais enfin les mauvaises dispositions du roi de Saxe devinrent patentes par la connaissance des ordres donnés le 5 mai au général Thielmann, qui commandait à Torgau, de ne recevoir aucune troupe étrangère dans la place, et par le refus d'en ouvrir les portes au troisième corps, qui s'y présenta.