Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)
Part 4
«3° Je n'ai pas un seul homme de cavalerie. Il me semble qu'il faudrait prendre, sur les deux divisions qui se forment, un millier de chevaux les plus en état de servir, pour que je ne fusse pas tout à fait dépourvu des moyens de m'éclairer.
«4° C'est depuis avant-hier seulement que nous connaissons ici le décret de l'Empereur relatif aux ambulances, et les corps n'ont eu encore ni le temps ni l'argent pour se procurer les chevaux de bât.
«5° Tous les corps manquent tout à fait de chirurgiens.
«6° Il n'y a, pour tout le corps d'armée, qu'un seul adjoint à l'état-major. Il n'existe pas un commissaire des guerres, ni aux divisions, ni au quartier général.
«Votre Altesse sentira qu'il y a ici une grande réunion d'hommes, mais qu'il n'y a pas une armée organisée, et qu'il serait funeste au bien du service de Sa Majesté de mettre ces troupes en situation de rencontrer l'ennemi avant d'être régulièrement constituées pour tout ce qu'il leur faut.
«Un de mes aides de camp est près du prince de la Moskowa, et me rapportera la nouvelle de l'époque précise de ses mouvements, d'après lesquels je me réglerai.
«J'ai l'honneur de joindre à ma lettre l'état de situation que vous m'avez demandé.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE PLAISANCE.
«15 avril 1813.
«Je reçois, seulement, monsieur le duc, votre lettre du 12 et je vous ai écrit, à l'arrivée du général Dommanges, pour vous dire combien j'attachais de prix à ce que les troupes passassent promptement le Rhin et vinssent s'établir dans les cantonnements, auprès de Hanau. Il y a place pour recevoir tout ce que vous enverrez; mais, aujourd'hui que je mets en mouvement mon infanterie, il y a encore plus de place.
«Je vous prie d'ordonner que tous les emplois de sous-officiers soient remplis immédiatement dans les compagnies s'il y a des sujets propres à les occuper; il faut aussi faire des propositions, pour les nominations d'officier, de tous les sujets susceptibles d'être élevés en grade, car les détachements ne pourront servir qu'autant que les cadres seront bien complets. Un vieux corps bien instruit, dans lequel il y a peu de sous-officiers et d'officiers, sert mal; un nouveau corps ne sert pas et se détruit.
«Je pars de Hanau pour suivre mon infanterie; en conséquence, je ne pourrai donc pas m'occuper de ce travail important. Je laisse ici le général Millaud pour le faire momentanément. Je pense qu'il serait convenable au bien du service de l'Empereur que vous vinssiez ici pour faire ce travail, aussitôt que vous aurez fait passer le Rhin aux troupes arrivées, et pris des mesures pour qu'aucune de celles qui arriveront ne s'arrête sur la rive gauche; alors le général Millaud viendrait près de moi pour commander tout ce qui serait disponible et vous m'enverriez tout ce qui serait susceptible de faire un peu de service. Je prendrai d'ailleurs des mesures pour l'instruction de ce détachement que je désirerais que vous pussiez porter immédiatement de mille à douze cents chevaux.
«Je vous prie de me faire connaître journellement vos opérations, afin que je sache toujours sur quoi je peux compter et que je connaisse quelles sont les troupes dont je puis disposer de suite, et à quelle époque je pourrai faire usage du reste.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL MILLAUD.
«Hanau, le 16 avril 1813.
«Monsieur le comte, forcé de quitter Hanau et de suivre mes divisions, je vous prie de me suppléer pour faire sur la cavalerie qui doit arriver, le travail dont j'étais chargé par Sa Majesté jusqu'à l'arrivée du duc de Plaisance. Vous établirez votre quartier général à Hanau; vous passerez en revue tous les détachements de cavalerie qui arriveront, et vous m'en rendrez compte journellement et me ferez connaître: 1° la force des détachements à leur arrivée; 2° le nombre d'hommes et de chevaux laissés en route; 3° le nombre des chevaux blessés; 4° enfin le lieu d'où est parti le corps. Vous me ferez connaître également le nombre des officiers présents et le nombre des emplois vacants; le nombre des sous-officiers présents et le nombre des emplois de sous-officiers vacants. Vous ordonnerez de remplir immédiatement tous les emplois de sous-officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets propres à les remplir; vous ferez faire des mémoires de proposition pour tous les emplois d'officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets dignes de les occuper. Enfin, monsieur le comte, vous ne négligerez rien pour me faire connaître la véritable situation de ces corps et accélérer leur organisation.
«Aussitôt après l'arrivée du duc de Plaisance, vous partirez pour me rejoindre, emmenant avec vous tous les détachements susceptibles de servir, et prendrez à l'armée, jusqu'à l'organisation des divisions, le commandement de ce qui part aujourd'hui et de ce que vous avez.
«Vous ferez connaître au duc de Plaisance que je désire qu'il continue à m'adresser des rapports semblables.
«Je vous ai fait remettre un projet de cantonnement qui donne le moyen de placer six mille chevaux aux environs de Hanau.
«Vous aurez soin de placer ces troupes d'une manière méthodique, afin que les corps puissent se rassembler facilement et que les officiers supérieurs puissent faire chaque jour la visite de leurs cantonnements. Enfin vous réglerez, par un ordre, vos instructions de manière à tirer, le plus promptement possible, le meilleur parti de ces hommes, et afin qu'ils soient bientôt en état de faire le service devant l'ennemi.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Mayence, le 17 avril 1813.
«Mon cousin, je n'ai aucune nouvelle de votre corps d'armée. L'état-major ne connaît ni le nombre d'hommes que vous avez sous les armes ni le nombre d'officiers qui manquent. Le major général assure que vous avez envoyé cela au ministre de la guerre: c'est autant de chiffons qui resteront dans les bureaux sans réponse.--Envoyez vos états de situation et vos demandes au prince major général. Votre correspondance avec le ministre de la guerre est inutile aujourd'hui.--Envoyez l'état des places vacantes et celui des officiers que vous proposez d'avancer. Enfin faites connaître tout ce qui vous manque, afin que j'y pourvoie sans délai.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Mayence, le 17 avril 1813.
«Mon cousin, le général Durutte, par une lettre de Blankenberg du 15 avril, annonce qu'il a envoyé à Erfurth, et de là à _Salsungen_, sur la Werra, quatorze pièces de canon qui lui étaient inutiles. Voyez où sont ces pièces et réunissez-les à l'artillerie de votre corps d'armée.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Mayence, le 17 avril 1813.
«Mon cousin, j'ai décidé que huit cadres d'artillerie à pied partiraient le 19 de Mayence pour votre corps d'armée. Ces cadres seront complétés en officiers et sous-officiers que vous ferez choisir dans l'artillerie de marine. Vous porterez ensuite ces huit compagnies à cent vingt hommes chacune au moyen de huit cents canonniers marins, que vous prendrez dans vos bataillons. Six de ces compagnies seront employées au service de l'artillerie de vos trois premières divisions; les deux autres compagnies serviront vos deux batteries de réserve à pied. Vous recevrez ensuite deux compagnies d'artillerie venant de l'intérieur: elles seront employées à votre parc.»
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Mayence, le 17 avril 1813.
«Mon cousin, je reçois au moment même votre rapport daté de Hanau le 10 avril, qui revient de Paris.--Vous trouverez ci-joint la notice de décrets que je viens de rendre. Faites reconnaître ces officiers sur-le-champ. Il est de la plus haute importance que vous présentiez de bons sujets pour les places vacantes dans les régiments de marine. Que votre présentation arrive dans vingt-quatre heures, vous aurez sur-le-champ les décrets et, sans perdre de temps, vous ferez reconnaître les officiers. Ayez toujours soin de prendre de bons officiers, et de les prendre dans un régiment pour suppléer à ce qui manquerait dans l'autre. Aussitôt que j'aurai votre rapport, il n'y aura plus rien à faire sous ce point de vue.--De toutes les manoeuvres je dois vous recommander la plus importante, c'est le ploiement en bataillon carré par bataillon. Il faut que les chefs de bataillon et les capitaines sachent faire ce mouvement avec la plus grande rapidité; c'est le seul moyen de se mettre à l'abri des charges de cavalerie et de sauver tout un régiment; comme je suppose que ces officiers sont peu manoeuvriers, faites-leur en faire la théorie, et qu'on la leur explique tous les jours, de manière que cela leur devienne extrêmement familier.--Pour le 23e régiment, vous parlez toujours de vos envois au ministre de la guerre. Envoyez-moi les demandes et les propositions nécessaires pour compléter ce régiment.--Choisissez les officiers pour le 86e dans le 47e, et que, par ce moyen, ce régiment provisoire soit complété en officiers.--Vous ne parlez pas du major ou colonel qui commande le 25e provisoire.--J'écris au ministre de la guerre pour faire rejoindre les deux compagnies du 86e, qui sont dans la Mayenne.--Donnez des ordres pour que le bataillon espagnol ne soit point envoyé en détachement, et qu'on l'ait toujours sous la main, à l'abri de la séduction. Il ne faut point l'employer au service d'avant-garde ou d'escorte, mais le tenir toujours ensemble et au milieu des bataillons français.--Sur les officiers revenus d'Espagne, on va vous envoyer les officiers dont vous avez besoin.--Envoyez la récapitulation de ce qui vous manque en colonels, majors, majors en second, chefs de bataillon, capitaines, etc.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Mayence, le 19 avril 1813.
«Mon cousin, je vous envoie copie de la lettre que j'écris au duc d'Istrie. Prenez les ordres du duc d'Istrie, s'il y est; prenez sur vous s'il n'y est pas. La marche de l'ennemi me paraît fort imprudente; on peut l'en faire repentir; mais surtout ôtez-nous toute inquiétude sur notre flanc gauche.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU DUC D'ISTRIE.
«Mayence, le 19 avril 1813.
«Le major général a dû vous expédier un officier pour vous faire connaître qu'un corps de partisans de trois à quatre escadrons, de six pièces de canon et de deux à trois bataillons, s'était porté sur Mulhausen et Vanfried; que le général westphalien Hammersten avait peur d'être sérieusement attaqué et craignait d'être obligé de se porter sur Witzenhausen, ce qui donnait de fortes inquiétudes au roi à Cassel.--J'espère que l'arrivée du général Souham dans la journée du 17 à Gotha, et celle du général Bonnet qui, ce me semble, a dû être, le 17 au soir, à Eisenach, auront ralenti la marche de l'ennemi. J'espère que vous-même, arrivé à Eisenach, vous vous serez porté sur les derrières de l'ennemi pour dégager le général westphalien et tranquilliser Cassel de ce côté. Cela est d'autant plus important que ces partis sur le flanc gauche inquiéteraient nos communications avec Erfurth.--Ainsi donc, aussitôt que vous serez arrivé à Eisenach, mettez plusieurs corps d'infanterie et de cavalerie sur les derrières de l'ennemi, et dégagez le général Hammersten.--Écrivez au roi à Cassel pour lui faire connaître votre mouvement et le rassurer.--Le prince de la Moskowa étant déjà sur Erfurth, les mouvements que vous pouvez faire sur les derrières de l'ennemi seront d'un heureux effet et pourront donner lieu à quelques coups de sabre et à la prise de quelques bataillons ennemis.--Le général Lefèvre Desnouettes me paraît très-propre pour cette expédition, mais appuyez-le par de l'infanterie. Enfin faites faire tout ce qu'il faut: cela est très-important, car ce serait un très-grand malheur si le roi était obligé d'évacuer Cassel.
«NAPOLÉON.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Philippsthal, le 19 avril 1813, quatre heures du matin.
«Monseigneur, je reçois la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire le 17, ainsi que celles de Sa Majesté. J'ai reçu hier au soir une lettre du prince de la Moskowa, d'Erfurth, du 17 au soir. Elle confirme les nouvelles qu'il m'avait données précédemment, que l'ennemi n'a pas de forces à portée. Les coureurs qui s'étaient montrés se sont retirés.
«J'ai deux divisions à Eisenach, et j'occupe Gotha. Le prince de la Moskowa comptait mettre aussi une division à Gotha; je lui ai fait avec instance la demande de me laisser cette ville, qui m'est indispensable pour subsister. Ma troisième division arrivera demain à Eisenach; je serai moi-même dans cette ville dans trois heures.
«Je vais faire reconnaître aujourd'hui les officiers que Sa Majesté a nommés, et je vais faire rédiger de suite le tableau des emplois vacants et les mémoires de proposition. Je n'ai pu faire faire ce travail hier, parce que les troupes étaient en marche.
«D'après la récapitulation que j'ai faite des emplois vacants et des sujets propres à les remplir, c'est-à-dire des mémoires de proposition que je vais adresser de nouveau à Votre Altesse, il faut soixante capitaines, un officier payeur, deux adjudants-majors, soixante-sept lieutenants, qui ne peuvent pas être fournis par les corps, faute de sujets. Ainsi c'est ce nombre de sujets qu'il est nécessaire d'envoyer à mon corps d'armée pour remplir les emplois vacants; et je suppose que tous les sous-lieutenants nommés pour les régiments de marine ont rejoint.
«Le 25e provisoire n'a ni colonel ni major; mais le duc de Valmy m'a annoncé qu'il en avait à Mayence, et je l'ai instamment prié de leur donner l'ordre de me rejoindre. Ayant reçu des officiers supérieurs revenant du troisième corps depuis que j'ai eu l'honneur d'adresser mon rapport, je les ai placés dans les différents corps qui en manquaient. J'aurai l'honneur d'en adresser l'état exact, afin que Votre Altesse veuille bien donner les lettres de passe.
«J'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Altesse, par le colonel Jardet, mon aide de camp, à son arrivée à Mayence, un état de situation dans la forme demandée. Ainsi je pense que Sa Majesté a, pour le nombre des présents sous les armes, tous les documents que je puis lui fournir. Quant au nombre des emplois vacants, ils se composent de ceux vacants par manque de sujets, et que j'ai relatés plus haut, et des propositions faites par les corps et dont Votre Altesse va recevoir le double.
«Mes troupes, en passant à Fulde, se sont complétées en pain. Il restera encore en réserve trois mille quintaux de farine, dont douze cents étaient, à mon passage, en magasin, et le surplus devait être livré dans deux jours.
«Il n'existe point de fours militaires à Fulde: les moyens de fabrication que le pays comporte sont de huit mille rations par jour et de vingt-quatre mille dans un rayon de deux à trois lieues. N'ayant ni officiers du génie ni employés pour la construction des fours, j'écris au préfet de Fulde, pour qu'il ait à remplir les intentions de Sa Majesté; et je ferai, à Eisenach, tout mon possible pour exécuter ses ordres.
«On s'occupe de rassembler à Eisenach les quatre mille quintaux de farine demandés. J'ai fait la demande d'un rassemblement de huit à dix mille quintaux à Gotha, qu'on m'a promis de former immédiatement.
«Aussitôt que le retour d'hiver rigoureux qui se fait sentir sera passé, je ferai camper les troupes; et, d'ici là, je les rassemblerai, autant que possible, pour que leur instruction soit poussée avec activité.
«Les quatorze bouches à feu du général Durutte sont à mon corps d'armée. Je les ai attachées provisoirement à la troisième division, qui n'a pas encore son artillerie.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Eisenach, le 19 avril 1813.
«Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que je porte après-demain la division Bonnet sur Gotha; elle sera cantonnée en entier dans cette ville ou dans les villages circonvoisins, en arrière et sur la droite de cette ville. Elle hâtera la formation des magasins de farine à Gotha. Je porte la première division sur Langensalza, où je fais réunir aussi des subsistances. La troisième division sera placée à Eisenach et en avant. Il m'a paru indispensable d'occuper Langensalza pour observer la grande route de Leipzig; aussitôt que les magasins seront suffisamment formés, les troupes camperont. Par ce moyen elles seront en situation d'exécuter tous les mouvements que les circonstances pourront nécessiter, soit pour soutenir le prince de la Moskowa, soit pour défendre les gorges de la Thuringe, et assez étendues pour vivre. Les coureurs russes sont venus jusque sur la Werra et ont surpris un escadron westphalien à Wanfried; mais ils se sont retirés. Je n'ai point de nouvelles du prince de la Moskowa depuis la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte; mais rien n'annonce que l'ennemi soit en opération sur lui.
«La division Bonnet est la seule qui ait des ustensiles de campement, encore lui manque-t-il des gamelles; il est bien important, pour que les troupes puissent camper sans désordre, que les autres divisions reçoivent les ustensiles de campement qu'il leur faut, et celle-ci ceux qui lui manquent encore, et il serait bien nécessaire qu'on y joignît des haches qui manquent à toutes les compagnies et qui sont cependant indispensables, car celles des sapeurs sont loin de suffire aux besoins du bivac et du campement.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU ROI DE WESTPHALIE.
«Eisenach, le 20 avril 1813, soir.
«Sire, aussitôt après mon arrivée ici, je me suis empressé de faire des dispositions pour éloigner les partis qui se sont présentés sur vos frontières. J'ai envoyé une forte division sur Langensalza, et le duc d'Istrie y a ajouté un corps de cavalerie de la garde qui va pousser des partis dans toutes les directions.
«Comme nous n'avons pas de nouvelles récentes de Cassel et qu'il serait possible qu'il y eût de ce côté quelques désordres, j'envoie demain, à moitié chemin de cette ville ici, un corps d'infanterie et de cavalerie qui serait soutenu par des forces plus considérables s'il était nécessaire, mais qui rentrera immédiatement si, comme je le suppose, tout est tranquille. Je prie Votre Majesté de me faire connaître ce qui pourrait se passer d'important du côté où elle se trouve, afin que je puisse faire ce que les circonstances commanderont, et prendre des positions conformes à sa sûreté.»
LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
«20 avril 1813.
«J'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire pour me faire connaître ses intentions sur le moyen de remplacer le personnel d'artillerie qui manque à mon corps d'armée. Les cadres des huit compagnies n'étant pas encore arrivés, je prie Votre Majesté de me permettre de lui faire quelques représentations sur une disposition qui ne me semble pas d'accord avec le bien de son service.
«Le corps des canonniers de la marine a un bon esprit, une assez bonne composition; mais ce corps a déjà été énervé par diverses dispositions intérieures, et il me semble que ce corps perdrait presque toute sa valeur d'opinion, et même sa valeur réelle comme ancien corps, si la disposition prescrite était exécutée littéralement.
«Les canonniers de la marine, à leur départ des ports, ont laissé un certain nombre d'hommes pour le service de la marine, conformément aux dispositions du décret de Votre Majesté, et, en général, ceux conservés ont été des hommes de choix. La marine a surtout conservé un grand nombre de sous-officiers, et les meilleurs, de manière que le plus grand nombre des sous-officiers actuels a un ou deux mois de nomination, et que le corps des sous-officiers dans ces régiments est en général très-faible. Depuis, ces mêmes régiments ont fourni trois cents canonniers pour la garde de Votre Majesté, et j'ai tenu la main à ce que les choix fussent faits tels qu'il convenait pour ce service important. Ensuite on a tiré à peu près le cinquième ou le sixième des officiers existante dans ces corps pour l'artillerie de terre, et on a choisi encore les officiers les plus méritants. Si à cela on ajoute encore un recrutement d'officiers et de sept à huit cents canonniers, ce corps ne sera le même en rien, parce que les chefs de corps, qui espèrent beaucoup de leur situation actuelle et mettent un grand prix à mériter la bienveillance de Votre Majesté, perdront l'espérance de bien faire en perdant les hommes dans lesquels ils avaient confiance, et seront découragés en pensant que leur corps est destiné à être un dépôt de recrutement pour les autres corps de l'armée, et que l'avenir brillant qui leur était offert leur est fermé; et réellement ce corps, de neuf mille hommes environ, dont plus de quatre mille sont conscrits de l'armée, perdant environ onze cents hommes d'élite, pris sur les anciens, sans compter les hommes plus recommandables encore qui ont été retenus dans les ports, sera peu de chose, en comparaison de ce qu'il était, par la différence de son esprit et de sa composition. Je pense donc que, puisque le besoin de l'artillerie de terre exige un secours momentané, il vaudrait mieux prendre une disposition seulement provisoire, qui, sans changer la composition de ce corps, n'influerait pas non plus sur l'esprit des officiers, et affecter, pour un temps déterminé, un bataillon tout entier au service des pièces de campagne; ou, si Votre Majesté tenait à une disposition définitive, que le recrutement des huit compagnies portât indifféremment sur tous les bataillons de mon corps d'armée. L'artillerie de marine s'en trouverait beaucoup mieux et l'artillerie de terre guère plus mal, attendu qu'il est bien facile de former en peu de jours des servants de pièces de campagne lorsqu'il y a par pièce trois ou quatre bons canonniers.
«Je prie Votre Majesté de me faire connaître si mes observations lui ont paru fondées, ou si elle persiste dans les dispositions qu'elle avait prescrites, pour que je puisse me conformer à ses intentions.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL COMPANS.
«22 avril 1813.
«Monsieur le comte, je reçois votre lettre de ce jour. Les circonstances ne rendent pas nécessaire l'emploi des vingt mille rations de pain commandées à Mulhausen. Vous devez, si elles sont fabriquées, avoir soin de les faire prendre. J'ai été informé des obstacles que l'administration westphalienne met à la fourniture des subsistances demandées pour l'armée; mais, comme nos besoins sont pressants, que les rassemblements de troupes deviennent considérables et nécessitent une prompte réunion de subsistances, vous emploierez la force, s'il est nécessaire, pour forcer l'administration de Mulhausen à fournir les quatre mille quintaux de farine de blé, tant pour Eisenach que pour Langensalza. Vous recevrez demain un détachement de cavalerie convenable pour vous éclairer.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«22 avril, soir.
«Monseigneur, j'ai l'honneur de vous rendre compte qu'ayant fait à Mulhausen la demande de quatre mille quintaux de farine pour l'approvisionnement des troupes qui vont être campées à Langensalza et à Eisenach j'ai reçu du préfet westphalien la réponse que, d'après les ordres de son gouvernement, il ne devait rien fournir. Je prie Votre Altesse de porter cette nouvelle extraordinaire à la connaissance de l'Empereur, afin que Sa Majesté puisse donner les ordres qu'elle croira convenables.
«J'ai aussi l'honneur de vous rendre compte que le général Friederick, que j'avais envoyé à Bichhausen afin d'avoir des nouvelles de Cassel et de poursuivre les détachements qui auraient pu s'avancer du côté de cette place, me fait le rapport que le commandant de Bichhausen l'a informé qu'un assez grand nombre de soldats d'infanterie westphalienne se trouvaient journellement dans les environs, porteurs de permissions signées des généraux. Il a paru extraordinaire à ce commandant que l'on permît aussi facilement à des soldats de venir dans un pays exposé aux incursions de l'ennemi, et la chose me paraît digne de remarque.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«23 avril 1813.